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Full text of "La vie de Saint Patrice, mystère breton en trois actes;"

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•2 



a 



LA VIE DE SAINT PATRICE 

ARCHEVÊQUE D'IRLANDE 



LA VIE 



DE 



SAINT PATRICE 



MYSTERE BRETON EN TROIS ACTES 



Texte et traduction 



PAR 



Joseph DUNN 



Professeur à l'Université Catholique de Wasliington. 




BOSTON COLLKGE LIBKA^^ 
CHESTNUT HlLl. MASS. 



PARIS 
HoNOHii CHAMPION 

Librairie spéciale pour l'Histoire île France 

5. Quai Malaquais. 



LONDRES 

David NUTT, libraire 
ô7.:>9. Long Acre, W. C. 



d909 



3^10 



A 
Monsieur Joseph LOTH 

Doyen <Ie la Faculté des Lettres 
(le rUnivei'sité de Rennes. 



rMHODLCnOA 



§ P"". — Le Manlscuit. 

Le in<inu>iC}it du Mijslère de s-iint Patrice fait ixntic de lu 
colleclion de feu Arthur de la Borderie. M. Anatole Le Braz, 
prolesseur de littérature Irançaise à VUniversité de Rennes, 
avait signalé cette pièce à mon attention, et cest par l'inter- 
médiaire de M. Joseph Loth. doijen de la Faculté des lettres 
de la uiéme Université, que M°^^ veuve de la Borderie. qui 
possède ce manuscrit. Va très obligeamment mis à ma dis- 
position. D'après ce que je sais, c'est le seul exemplaire ciue 
l'on ait de cette pièce. Elle n'est pas mentionnée par 
F.-M. Luzel dans son édition de Sainte Tryphine et le roi 
Arthur, pp. xvii. xxxvii et xxxviii. où il parle des manuscrits 
bretons en sa possession, dont Vun était une version du 
Purgatoire de saint Patrice. Il n'en est pas [ait mention non 
plus par IL Omont dans le catalogue des manuscrits celtiques 
et basques de la Bibliothèque \ationale qu'il avait rédigé 
dans la Revue celtique, tome XT, pp. 3S9 et suivantes; Vabbé 
Eugène Bernard n'en parle pas non plus dans son article sur 
les n^anuscrits bretons à Paris, Revue celtique, tome IX. 
p. 150: on n'en trouve également aucune indication dans la 
Bibliographie des traditions de la littérature populaire de la 
Bretagne. Revue celtique, tome V. pp. 314-332. ni. enfin, 
dans la liste des manuscrits bretons que Anatole Le Braz a 
donnée à la fin de son ouvrage sur le Théâtre l)reton. Paris, 
1904. pp. 519 et suivantes. Dans la Revue de Bretagne et de 
\'endée. nouvelle période, tome IV, 1888, pp. 161-178, 339- 
349. (( Pol Ervoan » (Arthur de la Borderie) a publié un ar- 
ticle intitulé a La Vie de saint Patrice, archevêque de 
l'Hibernie ». dans lequel il anahjse le drame et donne plusieurs 



Mil INTRODUCTION. 

extraits du texte breton. A en juger par ces extraits et par 
leur ('numération, il est hors de doute que le manuscrit 
dutiurl {( Pol Ervoan » donnait ces exemples, bien qu'il en 
ait altéré Vorthographe originale et ajouté quelques signes 
de ponctuation, était celui-là même que je publie ici en 
entier pour la première fois. 

Le volume que j'ai eu entre les mains est un petit in-folio 
oblong, le feuillet mesurant environ 290 millim. de hauteur 
sur environ 190 millim. de largeur, à reliure moderne, com- 
prenant HO payes sans erreur de pagination. Uécriture 
naccuse pas une haute antiquité. Le livre était sans doute 
une très belle copie, et a été écrit probablement à la fin du 
XVIII'' siècle ou dans la première moitié du XIX^ siècle. En 
considérant la langue et quelques omissions, notre copie sup- 
pose Vexistence d\in original beaucoup plus ancien. Ce 
manuscrit est trop soigneusement écrit pour avoir été fait 
sous la dictée; mais il est j)robable que c'est une copie d'un 
texte qui, lui-même, avait été écrit sous la dictée. La rédac- 
tion originelle doit avoir été modifiée par des copistes suc- 
cessifs, et le copiste à qui Von doit le manuscrit de la Bor- 
derie, copiste qui savait sans doute le breton, puisqu'on nij 
trouve pas les erreurs qu'on s'attend à rencontrer dans 
un texte écrit par quelqu'un ignorant de la langue, suit son 
modèle de près, sans même prendre le soin de séparer les 
proclitiques ou les enclitiques et les mots sur lesquels ils 
s'appuyent, les uns et les autres, pour lui, ne constituant 
qu'un seul tout. Et, d'autre part, les parties intégrantes d'un 
mot sont souvent disjointes et écrites séparément. C'est là 
une preuve que le premier scribe a eu soin de fixer sur le 
papier les sons tels que ses oreilles les entendirent. 

Le Mystère se divise en trois actes, dont chacun contient 
plusieurs scènes, mais la division des actes en scènes n'est 
pas toujours notée dans le manuscrit ; par exemple, au troi- 
sièrne acte, la sixième scène commence à la ligne 348 et dure 
jusqu'à la ligne 506. Chaque acte est précédé d'un prologue 
qui donne en résumé l'argument de l'acte qui suit et on y 
trouve, comme aussi dans l'épilogue final, des traits curieux 
sur la vie contemporaine et sur la manière de jouer ce spec- 
tacle. D'après l'énumération des lignes, le Mystère contient 



INTRODUCTIOX. IX 

3160 vers, mais il y a quelques petites erreurs de compiitation 
et, toute rectilication faite, la pièce entière n'a en somme que 
3151 lignes. 



On ne trouve pas le nom de Vauteur du Mystère pas plus 
que celui du copiste, ce qui est rare, car ordinairement le 
copiste répète son nom en maints endroits de son œuvre. 
Quant à Vauteur, il y a plusieurs moyens de découvrir son 
rang. C'était beaucoup plus qu'un simple rustique, et quand 
le premier Prologue le traite avec dénigrement, c'est seule- 
ment dans le style consacré des auteurs des mystères bretons 
en parlant d'eux-mêmes. Le Mystère, dit-il, avait été composé 
par un jeune clerc natif du canton où Von jouait la pièce, et 
qui se trouvait, sans doute, dans le pays de Tréguier — un 
ouvrage, ajoute-t-il. « sans étude et sans style ». A vrai dire, 
r auteur n'était pas très lettré, comme le montre par exemple 
son ignorance des saintes Ecritures, car il dit, acte I. vers 383 
et suivants, qu'au mariage de Cana saint Joseph expliqua à 
saint Jean les obligations du mariage. Il na aussi qu'une idée 
très vague de l'histoire, de la légende et de la géographie qui 
sont on ne peut plus confuses. Pour lui, comme pour la plu- 
part des écrivains populaires du Moyen- Age, le prophète 
MaJiomet était un dieu [acte III, v. 627). Pour la chronologie, 
même chose : il parie de la division de l'Irlande et de la 
France en cantons (acte II, vv. 389, 644; acte III, v. 180), de 
l'emploi des armes à feu (acte III, vv. 86, 776) et d'un parle- 
ment (acte III, V. 690) comme existant au temps de saint 
Patrice, et il place l'existence de l'ordre de saint François 
d'Assise (acte l. v. 219) huit cents ans avant la naissance de 
saint François. Mais, comme bon nombre des auteurs de Mys- 
tères, il avait reçu quelque éducation et il s'efforce de déployer 
son érudition à toute occasion. Il avait été à l'école, il nous le 
dit lui-même, et cela est démontré d'ailleurs par l'emploi qu'il 
fait des termes d'écoliers (acte I. v. 936. etc.). En tout cas, son 
latin n'est pas plus mauvais que ce qu'un trouve d'ordinaire 
dans les pièces de ce caractère ^Voir la prière, acte l, vers 849 
et suivants, et le proverbe, acte Tï, vv. 163-164). Mais on peut 



X INTRODUCTION". 

supposer que le latin est dû au père de Vordre de saint Fran- 
çois, dont il accuse la collaboration dans la composition de 
son travail (acte I, v. 13). Ce qui est curieux, c'est que le texte 
donné à lire au jeune Patrice (acte I, vers 8¥J et suivants) 
n'est pas en lanque bretonne, ni en langue [rançaise, mais en 
latin. 

Au point de vue du slijle, le M tj stère de saint Patrice est 
assez médiocre. H ne contient rien au sujet des laits quoti- 
diens, ni le ïnouvement ni la vie qu'on trouve, par exemple, 
dans le Mystère de saint Crépin et de saint Crépinien. Il ne 
possède pas non plus Vintérêt tragique de Cognomerus et 
sainte Tréflne, (juoiquHl soit, cependant, mieux construit et 
mieux arrangé dramatiquement. Il n'a pas la valeur poéticiue 
du Mystère de la Création du Monde, et il est bien inférieur au 
Mystère de Tryphine et le roi Arthur en vivacité de dialogue 
et originalité d'expression. Dans notre texte les répétitions, 
même de phrases entières, et les chevilles, qui sont souvent 
ajoutées sans qu'on puisse toujours deviner leur signification, 
jouent un grand rôle. Il abonde en platitudes et en adieux 
interminables et en compliments sans fin. Il est pauvre en 
expressions \>roverbiales, à l'encontre de ce qu'on trouve dans 
quelques autres Mystères bretons, et enfin, ce qui n'est peut- 
être pas un défaut, il ne contient parmi ses dramatis personae 
aucun personnage spirituel et aucune abstraction, comme an 
Ankoii ((( la Mort ») et an Ine (« l'Ame »), ni de ces visions 
d'épourante et d'horreur qui souvent tiennent une grande 
place dans l'ancien théâtre breton. 

Mais, malgré les gaucheries et les idées grotesques de 
toute sorte qui pullulent dans cet ouvrage, le pauvre poète 
réussit de temps en temps à donner des échantillons de poésie 
ndive, comme par exemple dans la scène de la séparation de 
la mère et du père de Patrice (acte I, vv. 733 et suivants). De 
cette scène, le dramaturge breton n'a trouvé que l'inspiration 
dans les sources auxquelles il puisait, et sa poésie n'est due 
qu'à lui-même^ à moins qu'il n'ait été influencé par une situa- 
tion analogue dans le Mystère de Cognomerus et sainte Tré- 
fine, vers 862 et suivants, ou dans quelque autre Mystère. 
C'était un thème qui donnait au poète l'occasion de s'épan- 
cher dans le vrai style dramatique breton sur un sujet qui 



IXTRODUCTIOX. XI 

devait émouvoir ses auditeurs. La scène où « l'empereur 
redouté dans le ciel et sur la terre » (acte III. vers 615 et suiv.) 
exprime sa colère et sa haine contre les chrétiens est pleine 
d^ imagination. Mais, c'est surtout dans F épisode où les filles 
de Vempereur tentent le jeune et beau berger que l'auteur de 
la Buez Sant Patrice a réussi le mieuj\ et c'est là qu'on relève 
un charme qui adoucit V austérité de la pièce. Son travail ne 
porte pas les marques d'une grande originalité, mais ce sont 
surtout les passages qu'il a créés qui mér'itent d'être le plus 
remarqués. 

Il faut se rappeler que. sur la scène bretonne^ tout, les 
décors, les costumes, les dialogues, les épisodes et leurs déve- 
loppements étaient appropriés au tonpérament des auditeurs 
— paijsans. pour la plupart, auxquels la pièce était destinée. 
Par conséquent, on n'a pas le droit de chercher de l'histoire 
dans ces ouvrages simples dont le but dans le principe était 
l'édification. L'historicité des événements et des caractères 
traités importait peu à Vauteur, et n'importait pas davantage 
à son*public. Il a choisi ce qui lui semblait avoir l'attraction 
la plus grande pour son auditoire qui connaissait moins bien 
la vérité que lui-même. C'est à cause de cela qu'il s'excuse 
de n'avoir pas introduit de farces et de plaisanteries dans son 
œuvre, bien qu'il sache en avoir donné quelques exemples, 
et des plus a}nusants, dans les diableries, les seuls passages 
comiques de la pièce^ espèce de bouffonnerie qui faisait, et 
qui fait même de nos jours, la joie et la gaieté d'un auditoire 
breton. Ainsi il lui était aisé de métamorphoser les druides 
du roi païen de l'Irlande en diables qui seuls parlent grossiè- 
rement, profèrent de gros jurons et s'ébattent au grand amu- 
sement des spectateurs. 

§ III. — Les Sources. 

Quelle était la source à laquelle puisait l'auteur de la Buez 
Sant Patrice ? C'est là un point sur lequel je ne m'avise pas 
de me prononcer avec certitude. Ce qu'il g a de sur. (bi 
moins, c'est qu'elle ne remonte pas directement aux vies 
anciennes du saint. Parmi les sujets à la portée des poètes 
bretons du XV W et du XVIIP siècles, 'd ne pouvait y en 



XII INTRODUCTION. 

ciDoir aucun qui lit plus d'appel à Vimagination bretonne 
toujours préoccupée de Vidée de la mort et de la vie au delà 
de la tombe, que ce merveilleux Purgatoire de saint Patrice 
qui eut un si grand retentissement à la fin du Moyen-Age. 
De sorte que nous ne sommes pas surpris de trouver dans le 
répertoire du théâtre breton plusieurs pièces portant ce titre, 
dans chacune desquelles le protagoniste est un certain Louis 
Eunius qui, comme le célèbre Keriolet du pays de Vannes, 
de grand péclieur, « Eun den hac a n'eus groet eur milion 
pec'het (1) », est devenu un saint. Or, le récit de la vie de Louis 
et des aventures qu'il courut dans le monde, de même que 
son voyage dans le Purgatoire de saint Patrice, et la pénitence 
quil y subit, se trouve comme faisant suite à une vie du saint 
irlandais publiée dans le recueil connu sous le titre de Dic- 
tionnaire des légendes du Christianisme. Il semblerait que 
quelque écrivain, cherchant à trouver un sujet pour son 
drame, eût choisi de cette vie légendaire de Patrice la partie 
qui lui semblait la plus attrayante à mettre sur la scène devant 
un auditoire breton, c'est-à-dire la vie de Louis Euniu^ et la 
description des merveilles du Purgatoire où il se purifia. Plus 
tard, le succès de ce drame a été tel que Vauteur lui-même, 
ou peut-être quelque autre dramaturge, afin de fournir une 
introduction et un éclaircissement à cette pièce devenue favo- 
rite, a pris comme base la première partie de la même vie 
légendaire qui raconte la jeunesse et les miracles de Vapôtre 
d'Irlande et qui expliqxie l'origine de l'institution du Purga- 
toire connu sous son nom. 

Dans l'étude qu'il a consacrée à ce texte (Revue de Bre- 
tagne et de Vendée, 1888, p. 345, a Pol Ervoan », au sujet 
des rapports des deux drames, s'exprime en ces mots : « Ce 
qui est certain c'est que les rustiques acteurs des vieux mys- 
tères bretons avaient l'habitude de jouer Louis Eunius le len- 
demain du jour où ils avaient représenté Saint Patrice : on en 
trouve la preuve dans TEpilogue de cette dernière pièce. » 
Les vers auxquels le savant historien de la Bretagne fait allu- 
sion sont les lignes 1124 et 1176 du IIP acte. Dans le premier 
de ces passages, Lucifer invite Belzébuth à aller dans la ville 

(1) « Un homme qui a commis un million de péchés ». Buhrz Louis Eunius, 
p. 100. 



INTRODUCTION, XIII 

de Toulouse, où, selon tous les Mystères qui concernent Louis 
Eunius, est la scène de ses débauches. Dans le second passage, 
l'acteur qui débite Vépilogue dit formellement que la repré- 
sentation à laquelle il invite ses auditeurs pour le lendemain 
est la Vie de Louis Eunius. 

Il vaudrait peut-être la peine de comparer quelques versions 
vulgaires de la vie de saint Patrice ayant entre elles des rap- 
ports très accentués. Je me limite aux diflérences les plus 
frappantes, en abrégeant, par convenances, les titres comme 
il suit : Breton : le Mystère publié ici; Légende : V « His- 
toire de la Vie et du Purgatoire de saint Patrice, archevêque 
et primat d'Hybernie », publiée dans le Dictionnaire des 
légendes du Christianisme de iJouhet et de Migne, col. 957- 
1031; Montalvan : Vida y Purgatorio del glorioso S. Patricio 
arzobispo y priniado de llibernia escrita por el Doctor Juan 
Perez de Alontalvan, natural de la villa de Madrid, y notario 
de la Santa Inquisicion. con Licencia. En Madrid 1739 (La 
première édition est de 1657); Calderon : El Purgatorio de San 
Patricio, comedia en III jornadas. 

« A iopposition de cette île (c'est-à-dire de la Bretagne;, du 
côté de la Grande-Bretagne que nous appelons aujourdliui 
Angleterre, près le rivage de la mer Hy bernique, il y a un 
petit village, peu habité qui s'appelle Emothor (n Emptor », 
Montalvan) en langue vulgaire du pays. » Légende, col. 958. 
Ce Emothor est le Nemthur des plus anciennes vies du saint, 
par exemple dans l'hymne en langue irlandaise de Fiacc en 
l'Iionneur de saint Patrice, vers 1, Stokes et Strachan, Thé- 
saurus palaeohibernicus, t. II, p. 308. Cf. Breton, acte ï, vv. 64, 
65. Comme on le voit, il n'est pas fait mention de Bannaventa 
où, selon sa Confession, Patrice était né. — « // y avait en ce 
temps-là, vis-à-vis de sa maison (c'est-à-dire du père de Patrice) 
une folie demoiselle française qui s'appelait Conchèse » ^( Con- 
quesa », Montalvan). C'est la Concessa des vies latines du 
saint. Cf. : Concess immorro a mathair, de la même hymne 
irlandaise, 1. c p. 309. Selon la Légende et Montalvan, 
la mère de Patrice était de sang français et sœur de saint 
Martin de Tours. En cela ils n'ont fait que suivre les lignes 
■tracées par le scoliaste de l'hymne de Fiacc citée plus haut, 
p. 309 : 7 ba do Franccaib dano mathair inna clainne. i. 



Xl\ INTRODUCTION. 

Goiices, 7 ba siur side cobnesta do Martaiii. Pour Calderon 
Putiicc était né 

De un caballero irlandés 
Y de uiia dama francesa, 

mais le (Iramatiste espagnol ne donne 7ii le nonn de Vun ni 
celui de Vautre. Le Breton nomme la dame An dimezel avant 
son mariage^ et An Itron après ; une seule fois, cependant, 
il la nomme de son propre nom^ Mari Jana, acte I, v. 375. 
Seul le Breton nous lait connaître que le père de Patrice se 
nommait Timandre, et on se demande où le poète est allé 
cliercher ce Timandre, car on sait par toutes les vies du saint 
que le nom de son père était Caipurnius, et on sait d\dlleurs 
qu'il était décurion romain domicilié à Bannaventa. C'est 
encore le Breton qui nous apprend que ce a chevalier » (acte 1, 
V. 323)^ qui avait alors seize ans (acte I, v. 68), et la « demoi- 
selle )), qui était âgée de quatorze ans (acte 1, v. 84), avaient 
[ait vœu de célibat, mais que Dieu avait expédié un ange pour 
leur dire quil les avait choisis l'un pour Vautre. 

u Ces deux vertueux amants vécurent quelques années 
ensemble (a cinq ans », selon le Breton, acte 1, vv. iiO^ 

470) quoique sans obtenir les [ruits du mariage. » {La 

Légende). On pourrait conclure par ce que le drame breton 
reste tnuet, que Patrice était le seul enjant de cette union. 
La Légende se contredit; au commencement de son récit, 
il ajfirme que Patrice avait deux soeurs, tandis (ju'à hi [in 
il dit expressément quil en avait trois, a ainsi que nous avons 
dit vers le commencement », et il se met à les nommer : 
Lupina, Ligrina (a Tygridia », Montalvan), Dorche fu Ihir- 
chea », Montalvan), qui ne sont après tout que les (ormes 
corrompues des noms qu'on trouve dans la note à Vlnjmne 
irlandaise, 1. c, p. 309. La Légende et Montalvan sont d'accord 
en ce qu'ils racontent des sœurs de Patrice, c'est-à-dire que 
la première resta vierge, la deuxième et la troisième se ma- 
rièrent, et que la deuxième eut vingt-deux en[ants. 

Ces quatre versions sont unanimes à déclarer que la mère 
de Patrice devint religieuse^ mais le Breton précise encore 
davantage. Selon lui, ce [ut dans l'ordre de sainte Claire 
qu'elle entra (acte I, vv. 617, 774). Quant à Timandre, la Lé- 



INTRODUCTION. XV 

gencle et Monlalvan nous apprennent qu'il reçut la prrtrise^ 
mais le poète breton, je suppose pour llatter le tad deus a urz 
Sant Frances (acte I, v. i3), dit que le père de Patrice se [il 
Iranciscain (acte /, vv. 219, 610, 775). 

A la séparation des deux époux, « Patrice fa encore 
enfant », acte l, v. 143) {ut commis à la tutelle d'une sienne 
tante » (Légende). Calderon ne dit pas que la dame à qui le 
jeune enjant fut confié était sa tante et, d'autre part, le Breton 
affirme que son tuteur était le comte, frère de sa mère (acte I, 
V. 623). Etant enfant, quand il n'avait que six ans (acte I, 
V. 158), Patrice guérit Gormas (la Légende, ou, selon Calderon 
(( un ciego llamado Germas ») qui était aveugle de naissance 
(la Légende, Montalvanj. Quant à ce fait, le Breton n'est pas 
conséquent : Gromans (cest le nom de Vaveugle, chez le 
Breton) avait été aveugle pendant quinze ans (acte I, v. 160 j, 
mais, plus loin, au même acte, vers 977, 978, il dit qu'il était 
aveugle depuis vingt-quatre ans. 

Le Breton ne nous apprend pas quel âge Patrice avait quand 
il arrêta le déluge qui ravageait toute l'Irlande (acte I, vv. 161 
et suiv., vv. 1028 et suiv.). La Légende et Monlalvan, cepen- 
dant, nous informent en disant, celui-ci qu'il avait à peine 
onze ou douze ans, celle-là qu'il était encore plus jeune, qu'en 
effet il n'avait que dix ans. Cet épisode a été suggéré sans 
doute au poète par l'incident du druide qui, au moyen de ses 
incantations, faisait tomber de la neige jusqu'à la ceinture, 
mais que Patrice, ayant béni la plaine, la neige disparut. Il 
n'est pas possible de mettre d'accord ce que disent ces (juatre 
versions vulgaires au sujet de la capture de Patrice par les 
pirates. Selon la Légende, Patrice avait seize ans (cf. : maccàn 
se mbliadnae déac intan dobreth fo déraib (D, l'Hymne de 
Fiacc, vers 2, L c., p. 308) quand un jour a se promenant sur 
le rivage de la mer avec quelques siens compagnons récitant 
le psautier par ensemble, il fut pris par des pirates », qui 
le conduisirent à l'extrémité de l'Hibernie, à proximité de 
Sliabmis ou, plus probablement, selon une autre version, dans 
la forêt de Foclad, au nord-ouest de Vile. Là « il fut vendu 
comme un autre Joseph à prix d'argent, à un prince de cette 

(1) « Un jeune homme de seize ans quand il fut enlevé et réduit à une 
existence de pleurs. » 



X\l INTRODUCTION. 

ile » {la Légende). D\iutre part^ le Breton raconte que Patrice 
n avait que huit ans au moment où les démons le dénoncèrent 
à V empereur (acte II, v. 400)^ et qu'ensuite il servit son maître 
comme gardien de ses troupeaux de moutons (et non de pour- 
ceaux) pendant Vespace de sept ans (acte II, vv. 704, 754, 766): 
c[. : boi se bKadnai hi fognam d), l Hymne de Fiacc, vers 5, 
1. ('., p. 30U). D'après ces données, Patrice aurait quinze ans 
à la jin du deuxième acte, ce qui n'est pas d'accord avec la 
Confession où Patrice dit quil avait vingt-deux ans cjuand il 
s'enluit de chez son maître. 

L'épisode de la conversion des deux filles de l'empereur qui 
est, comme il a été déjà observé, si heureusement développé 
dans le Mystère breton, n'est que mentionné en une seule 
ligne dans la Légende, et les jeunes jUles n'y apparaissent 
jamais en personne. D'après la tradition, Patrice et les autres 
évêques s'étaient assemblés à Rathcrochan (près d'Elphin) 
avant le lever du soleil, près d'une fontaine, quand deux 
jeunes fUles vinrent pour se laver. Elles étaient les lilles de 
Lôegaire le roi, Ethne la Blanche et Fedelm la Rouge. Voilà 
la source de la légende. Or, la Légende raconte seulement que 
le roi (( vit en songe durant son sommeil son esclave Patrice 
tout rayonnant de lumière, de la bouche duquel sortait une 
triple flamme fort éclatante, qui, frappant de ses rayons ses 
deux filles, les embrasait de son feu, et les réduisait en 
cendres, le laissant seul libre sans le toucher de sa chaleur. » 
De cette courte mention, le poète breton a réussi à en faire 
deux scènes, celle du songe de l'empereur (acte II, scène 7) 
et celle de la conversion des jeunes filles (acte II, scène 6). 
Ce dernier épisode a offert à Calderon l'élément romantique 
qu'il lui fallait pour son drame. Suivant lui, Patrice avait été 
emporté par des corsaires sous la direction de Filipo de Roqui, 
et Patrice et Ludovico Enio (« un soldado irlandés », Mon- 
talvan) tombèrent en même temps dans les mains du roi 
Egidio. Or, ce roi avait deux filles, Polonia et Lesbia, qui 
intercédèrent pour les captifs que le tyran, accédant aux 
prières de ses filles, épargna. Alors Ludovico tombe amou- 
reux de Polonia ciui, malgré l'insistance d'un autre préten- 
dant, qui était le vainqueur Filipo de Roqui, persuada Ludo- 

(1) « Il fut pendant l'espace de six ans soumis à la servitude. » 



INTRODUCTION. XVII 

vico de s'enluir avec elle. Poursuivi par le roi^ Ludovico tue 
son amante. Le cadavre est trouve par Filipo et c'est Patrice 
qui rappelle la jeune (ille à la vie. Plus tard, Ludovico combat 
avec un squelette qui, à la jin de la lutte, se déclare : 



(( Este es tu retrato proprio. 
lo soy Ludovico Enio. » 



Cette apparition convertit le misérable et il se résout à 
jaire en pénitence le voyage du Purgatoire de saint Patrice. 
Etant sorti, il fait la narration de ce quil y a vu. 

Il est hors de doute que cette curieuse comeclia nest, malgré 
son élément romantique et le style qui est tout ù [ait propre 
à Calderon, quune imitation du récit de Montalvan, comme 
lavait justement remarqué George Ticknor dans une note 
manuscrite qui se trouve dans sa copie du Purgatorio de San 
Patricio de Calderon conservée dans le Boston Public Library. 

Au troisième acte nous trouvons Patrice en France, et 
ici une petite diUiculté surgit. La Légende et Montalvan 
n accusent pas de parenté entre Patrice et saint Germain^ 
tandis quils Vaccusent entre Patrice et saint Martin de Tours, 
qui, soit dit en passant, nest jamais mentionné par le poète 
breton. La diUiculté est due, je pense, à ce qu'il y a une sorte 
de répétition dans le Mystère. Toute la scène commençant 
au vers 227 du troisième acte ressemble beaucoup à la scène 
du premier acte qui commence au vers 857. Nous allons voir 
(acte I, vers 92, 235, 773, etc.) que Voncle à qui Patrice était 
confié était « Monsieur le Comte » et que celui-ci, après la 
séparation des parents du jeune Patrice, choisit le vicaire 
comme précepteur du jeune garçon (acte I, v. 797). Le 
comte et le vicaire n'apparaissent pas au deuxième acte, mais 
au troisième, Patrice, ayant abandonné le désert et le service 
de rempereur (vv. 5, 6), va en France pour faire une visite à 
son oncle, saint Germain (vv. 14, 144, 510), nommé « ar 
prélat » (v. 172) ou « an escop » (v. 183 aj, qui lui donne pour 
compagnon son vicaire Sergius. Alors, on se demande si 
Voncle et le vicaire du IIP acte sont les mêmes personnages 
dont nous allons faire la connaissance au premier. Rien ne 
le prouve. Au contraire, les vers 156, 160, 165 du IIP acte 
montrent, il me semble, qu'ils sont, au moins pour l'auteur 

2 



XVIII INTRODUCTION. 

breton, des personnages diUérents. Il est vrai que celui-ci ne 
dit nulle part que Patrice avait deux oncles, et il est curieux 
de voir quils^ont, ces deux personnages, la même remarque 
(acte I, v. 779; acte III, v. 218). De plus, on peut résoudre la 
dijjlculté en disant que V oncle du premier acte est devenu 
évêque sur ces entrefaites, comme on sait que ce jut le cas 
pour saint Germain. Ilerici Monachi Autissioâorensis, De 
Vita S. Germani, Migne, Patrol. lat. cxxiv, H45. Pourtant, 
il n'est pas nécessaire de recourir à cette explication. La 
même incertitude règne dans les plus anciennes Vies du saint, 
comme, par exemple, dans la Vita Tripartita (composition 
du X^ siècle) et dans la vie de Patrice par Prohus (qui écri- 
vait au X^ siècle), lesquels aijirment que Patrice a fait une 
visite à saint Martin de Tours et que c'est de ses mains qu'il 
reçut la tonsure. En tout cas, la ville où Patrice arriva au 
IIP acte, 2^ scène, doit avoir été Auxerre^ car on sait qu'il a 
été attaché à l'église de cette ville et que ce fut très probable- 
ment Germain qui l'éleva à l'épiscopat (Cf. : conidfarcaib la 
German, « de sorte qu'il (scil. Victor) le laissa avec Germain », 
Hymne de Fiacc, v. 10, 1. c, p. 311, et la glosse ad loc. : 
Germanius abb na cathrach cui nomen est Altiodonis, is 
occai roleg" Patraic, « Germain était l'abbé de la ville nommée 
Auxerre ; c'était avec lui que Patrice étudiait » et : legais 
canoin la German « il étudiait le canon avec Germain », (ibid., 
V. 13). 

Dans son voyage à Rome, dit la Légende, Dieu « l'inspira 

de visiter un ermite nommé Justus lequel vivait solitaire 

dans une île de la mer Tyrienne. » C'est sans doute à l'île de 
Lérins qu'on fait allusion, mais qui n'est désignée en aucune 
de ces versions. Le Breton ne parle d'aucune île, mais il fait 
arriver Patrice à un ermitage au milieu d'une forêt dans les 
Alpes ou dans les Apennins. Il ne mentionne non j)lus 
« les autres ermites qui demeuraient en cette île et aux envi- 
rons et assez proche de Justus. » D'après Montalvan, le 
supérieur de cette communauté de moines était un certain 
Benigno qui portait le même nom que le successeur de Patrice 
à Armagli. 

Ces versions affirment que c'était soiis le pontificat de 
Célestin P"^ que Patrice arriva à Rome, et comme toutes les 



INTRODrCTION. XIX 

autres vies plus récentes du saint^ elles aussi disent que c'était 
le pape lui-même qui le consacra archevêque d'Irlande. En 
revenant de Rome accompagné de vingt hommes (la Légende; 
a de douze hommes », Montalvan), il arriva (a après un voyage 
de huit jours de Rome », ajoute Montalvan) à une ville dans 
le nord de l'Irlande u que aora llaman Ulidia » (Montalvan). 
La Légende est plus précise sur ce point et aussi plus proche 
de Vhistoirc qui nous aUirme que c'était à Inis Phàtraic (a Ile 
de Patrice n), sur la côte nord de Dublin, près de Skerries, 
que Patrice débarqua; « du côté de Langedi » (Leinster), dit- 
elle, (( où il demeura quelque temps. Puis s'étant embarqué 
pour aller vers les parties septentrionales de cette île, il aborda 
en JJlidie », dont le roi était Leogarius ou Leogorius, fils de 
Nail (la Légende; « Leodegario, hijo de Neil », Montalvan). 
Le Breton appelle Vempereur Garius (acte III, v. 754), qui 
n'est que la syllabe accentuée et ce qui la suit de la forme 
latine du mot; c'est le Loegaire de l'histoire irlandaise. Sa 
reine (a Fenicie », la Légende ; « Fenecia », Montalvan) n'est 
pas connue de l'auteur breton, qui ne sait non plus que Patrice 
réussit à la convertir et son mari aussi. En cela, il est plus 
d'accord avec ce qu'on sait provenant d'autres sources, plus 
autlientiques, qui nous disent que le roi toléra la nouvelle 
foi, mais qu'il ne se convertit pas. 

Quant aux autres événements qui ne nous sont racontés que 
par le Mystère breton, on peut chercher, par exemple, la 
source de l'épisode du prince au pistolet (acte III, v. 775 et 
suiv.) dans la dispute de Patrice avec les druides, où Patrice, 
levant la main gauche, maudit le premier druide Rechrad qui 
avait essayé de le tuer, de sorte que ce dernier fut renversé et 
brûlé en présence de tous. Le prototype de l'histoire racontée 
au IIP acte, v. 79-82, 738 et suiv. peut se trouver dans ce qui 
est reproduit dans quelques vieilles légendes; c'est-à-dire que 
par la vertu d'une prière, le druide {ut lancé dans les airs et 
que par un tremblement de terre tous les païens se heurtèrent 
l'un contre l'autre. 

Enfin, selon la Légende, Patrice fut enterré dans « la ville 
de Dun ((( Dunio », Montalvan) qui est entre le midi et 
l'occident » (a entre l'est et l'ouest », Montalvan). C'est-à-dire 
à Dûn da leathghlas, le Downpatrick de nos jours qui reven- 



XX INTEODUCÏION. 

clique avec Saut i honneur délie le lieu de la sépulture de 
l apôtre d'Irlande. La orale date de sa niort^ le 17 mars de 
l'an 48i, n'est pas connue dans ces versions. Selon la Légende, 
il mourut le 20 avril de l'an 463, et selon Montalvan, qui 
transmet la date populaire, la date de son décès jul le 16 avril 
de Van 493, « sous le ponlilicat du pape Féli.r, durant quAnas- 
lase tenait les rênes de l'empire romain » (la Légende et Mo7i- 
taivan), « pendant quAurélius Amhrosius éUrit roi d'Angle- 
terre, Forquenus d'Hijbernie, Clodeveus de France et Alaric 
des Goths, qui [ut le premier qui donna la loi à l'Espagne » 
(la Légende; « pendant qu Aurelius régnait sur l'Angleterre, 
Ambrosius sur l'Irlande^ Forqueno Clodoveo sur la France 
et Alaric sur les Goths. » Montalvan). 

De cette courte analyse de ces versions populaires qui 
con(ondent le réel Patrice et le Patrice du mythe et qui ne 
racontent, après tout, qu'un peu du grand nombre de tradi- 
tions concernant le sainl (« panca haec de niuliis sancti Pa- 
tricii gestis », Muirchu, Vita Patricii), on peut conclure que 
la version [rançaise et celle de Montalvan ont une même ori- 
gine, le « volume assez gros » intitulé : La Pleur des Saints 
d'Hybernie, que la Légende mentionne comme étant sa 
source, et que Montalvan cite sous son titre latin : Flos Sanc- 
torum Hiberniae. // n'est pas impossible que ce jût aussi la 
source de notre Mystère, composé, comme le dit son auteur, 

« sur un livre de vies un petit livre écrit en jrançais » 

(acte I, vv. 9, 11). A tout hasard, il y a des ressemblances 
frappantes qui accusent une étroite relation entre le Breton 
et le légendaire jrançais. Je ne mentionne que la ligure 
employée pour décrire la naissance de Patrice qui « vint au 
monde comme un beau soleil tout rayonnant de lumière et 
qui sortant de son orient chassa l'obscurité des ombres et les 
ténèbres » (Dict. des Légendes, col. 959. C/. acte I, v. 120, et 
surtout vv. 488, 490, 492); l'incident d' « une lumière écla- 
tante » qui se montra avant sa mort (Dict. des Légendes, 
col. 971. €[. acte III, vv. 809 di et suiv.), et V expression dépei- 
gnant un trait caractéristique du saint : il « répondit douce- 
ment )) aux questions qu'on lui adressait (cj. acte II, v. 91 
et acte 111, v. 118). 

Il ne reste pas beaucoup à dire sur les caractères secon- 
daires du Mystère. Monsieur le Comte est toujours prudent 



CHESTaUT HILL, MASSc 

INTRaDUCTIOIf. XXI 

et vertueux (acte I, v. 625) et Monsieur le Vicaire est savant, 
discret et habile (acte I, vv. 245, 799). Comme nous allons voir, 
la scène nest pas toujours en Irlande. Il paraît que pendant 
les deux premiers actes les personnages ne ciuittent pas « Vile 
des saints. » Au troisième acte, cependant, le spectateur est 
porté sans cesse et brusquement d'un pays à un autre, de 
rirlande en France, sur les Alpes ou sur les Apennins, à 
Borne, de nouveau en France, et, linalement, en Irlande. 

§ IV. — La Langle et l'Orthographe. 

La langue du théâtre breton était une langue artilicielle 
qui n était parlée c[ue sur la scène et était fort différente de 
la langue habituelle. C'était une marque caractéristique du 
style des drames bretons, et aussi une marque d'élégance et 
de supériorité de la part de Vauteur d'introduire dans son 
discours un grand nombre de locutions françaises et de mots 
français taillés à la bretonne, tout comme dans les romans 
anglais d'autrefois c'était la mode de mêler la conversation 
des personnages avec des phrases onprunlées au français. 
L'idiome dans lequel la Biiez Sant Patrice nous est parvenue 
est le dialecte de Tréguier, avec quelques formes caractéris- 
tiques de la variété connue sous le nom du « petit Tréguier. » 
Cela est démontré par les formes fête, « auiourd'hui », acte ï, 
vv. 558, 858, acte IIL v. 97 (cf. E. Ernault, Glossaire Moyen- 
Breton, 2"'® éd., p. 62); la combinaison eve-se, « ainsi », au lieu 
de evel se, acte I, v. 417 (cf. E. Ernault. ici., p. 226) ; petore, 
« quelle sorte », acte II. v. 468 (cf. E. Ernault, id., p. 468); 
noad, au lieu de oat. acte ], v. 664. acte II, vv. 397, 398, 
acte III, V. 258; flerier, pour flaerier, acte II, vv. 183, 745, 794; 
gir (( mot ». pour ger, acte I. v. 961. etc.; de « jour », pour 
deiz, acte III. vv. 103, 610, etc.; brezonek. pour brezounek, 
acte III. r. 743 n. ; bopret, pour bepret, acte III, v 383 ; hirie, 
pour hirio, hizio, acte I, v. 579. etc.; niije, i'"^ s. condit. du 
verbe beza. par mutation nasale pour bije. acte III, v. 857 ; 
gle. acte I. v. 203, et gleet, acte I. v. 626, sont les équivalents 
Irécorois du léonard die et dleet (cf. la Revue celtique, 
t. XXIV, p. 265. note). Avec le temps et sous la main des 
copistes successifs, la transcription primitive a pu perdre 



XXII INTRODUCTION. 

son uniformité dialectale. Notre scribe emploie, par exemple, 
des pluriels en ou, qui sont plus propres au léonard, et dans 
les mêmes n}ots des pluriels en o, qui sont plus propres 
au îrécorols ; par ex. : comso, comzo, acte II, vv. 90, 537, 
comzou, acte II, v. 548; diawlo, acte II, v. 656, diawlou, acte II, 
V. 248 (c{. : cliawlien, acte III, v. 1081 h, dans une indication 
sccnique); goardo, acte II, v. 708, goardcho, acte II, v. 709; 
afero, acte I, v. 965, aferou, acte I, v. 547 ; hriiiio, acte I, 
V. 322, crimou, acte I, v. 1038, etc.; pehejo, acte II, v. 116, 
pehejou, acte I, v. 1062; plaso, acte I, v. 298, plasou, acte III, 
V. 317 ; iirzo, acte III, v. 11, urzou, acte III, v. 306. On peut 
ajouter que la préférence donnée à la terminaison de Vinfi- 
nitif -i, sur -a, est bien sensible. Les cas où on trouve -i(n) 
sont à peu près deux fois plus nombreux que ceux qui se 
terminent en -a(n), ou, plus exactement, ils sont dans la rela- 
tion de sept à quatre. Mais, en somme, au point de vue de 
la langue, ce texte n'offre pas de traits linguistiques bien 
remarquables. Elle semblerait être, à peu de chose près, dans 
le même état que celle du Mystère de la Création du Monde, 
tel quil a été conservé dans la copie que nous en possédons, 
c est-à-dire qu'elle est du commencement du XIX^ siècle. 

Bien que la langue de notre version ne soit pas très 
ancienne, le texte contient, cependant, quelques naots et 
quelques formes de 7nots qui appartiennent plus particuliè- 
rement à la période du inoyen breton, de sorte qu'il est diffi- 
cile de dire à quelle époque il faut faire remonter la compo- 
sition originelle de Vœuvre. La preuve la plus convaincante 
que notre texte n'est qu'une copie ou même une copie d'une 
copie, c'est que, outre la façon d'écrire en un seul groupe 
les sons qui ne forment qu'une unité phonétique, les muta- 
tions sont tantôt faites, tantôt négligées, ce qui montrerait 
que son original avait été rédigé à une époque où la langue 
n'avait pas complètement succombé à la réforme orthogra- 
phique foDnulée par le Père Julien Maunoir, en un n\ot qu'il 
était antérieur au milieu du XV 11^ siècle (Voir J. Loth, Chres- 
tomathie Bretonne, pp. 75, 319 ; A. Le Braz, Gognomerus et 
sainte Tréfme, pp. xl et suiv.). Les mutations non faites sont 
assez nombreuses, par ex. : a pep, acte I, v. 292, mais 
a bep, acte I, v. 218, acte II, v. 165 ; do courhemen, acte I, 



INTRODUCTIOX. XXIII 

V. 360, mais do gourheiiien, acte III, i\ 992; dar ger, acte 1, 
v/v. 713, 717, 719, acte II, v. 803, mais dar ker, acte III, vv. 53, 
157, 165, 175; a captivité, acte III, l\ /J6, ?7iais a gaptivite, 
acte I, i\ Î068, acte II, d. 745; o f» ieitr ))j silans, acte I, t\ 49; 
a dougan, acte II, d. ^59; me a so, acU' II, v. 544; da clewet, 
rtc^e IIL V. 173; ho bout (mot à mot : « votre étant ))), acteU, 
458; eiii peu, acte II, J52; ho goad, acte I, i;u. 200, 1042. 

Je relève ici, une [ois pour toutes, les formes qui peuvent 
être de ([uelque intérêt au point de vue de Vorthographe. 
Comme on le verra, les inêmes sons sont souvent représentés 
par des lettres diUérentes : 

Doubles et simples voyelles ne comptent que pour une 
seule; par ex. : qwita(a)t, acte III, du. 264, 314. 

Doubles et simples consonnes sont employées sans aucune 
diilérence ; par ex. : ac(c)eptin. acte I, v. 212, acte III, 
V. 469; ajis(s)an, acte 1, vv. 319, 536; une seule fois ail, acte I, 
V. 248 c, partout ailleurs, al, acte I, v. 547 ; al(l)ech, acte T, 
vv. 483. 996; an(n)ulin, acte III, vv. 620, 643; ar(r)etin, acte I, 
V. 1081, acte II, v. 807: ar(r)etet, acte I, vv. 231, 269; 
as(s)ambles, acte I, vv. 41, 762. 913; avertis(s)an, acte III, 
vv. 570. 658; bas(s)ion, acte l. v. 614. acte II, v. 281 ; cas(s)et, 
acte I, V. 147, acte II, v. 23; des(s)ein, acte I, v. 351, acte III, 
V. 147, digas(s)et, acte II, v. 169, acte III, v. 617 ; disqen(n)et, 
acte \. vv. 452, 985; el(l), acte I, vv. 80, 270; el(l)eal, acte I, 
vv. 1085, 1095; er(r), acte II, v. 484, acte III, v. 823; evel(l)en, 
acte IT. r. 104, acte III, v. 256; finis(s)a(n), acte I, v. 132, 
acte IIÎ, V. 844; gellet, acte III, v. 763, gwelet, acte III, v. 770; 
Gwilfl)arm, acte IIÏ, vv. 820, 823 ql ; has(s)uran, acte I, vv. 566, 
686: hardis(s)on, acte II, v. 706, acte IIL v. 1138; (h)ol(l), acte I, 
r. 766. acte III, v. 389 ; iia)uminant, acte I, v. 463. acte III, 
V. 798: neces(s)ite, acte I. vv. 730. 972; oferen(n)en. acte III, 
vv. 18. 87: pos(s)edin, acte II. v. 541. acte IIL v. 1067; 
rocom(m)ando, acte II, vv. 89. 536; remis(s)ion, acte I, v. 1062, 
acte III, 682: sil(l)aben, acte I, vv. 278, 962; ter(r)i(n), acte IIÏ, 
vv. 268, 756; ter(r)ibl, acte I, v. 402, acte II, v. 449; vail(l)an- 
tis, acte II, vv. 327, 348; wit(t)an, acte II, v. 209, acte III, 
V. 1026. 

La consonne nasale est tantôt écrite, tantôt omise: quel- 
quefois la voyelle nasalisée est surmontée d'un accent circon- 



XXIV INTRODUCTION. 

{lexe ; par ex. : ama(n), acte I, vv. 47, 141; ma, maii, 
acte 1, vv. 29, 470; be(z)an, bezâ, acte I, vv. 340, 918, acte II, 
V. 736; condu(in), acte I, v. 611, acte II, v. 507 ; catechis(m), 
acte I, V. S56, acte II, v. 96; finis(s)a(n), acte I, v. 132, acte III, 
v. 844; genta(ii), acte I, vv. 40, 882; henta(n), acte II, iw. 13, 
741, henta, acte I, 484 c; momaiit, acte II, v. 72, niomet, 
acte I, V. 335; scrifa(n), acte I, v. 834, acte II, v. 731; terri(n), 
acte III, vv. 268, 692; trugareca, acte I, v. 1013, tru§areqa(ii), 
acte III, vv. 371, 1150, trugareqâ, acte III, v. 1156; vet(t)a(n), 
acte 1, V. 452, acte II, v. 628. 

La spirante dentale sourde est représentée de plusieurs ma- 
nières et sans règle apparente ; par ex. : consevet, coii- 
cevet, acte I, vv. 118, 453; exaucet, exocet, exauset, exoset, 
acte 1, vv. 420, 457, 554, 987; prinset, princet, acte II, vv. 145, 
387; graç, gras, acte I, vv. 4, 868; graço, graso, acte I, vv. 228, 
465; plaç, plas, acte I, v. 1067, acte II, v. 290; spaç, spas, acte I, 
vv. 110, 84. 

Les lettres s et z indiquent le même son dans les mots sui- 
vants : abeurs, acte l, v. 500, abeurz, acte III, v. 642; asambles, 
acte I, V. 41, asamblez, v. 762; avocades, acte I, v. 497; acte II, 
V. 428; barados, acte I, v. 190, acte III, v. 1143; Belzebut, 
acte II, vv. 149, 189 a ; blawes, acte II, v. 754, acte I, v. 906 ; 
buez, acte I, v. 220, bue, v. 5; compagnones, acte I, vv. 1, 28; 
composet, acte I, vv. 7, 192; composin, acte II, vv. 240, 242; 
comso, acte II, vv. 90, 537; de(z), acte II, vv. 487, 566; dime(z)et, 
acte I, vv. 413, 426; exciis, acte II, v. 528, acte III, v. 545; 
exprès, acte I, v. 993, acte III, v. 421; Frances, acte I, vv. 13, 
775; fors, acte I, v. 1091, acte II, v. 546; gis, acte I, vv. 800, 814; 
g(ouz)out, actel, v. 244, acte II, v. 213; gwerhez, acte I, vv. 98, 
209 ; henes, acte I, vv. 286, 590 ; hwas, acte I, 1084, acte II, 
V. 486; Jacqes, acte III, vv. 816, 819 3, ; memeusament, acte I, 
V. 236, acte III, v. 73; necessite(z), acte I, vv. 730, 1006; newe(z), 
acte I, vv. 312, 516; pales, acte I, v. 126, acte II, v. 343; 
refusin, acte I, vv. 350, 656; santés, acte I, vv. 146, 774; seis, 
acte II, vv. 754, 704; visitan, acte III, vv. 20, 401 ; werhes, 
acte I, vv. 116, 1082. 

U explosive dentale, qui à la fin des mots élait probable- 
ment moitié sourde et moitié sonore, est notée tantôt par t, 
tantôt par d, par ex. : briet, acte I, vv. 380, 417 ; chaii- 



INTRODUCTION. XXV 

jamant, acte III, vv. 927, 974 ; ganet, acte II, vv. 70, 106 ; 
gant, acte III, vv. 61, 60i; goût, acte I, v. 244, acte II, u. 96; 
prélat, acte III, eu. 165, 172; salut, rtcfe I, uv. 43, 549; truga- 
reqat, acte III, vv. 355, 1131; tut, acte I, vu. .37/, 664. 

Même remarque pour les explosives labiales; par ex. : 
map, acte I, vv. 119, 381 ; pap, acte III, ru. 57, 6/; archescob, 
acfe I, v. 5, acte III, r. 1073. 

L'ortïiorjraphe française se montre par exemple dans : 
clout(e), acte I, u. 795, acte II, v. 527. 

Les explosives palatales et gutturales sourdes sont expri- 
mées par c, q ou g ; par ex. : aroq, acte I, v. 538, arog, 
acte II, V. 629; belec, acte I, u. 9/5, beleq, c/cfc III, v. 214; 
benac, acte I, vv. 413, 597; birwigen, acte L ru. 183, 41 î ; 
brezec, acte III, vv. 487, 592; bugelic, acte I, r. 727, acte II, 
u. 562; disqen(n)et, acte l, vv. 223, 985; prezec, acte III, vv. 343, 
553; trugareca, acte I, v. 1013, trugareqa, acte III, r. 371. 

La spirante labiale sonore v et w : aviel, awiel, acte III, 
ru. 487, 592; boursuiv, boursuiw, acte III, ru. 8, 394; coun, 
acte I, r. 675, cown, acte III, r. 928; deuas, acte I, u. 162, 
dewas, acte III, r. 91; biscoas, biscwas, acte I, ru. 423, 1034; 
esclav, esclaw, acte II, ru. 59, 458; ewrus, evurus, acte IH, 
vv. 3, 29; gellet, gwellet, acte III, uu. 763, 770; goad, gwad, 
rtcfe I, rr. 200, 1042; hwant, hoant, acte L rr. 25.3, 585; lewr, 
levr, flcfe I, rr. 9, 547; marw, maro, acte I, r. 950, ac«e II, 
r 113; mervel, merwel, acte I, r. 476, acte II, r. 93; nevez, 
iiewez, acte I, r. .5/2, acie III, r. 775; piou, piw, acte I, rr. 15, 
884; recew, recev, acte II, r. 555, acte III, r. 610; yaouanq, 
acte II, r. 92, yawanq, acte I, r. 341. 

La spirante gutturale sourde est rendue de trois manières:^ 
mais jamais par x. (1) A Vinitiale, par h ; par ex. : halon, 
acte I, ru. 391, 407 ; hamarad, acte III, r. 1126; hava(i)lier, 
acte I, uu. 323, 341; havern, acte III, ru. 112, 116; hwar, acte I, 
u. 274, acte II, r. 454, cf. c'hwar, acte I, r. 235; hwi. acte I, 
r. 365, cf. c'hwi, acte I, u. 455; hrouer, acte I, ru. 971, 1019; 
cf. qelen. pour ma c'helen, acte III. u. 799. (2) A Vintérieur 
des mots, par h; par ex. : pehejo, acte II, u. 116; pehet, 
acte II, u. 576; yehet, acte I, u. 396; gwelhadur, acte II, r. 177; 
gwerhes. ac?e I, u. 95, cf. werches, acte I, u. 6; arhescob, 
«c^e III, r. 516, cf. archescob, acte I, r. 5, e^ arc'hescop, acte III, 



XXVI INTRODUCTION. 

V. 1073. (3) A la (inale, par ch ; par ex. : olech, acte 1, 
r. 1035; ^aiiecli, aite T, v. 1121; awalch, acte T, v. 183, c[. 
awalh, acte 11, v. 194 ; doch, acte I, v. 369. 

L'aspiration est reportée sur le mot suivant : o heus, acte /, 
V. 646, pour oc'h eus; do hambrassin, acte l, v. 710, pour 
d'och ambrassin. 

La spirante rjutturalc sonore est notée régulièrement h : 
lianwet, acte 111, vv. 358, 516; hanavout, acte I, v. 603, acte II, 
V. 338; hano, acte I, vv. 367, 372; heiiez, acte I, vi). 590, 799; 
hini, acte I, vv. 397, 432; hirie, acte I, vv. 579, 645. 

La spirante dentale sonore : ajisan, acte I, v. 319; chan- 
jainant, acte III, v. 974; deluj, acte I, u. /05/; estranj, acte I, 
r». f/4, c/. estrang, acte I, u. y Va; jeneral, acte III, u. (îOJ, c/. 
gênerai, «c«e III, i\ 286; paj, acie I, v. 540 ?{, cf. pag, rtcfe II, 
V 621; carg, «c^e I, v. 794; sclerigen, acte III, v. 809 a, scle- 
rijen, c/c^e III, v. 587; serviger, acte I, v. 454, servijer, acte I, 
V. 435; visag, acte II, v. 814, visaj, «c^e II, v. 514; cf. goardo, 
acte II, V. 708, et goardcho, acte II, v. 709. 

Les mots qui s'écrivent de deux ou de 2)lusieurs manières, 
souvent nécessitées par la mesure, sont les suivants. Les 
formes déjà mentionnées et le simple échange de i et de y 
{comme deio, deyo) sont omis. Abeur, acte I, v. 1008; abeurs, 
devant une voyelle, acte I, vv. 500, 514, 523, devant une con- 
sonne, acte I, vv. 357, 459, 499; ar(a)hoaz, acte III, v. 1175, 
arhwaz, acte III, v. 1165; as(s)aiiibles, as(s)amblez, assembles, 
acte I, vv. 41, 311, 762, 913; balamour, balemour, acte I, 
vv. 164, 678; barados, bardoez, acte I, vv. 190, 732, 763, 803, 
acte 111, V. 1066; bepret, beprep, bopret, acte I, v. 360, acte II, 
V. 629, acte III, v. 383; bete(c), acte I, vv. 348, 818; Berhet, 
Brigida, Brigide, acte I, v. 477, acte III, vv. 102, 801 b; Bel- 
zebut, Belsebut, Belzibut, acte II, vv. 149, /89 a, acte III, 
V. 561 a ; blasphémer, blasphematour, acte II, vv. 40, 88 ; 
Creator, créateur, crouer, acte I, vv. 38, 70, acte II, v. 240 ; 
curateur, curator, acte I, vv. 623, 832 ; diganech, digenach, 
di(g)anech, acte I, vv. 29, 654, 693, acte III, v. 368; diluj, 
deluj, acte I, vv. 169, 1081 ; ene(u)m, acte I, vv. 78, 103 ; 
enemiet, enimiet, acte III, vv. 737, 1199; gouant, gouent, 
acte I, vv. 78, 132; goud, gou(zou)t, acte I, v. 244, acte 11, 
V. 213 ; havarn, havern, acte III, vv. Ilî, 116 ; hardi(a)mant. 



INTRODUCTION. XXVII 

acte I, V. 639, acte II, v. i04; houlan, houlen, acte I, vu. 172, 
196; hwezec, hwechvet, acte I, vv. 68, 474a; melancoly, melan- 
cony, acte I, v. 403, acte II, v. 45i ; memo(a)r, acte I, v. 768, 
acte II, V. 279; mon(e)t, acte I, vv. 363, 663; momant, momct, 
acte I, V. 335, acte II, v. 72 ; neme(r)t, acte I, vv. 270, 339 ; 
neiibe(ii)t, acte I, v. 600, acte II, v. 166; obeissan(t), acte I, 
vv. 360, 448; ordinal, orclinel, acte I, v. 498, acte III, v. 1044; 
otro, autro, acte I, v. 40, 253; pand(e)omp, acte I, vv. 311, 622; 
pouar, pouer, acte I, vv. 157, 597 ; posedin, acte II, v. 541, 
possidin, acte III, v. 1067; q(ii)ez, acte I, v. 661, acte III, v. 785; 
tcrrubl, ter(r)ibL acte I, v. 402, acte II. vu. 362, 449; toii((Ot, 
acte I, V. 708, acte III, v. 839. 



§ V. — La Métrique. 

Ce IMystère, de uiénie que la plupart des mystères bretons, 
est écrit en vers de douze syllabes, mais il y a plusieurs pas- 
sages en vers de huit syllabes et quelques autres de six syl- 
labes. La césure tombe assez régulièrement après la sixième 
syllabe dans les alexandrins; il n'y a pas plus d'une quaran- 
taine d'exceptions dans la pièce entière. Les vers riment deux 
à deux, mais il faut, je pense, admettre que la combinaison 
de trois ou de plus de trois vers homœorimes a été voulue par 
le poète. On trouve une suite de neuf vers qui riment entre 
eux, acte II, vv. 715-723; de cinq vers, acte II, vv. 726-730, 
acte III, vv. 379-383, acte III, vv. 1015-1019; de trois vers, acte I, 
vv. 833-835, 896-898, 1065-1067, acte II, vv. 741-743, acte III, 
vv. 189-190, 396-398, 600-602. 

Les rimes ne sont pas toujours extrêmement exactes; il y a 
cjuelques exemples de la rime riche; par exemple, acte ï, 
vv. 1017, 1018, mais je n'ai trouvé aucune trace de la rime 
intérieure. 

Quelques mots ont plus d'une valeur métrique : doue 
compte ordinairement pour deux syllabes, par exemple, 
acte I, vv. 4, 6, 52, 74, 137, acte III, v. 1070. Mais il ne semble 
avoir qu'une syllabe dans acte I, v. 69, acte III, vv. 203, 
965, etc. (Cf. E. Ernault, Dictionnaire étymologique du Breton 
Moyen, p. 275). Au pluriel, doueo a deux syllabes, acte II, 
vv. 89, 536, 573, 604, acte III, vv. 646, 688, mais trois syllabes, 



XWIII INTRODUCTION. 

acte II, V. ii08, acte \\\, vv. 599, 744. Roue compte ordinaire- 
ment pour deux syllabes, par es. acte II, v. 305. Une 
seule lois il ne semble avoir quune syllabe, acte III, v. 1070. 
Patrice compte pour deux ou pour trois syllabes; pour deux 
syllabes, acte I, vv. 152, 570, acte III, vv. 410, 1023, 1192; 
pour trois syllabes, acte I, vv. 5, 62, 124, 571, 715, 864, etc. 
Cette {orme avec Ve muet final ne peut s'expliquer que par 
une inlluence de Vorthographe française; cf. : Timandre, qui 
compte pour trois syllabes, acte 1, vv. 221, 231, acte III, 
vi\ 187, 201, et Gognomenis et sainte Tréfine, p. 37, note 5. 
bue a une syllabe, acte I, vv. 145, 894, 896, 903, acte III, vv. 117, 
847; il a deux syllabes, acte I, vv. 9, 132, 170, 897, 898, acte II, 
V. 144; ya, comme adverbe, compte pour deux syllabes, acte I, 
vv. 395, 609, 797, 828, 868, acte II, v. 550, acte III, v. 469, etc. 
(cf. la Revue celtique, tome XXIV, p. 433, Cognomcrus et 
sainte Tréfine, p. 36), mais comme verbe il ne compte que 
pour une syllabe, acte I, vv. 247, 314, 320, 456, 538, acte II, 
vv. 209, 436; puisant a deux syllabes, par ex. acte II, 
V. 549, et trois syllabes, par ex. acte II, ',m. 354, 697, 
acte III, vv. 689, 719 ; il faut Vadmettre aussi dans Cogiio- 
merus et sainte Tréfine, vv. 816, 848; gwirionfe) est fait de 
deux syllabes, acte III, vv. 1040, 1054, de trois syllabes, acte 1, 
vv. 356, 385, 486, 737, acte II, v. 545, 613; gloar a deux syl- 
labes, acte III, V. 616, partout ailleurs une syllabe, par ex. 
acte I, V. 397; cf. joa, qui semble compter pour deux 
syllabes, acte III, v. 940; eoiit(r) a une sylhibc, acte III, vv. 14, 
194, mais deux syllabes, acte III, v. 26; marw a une ou deux 
syllabes; une syllabe, acte II, vv. 47, 319, 323, etc.; deux 
syllabes, acte II, v. 113; cf. Cognomerus et sainte Tréniie. 
vv. 502, 496, 886, 942, 1017. La terminaison -ion des mots 
empruntes au français compte pour une ou pour deux syl- 
labes. Elle compte pour une syllabe dans les mots suivants : 
éducation, acte III, v. 216; comemoration, acte I, ?;. 438; inte- 
rogasion, acte II, v. 395; mais le plus souvent elle compte 
pour deux syllabes, par ex. : afection, acte I, v. 611, 
acte III, V. 293; ambision, acte II, v. 19; conlu/Jon, acte II, 
V. 315; consolation, acte I, v. 401, acte II, v. 66 ; condition. 
acte II, V. 135; contrition, acte III, vv. 40, 524; conversion, 
acte III, V. 832; dévotion, acte II, v. 74, acte III, v. 274; 



INTRODrCTIOX. XXIX 

disposition, acte III. v. 913; iluzion. acte I, v. 4S7; inclination, 
acte III, V. 1 196; instruction, acte IIL v. 285; mis{s)ion,. acte III, 
vv. 261, 299; obligasion, acte I, v. 625; ocazion, acte III, 
V. 1133; pension, acte I, v. 841; pas(s)ion, acte I. r. 614, acte II, 
vv. 113, 281, 583; permision, acte II, v. 33, acte III, vv. 172, 
31 1; procuration, acte I, v. 674; qistion, acte I, r, 535, acte II, 
V. 336, acte III, vv. 325, 327; remision, acte ]. c. 1062, acte III, 
vv. 682, 701; resolution, acte II, v. 404; union, acte I, v. 392. 
Dans les mots suivants cette terminaison a deu.i valeurs : 
nation a deux syllabes^ acte I, v. 638, acte 11, vv. 329, 644, 
647, acte III, vv. 16L 181. 666; elle a une sijllabe, acte II, v. 390; 
ÎDenediction a deu.r syllabes, acte III, vv. 26, 294, 295. 337, 
413, 546, 923; elle est [aile d'une syllabe, acte III, vv. 501, 
549; religion a deux syllabes, acte I, v. 725. acte II, v. 391 ; 
elle a une syllabe, acte I, v. 594; séparation a deux syllabes, 
acte II, i". 760, mais une syllabe, acte I. v. 692; vizion a deux 
syllabes, acte I, vv. 86, 275, acte III, v. 38 et une syllabe, acte I, 
V. 527, acte III, vv. 1046, 1055, 1058. 

Des assonances, les unes sont des sons très parents, ou 
même les diflérences sont purement graphiques, telles que 
-i : -in (70 {ois, par ex. acte I, vv. 283, 284), -a : -an (28 lois, 
par ex. acte I, vv. 285, 286), -o : -on (4 lois, par ex. acte I, 
vv. 1029, 1030), les autres sont des assonances plus ou moins 
strictes. Pour les premières, la plus Iréquente est de -et : -ed, 
dont il y a 53 exemples, par ex. acte I, vv. 501, 502. A la même 
catégorie appartiennent : -es : -ez (8 fois, par ex. acte I, 
vv. 807, 808), -as : -az (1 lois, acte III, vv. 110, 111). Pour 
l'alternance des liquides précédées de la même voyelle, la 
combinaison la plus Iréquente est : -er : el (17 lois, par ex. 
acte I, vv. 779, 780), -ar : -al (3 lois, par ex. acte II, vv. 336, 
337), -eur : -el (acte I, vv. 623, 624), -or : -ol (acte II, vv. 286, 
287). Pour les assonances de la même voyelle combinée avec 
des consonnes de diUérentes classes : -ant : -anq (Il lois, 
par ex. acte II, vv. 7/. 72), -ant : -an (2 lois, par ex. acte III, 
vv. 73, 74), -am : -an (2 lois, par ex. acte II, vv. 254, 255), 
-ad : -abl (7 lois, par ex. acte I, vv. 185, 186). -at : -abl (4 lois, 
par ex. acte I, vv. 581-582), -aj : -as (4 lois, par ex. acte I, 
vv. 931, 932); les suivantes se trouvent chacune une lois : 
-ad : -at (acte III, vv. 130, 131), -and : -ant (acte IIL vv. 607, 



XXX INTRODUCTION. 

608), -ad : -ac (acte lU, vv. 1168, 1169), -ach : -as (acte III, 
vi\ 255, 256), -ad : -ap (acte III, vv. 61, 62), -ant : -ambfac^el, 
vv. 619, 520), -ab : -acr (acte III, i)D. 9Ê/^, 994), -et : -ec foit -eq, 
1Q fois, par ex. acte II, vv. 119, 120), -ed : -ec (ou -eg, 2 fois, 
par e.r. acte I, vv. 917, 918), -ed : -ep (acte II, i^u. 380, 381), 
-ep : -et (3 /oi.s-, pay px. ac/e III, vi\ 675, 676), -em : -en (2 (ois, 
par e.r. acte III, vv. 721, 122), -ent : -emp (2 fois, par ex. acte I, 
vv. 599, 600), -einp : -ep (acte III, vv. 1110, 1111), -el : -en 
(5 lois, par ex. acte II, vv. 49, 50), -et : -ez (acte III, t)î;. 950, 
951), -er : -ez (^«cie III, vv. 390, 391), -e : -ez (5 (ois, par ex. 
acte I, vv. 989, 990); le mot baradoes (qui est le plus souvent 
écrit : barados(z) mais jamais en rime), rime toujours en -es, 
acte I, vv. 762, 763, acte III, vv. 1066, 1067; cf. E. Ernault, 
Dictionnaire étymologique du Breton Moyen, p. 223, et la 
Revue Celtique, t. XX, p. 72; -ir : -in (acte III, vv. 512, 513), 
-ij : -is (2 fois, par ex. acte I, vv. 373, 374); -op : obi (acte III, 
vv. 486, 487), -os : -och (acte I, vv. 289, 290); -ut : -ud (acte III, 
vv. 814, 815). Pour les assonances composées des mêmes 
consonnes, mais de voyelles diUérentes, on trouve : -or : -our 
(2 (ois, par ex. acte III, vv. 933, 934), -ans : -us (acte III, vv. 106, 
107), -oir : -eur (acte II, vv. 73, 74), -eur : -aer (3 (ois, par ex. 
acte II, vv. 15, 16), -er : -or (acte III, vv. 15, 16), -om : -um 
(acte III, V. 987, 988), -eut : -ed (acte I, vv. 823, 824), -et : -eant 
(acte II, vv. 147, 148), -ont : -ant (acte II, vv. 522, 523). Les 
assonances terminées par une voyelle sont les suivantes : 
-0 : -aw (5 (ois; la métrique montre que ce -o (inal doit souvent 
prononcer une semi-voyelle v, avec la couleur de o, par ex. 
acte II, V. 556, acte III, v. 1008; c(. acte I, v. 555), -e : -ew 
(acte I, vv. 949, 950), -ou : -aw (acte II, vv. 775, 776), -o : -ou 
(7 (ois, par ex. acte II, vv. 248, 249). Les assonances très irré- 
galières, et les seules qui restent, sont les suivantes; quelques- 
unes sont des (autes et ne constituent pas des assonances : 
-oué : -env (3 (ois, par ex. acte I, vv. 499, 500), -oué : -ez 
(2 (ois, par ex. acte I, vv. 409, 410), -oué : -uéz (acte II, vv. 143, 
144), -oué : -enî(acte II, vv. 761, 762j, -ue : -el (acte II, vv. 232, 
233), -wé : -ri (2 (ois, par ex. acte I, vv. 573-574), -we : -nv 
acte I, vv. 717, 718), -we {ou -oué) : -et (2 (ois, par ex. acte I, 
vv. 411, 412), -env : -te (acte III, vv. 498, 499), -enf : -te (acte ], 
vv. 129, 130), -en! : -ne (acte II, vv. 613, 614), -enf : -qq (acte III, 



INTRODUCTIOX. XXXI 

vv. 79, 80j, -env : -ne (acte III, vv. 122, '123), -se : -ié (acte III, 
vv. 723, 724), -né : -en (acte I, vv. 385, 386), -es : -ice (acte II, 
vv. 37, 38), -et : -le (2 {ois, par c.r. acte ]\ vv. 25, 26), -in : -e 
(acte iJI, vv. 75, 76), -ist : -e (acte III, vv. 695, 696), -ni : -ist 
(acte III, vv. 65, 66), -i : -ey (acte III, vv. 490, 491), -is : -y 
(acte III, vv. 455, 456), -egr : -ient (acte II, vv. 172, 173), -en : 
-arn (acte III. vv. 991, 992), -ez : -ans (acte III, rt\ 237, 238), 
-cch : -an (acte III, /062, /063;, -éal : -az fac^e III, uu. 1180, 1181), 
-ach : -as (acte I, ct\ <b'57, <§3<!:»V' "ieu : -wi ^^/c«e I, vv. 771, 772), 
-on : -aw (acte I, t'L\ 649, 650), -to : -daw f«c(e I, vv. 333, 334), 
-on : -iou (acte II, i^u. 145, 146), -o : -an (acte III, vi;. '/064, 
^06.-5j, -omp : -ew (acte I, vv. 870, 871), -i : -ur (acte III, rr. 223, 
224), -0 : -arw f^^cf^ II, vv. 600, 601), -env : -elle (acte I, 
t'u. 882-883). 



En publiant cette édition du Mystère de saint Patrice, fai 
voulu conserver le drame breton tel quil nous a été légué 
par le scribe, de sorte que le texte donné ci-après reproduit 
avec la plus grande exactitude possible le manuscrit de La 
Borderie, ainsi que toutes ses nombreuses (antes de tout 
genre. Je nai pas changé la ponctuation et fai laissé les 
majuscules et les minuscules telles qu'on les trouve dans le 
manuscrit; de même les mots réunis à tort comme : pancloch 
pour pa'n d-oc'h, mo cheux pour m'oc'h eux, pellech pom- 
pe lec'h, dech hu pour d'ec'h-hu, mameus pour me a m-eus. 
Quand je me suis permis de (aire une correction ou de réta- 
blir un vers délectueux, cela est toujours mentionné dans 
les notes. De plus, fai fait ressortir certaines analogies dans 
la terminologie technique, et dans les expressions stéréo- 
typées qui se trouvent dans les mystères suivants, mais seu- 
lement les exemples les plus frappants pour ne pas grossir 
démesurément le volume : La Création du Monde, publié 
par Vabbé Eug. Bernard dans la Revue celtique, t. IX, 
pp. 149-207, 322-353, t. X, pp. 192-211, 414-455, t. XI, p. 254- 
317: Le Mystère de sainte Barbe, publié par E. Ernault, Paris, 
1888; Sainte Tryphine et le roi Arthur, publié par F.-M. Luzel, 
Quimperlé, 1863 ; Buez Louis Eunius, Lanhuon, 1871 ; Le 
Grand Mystère de Jésus, publié par H. de la Villemarqué, 



XXXII INTRODUCTION. 

Paris, 1865; Cognomerus et sainte Tréfme, publié par A. Le 
Draz, Paris, 1904; Le Mystère de saint Grépin et de saint 
Crépinicn, publié par V. Tourneur, Paris, 1906; La Vie de 
sainte Catherine, Revue celtique, t. VIII, pp. 76-95; La Vie 
de sainte Nonne, Revue celtique, t. VIII, pp. 230-301, 406- 
491; Le Mystère des Trois Rois, Revue celtique, t. VII, pp. 317- 
357, et les extraits dans la Ghrestomathie Bretonne de J. Loth, 
Paris, 1890,. et d(i7is les Textes Bretons inédits de A. Le Braz, 
Paris, 1904. La traduction qui accomparjne le texte a été faite 
en vue de reproduire autant que possible Voriginal. 

Tai le plaisir d'exprimer ma reconnaissance à ceux dont 
fai mentionné les noms au commencement de cette prélace. 
M. Loth a eu Vobligeance de relire mon travail, et M. Le Braz, 
lors de sa visite récente aux Etats-Unis, avec une bienveil- 
lance dont je ne saurai trop le remercier, a bien voulu me 
guider dans ma traduction. J'espère que cette édition ne sera 
pas sans intérêt comme une contribution à la littérature 
patncienne et quelle contribuera quelque peu ù rhistoire du 
théâtre breton. 



BUE SANT PATRICE 



ARC'HESCOP HIBERNI 



BUEZ SANT PATRICE 

ARCHESCOB 

KENTÂ ACT 

PROLOG. 

Gompagnones santel d), leun a basiantet 
Pan dew ho madelez beau dent don gwelet 
Mar delhet o silans (2) nin a represanto 
Moienant graç Doue 0) dirac ho sperejo (^) 
5 Bue Sant Patrice archescob hiberny 

Gwir vignon da Doue a dar Werches Vari. 

Gomposet ew genimp en hon langaj breton 
Gant eur hloarec yawanq natif eus ar hanton (&). 
Diwar lewr ar vue e neus-hi composet (6). 
10 Dre eur stil so grosier en verzio brezonec. 

(1) Nous rencontrerons celte expression plus loin, acte I, vv. 1-27, 175; 
cf. aussi : 

Compagnones sanlel, yliocli eus bel modèles 
Bean deut dhon hlevet hirie holl assamhles. 
" Sainte compagnie, puisque vous avez eu la complaisance de venir nous 
entendre aujourd'hui, tous ensemble. » La Création du Monde, vv. 1. 2. 
Auditoret sanlel, mlw siipli humhlamnni 
Da continvln Iwas da vesan passiatU. 
« Pieux auditeurs, je vous supplie humblemeni de nous continuer encore 
votre patiente attention » ; ibid., vv. 1387-1 388. 

Compagnones sanlel, pan docli ol assaniblel. 

Robert le Diable. Loth, Chresiomalhie Bretonne, p. 3i('). 
Companones santel Cognomerus et sainte Tréfine, p. 44. 

(2) Cet hémistiche se trouve dans le Mystère de saint Crépin et de saint 
Crépinien, v. 873; cf. plus loin, v. 175 et acte III, v. 1. C'est de cette 
manière que l'acteur réclame le silence et l'attention de l'auditoire, comme 
dans : 

Mar reit dimp ho silans hac ho pasiantet. 



LA VIE DE SAINT PATRICE 

ARCHEVÊQUE 



PREMIER ACTE 

PROLOGUE 

Sainte compagnie, pleine de patience, 
puisqu'il est de votre bonté d'être venue nous voir, 
si vous gardez le silence nous représenterons, 
moyennant la grâce de Dieu, à vos esprits, 
la Vie de Saint Patrice, archevêque d'Irlande, 
vrai ami de Dieu et de la Vierge Marie. 

Il a été composé par nous dans notre langue bretonne 
par un jeune clerc natif du canton; 
d'après le livre de la vie (des saints) il l'a composé 
dans un style grossier, en vers bretons, 

« Si vous nous accordez votre silence et votre patience. » Cognomerus 
et sainte Tréfine, p. (>. 

Rac se, me ou supli de laquai non silans. 

<< Je vous supplie donc de garder le silence » ; ibid., p. 100. 
ou, tout simplement : Gruet silancc, «< Faites silence ». Le Mystère de 
sainte Barbe, stance 5, 

(3) Cette expression se trouve relatée dans notre Mvstère, acte I, vv. 411, 
42i, 844, 848, 891 ; acte II, v. 215 ; acte III, vv, 4, 243, 016, etc. 

(4) Cf. : Evit icpresantln dirac hou spcrcgou. 

" Pour représenter à vos esprits. » Cognomerus et sainte Tréfine, p. G. 

(5) Cf. : Vi zo tud euz ar vrô, ann holl anutn her goav. 

<< Nous sommes des gens du pays, vous le savez tous. » Sainte Tryphine 
et le Roi Arthur, p. 448. 

Tut omp d'eus ar hanton, goût a ret don doare. 

« Nous sommes, nous, des habitants du canton; vous nous connaissez )>, 
dit le Prologue, parlant des acteurs, dans le Mystt-re de la Création du 
Monde, v. 17. 

(('.' Cette ponctuation esl de trop: de même, au v. 12. Je n.' signalerai 
plus ces sortes de fautes. 



4 BUEZ SANT PATRICE. 

Hep studi nac ep stil neniert ma zew l'ormet 
Diwar eul levr bian composet en Galec. 
Asistet gant eun tad deus a urz Sant Prances 
Den savant a prudant a leun deus a lurnez. 

15 Mes allas piou on me auditoret meulabl U) 
D'à goms a eun hisloar qen caer qen admirabl 
Rac me ew ar simplan (2) a speret ma hredet 
Mar deufemp da l'azian m'hoped on escuzet ^3) 
Pardonet ahanomp mar be hopolante 

20 A nin bedo Jésus mo pardono iwe ^^K 

Me ew an hini a simplan demeus ar hanton (^) 
Rac se oll actoret me ho ped a galon 
Da houlen asistans demeus an Eternel 
Dre intercesion ar Speret Santel (6). 

(Dan dawlin.) 
25 Speret santel divin dech eneum adresan 
Da rein din ar sqient hac ar furnez breman 
Pan dew din neceser dont aman da barlant 
Dirac eur C^) compagnonez braw evel a so presant. 

Hep sicour dianech ne el den er Bed-man 
30 Donet da laret gir anezan e unan 
]\Ies mar be ho madelez donet don 
Ha bepret war ho torn donet don ^^^ 

(1) Cf. acte I, V. 184, et le Mystère de saint Crépin et de saint Crépi- 
nien, v. 2. 

(2) Cf. : Me co ar simplan den a speret, mes holl en eum doutomp, 

liac-se mar mannuomp dre Ujnorans, na fjleomp da gael apont. 
« Je suis l'homme le plus simple d'esprit ; mais tous, nous doutons de 
nos forces, c'est pourquoi s'il nous arrive de pêcher par ignorance, nous 
ne devons pas nous en effrayer, » La Création du Monde, vv. 1G3, 164. 

(3) Cf. : Rac-se, compagnones, me a houlen iscus 

Ilumblament, a galon, mar d'oun het anvo'ins. 
« C'est pourquoi je demande à la compagnie pardon humblement et du 
fond du cœur, si j'ai été ennuyeux. » La Création du Monde, vv. 1231, 1232. 

Rac-se, compagnones. m'ho pet, ma iscuset 

Iscus a honlenan, quenavo, a hentan giielet. 
« Ainsi, mes amis, je vous r)rie de ne pas m'en vouloir... Excusez-moi, 
s'il vous plaît, au revoir, à la première occasion » ; ibid., vv. 1230, 1238. 
Rac-se ho suplian, mar be ho charité, 
Da dont dlion iscusin, mar be ho polante. 
« Je vous supplie donc, faisant appel à votre charité, de nous excuser, 
si vous le voulez bien » ; ibid., vv. 1503, 1504. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 5 

sans étude et sans style, si ce n'est qu'il est formé 
d'après un petit livre composé en langue française, 
assisté par un père de Tordre de saint François, 
honnne savant, prudent et plein de sagesse. 

Mais, hélas! qui suis-je, auditeurs louables, 
pour parler d'une histoire si chère si admirable ? 
Car je suis le plus simple d'esprit, croyez-moi. 
Si nous venions à nous tromper, pardonnez-nous, je vous 
Pardonnez-nous donc, si vous le voulez bien: [prie, 

nous prierons Jésus pour qu'il vous pardonne aussi. 

C'est moi qui suis le plus simple du canton. 
Donc, tous les acteurs, je vous prie de cœur 
de demander l'appui de l'Eternel 
par l'intercession du Saint-Esprit. 

(A genoux.) 
Esprit saint et divin, à vous je m'adresse, 
pour me donner l'intelligence et la sagesse maintenant, 
puisqu'il m'est nécessaire de venir ici pour parler 
devant une belle compagnie comme celle qui est présente. 

Sans secours de vous, personne ne peut dans ce monde 
arriver à dire un mot de lui seul : 
mais, s'il est de votre bonté de venir nous seconder 
et que toujours votre main vienne nous assister, 

Anfin, compaignones, m-o pet ag o suply, 
Da gai a chavitle da dont d-on ysciisy. 
.' Enfin, compagnie, je vous prie et vous supplie d'avoir la charité de 
nous excuser. » Saint Crépin et saint Crépinien, vw 128, 129. 
Me oulen iscus a pardon deguenoh. 

Loth. Chrestomathie Bretonne, p. 300, 
la Tragédie de saint Alexis. 
(4) Cf. : Pardonet ahanonip, mar he ho polante. 
Ha nin a bedo Jésus, m'ho pardono ive. 

La Création du Monde. \'\\ l(i5. IGO. 
(r>\ II faut, je pense, lire dans le second liémisticlie : siniplan deus ar 
hanton. L'article est sous-entendu avec s'unplan. 

Q L'hémistiche n'a que cinq syllabes. On peut supposer : deus ar Speret 
f^antel. 

(7) Doit être supprimé, pour la mesure. 

(8) Le texte est manifestement défectueux. On peut supposer quelque 
chose comme : 

Mar be ho madelez donet don zegondin 
Ha bepret war ho lorn donet don soutenin. 



6 BUEZ SANT PATRICE 

Me gred me a rento fête contantamant d) 
Dar re père a \vo eiio lias pasiant. 

35 Me rey contantamant cla qement a vezo (2) 
Rac se ol actoret pandoch war ho dawlin 
Deut ol gant eur wez (3) da houl asistans din. 

A donet da gana ar Veni Creator 
En gloar ha meulody da hon gwir Redemptor 
40 An otro an Escop a bedan da gentan 
Ha nin ol asambles a dey de asistan (^). 
{Veni Creator, etc.) 

Breman asistantot me disclerio pen da ben 
Ilac a rent ar salud qenta dar Veleien 
Ha neuze em be hoant mam be an eloqans 
45 Da rentan ar salud asambles dan noblans. 

Diouzoch Beleien a noblans e tepant 
Audians qement den a so aman presant (5) 
Dre ho exemplo mad e raint dach (6) audians 
Hac an ol a deuio da presta Silans. 

50 Neuze en gênerai ar Salud me a rent 

Da qement so presant nac otonet en hent 

Bezet ol atantif (7) a nin bedo Doue 

Ma teuet da imitan en antier ar vue. 

Qement se ew hon but hac hon intantion 
55 Graç dech-ol a dimp-nin do heuil enpep feson. 

(1) Cf. : Nin a rei hon possipl gant ar gras a Doue, 

Evit rentin contant spercfo pep-hinin. 
« Nous mettrons noh^e peine avec la grâce de Dieu, pour vous contenter 
les uns et les autres. » La Création du Monde, vv. 18, 19. 
Pep hiny a esper contantin c spérct. 
<< J'espère satisfaire l'esprit de tout le monde. » Robert le Diable. Loth, 
Chrestomattiie bretonne, p. 346. 

Rac se, compagnones, beset ol passiant. 
Assuret, mar giiellomp, ô po contentamenl. 
« Donc, que la compagnie soit patiente. Assurément, si nous le pouvons, 
vous serez contents »; ibid., p. 349. 

(2) Ce vers ne rime avec aucun autre. 

(3) Lisez, pour la mesure : an ol. 

(4) Toute représentation connnençait ordinairement par un Veni Creator, 
Cf.; 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 7 

je crois que je donnerai aujourcrhui du contentement 
à ceux qui se tiendront à leur place, patients. 

Je donnerai du contentement à tous ceux qui seront là. 
Donc, tous les acteurs, puisque vous êtes à genoux, 
venez tous à la fois, demandez assistance pour moi. 

Et venez chanter le Veni Creator 
à la gloire et à la louange de notre vrai rédempteur. 
C'est Monseigneur l'évèque que je prie en premier lieu, 
et nous tous ensemble nous viendrons l'assister. 

{Voii Crealov, etc.) 

Maintenant, assistants, j'expliquerai (la pièce) d'un bout 
je donne le salut, en premier lieu, aux prêtres, [à l'autre; 
et ensuite je voudrais avoir l'éloquence 
de rendre en même temps le salut à la noblesse. 

De vous, prêtres et noblesse, dépend 
l'audience de tous ceux qui sont ici présents; 
par vos bons exemples ils nous prêteront attention 
et tous viendront à prêter leur silence. 

Ensuite, en général, je rends le salut 
à tous ceux qui sont présents et qui sont en chemin (pour 
Soyez tous attentifs et nous prierons Dieu [venir), 

que vous veniez à imiter en entier la Vie. 
Tel est notre but et notre intention. [toute façon. 

Puissiez-vous tous, et nous mêmes, suivre (cet exemple) en 

Mes kciil l'iit liuuinaus dizhleiia ar vue, 
E renkomp a ualun (loulenn sïkour ann Ee, 
Hag ev'it reï grosou da Zoue, hag enor, 
E fell iVui vc kanet ar Veni Creator. 
'< Mais avant de couiniencer la représentation de cette vie. nous devons 
de bon cœur implorer lassistance du ciel, et, pour rendre à Dieu grâces 
el honneur, je veux qu'on chante le Veni Creator. » Sainte Tryphine et le 
Roi Arthur, p. 4. 
(5) Cet hémisticlie se rencontre aussi acte I, v. 37b!, acte III. v. G5i. 
(G) Je crois que le sens demande : d'imp que j ai traduit. 
(7) Cf. : lia veset atanlif ma hellet em chleuct. 

« Soyez attentifs si vous voulez m'entendre. » Le Mystère de saint Cré[)in 
et de saint Crépinien, v. 4. 

Beset oïl altantif ina hellet en chleuel ; ibid.. v. 127. 
Beset ull ulanti((, a chuy voello brenian ; ibid., v. 1007. 



8 BUEZ SANT PATRICE. 

Me ia en hano Doue da gomans expliqan 
An ténor en substans demeus hon act qenta (D 
A demp en ber amzer niar qeret am credin 
Bete an Enezen hanwet an hiberny 
60 Ma teuer deus an Env memeus da cultivan 
E (2) pehini e produ froez an exelantan. 

Me fel din lavaret penos Sant Patrice 
A qemer an nesans hac inspiret iwe. 
Ebars cr vilajen er vro deus a eis cant 
65 En tu al da vro saoz herwe ma santimant 
Presantet vezo dacli evel eun den yawanq 
A dre ma zew fontet gant eun doctor savant. 

Dan noad a hwezec via en defoe bolante (3) 
Da ober veuda Doue deus e virjinite 
70 Créateur ar Bed-man (^) carget a garante 
Da e kanadurien a responlas war se 
Ewa e bolante ma vije dimezet(5). 

Quenta e renqe dont da ober orezon 
Da bout digant Doue e inspiration 
75 lia dont da ober veu deus a virjinite 
Ebars en eur cambr (6) retiret a goste 
Ober C?) reflexion war danjurio ar Bed 
Da vonet er gouent eno enem resolvet. 

War se incontinant en pales an Drindet W 
80 Ew an EU Gabriel prontamant deputet 
Da disqen en e cambr ewit e saludin 
Me neum opos de veu ma renqe dimizy 
Da eun dimezel yaoûanq en defoa antretenet 
Er spa a bewar (9) bla gant henor a respet do). 



fl) Cf. acte II, V. 125. 

(2) Ce mot semble de trop. 

(3) Il s'agit de Timandre, père de Patrice. Il y a ici un cliangement 
brusque de sujet ef, de plus, toute cette partie de la pièce est pleine 
d'obscurités dues à la condensation de la pensée. 

ri) Cf. acte III, V. 356. 

f.5l Ce vers ne rime avec aucun autre. 

(6) Le premier hémistiche est trop court d'une syllabe. 

(7) Il manque ici une syllabe. 



LA ^^E DE SAIXT PATRICE. U 

Je vais, au nom de Dieu, commencer à expliquer 
la teneur, en substance, de notre premier acte. 
Et allons, en peu de temps, si vous voulez me croire, 
jusqu'à rîle nommée Hibernie 
que Ton vient même du ciel cultiver, 
et qui produit des fruits des plus excellents. 

J'ai dessein de dire connnent saint Patrice 
reçoit la naissance et est inspiré aussi 
dans un village dans le pays de Huit cents 
de l'autre côté de l'Angleterre, selon mon sentiment. 
Il vous sera présenté comme un jeune homme 
qui est élevé par un docteur savant. 

A l'âge de seize ans il eut volonté 
de faire vœu à Dieu de sa virginité. 
Le Créateur de ce monde, plein d'amour, 
répondit à ses messagers 
que sa volonté était qu'il fût marié. 

D'abord il voulait faire une prière 
pour recevoir de la part de Dieu son inspiration 
et faire vœu de sa virginité. 
Retiré à côté dans une chambre « 

il fit des réflexions sur les dangers du monde: 
il résolut d'aller au couvent. 

Innnédiatement après dans le palais de la Trinité, 
l'ange Gabriel est promptement député 
pour descendre dans sa chambre et le saluer. 
^en disant que Dieu) s'oppose à son vœu et qu'il doit se marier 
à une jeune demoiselle qu'il avait élevée 
dans l'espace de quatorze ans avec hormeur et respect. 



(8) Cf. plus loin \-. 12(3 et ndc UT. v. WS, et le ^h•slè^e de suinl Crépiii 
ef de saint Crépinien, v. 1755. 

(0) .Te suppose que heuar doit se eoi-ri.aei- en harzric. (|ut^ jai traduil. 

(10) Cf. acte I, w. 02, 249, 549, 102i: acte II, vv. 178, 532, 70i: acte III, 
vv. 9, 33. 145, 148, 321, .359, etc.: An Fumes ac ar Jnurin, v. 99, Revue 
celtique, t. XXI\', p. 2()H; les Vers Bretons de .1. Cadec, Revue reltique, 
t. XX. p. 00: Tryphine et le Roi Arthur, p. 300: .1. Loth, Clirestoinathie 
brelonne. p. 350: cf. ibid. : gant respect ha enor. 



10 BCEZ SANT PATRICE. 

85 Neuze an deii saiitcl a ra réflexion 
War ar wes admirabl a war e vizion 
llac c lar ma Doue ho polante beet groel 
Ewit (1) ho gloar c soulrin ar martir a geret. 

liac vont prontamant da bedi ar viqer 
1)0 Ewit nionet gantan da houl an dimezel 
A ma heont o daw prontamant de hafet 
De gonlen ous e breur gant henor a respet. 

Pehini wa contant a joaus deus a se 
Mes hy a lar edefoa groet (2) veu a virjinite 
95 Mes (3) pa taras Timandre penos wa inspiret 
Eteujout a bep tu da vont rejouiset. 

Anonsin a eure ({ement-se de vestres 
Ewa en e desein iwe bean gwerhes 
Eur miracl a natur hac ar vertuusa 
100 Qen scier evel an heaul a weler oparan. 

zut a bep coste a we rejouiset 
welet defoa hoant deneum geineret 
Ma cwitajont peb tra ewit eneum rentin 
En templ directamant ewit eureujin. 

105 Demarchet, lectourien nep en deus an talant 
Da hout len ep mui qen mar en pratiq gant hoant 
Penos eteu Doue dar liouls mar plij gantan 
Da tretin prontamant e vignonet brassan. 

Goude bout dimezet an dut vertuus-man 
110 Eweint ar spaç a benip bla ep ma plijas gantan 
Co operin do desein da rein de bugale 
Arvez a wa estrang ebars en o hontre. 

En eur hars a rejont gant eur basiantet 
Ar haqejo estranj deus ar vabillardet 

(1] Lisez, pour la mesure : 'tvil. 

(2) Il faut, je pense, rétablir ainsi rhéniisticlie : Mes hy lar e doa groel. 
Groei [ = grêt) ne compte que pour une syllabe, par exem})lc aux vv. SôO, 
600, etc. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. li 

Alors, le saint homme fait réflexion 
sur la voix admirable et sur la vision; 
Et il dit : a Mon Dieu, votre volonté soit faite; 
pour votre gloire je souffrirai le martyre que vous voudrez ». 

Et il va promptement demander à un vicaire 
d'aller avec lui demander la demoiselle; 
de sorte que ces deux allèrent promptement la trouver, 
et la demander à son frère avec honneur et respect. 

Celui-ci était content et joyeux de cela, 
mais elle dit qu'elle avait fait vœu de virginité. 
Quand Timandre dit de quelle façon il avait été inspiré, 
ils se réjouirent chacun de leur côté. 

On annonce cela à son amante, 
comment son dessein avait été de rester célibataire. 
On vit se produire un miracle de nature et le plus vertueux, 
aussi clair que le soleil quand on le voit paraître. 

Leurs parents de chaque côté furent réjouis 
de voir qu'ils avaient envie de s'épouser, 
de sorte qu'ils quittèrent toute chose afm de se rendre 
directement au temple pour leur mariage. 

Remarquez, lecteurs, — ceux (d'entre vous) qui ont le talent 
de savoir lire sans plus, s'ils le pratiquent avec goût, — 
comment Dieu vient, à l'heure qu'il lui plaît, 
à traiter promptement ses plus grands amis. 

Après que ces gens vertueux se furent mariés, 
ils furent l'espace de cinq ans sans qu'il lui (c.-à-d. Dieu) plût 
de coopérer à leur dessein en leur donnant des enfants, 
C'était une honte extrême dans leur contrée. 

Ils endurèrent avec patience 
les caquets violents des babillards. 



(3) A SLippriiiiei'. pour ki mesure. Tunandre compte titajours pour trois 
syllabes. Noir rintrodiiclion. 



J^ BUEZ SANT PATRICE. 

115 Mes gant iiiui a ferveur e suplient Doue 

Jésus hac hac ar Werhes do sellet a drue {sic) 

Anliii pa gafas prest au dewez exoset 
Ho fedeu pa wa just meu deus bet consevet 
Eur uiap a p'en ganas a lare pep hini 
120 Ewa eun Eli brillaut o paran en o zy. 

An Eie eneum gai" da gana meulody 
En gloar hac en henor da Jésus ha Mary 
Ha gant rejouisans a pep solanite 
Ezew bet badeet a hanwet Patrice. 

125 Lez-hano evurus a so eternizet 

Dre ar gurun a gloar en palez an Drindet 
Gompagnonez santel aman consideret. 
Ar pes a eruas entre an daw bried. 

Qen estlamet int bet o daw abeurs an Enf 
130 Da cwitad ar Bed-man hac emondanite (D 
Ma rejont veu o daw dre wir gonsanta niant 
Da vont dafinisa o bue dar gouant. 

Na ne us calon qen cri nac iwe qen calet 
Na dlefe jeniissâ otonet do gwelet 
J35 seuil eur milion denieus a o daero 
Pa wa an disparty evel gwir briedo. 

Protector ar Bed-nian Doue ol buisant ('^) 
En ho carg e lezan ar hrouadur yawanq 
Eman antieramant en ho protection 
l'iO Dre se e credan ferni ho po compasioii. 

Ama e remerqan canvo aiidisparti 
Etre e dut hac e gèrent père en qiri 
O welet bugel yawanqic hwas ennoad 
() welan o criai ^^arlerch niam warlcTch tad. 



(1) Cf. AV. 780, 87:1 cl nclc III. v. 270. 

(2) Cf. acte III, vv. 90, 139; Vie de rAnlcchrist el Jugement Dernier 



LA VIE DE SAIXT PATEICE. 13 

xMais avec plus de ferveur ils suppliaient Dieu, 
.Jésus et la Vierge de les avoir en pitié. 

Enfin, quand il trouva que le jour était venu d'exaucer 
leur prière, puisqu'elle était juste, elle conçût 
un fils, et quand elle le mit au monde chacun disait 
que c'était un ange brillant apparu dans leur maison. 

Les anges se rassemblent pour chanter louanges 
à la gloire et à l'honneur de Jésus et Marie. 
Et avec réjouissance et toute solennité 
il a été baptisé et nommé P.\trice. 

Surnom heureux qui est éternisé 
par la couronne de gloire dans le palais de la Trinité. 
Compagnie sainte, considérez ici 
ce qui arriva entre les deux époux. 

Tous deux ont été si entraînés par le ciel 
à quitter ce monde-ci et sa mondanité, 
qu'ils firent vœu, tous deux, par \rai couscutement, 
d'aller finir leur vie au couvent. 

Il n'y a pas de cœur si cruel ni non plus si dur 
qui ne devrait gémir en venant à les voir 
verser un million de leurs larmes, 
quand vint leur séparation comme vrais époux. 

« Protecteur de ce monde-ci. Dieu tout-puissant, 
à votre charge je laisse cette jeune créature, 
elle est entièrement en votre protection; 
Ainsi donc je crois ferme que vous en aurez compassion. » 

Ici je remarque le deuil de la séparation 
entre ses gens et ses parents qui l'aimaient 
voyant leur tout jeune enfant, encore en bas âge 
que je vois pleurer après la mère et après le père. 



A. Le Braz, Textes Bretons inédits, p. 14; le Mystère de saint Crépin et 
de saint Crépinien, v. 592: la Revue celtique, t. XXV. p. 308. 



14 



BUEZ SANT PATRICE. 



145 E a finis e vue en couent Sant Prances 
Hi en Santés Glaira en relijiuzes 
map a we caset da dy n'otro Viqer 
Ehe (1) entreze ewit bout pansioner. 

Hac e vevo qen couls ma vezo subsbantet 
150 Pan dew ewit ho gloar ezew abandonet 
Doue ne vanq james dan nep a fi onna 
Ma cas eta Patrice da dy eun eont dean. 

Pehini en magaz en soegnas en e dy 
Hac evel e vap propr eteui den instruin 
155 Ar Viqer a sonje en instruin crfat 

Hac e rent en yawanq da veza den capabl. 

Bolante Doue we rein ar pouar dean 
Da ober miraclo dan noad deus a hwech via 
Rein a ra ar gwelet dre vertu sin ar groas 
160 Da eun den a wa dal abawe pemzec vlas. 

Neuze an hiberny a wa qen conqeret 
Gant eun doluj (2) a deuas deus a erch fontet 
Ma zeint ol da gol a tiez a mado 
Doue a wa fachet balemour do hrinio. 

165 Ar wes demeus ar bopl a deu da suplian 

Gwir vignon da Jésus (3) da houl pardon oiitan 

Demeus an olgrimo o defoa cometet 

Hac evel eur gwir vap ezew bet exoset 

Gant Doue dre e graç an diluj so cesset 
170 Ar vue ar mado a so bet conservet. 

Qent ewit fmisan ezew ret din laret 
Hac e houlan excus ewit an actoret 
Mar deuint da trclatan (^) na da vezan troublet 
Balamour da Doue m'hoped bon excuzet (&). 

(1) Il faut suppléer ne, pour la mosuro et liro : ne clic enlrcet. 

(2) Le premier hémistiche est trop court, d'une syllabe. Je suppose que 
le mot, qui manque est eriiel ; .cî. v. 1081. Le second hémistiche a deux 
S3'llabes de trop. Supprimez les deux a. 

(3) Cf. plus haut, V. C. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 15 

Lui il finit sa vie dans le couvent de Saint François, 
elle à Sainte Claire comme religieuse. 
Leur fils fut envoyé à la maison de monsieur le vicaire, 
et il y est entré pour être pensionnaire. 

Et il vivra aussi bien que s'il avait été nourri (par ses parents) 
puisque c'est pour votre gloire (la gloire de Dieu) qu'il a été 
Dieu ne manque jamais à celui qui se fie en lui. [abandonné. 
Et il envoie donc Patrice à la maison d'un oncle à lui. 

Lequel le nourrit et le soigna dans sa maison 
et comme son propre fils il viendra à finstruire. 
Le vicaire songeait à le bien instruire 
et il le rend tout jeune un homme capable. 

Ce fut la volonté de Dieu de lui donner le pouvoir 
de faire des miracles à l'âge de six ans. 
Il rend la vue par la vertu du signe de la croix 
à un homme qui était aveugle depuis quinze ans. 

A ce temps-là l'Hibernie était tellement ravagée 
par un déluge provenant de la neige fondue 
qu'ils venaient tous à perdre maisons et biens. 
Dieu était fâché à cause de leurs crimes. 

La voix du peuple vient supplier 
le vrai ami de Jésus de lui demander pardon 
de tous les crimes qu'ils avaient commis 
Et comme un vrai fils il a été exaucé 
par Dieu; par sa grâce le déluge a cessé, 
les vies et les biens ont été sauvés. 

Avant de finir, il faut que je dise : 
et je demande excuse pour les acteurs; 
s'ils viennent à perdre la tête et à être troublés, 
pour l'amour de Dieu, je vous prie, excusez-nous. 

(4; « Trclalin, en trégorrois, c'est « perdi-e l'esprit ». A. Le Braz, Cogno- 
morus et sainte Tréfme, p. IIG, note 1. 

(5j Comparez avec ce quatrain les vers suivants du prologue de Robert 
le Diable. .1. Loth. Chrestoiiiatliir bretonne, pp. .S-4S, 349 : 

Quent poursuy dauantag émeus ehoanl du houlen 
Iscus en gênerai euit an actorien. 



10 BUEZ SANT PATRICE. 

175 Compagnones santel iiiar delhet lio silans U) 
Nin a represanto ebars en ho presans 
Qernent a meus laret mar be contant Doue 
Rein an asurans dimp da resistan hirie. 

Dre eun nombr actoret nin a represanto 
180 Qenient ameus laret ebars en ber goniso i^) 
Ar re se a reyo gwel ewit a meus groet 
Iscuz auditoret m'ho ped continuet. 

Birwiqen nam be sur awalch a eloqans 
Auditoret meulabl da goms en ho presans 
185 Rac se ho trugare demeus a galon vad (3) 
Deus ho pasiantet evin dech redevabl. 

Rac-se ho suplian da rein dan actoret 
Ar memeus odians oheus dime roet 
A nin a bedo oll ar Sent hac an Ele 
190 Ma neum gwelomp eun de en Barados Doue. 

Ar vue an histoar deus a Sant Patrice 
A so er blawez-man compozet a neve ('i) 
Rac-se compagnones mar deut da remerqin 
Nep ereur er verzio humblamant m'ho siipli (^) 
195 Da gemeret égard d'hon incapacité 

A me houlen pardon deus ma zemerite. 

Salud. Reverans. 

Fin dar hcnta proJoc. 



(1) Cf. : Rac se me ho suply, da dcrhel Jw silans. 

« Or, je vous supplie de garder le silence »; Und., p. 34U. 

(2) Cf. : Ebars en ber comso ; ibid., p. 349; Ebars en ber langag ; ibid., 
p. 347; En langacli ber, Buez Louis Eunius, p. .50; plus loin, acte II, v. G43. 

(3) Cet hôniisliche est répété, acte II, vv. 120, 443; acte III, vv. 62, 271, 
1186. 

(4) Cf. : Ebars er bla presant hon deus- M composet. 

« Cette pièce a été composée par nous, dans le courant de l'année. » 
La Création du Monde, v. 23. 



LA VIK DE SAIXT PATRICK. 17 

Compagnie sainte, si vous gardez le silence, 
nous représenterons en votre présence 
tout ce que j'ai dit, si Dieu veut bien 
nous donner la force de résister aujourd'liui à la fatigue). 

Avec un nombre d'acteurs nous représenterons 
tout ce que j'ai dit en peu de mots. 
Ceux-là feront mieux que je n"ai fait. 
Continuez de nous excuser, auditeurs, je vous prie. 

Jamais je ne saurais avoir sûrement assez d'éloquence, 
auditeurs louables, pour parler en votre présence. 
Je vous remercie, donc, de bon cœur, 
je vous serai redevable de votre patience. 

C'est pourquoi je vous prie de prêter aux acteurs 
la même attention que vous m'avez prêtée; 
et nous prierons tous les saints et les anges 
que nous nous voyions un jour dans le paradis de Dieu. 

La vie et l'histoire de saint Patrice 
ont été cette année-ci tout nouvellement composées. 
Donc, compagnie, si vous remarquez 
quelque erreur dans les vers, je vous supplie humblement 
d'avoir égard à notre incapacité, 
et je demande pardon de ma témérité. 

Salut, révérence. 

Fin du premier prologue. 



(5) Cf. : Hac a bel umhlamnnt qunment don en lenno 
Da yscusin ar (oito a su en ne verio. 

« Et il (l'auteuri prie humblement quiconque lira son œuvre d'excuser 
les fautes que contiennent ses vers. » Vie de saint Pierre et de saint Paul. 
A. Le Braz, Te.ites Bretons tn(}dits, p. 13 : Le Théâtre Celtique, par le 
même, p. 439. 



18 DUEZ SANÏ PATRICE. 

KENTÂ ACT 

KENTA SCENEN 
TIMANDRE, e unan. 

-A 

Doue éternel (D infinit puisant 
Ahanoch e tepant an ol antieramanL 
Hwi dre ho madelez (2) e neveus on crouet 
200 Gant ar bris deus ho goad (3) precius hon prenet 
Dre se ta ma Doue pan doch qen abondant (^^) 
Da donet da souten an ol egalaniant 
E die donet ep mar iwe peb gwir Gristen 
D'adorin ho crandeur ho carante suprem 
205 Mes allas ma Doue contrel do hadorin 
Me peher detestabl a deu do hofansin. 
Drese ehoulenan deus a greis ma halon (s) 
Pardon deus ma hrimo a indignation 
Gwerhez sacr a santel gwir vam a burete 
210 Me ho ped instamant da vezâ em hoste 
Ewit dre ho taw dorn ma hillin presantin 
En ofrans dan Envo mar deu da aceptin 
Ha presantin do map ma gwir virjinite 
An ofrans a houlan Gwerhes santel ew se 
215 Dre mo heus prometet e vezo recevet 
Ebars er Barados an dut chast a Speret 

Mar dew dech agreabl gwelan ewit ho gloar 
Soufrin a bep sort poan qeit vin war an Douar 
Er gouent hac en urz demeus a Sant Frances 
220 Emeus hoant fmisan ar rest deus ma buez (6). 

DOUE-AN-TAD 

Me a glew Timandre ebars en orezon 
Garget a biete hac a dévotion 

n) Le même hémistiche se trouve dans le Mystère de saint Crépin et de 
saint Crépinien, v. 470. 

(2) Cette expression se trouve pUis loin v. 408 et acie II, v. 753. 

(3) Cf. acte I, v. 1042 et : 

Po ch-eus on redimet gant o coat presius. 

Le Mystère de saint Crépin et de saint Crépinien, v. 1778. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 19 

PREMIER ACTE 

SCÈNE PREMIÈRE 
TIMANDRE, seul. 

Dieu éternel, infini, puissant, 
De vous dépend tout entièrement. 
C'est vous qui par votre bonté nous avez créés, 
au prix de votre sang précieux, vous nous avez rachetés. 

C'est pourquoi, donc, mon Dieu, puisque vous êtes assez 
pour soutenir tout le monde également, [généreux 

tout vrai chrétien doit sans doute 
adorer votre grandeur, et votre amour suprême. 

Mais, hélas! mon Dieu, au lieu de vous adorer, 
moi, pécheur détestable, je viens à vous offenser. 
Aussi, je demande du fond de mon cœur 
pardon pour mes crimes indignes. 

Vierge sainte et sacrée, vraie mère de pureté, 
je vous prie instamment d'ôtre à mon côté, 
afin que, par vos deux mains, je puisse présenter 
en offrande au ciel, s'il l'accepte, 

et présenter à votre Pils ma vraie virginité. 
L'offrande que je veux vous faire, sainte Vierge, la voilà, 
parce que vous avez promis que seront reçus 
dans le paradis les gens chastes d'esprit. 

S'il vous est agréable, j'ai l'intention, pour votre gloire, 
de souffrir toute soile de maux aussi longtemps que je serai sur 
Dans le couvent et dans l'ordre de saint François [la terre, 
j'ai envie de fmir le reste de ma vie. 

DIEU LE PÈRE 

J'entends Timandre en oraison, 
chargé de piété et de dévotion. 



(i) Ahondanl,, dans le sens de « généreux » se trouve aussi aete ni,v.515. 

(5) Celte phrase explélive est d'un usage très fréquent pour faire un 
hcmisticlie; par exemple, aete I, vv. 324, 391, 450, -400. 

(0) Cet hémistiche se rencontre aussi acte I, \^. GIO, G02: ac'e II, vv. 144, 
551, etc. La forme buez est exigée par la rime. 



20 BUEZ SANT PATRICE. 

Disqenet Gabriel het prest betec enan 
Ha leveret dean penos sur en caran 
225 Ha leveret dean émeus gourheinenet 
Terri ar veu a ra ha qemeret pricd 

GABRIEL 

Me a ia ma Doue hac a ray dilijant 
Moyenant o graso ho ol gomandamant 
Me lavaro dean oheus gourhemenet 
230 Terri ar veu a ra a qemeret pried. 

(ous Timandrc.) 
Timandre aretet clewet ev^ ho peden 
El lez celestiel gant an Tad éternel 
Deut on da laret dech en deus gourhemenet 
Terri ar veu a ret a qemeret pried. 
235 C'hwar an otro ar homt d) honez so des tin et 
En Ew memeusamant ewit bout ho pried 
Rac se groet otever me meus groet ma hini 
Peuch Doue da vezo a genech a gant hy. 

(an Eli cwit.) 
TIMANDRE 

Eur v^ez a meus clewet so qen melodius 
240 Emeus clewet en êr qen dous qen gracius 

Hac en deus laret din abeurs ar gwir Doue (2) 

Nen dew qet agreabl ma veu a chasteté 

Dre se ezew ret din consultin qement-se 

Gant an otro Viqer ewit goût e dware 
245 Henez a so discret hac a gle ma qelen 

A me obeiso iwe de gourhemen 

Me ya ractal de dy da bout a men café 

Rezon ew din sentin pa gomand ma Doue. 

SCENEN DIWET 
(Ar viqer dre eur pen, Timandre dre eur pen-all.) 

TIMANDRE 

Me ho salud otro gant henor a respet 
250 Doue d'ho conservo en peuch hac en yehet 

(1) Le scribe avait d'abord écrit sont qu'une main plus récente a corrigé 
en homt. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 2i 

Descendez, Gabriel, allez promptement jusqu'à lui 

dites-lui que sûrement je l'aime: 

et dites-lui que je lui ai recommandé 

de rompre le vœu qu'il fait et de prendre feunne. 

GABIUEL 

Je vais, mon Dieu, et ferai, diligent 
moyennant vos grâces, tout votre commandement. 
Je lui dirai que vous lui ordonnez 
de rompre le vœu qu'il fait et de prendre femme. 

(à Tiinandre.) 

Timandre, arrêtez, votre prière a été entendue 
dans la cour céleste par le Père Eternel. 
Je suis venu vous dire qu'il vous a commandé 
de rompre le vœu que vous faites et de prendre pour femme 
la sœur du seigneur comte; c'est celle-là qui est destinée 
même dans le ciel à être votre épouse. 
Donc, faites votre devoir; j'ai fait le mien. 
La paix de Dieu soit et avec vous et avec elle. 

(l'ange s'en \a.) 
TIMANDRE 

J'ai entendu une voix qui est si mélodieuse; 
je l'ai entendue en l'air, si douce, si gracieuse; 
et elle m'a dit de la part du vrai Dieu 
que mon vœu de chasteté n'est pas agréé. 
Donc, il faut que je discute là-dessus 
avec Monsieur le vicaire pour connaître son sentiment. 
Il est discret et il doit me conseiller, 
et j'obéirai aussi à son commandement. 
Je vais tout de suite chez lui savoir si je le trouverai. 
J'ai lieu d'obéir quand commande mon Dieu. 

DEUXIÈME SCÈNE 

(Le vicuiif par un buiiL Timandre pai- un autre bout.) 

TIMANDRE 

Je VOUS salue. Monsieur, avec honneur et respect. 
Que Dieu vous conserve en paix et en santé. 

[2} Cf. le premier iiémi.'^iiche du v. 2G1 et le second du v. 271. 



22 BUEZ SANT PATRICE. 

Pel so emoa dezir cla gavet an heiior 
D'ho gwelet en ho ty mar am be ar faveur. 

AR VIQER 

Autro an henor so tout afet em hoste 
Ho servi jer humbl d) on qeit a ma mo bue 
255 Mar comanclet netra a gement a allen 
Me deui fidelamant dober ho gourhemen 
Tremenomp er salon de neum antretenin 
Me meus cals a henor ous ho gwelet em zy. 

TIMANDRE 

(en eui* boiirmen.) 
Autro hon qistion on deus da goncluin 
260 Genech mar permetet so bet revelet din 

Abeurs ar gwir Doue nemert na (2) ven tromplet 
Pe dre iluzion egaret ma speret 

Qement se a ra din bezan deut do cafet 
Da glewet ho havis war ar pes so hwarvet 
265 Me ia mar permetet da gontan pen da ben 
Qement so tremenet bete eur Sillaben 

Antreprenet am boa presantin da Doue. 
Ma horf a ma gwerchdet bete fm ma bue 
Pa wan en creis ma veu ezon bet arretet 
270 Gant eun El deus an Env nemet na ven troublet 
Hac en deus laret din abeurs ar gwir Doue 
Ne wa qet agreabl ma veu a chasteté (3) 
Hac en deus laret din qemeret da bried 
Hwar an otro ar homt chetu gement so bet. 
275 Chetu aman antier ténor ma vizion (^) 
Rac-se reit o havis m'ho ped a wir galon. 

AR VIQER 

Autro ma avis-me (5) so conform pen da ben 
D'ho révélation bete eur Silaben 
Doue en qement-se a gle bean meulet 
280 Bemde e favoris nep a deu de garet 

(1) Cf. V. G34. 

(2) Il faut sans doule lire : ma. 

(3) Nous avons rencontré cet héinislichc plus haut, v. 242. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 23 

Il y a longtemps que j'avais désir d'avoir rhonneur 
de vous voir en votre maison, si j'en avais la faveur. 

LE VICAIRE 

Monsieur, Thonneur est tout à fait de mon côté. 
Je suis votre humble serviteur aussi longtemps que je vivrai. 
Si vous commandez rien qui soit en mon pouvoir, 
j'exécuterai fidèlement votre commandement. 
Passons au salon pour nous entretenir 
Ce m'est beaucoup d'honneur de vous voir chez moi. 

TIMANDRE 

(se promenant.) 

Monsieur, la question que nous avons à résoudre, 
avec vous, si vous le permettez, m'a été révélée 
de la i^art du vrai Dieu, à moins que je ne me trompe, 
ou qu'une illusion ne m'ait égaré l'esprit. 

Voilà ce qui m'a fait venir vous trouver, 
pour entendre votre avis sur ce qui est arrivé : 
je vais, si vous le permettez, raconter d'un bout à l'autre 
tout ce qui s'est passé sans omettre une syllabe. 

J'avais entrepris de présenter à Dieu 
mon corps et ma virginité jusqu'à la fm de ma vie. 
Pendant que j'étais au milieu de mon vœu j'ai été arrêté 
par un ange du ciel, à moins que je n'aie eu l'esprit troublé, 
et il m'a dit de la part du vrai Dieu 
que mon vœu de chasteté n'était pas agréé. 
Et il m'a dit de prendre pour femme 
la sœur de Monsieur le comte. Voilà tout ce qu'il y a eu. 
Voilà en son entier la teneur de ma vision. 
Donc, donnez votre avis, je vous prie de tout mon cœur. 

LE VICAIRE 

Mon Sieur, mon avis à moi est conforme d'un bout à l'autre 
à votre révélation, sans y retrancher une syllabe. 
Dieu en tout cela doit être loué; 
tous les jours il favorise ceux qui l'aiment. 

(4) Cf. V. 527. 

(.5) Ce me, c'est raugmenlalion par cnipliase du pronom personnel de la 
première personne. 



24 BUEZ SANT PATRICE. 

A me pareilamant a deu do hexortin 

Da accomplisan prest ep donet da vanqiii. 

TIMANDRE 

Autro hwant bras ameus mar creten ho pedin 
Da vont betec e zy ewit c on tan dezi 
285 A goiilen e avis ous ar homt da genta 

Qent ma concluomp qen henes ve ar gwellan. 

AR VIQER 

Autro ma ol joa ew monet do segondin 
Me disclerio dean ténor bon qevredy 
Pan dew en gloar Doue (^ ne gle den neum opos 
290 Entre eun alians vertuus eveldoch. 



SCENEN TEIRVET 
Ar Viqer, Timandre, ar Homt, liac e Hwar. 

AR VIQER 

Salud, autro ar homt Doue do qendalho 
Bepret leun a yehet a pep sort triompho 
A dechwi ma mezel me deu da reqetin 
Bepret prospérité herwe ho fantazy. 

AR HOMT 

295 Deut mad autro Viqer en bon ty da viet 
A hwi iwe Timandre pandocb enem (2) boaniet 
Da dont bete aman balamour don sujet 
Qemeret ho plaso a galon me ho ped 
Alon, ep complimant otrone azeet 

300 Ma clewomp an ténor demeus a ho sujet. 

TIMANDRE 

Pel so em boa dezir, otro ha bolante 
Da cafet an henor da donet ho pete 
p]\vit temoignin dech ar respet a dougan 
Dech en particulier hep fentis e laran 

(1) Cet hémisliclie se trouve aussi v G90. 



LA VIK DE ^AIXT l'ATRlCE. Zo 

Et moi, pareillement, je viens vous exhorter 
à laccomplir prestement sans y manquer. 

TIMANDRE 

iMon Sieur, j'ai grande envie de vous prier, si je l^osais, 
d'aller jusque chez elle pour lui conter la chose) 
et demander d'abord son avis au comte 
avant de délibérer davantage, c'est là ce ciui vaudrait lo mieux. 

LE VICAIRE 

Mon Sieur, toute ma joie est de vous seconder. 
Je lui ferai connaître la teneur de notre affaire. 
Quand c'est à la gloire de Dieu personne ne doit s'opposer 
à une alliance vertueuse (avec un homme) comme vous. 



TROISIEME SCENE 

Le \ icaii'e, Timandie, le Comte et sa Sœur. 

LE VICAIRE 

Salut, monsieur le comte, que Dieu vous conserve 
toujours plein de santé et chargé de toute sorte de triomphes. 
Et à vous, ma damoiselle. je souhaite 
toujours une prospérité selon vos vœux. 

LE COMTE 

Soyez le bienvenu, monsieur le vicaire, dans notre maison. 
Et vous aussi, Timaiidre, puisque vous vous êtes donné la 
d'être venu ici pour Tamour de nous. [peine 

Prenez place, de tout cœur je vous prie. 
Allons, sans compliment, messieurs, asseyez-vous, 
que nous entendions la teneur de votre sujet. 

TIMANDRE 

Il y a longtemps que j'avais le désir, monsieur, et la volonté 
d'avoir l'honneur de venir jusqu'à vous 
pour vous témoigner le respect que je porte 
à vous en particulier je le dis sans feinte 

(2) Lisez, pour la jnesure : 'nem. 



26 BUEZ SANT PATRICE. 

305 Dan cliiiiezel ho hwar pehini a garan 

Dreist qement diiiiezel a so war ar Bed-man. 

AN DIMEZEL 

Aulro, ma breur ha me a so dech oblijet 
Demeus ar vadelez oheus en hon andret 
IVIe gare merqâ dech pegement a respet 
310 On bezo a viqen ebars en ho andret. 

AR VIQER 

Orsa compagnones pandomp ol assambles 
Me ia da gonta dech eur helo a newez (D 
Hwant ameus da drctin démens a eur sujet 
A mar am be silans me a ya da laret. 

AR HOMT 

315 Autro na gredan qet eve den en ty-man 
Na gafo agreabl o clewet da gontan 
Ewidon em hoste a so deliberet (2) 
Da vezan atantif da gement a leret. 

AR VIQER 

Nen de was din eta ajisan lib ramant 
320 Pa meus comision me a ya da barlant 
Autro ar qistion ameus hwant da houlen 
Evo ho hwar uniq ouzoch brenian souden 
Ewit eur havailier e deussy souetet 
Deus a greis e galon hac e souet bepret 
325 Timandre parlante! prometet hopoa din 
Pa vije qistion donet dam segondin. 

TIMANURE 

Autro ewidon-me a so deliberet 
Da veza a unan da gement a leret 
Hac e (3) goulen digenech dre eur memeus reqel 
330 Gant eur gwir garante ewit bout ma friet. 

(1) Cette forme est exigée par la rime; cf. plus loin, acle III. v. 177. 

(2) Cf. plus loin, V. 327. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 27 

à la damoiselle, votre sœur, que j'aime 

par dessus toutes les damoiselles qui sont en ce monde. 

LA DAMOISELLE 

Mon Sieur, mon frère et moi vous sommes obligés 
de la bonté que vous avez à notre endroit. 
Je voudrais vous marquer combien de respect 
nous aurons à jamais à votre endroit. 

LE VICAIRE 

Or çà, compagnie, puisque nous sommes tous ensemble, 
je vais vous conter une nouvelle toute récente. 
Je désire traiter dim sujet, 
Et, si j'obtiens le silence, je vais parler. 

LE COMTE 

Mon Sieur, je ne crois pas qu'il y ait personne en cette 
qui ne trouve agréable de vous l'entendre conter. [maison 
Moi, pour ma part, je suis décidé 
à être attentif à tout ce que vous direz. 

LE VICAIRE 

Je n'ai donc pas à craindre d'agir librement; 
puisque j'ai mission, je vais parler. [pressement 

Mon Sieur, la demande que j'ai envie de vous faire avec em- 
c'est la main de votre sœur unique à l'instant môme, 
pour un chevalier qui l'a souhaitée 
du fond de son cœur et la souhaitera toujours. 
Timandre, parlez, vous m'aviez promis, 
quand le moment serait venu, de me seconder. 

TIMANDRE 

Pour moi, mon Sieur, j'ai pris la résolution 
d'être d'accord avec tout ce que vous direz, 
et, par la même requête, je vous la demande 
avec un vrai amour, pour être mon épouse. 

(3) A supprimer, pour la mesure. 



28 BUEZ SANT PATRICE. 

AR HOMT 

Oti'oiie ho menât so re a henor clin 
Re even temerer donet do refusin 
Ewidon so contant mar dint contant o daw 
Deut pa geret dan templ a me o hasisto. 

AH VIQER 

335 O Momet evurus biniget da vo ande (i) 

Mon deus bet ar faveur da glewet ar goms-se 

Bremâ-ta dimezel oheus o liberté 

Da rein dimp ho respont herwe ho polante. 

AN DIMEZEL 

Otrone nemert re a henor na ve din 
340 Bean caet capabl da dont da fiansin 

Deur havalier yawanq a qen couls qalite 
Iscus a hoiilcnan incapabl on da se. 

TIMANDRE 

Ho merit dimezel a servijo demp-nin 
Da eur stil favorabl ewit dont do meulin 
345 Ho vertu, ho prudans, ho qened, ho furnez 
So capabl da aspiran bean eur rouanez. 

AN DIMEZEL 

Autro ma pardonet deus ma temeritc 
Rac biscoas bete heii ne meus bet bolante 
Da qemeret pried dre se ne leret qet 
350 Eve ho refusin a larach em be groet 

Ne meus (jet bet biscoas desein da dimizi 
Nemert eun eur goucnt mar bc permetct din. 

TIMANDRE 

Da eur memeus desein dimezel omp troet 
Penevert ma Doue a neus din revelet 
355 Drese émeus s on jet bean deut ho petc 
Ewit o hinformin demeus ar wirione. 

(1) Il y a \m [ncd de trop dons cet liéniisticlie. II faut lire eomme dans 
le A'ers 409; cf. aussi v. 530. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 29 

LE COMTE 

Mes Sieurs, votre demande me fait trop d'honneur. 
Je serais trop téméraire de vous refuser. 
Pour moi, je suis content, si tous les deux le sont. 
Venez, quand vous voudrez, au temple, et je vous assisterai. 

LE VICAIRE 

moment heureux ! béni soit le jour 
où nous avons eu la faveur d'entendre cette parole. 
Maintenant, donc, ma damoiselle, vous avez la liberté 
de nous donner votre réponse selon votre volonté. 

LA DAMOLSELLE 

Mes Sieurs, ce ne serait que trop d'honneur pour moi 
d'être trouvée capable de fiancer 
un jeune chevalier doué de si bonne qualité. 
Je vous demande excuse. Je suis indigne de cela. 

TIMANDRE 

Vos mérites, ma damoiselle, nous fourniront 
un style convenable pour vous louer: 
votre vertu, votre prudence, votre beauté, votre sagesse 
vous permettent d'aspirer à devenir reine. 

LA DAMOISELLE 

Mon Sieur, pardonnez-moi ma témérité, 
car jamais jusqu'ici je n'ai eu la volonté 
de prendre époux. Ne dites donc pas 
que ce serait vons refuser que vous diriez que j'aurais fait. 
Je n'ai jamais eu dessein de me marier 
mais d'entrer dans un couvent, s'il m'était permis. 

TLMANDRE 

Vers le même dessein, ma damoiselle, nous sommes porté. 
Mais mon Dieu m'a fait une révélation. 
C'est pourquoi j'ai songé à venir jusqu'à vous 
pouf vous informer de la vérité. 



30 BUEZ SANT PATRICE. 

AN DIMEZEL 

Pan dew abeurs Doue ezoch deut dam pedi 
Gant ho conje ma breur eta en qemerin 
Ya mar doch contant ne garen birwiqen 
360 Nemert obeissan bepret do courhemon. 

AR HOMT 

Anfin ewidon me na meus man da laret 
Nemert obeisan da qement a leret. 

TIMANDRE 

Nen de was dimp monet dan Ilis prontamant 
A drugare Doue ezomp rentet contant 
365 A hwi otro Viqer deut de neum disposin 
A hwi so a unan da dont don eureujin. 

AR VIQER 

Demp eta otrone en hano ar gwir Doue 
Pel so na ris netra joaussoch ewit-se. 



SCENEN PEDERVET 

Timandre, ar Viqer, ar Homt, hac e Hoar 

(Suîtj. 

(dont a reont asambles dan Ilis.) 
AR VIQER 

Orsa compagnones pan doch neum asamblet^D 
370 En Ilis gant desein ma vo groet an euret 
Avanset tud yaouanq a nin a gomanso 
Hac herwe ar hustum leret din o hano. 

TIMANDRE 

Ma hano ew Timandre en ho servij (2) 
En hano se badeet (3) er fe hac en Ilis. 

AN DIMEZEL 

375 Ha me Mari Jana iwe en ho servij 
Ebars en gwirione ma fastor a Ilis. 

fl) Cf. V. 311 et : pan docli ol assamhlel. Robert le Diable, J. Loth, 
Chrestomathie Bretonne, p. 346. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 31 

LA DAMOISELLE 

Puisque c'est de la part de Dieu que vous êtes venu me prier, 
avec votre congé, mon frère, je le prendrai donc. 
Oui, si vous êtes contents : je n'ai jamais demandé 
qu'à obéir toujours à vos ordres. 

LE COMTE 

Enfln, quant à moi, je n*ai rien à dire, 
rien qu'à obéir à tout ce que vous dites. 

TLMAXDRE 

Nous n'avons plus qu'à nous rendre à l'église promptement. 
Dieu merci nous voilà d'accord. 
Et vous, monsieur le vicaire, venez vous préparer, 
c'est vous qui êtes tout indiqué pour nous marier. 

LE VICAIRE 

Allons, donc, mes Sieurs, au nom du vrai Dieu; 
il y a longtemps que je ne fis rien de plus agréable que ceci. 



QUATRIEME SCENE 

Timandre, le N'icaire, le Comte et sa Sœur 
(Suite;. 

(Ils viennent ensemble "à l'église.) 
LE VICAIRE 

Or çà, compagnie, puisque vous vous êtes assemblés 
dans l'église avec le dessein que les noces se fassent, 
avancez, jeunes gens, et nous commencerons. 
D'abord, selon la coutume, dites-moi vos noms. 

TIMANDRE 

Mon nom est Timandre. à votre service; [l'église, 

c'est sous ce nom que j'ai été baptisé dans la foi et dans 

LA DAMOISELLE 

Et moi Marie-Jeanne, aussi pour vous servir, 
en vérité, pasteur de mon église. 

'2) Peut-être faul-il lire, pour la mesure : hepirt en ho servii. 
(3'i Lisez 'n Iiatw. Badeet compte pour trois syllabes. 



32 HUEZ SAXT PATRICE. 

AR VIQER 

Ebien (D Tiiiianclre a hwi a so contant 
DenuMis Mari Jana a so aman presant. 

TIMANDRE 

Ya. 

AR VIQER 

A hwi Mari Jana a hwi broniet iwe 
380 Oemeret da bried an otro Tiniandre. 

AN DIMEZEL 

Ya. 

AR VIQER 

En hano an Tnd, ar Mab, hac ar Speret santel i2) 
Eneum garet o taw evel priedo lidel (3) 
En Gana Galilée e we ol expliqet 
Gant Joseph da Sant Yan p(^tra wa an eiiret 

385 Eno e hispliqas dean ar wirione 

Petra e\v an enret ebars entre daw den 

Hac e taras dezan penos ar priedo 

A die enenm garet evel nnan o daw 

Ne neuni aretan qet do hexortin peloch (^) hirie 

390 Tut so qen vertuus (s) a qen dign deus a fe 
Nemert ma sonetan deus a greis ma halon 
Graç dech de nem ober gant pep sort union. 

AR HOMT 

Alon otro Viqer hastet neum diwisqan 
Ewit ma zeomp ol dar hastel da leinan 
395 Mo qemer dam segond ya mar.doch contant 
Da efan asambles da yehet an dut yaouanq. 

(1) Ebien compte pour trois syllabes. Cf. v. 819 et acte III, v. 174. De 
même, dans Ar Fumes ac ar .façirin, v. 100. Voir la firme crU'Kiuc, 
l. XXIV, p. 434. 

(2) Nous roncontromns ce vers plus loin, vv. 572, 1017, etc. Cf. : En 
hano an lat ar map yvc ar sperci glan, le Mystère de saint Giiénolt\ 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 33 

LE VICAIRE 

Eh bien, Timandre, êtes-vous content d'épouser 
Marie-.Tennne, ici présente? 

TIMANDRE 

Oui. 

LE VICAIRE 

Et VOUS, Marie-Jeanne, promettez-vous aussi 
de prendre comme époux le seigneur Timandre? 

LA DAMOISELLE 
Oui. 

LE VICAIRE 

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit 
Aimez-vous tous les deux comme fidèles époux. 
A Gana en Galilée il fut expliqué 
par Joseph à saint Jean en quoi consistait le mariage; 
là il lui expliqua la vérité, 

et lui dit en quoi consiste l'union entre deux personnes. 
Et il lui dit comment les époux 

doivent s'aimer comme si eux deux n'étaient qu'un seul. 
Je ne marrête pas à vous exhorter plus longtemps aujour- 
vous gens si vertueux et si dignes de foi, [d'hui, 

je vous souhaite seulement du fond de mon cœur 
la grâce de vous entendre en toute union. 

LE COMTE 

Allons, monsieur le vicaire, hâtez-vous de vous dévêtir, 
pour que nous allions tous au château dîner. 
Je vous prends pour partenaire, si vous voulez bien, 
pour boire ensemble à la santé des jeunes époux. 

Revue ccUique, t. XX, p. 2.3.S: En hano 'u TfuJ, nr Mah, ive ar Sprrei-filan, 
Ruoz Louis Eiinius, pp. 92, 98, lOL 

(?») On peut comparer ceUe description de la cérémonie d'un mariage à 
celle qu'on trouve dans le Mystère de Cognomerus et sainte Tréfine, p. ^>>. 

(A) Ce mol est de trop, pour la mesure. 

(f)) Vertuus a trois syllabes, vv. 625, 70i, 1Ô03, etc. 



34 BUEZ SANT PATRICE. 

AR VIQER 

Engalamant me rey en joa da bep hini 
Evidoii nie a ray a gwellan ma h i 11 in 
Leromp peb a Bâter qent ewit partian 
400 En henor da Doue, dar Werhes Maria. 

SCENEN PEMPVET 
Timandre hac e Suit. 

TIMANDRE 

Ma friet ma honfort ma honsolation 
Terribl W en ho cafan contristet a galon 
Petra ew ar sujet deus ho melancony 
Ma zoch qen desolet m' ho ped leveret din 
405 Mar deus den en ty-man a deue do nehin 
Evel ma comandet e renqet sortizin. 

AN YTRON 

Salocroas ma halon (2) ne new qet se am nech 
Ar pes am laqa trist so sansiploch cant gwech 
Awn a meus new dom bet displijet gant Doue 

410 Biscoas ne vurmuris contrel de vadelez 
Na ne rin birwiqen moyenant graç Doue 
Mes awn ameus certen na ven disgraciet 
Eneur feson benac dre ma zomp dimezet 
Eneur feson benac dre non deus bugale 

415 Qement ac a laqa ma Speret en anwy 

Rac biscoas ne moa bet desein da dimizy (3). 

TIMANDRE 

Penos ma gwir briet a possubl eve se 
Ho crwaë qen brouilet a troublet ho hine 
Esperet en Doue a goulennet bepret 
420 Hac ar pes a vo just avo dech exaucet 
Ewidon birwiqen ne oufen murmurin 
Wàr brovidans Doue na dont de nem nehin. 

(1) Terribl ; pour le sens de ce mot, on peut comparer acte I, v. 1127, 
acte II, vv. 3G2, U9, où il semble avoir le sons de .< rrrandoment ». Cf. aussi : 
terrupl ez eo iachet, « il est fort en colère », Sainte Tryphine el le Roi 
Arthur, p. 54; terrupl ocli curiuz, « vous êtes bien curieux », ibkl; 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 35 

LE VICAIRE 

Je boirai également avec plaisir avec tous, 
et je ferai du mieux que je pourrai. 
Disons chacun un Patei\ avant de partir, 
en honneur de Dieu et de la vierge Marie. 

CINQUIÈME SCÈNE 

Timandre et sa suite, 

TIMANDRE 

Ma femme, mon confort, ma consolation, 
je vous trouve le cœur terriblement attristé. 
Quel est le sujet de votre mélancolie ? 
Si vous êtes si désolée, je vous prie, dites-moi. 
S'il y a quelqu'un dans cette maison qui vous attriste, 
si vous le commandez, il devra s'en aller. 

LA DAME 

Sauf votre grâce, mon cœur, ce n'est pas cela qui m'attriste. 
La chose qui me désole est cent fois plus sensible. 
J'ai peur d'avoir déplu à Dieu. 
Je ne murmurai jamais contre sa bonté, 
et je ne le ferai jamais, moyennant la grâce de Dieu, 
mais j'ai peur certes d'être tombée en disgrâce en une façon 
parce que nous nous sommes mariés, [quelconque 

et que de toute façon nous n'avons pas d'enfants. 
Tout cela met mon esprit en peine 
car je n'avais jamais le dessein de me marier. 

TIMANDRE 

Gomment, ma vraie épouse, serait-il possible que ce fût cela 
qui vous fît l'âme si brouillée et troublée ? 
Espérez en Dieu et demandez toujours. 
Alors la prière qui sera juste sera exaucée. 
Quant à moi, je ne saurais jamais murmurer 
contre la providence de Dieu ni me faire du tourment. 

terrible hoariet, « vous jouez avec frénésie », Buez Louis Eunius, p. 3 ; 
lerripl ez ont cousquet, « tu dors profondément », ihid., p. 34. 

{2) C'est par ce même mot que Timancire apostrophe sa fenrme, v. 515. 

(3 Cf. V. 351, ci-dessus. 



36 BUEZ SANT rATRICE 

AN ITRON 

Biscoas ne vurmuris contrel de vadelez d) 
Na ne rin birwiqen moyenant graç Doue 
425 Mes awn am boa chetu ne wamp disgraciet 
En eur feson benac dre ma wamp dimect. 

TIMANDRE 

Nan, nan ma amitié (2) eneum persuadet (3) 
Na meus groet netra tout ne wa gourhenienet 
Drese c hesperan mar geromp implorin 
430 En hano a Doue mar geromp en pedin (^) 
Drese ho suplian da joagni ho reqet 
F'nform gant ma hini ma pedomp an Drindet. 

(dan dawlia daw.) 

(Suit.) 

Doue imortel souveren an Evo 
Crouer, conservatour dar Bed a dan astro 

435 Sehet ho servijer dre eur sel a drue ^^) 
P'rosternet dan dawlin dirac ho majesté (6) 
ÎMe ra dech en ofrans ma horf a ma halon 
A ma bue memeus en comemorasion 
Demeus an ol boanio a neus bet anduret 

440 Jésus war ar halvar pa we cruciriet C'). 

AN ITRON 

Gwerhes sacr a santel (s) Rouanez an Evo 
Distreit dre ho true selewet hon clemo 
Impetret dimp ar liraç (9) digant ho map Jésus 
Da gavet héritier mam digne a gracius. 

(1) Nous avons déjà renconiré ces deux vers, vv. ^ilO, 411. En effet, tout 
ce quatrain n'est qu'une modification des quatre \ei-s dont le premier est 
le numéro 410. 

(2) On trouve ce mot employé, comme il l'est ici, dans le sens d'ohjcl de 
Vamour dans les vers 742 et 7i5, et dans le sens û'amour dans les numéros 
071 et 682. Voir Cognomeriis et sainle Tréfme, p. 5, note 4. 

(3) Il faut, je pense, lire : am eus 'em persvadcl, et j'ai traduit le vers 
d'api'ès cette correction conjecturale. 

(4) Cet hémistiche doit être une méprise provenue du vers précédent. 
Lisez, probablement : hor hezo hor feden. 

(.5) Cf. : DisUcil iaoylagat gant eur sell a drue. 

Le Mystère de saint Crépin et de snint Crépinien, v. 504. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 37 

LA DAME 

Jamais je ne murmurai contre sa bonté, 
et je ne le ferai jamais moyennant la grâce de Dieu. 
Mais j'avais peur, voilà, que nous soyons tombés en disgrâce 
parce que nous nous étions mariés, [en une façon quelconque 

TIMANDRE 

Non, non, ma bien-aimée, je suis persuadé 
que je n'ai rien fait qui n'eût été commandé. 
C'est pourquoi j'espère, si nous voulons implorer 
le nom de Dieu, nous aurons [l'objet de] notre prière. 
En conséquence, je vous supplie de joindre votre requête 
en forme à la mienne pour prier la Trinité. 

(Tous It'S deux à fTenoux.) 
(Suite.) 

Dieu immortel, souverain des cieiix, 
créateur, conservateur du monde et des astres, 
jetez un regard de pitié sur votre serviteur 
prosterné à genoux devant votre majesté. 
Je vous donne en offrande mon corps et mon cœur, 
ma vie même, en commémoration 
de toutes les peines qu'a endurées 
Jésus sur le Calvaire lorsqu'il fut crucifié. 

LA DAME 

Vierge sainte et sacrée, reine des cieux, 
regardez-nous avec pitié et entendez nos plaintes, 
obtenez pour nous de votre fils Jésus la grâce 
d'avoir un héritier, ô mère digne et gracieuse! 

(G) Nous reiicoEtrerons ce vers plus loin, v. 1070, et acte II, v. 375. 
(7) Cf. plus loin, acte II, w. 113, 114 et : 

ma loue crusiliei 

voar venc calvan eur gouener de craiste. 

« qu'il fut crucifié sur le mont Calvaire un vendredi, à midi '< ; 

Cognomerus et sainte Tréfine, vv. 888, 889; 

Voar mené Caluary e oa bel crusifiet, 

le Mystère de saint Crépin et de saint Crépinien, v. 834; 
Bette souir ar maro voar vene Caluary, ibid., v. 1271. 
i8) Nous a\ons déjà rencontré cet hémisticlie plus haut, v. 209. 
(9) Cf. acte III, v. 958. 



38 BUEZ SANT PATRICE. 

TIMANDRE 

445 Ya ma gwir Doue iriar qefet eve niad 
A mar gwelet penos c ve dech agreabl 
Do majesté divin mar qefet justamant 
Da rein dimp eur bugel just ac obéissant. 

DOUE-AN-TAD 

Me a glew Timandre ebars en orezon d) 
450 Hac e o reqetin dcus a greis a galon 
Cafet eun héritier da succedin dean 
A rac-se Gabriel (2) disqennet da vettan 
IJa larct dan itron e deveus concevet 
Eur hrouadur a vo Serviger dan Drindet. 

GABRIEL 

(a lar qent disqen.) 

455 Pan dew ho polante (3) ma bout predestinet 
Ewit ambasadour me a ia pa geret 
Me a anonso dei penos ew exoset 
feden gant Doue a clewet o reqet. 

(disqen a ra hac e lavar.) 
Itron abeurs Doue ezon deut ho pete 
400 Ewit hasurin demeus e garante 
A da lavaret dech penos sur e touget 
Eur mab a vo pastor en Ilis biniget 

(an El ewit.) 
AN YTRON 

O El duminant, Kanat (^*) an Eternel 
Gonsolet ew genech ho mignonez fidel 
4()5 O Drindet adorabl me a rent dech graço 
Deus agreis ma halon demeus ho faveurio 
A meus bet recevet deus ho torn libéral 
Asur dre ho graço lamet on a glahar. 

(1) Cet hémistiche se trouve aussi Mcle II, v. 432. 

(2) Peut-être faudrait-il hre : Rac-se het Gabriel. 

(3) Cet hémistiche se trouve aux vers 8J3, 1125; acte II, v. 342; acte III, 
V. l')l. Cf. pUis loin, V. 971, et acte II, v. 757; pan de ho polante, Cogno- 
nierus cl sainte Tréline, p. 40; manie ou polante, id., v. 805. 

(4) Ce mot est toujours employé en parlant du messager de Dieu, par 



^^^^n^ roTT^Gï: LIBRARY 

LA VIE DE SAIXT PATRICE. 39 

TIMANDRE 

Oui, mon vrai Dieu, si vous le trouvez bon, 
et si vous voyez qu'il vous soit agréable, 
s'il était convenable à votre divine majesté 
de nous donner un enfant juste et obéissant. 

DIEU LE PÈRE 

J'entends Timandre en prière, 
qui demande du fond de son cœur 
d'avoir un héritier pour lui succéder. 
Allez, donc, Gabriel, descendez jusqu'à lui 
et dites à la dame qu'elle a conçu 
un enfant qui sera serviteur de la Trinité. 

GABRIEL 

(dit avani de descendre.) 

Puisque c'est votre volonté de m'avoir prédestiné 
comme ambassadeur, je vais, puisque vous le voulez. 
Je lui annoncerai que leur prière a été exaucée 
par Dieu et leur requête entendue. 

(Il descend el dit.) 
Ma Dame, de la part de Dieu, je suis venu à vous 
pour vous assurer de son amour 
et vous dire qu'assurément vous enfanterez 
un fils qui sera pasteur dans l'Eglise. 

(L'ange s'en va.) 

LA DAME 

ange de clarté, messager de l'Eternel, 
par vous votre fidèle amie est consolée. 
Trinité adorable, je vous rends grâces 
du fond de mon cœur des faveurs 
que j'ai reçues de votre main libérale; 
assurément par vos grâces je suis délivrée de la douleur. 

exemple, aux vers 49.5, 1013; kaiinad ann FAernel, Sainte Tryphine et le 
Roi Arthur, p. 400; d'isquen eael guir cannad, « descends en fidèle mes- 
sager », la Vie de sainte Nonne, stance 1(3, Revue celtique, t. VIII, p. 236. 
Cf. aussi la Création du Monde, vv. 1455, 1070, 1(178; la Me de saint Jean- 
Baptisle, A. Le Braz, Textes Bretons inédits, p. 9. 



40 BUEZ SANT PATRICE. 

TIMANDRE 

Alomet evurus biniget vo an de 
470 Qeinent-mà a glesqemp peinp bla so a goude 
Gwerhes, Sent hac Ele dech e renlomp graço 
A dech bon gwir Doue a greis on halono 
Demp breman da repos ma friet pa geret 
Nep a fi en Doue a sicourer bepret. 

SCENEN HWECHVET 
An Ilron, Timandre. 

AN ITRON 

475 Doue ma hrouer ari ew an termen 
]\Ia zew ret din genel pe otramant mervel 
Itron Santés Berhet (D dech eneum adresan (2) 
Ewit de meus ma foan donet dam dilivran 
Timandre avanset an termen so ary 

480 Groet qerhad eur wroec fur (3) da rein asistans din, 

TIMANDRE 

Penos ma gwir briet ari ew an amzer 

A wa destinet dech da genel ho bugel 

Deut allech-se do cambr a me rey preparin 

Qement so necesser dech da weleoudi. 

(An Ele a gan : Alléluia, Alléluia.) 
(An habit antet a deu a foui.) 

AR HENTA HABITANT 

485 Ma ve hwi am crête ezaemp da welet 

Da bout ar wirione rac awn na vemp tromplet 
Rac dre iluzion ehalemp remerqin 
Eur fantom en err ('i) hac a deu don troubUn. 

AN EIL HABITANT 

Glewet ma mignonet avanset prontamant 
490 Ghetu awant (5) an Eol a droubl ma santimant 



(1) Cf. acte 111, V. 883 dans l'indication trune scène : Sautes Brîgida Ipe 
IJerhetj. Selon les almanachs populaires bretons, sainte Brigitte est invo- 
quée par les femmes en couche. 

(2) Nous avons déjà rencontré cet hémistiche v. 25. 



LA VIE DE SAIXT PArRICE. 41 

TIMANDRE 

nionieiii heureux, béni sera le jour. 
Tout ceci nous le cherchions depuis cinq ans. 
Vierge, saints et anges à vous nous rendons grâces, 
et à vous, notre vrai Dieu, du fond de nos cœurs. 
Allons maintenatit nous reposer, mon épouse, quand vous 
Celui qui se fie en Dieu est toujours secouru. [voudrez. 



SIXIEME SCENE 

La Uanie, Tiinaiidre. 

LA DAME 

Dieu, mon créateur, le terme est arrivé 
où il me faut enfanter ou autrement mourir. 
Ma Dame sainte Brigitte, à vous je m'adresse 
pour que vous veniez me délivrer de ma peine. 
Timandre, avancez, le terme est arrivé. 
Envoyez chercher la sage-femme pour me donner assistance. 

TIMANDRE 

Puisque, ma vraie épouse, le temps est arrivé 
où vous devez mettre au monde votre enfant, 
venez de là à votre chambre, et je ferai préparer 
tout le nécessaire pour vos couches. 

'Les anges cliank-nl : AUclaUi, Alléluia.) 
'Les habitants viennent en foule.) 

LE PREMIER HABITANT 

Si VOUS étiez gens à me croire nous irions voir 
pour savoir la vérité; de peur d'être trompés, 
car par illusion nous pourrions remarquer 
un fantôme dans l'air qui viendrait nous troubler. 

LE SECOND HABIT.\NT 

Ecoutez, mes amis, avancez promptement. 
Voici là-bas le soleil qui trouble mon sentiment. 

(3) Mol à mot . « une femme sage. » 

(4) La mesure voudrait sans doute : 'bars eu en; cf. acte III, v. 823. 

(5) Je conjecture qu"il faudrait, à la place de awanl : a-liont. 



42 BUEZ SANT PATRICE. 

Biscoas aboe mon den ne nioa bet remerqet 
An Eol en andret ont na hwi petra leret 

(Mont a reont da welet; an Ele a gan hwas.) 

TIMANDRE 

(A coms crev a dreq) (i). 

Couraj, ma gwir bried petra eAv qement-se (2) 
No habandonomp qet nebon poaniet war-se. 

AN ITRON 

495 Kanat an Eternel, reit ohasislans din (3) 
Pe gant poan a fatiq e renqan separin 
A hwi Gwerhes Vari ma gwir avocades 
Ma refuj ordinal och dre madelez. 

(an Ele a gano hwas.) 
RAPHAËL 

Itron biniget ew démens abeurs Doue 
500 Ho cwele nupsial demeus abeurs an Env 
Ar lirouadur bian oheus laqet er Bed 
A houlen instamant ma vezo badeet 
Ewit en delivran a velli Lucifer 
Rac ahan da neuze eman en e bouer 
505 Rac se e comandan dech abeurs Doue (4) 
Pa vo vadein en henwel Patrice. 

(oll cwit.) 



SCENEN SEISVET 

Timandi-e, un Itron hac ar Gouarnerez. 

AN ITRON 

Doue éternel penos e tlefen-me 
Rentin incessamant henor do Majesté 
Mes allas ma Doue er hontrel do meulin (5) 



(1) A lire : a diei. Voir Cognonierus et sainte Trcline, p. i:^, note 5. 

(2) Cf. : ma irict Eva, courochel en ho poaniu. 

«( Eve, mon épouse, prenez courage dans vos souifrances '>; la Création 
du Monde, v. 2023. On peut comparer ces deux scènes analogues dans les 
deux drames. 

(3) Cf. acte III, v. 374 et : Red din ho hasislans, acte III, v. 920; Red ho 



LA A'IE DE SAIXT PATRICE. -ïd 

Jamais, depuis que je suis homme je n'avais remarqué 
le soleil en cet endrcit-là et vous qu'en dites-vous? 

[Us vont voir; les anges chantent encore.) 

TIMANDRE 

ill parle à haute voix derrière la scène.) 

Courage, ma vraie épouse; qu'est-ce que cela ? 
Nous ne vous abandonnons pas, allons, prenez de la peine. 

LA DAME 

Messager de rEternel donnez-moi assistance 
ou il faut que de peine et de fatigue je m'en aille. 
Et vous, Vierge Marie, ma vraie avocate, 
vous êtes mon refuge ordinaire par votre bonté. 
(Les anges chanteront encore). 
RAPHAËL 

Ma Dame, béni est de la part de Dieu 
votre lit nuptial, et de la part du ciel. 
Le petit enfant que vous avez mis au monde 
demande avec instance à être baptisé 
afin de le délivrer de la domination de Lucifer. 
Car jusque-là il est en son pouvoir. 
Donc, je vous connnande de la part de Dieu, 
quand on le baptisera, de le nommer Patrice. 

iTous s'en vont.) 

SEPTIÈME SCÈNE 

Tiiuandie, la Dame et la fiOUVL'i-nunte. 

LA DAME 

Dieu éternel, alors que je devrais 
rendre incessamment honneur à votre majesté. 
Hélas! mon Dieu, au lieu de vous louer, 

assistans d'in, la Création du Monde, v. 17(32: Reit hoc'h assistans d'in, 
id., V. 1770: Reit d'in hoc'h assistons, id.. v, 1710. 

(4)11 manque ici une syllabe. Lisez: dech-hu i=^d'cocli-clwui'. Pour 
d'autres exemples de la nota augcns, voir v. 8i7, acte 11, w. G21, 052. 

(5) Cf. plus haut, v. 205. 



4l BUEZ SANT PATRICE. 

510 Me peherez ingrat a deu do hofansin 

Ma frins a ma auteur nep en deus ma tirouct 
Ha dre eur sel ardant a neus bet ma frcned 
Timandre, Timandre ma friet avanset 
Demeus abeurs an Kw ezon bet consolet. 

TIMANDRE 

515 Petra so ma halon ari on do cwelet 
Pe sort deus a newe oheus din da laret. 

AN ITRON 

Pa voan e creis ma loan prest da weleoudi 

Daw El demeus an Env so neum bresantet din 

Hac hi fredoni eun ton rejouisant 
520 Ma o deus bet carget a eur parfum ma hamb 

Tncontinant on bet ravi set er Stad-se 

Hac (1) hi deus poursuivet non obstant ewit se 

Hac deus laret din abeurs an Eternel 

Ewant deut da laret badein bon map qer 
525 Hac e henwel Patrice ewit e hano mad 

Se a so revelet abeurs Doue an tad 

Ghetu an ténor (2) deus ar vizion Santel 

Meulomp glorifiomp om (3) Doue éternel 

(cil- fjouarnerez liac ai' Paj a deu.) 

TIMANDRE 

Qeinent so admirabl meurbet hac a blij din 
530 Meulet da vo Jésus hac ar Werhes Vari 

Mon deus er Bed man (^) ar pes a desiremp 

Digant e vadelez certen en souetemp 

Or eta ma friet ret ew acomplisan 

Ar gomandamant se bete an heur diwezan (5) 
535 Rac pan dew qistion a interest an Env 

E renqer ajissan exactamant war se 

Rac se Gouarnerez deut prest gant ar bugel 

Me ia bepret aroq da goms ous ar viqer 

A hv^i ma faj bian deut prest iwe gène 
5i0 Hwant ameus ewe hwi en dalhe ous vade. 

(1) A supprimer, pour la mesure. 

(2) Lisez : chciu 'man an Icnor. Cf. acte II, v. 12.5. 

(3) On trouve cette faute de o///, au lieu de on, acte II, vv. 102, 574 et 
acte III, V. 1119. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 45 

moi, pécheresse ingrate, je viens vous offenser, 
mon prince, et mon auteur, vous qui m'avez créé 
et par un regard ardent m'avez racheté. 
Timandre, Timandre, mon époux, avancez, 
j'ai été consolée de la part du ciel. 

TIMANDRE 

Qu'y a-t-il, mon cœur? Je viens vous voir. 
Quelle sorte de nouvelles avez-vous à me dire? 

LA DAME 

Pendant que j'étais au milieu de mes peines, prête à en- 
deux anges du ciel se sont présentés à moi [fanter, 
fredonnant un air réjouissant, 
et remplissant ma chambre dun parfum. 
Incontinent j'ai été ravie dans l'état que voilà. 
Ils ont poursuivi nonobstant, malgré cela 
et m'ont dit de la part de l'Eternel 
qu'ils étaient venus dire de baptiser notre cher fils 
et de le nommer Patrice pour son vrai nom. 
Gela a été révélé de la part de Dieu le père. 
Voilà la teneur de la sainte vision. 
Louons, glorifions notre Dieu éternel. 

(La gouvernante et le page viennent.) 

TLMANDRE 

Tout cela est grandement admirable et me fait plaisir. 
Loués soient Jésus et la Vierge Marie 
puisque nous avons dans ce monde ce que nous désirons. 
De sa bonté, certes, nous le souhaitions. 
Or donc, mon épouse, il me faut accomplir 
ce commandement-là jusqu'à la dernière heure. 
Car, lorsqu'il est question de l'intérêt du Ciel, 
on doit faire exactement (ce qui est prescrit). 
Donc, gouvernante, venez prestement avec l'enfant. 
Je vais toujours devant, parler au vicaire. 
Et vous mon petit page, venez promptement aussi avec moi. 
Je désire que ce soit vous qui le teniez sur les fonts baptismaux. 

'\ 11 manque une syllabe <à riK^mistiche. Lisez : Mn hnn, elc. 
T)) Diui'zan, aussi acte III, v. 1050; diaezâ, ibid., v. î»-23, mais lUtcrzal, 
acte II, V. 5G0. 



46 BUEZ SANT PATRICE. 



AR PAJ 

Autro re a henor ew do servijerien 
Bean choazet genech ewit ho compaerien 
Mes pep pouar oheus waniomp antieramant 
Ewit deiis ma hoste me yel joaiisamant. 

AR GOUARNEREZ 

5'i5 Autro ne vo qet me vezo a daleo 
Pa vo ar re-al prest iwe me neum gafo 
Groet ohaferou al rac ewit ma hoste 
Gredet asuramant ne vo qet a dale. 

SCENEN EISVET 
Timandre, ar Viqer. 

TIMANDRE 

Salut autro Viqer gant henor a respet 
550 Me so deut gant joa vras assuret do cafet. 

AR VIQER 

Ha dech hwi Timandre pan doch deut dam gwelet 
Penos a ra iwe an itron hopried 
Ameus clewet laret a so gweleoudet 
Hac émeus eur joa vras ma ew bet exocet. 

TIMANDRE 

555 A drugare Doue souveren an Envo 

Hac ar map hac ar vam a so gaillard o daw 
Deut on da hout an heur deus ho comodite 
Hwant a moa da laqat en badein fête. 

AR VIQER 

Autro qement-se ol diouzoch a depant 
560 Mar qeret me yelo genech prosantamant 
Pion ew ar gompaerien oheussu goulennet 
Hac y a deui aman breman ewit (D on cafet. 

(1) Lisez : 'v)il. Toutefois, on peut contractor cafet en : cal; cf. Co^ïno- 
nierus et sainte Tréfine, p. 101, note 3; p. 135, note 8. La l'ime, eependant. 
demande : ca(et. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 47 



LE PAGE 



Mon Sieur, c'est trop criionneur à vos serviteurs 
d'être choisis par vous comme compères. 
Mais vous avez plein pouvoir sur nous. 
De mon côté, moi, j'irai joyeusement. 

LA GOUVERNANTE 

Mou Sieur, ce ne sera pas moi qui tarderai. 
Quand les autres seront prêts, moi aussi je me trouverai là. 
Faites vos autres affaires, car pour ce qui me regarde 
croyez assurément, il n'y aura pas de retard. 

HUITIÈME SCÈNE 

Timandre, le Vicaire. 

TIMANDRE 

Salut, monsieur le Vicaire avec honneur et respect. 
Avec grande joie assurément je suis venu vous trouver. 

LE VICAIRE 

Et à vous, Timandre, puisque vous êtes venu me voir. 
Comment se porte aussi Madame votre épouse? 
.l"ai ouï dire qu'elle est accouchée 
et j*ai grande joie de voir sa prière exaucée. 

TIMANDRE 

Par la miséricorde de Dieu souverain des cieux, 
et le fils et la mère sont gaillards tous les deux. 
Je suis venu savoir l'heure qui vous sera commode. 
J'avais envie de le faire baptiser aujourd'hui. 

LE VICAIRE 

Mon Sieur tout cela dépend de vous. 
Si vous voulez, j'irai avec vous présentement. 
Qui sont les compères que vous avez demandés; 
viendront-ils ici immédiatement pour nous trouver? 



^l8 BUEZ SANT TATRICE. 

TIMANDRE 

Ma Gouarnerez autro hac uiian ma fajet 
Ewidomp-nin so prest rac-se deut pa geret. 

SCENEN NAWVET 

Timandre hac e suit a deu dan Ilis gant ar Bugel. 

AR VIQER 

5G5 hwi a so certen ehew eur mab bian. 

AR PAJ 

Ya autro Viqer a se o hasiiran (D. 

AR VIQER 

Orsa a hwi otaw a respontou ewitan. 

AR HOMPAER 

Ya. 

AR VIQER 

Pe hano eta <2) Autro a vo grct auezan. 

TIMANDRE 

An hano a iiefo a so en Env choazet 
570 En hano a Patrice a vezo badeet. 

AR VIQER 

Patrice mes bade ewit christen fidel (3) 
En hano an Tad, ar Mab hac ar Speret-sant^l 
Ghetu nin anrolet eur soudart a iiewe 
War al lezen Jésus ac ar Werches Vari 
575 Doue da rein (^) dean ar hraç da surmontin 
Ar victoar er Bed-man war an tri enimy. 

TIMANDRE 

Deut autro ar Viqer da welet ma frit^t. 

AR VIQER 

Autro ma desein wa ep ma vijen pedet. 

(1) Cet héniisticlie se trouve aussi au vers 086. 

(2) Lisez : 7a. 



LA VIE DE SAIXT TATRICE. 49 

TIMANDRE 

Ma gouvernante, mon Sieur, et un de mes pages, [voudrez. 
Quant à nous nous sommes prêts. Ainsi venez quand vous 

NEUVIÈME SCÈNE 
{Timandre et sa suite viennent à l'église avec l'enfant.) 

LE VICAIRE 

Etes-vous certain que c'est un petit garçon? 

LE PAGE 

Oui, Monsieur le Vicaire, je vous l'assure. 

LE VICAIRE 

Or çà, répondez-vous tous deux pour lui? 

LE PARRAIN 

Oui. 

LE VICAIRE 

Quel nom, donc, monsieur, lui sera-t-il donné? 

TIMANDRE 

Le nom qu'il aura a été choisi dans le ciel. 
Sous le nom de Patrice il sera baptisé. 

LE VICAIRE 

Patrice, je te baptise pour être chrétien fidèle, 
au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. 
Voici que nous avons enrôlé un nouveau soldat 
sous la loi de Jésus et de la Vierge Marie. 
Dieu lui donne la grâce de remporter 
la victoire en ce monde sur les trois ennemis. 

TIMANDRE 

Venez, Monsieur le vicaire, voir mon épouse. 

LE VICAIRE 

Mon Sieur, c'était mon dessein sans en être prié. 

f3j Cf. les scènes semblables dans le Mystère de sainte Barbe, stance 177, 
et dans le Mystère de saint Giiénolé, Rcvun ccU'iqnp, t. XX, p. 233. 
(4) Lisez : rei. 

6 



50 BUEZ SANT PATRICE. 

SCENEN DECVET 
Timandre an Itron. 

TIMANDRE 

Orsa ma gwir bried remerqi ran hirie 
580 Penos ezonip comblet a bep prospérité 
Doue en bon andret so meurbet favorabl 
Hac a ra diiiip pep tra ewit bewan er lat. 
Mes ar bed tromplus-niâ so dies da lewian 
Gant remors a deu din pa en consideran , 
585 Dre se emoa hoant vras dahoul ho santimant 
War eur sujet qen dign a qen expédiant. 

AN ITRON 

Ewidon me certen ne on pesort trete 

Herwe ma parlantet a roen dech war se 

Rac an d) nep so dimeet na elqet evitan 

590 Ha chom ebars er Bed henez ew ar gwasan. 

TIMANDRE 

Perac ma gwir bried en se ezoch tromplet 
Ma vemp contant bon daw evemp dispartiet 
Nen defe nac Escop, na Viqer, na Person 
Ar pouar don ampech da vont er Relijion (2) 
595 Gwir ew men goar erfat ma teuemp da separin 
Dre gas pe dre valis pe ewit conduiii 
Eur gwel vue benaq defe ar poucr 
Don reglin dar rezon dre act pe dre douster. 

AN ITRON 

Anfm ma gwir bried pan domp deut war ar poent 
600 Emeus hoant eun neubeut eneum antretenemp 
Touchant a eun articl a neus ma zourmantet 
Em speret ahes hac am tourmant bepret 
Hanavout a ret scier penos pa voamp yawanq 
Emoa bet desein vras da vonet dar gouant 

(1) Lisez : 'n nep. 



LA VIE DE SAIXT PATUlCE. 5i 

DIXIÈME SCÈNE 
Timandre, la Dame. 

TIMANDRE 

Or çà, ma vraie épouse, je remarque aujourd'hui 
combien nous sommes comblés de toute sorte de prospérité. 
Dieu est grandement favorable à notre endroit, 
et nous donne toute chose pour vivre bien. 
Mais ce monde trompeur est difficile à gouverner. 
Cent remords me viennent quand je le considère. 
C'est pourquoi j'avais grand désir de vous demander votre 
sur un sujet si digne et si opportun. [avis 

LA DAME 

Pour moi, certainement, je ne sais quelle réponse faire 
sur ce que vous me dites. 

Car celui qui est marié ne peut se soustraire à ses devoirs; 
et rester dans le monde est encore pire. 

TIMANDRE 

Pourquoi, ma vraie épouse? en cela vous vous trompez. 
Si nous y consentions tous deux nous pourrions nous séparer. 
Ni éveque, ni vicaire, ni recteur 

n'aurait le pouvoir de nous empêcher d'entrer en religion. 
Il est vrai, je le sais bien, que si nous nous séparions 
par haine ou par malice ou afin de mener 
quelque mauvaise vie, ils auraient le pouvoir 
de nous rappeler à la raison par force ou par douceur. 

LA DAME 

Rnfm, mon cher époux, puis(iue nous sommes arrivés à ce 
je désire que nous nous entretenions un peu [point, 

d'un article qui m'a tourmenté 

l'esprit plus d'une fois et qui me tourmente toujours. 
Vous savez clairement que lorsque nous étions jeunes, 
j'avais eu le ferme dessein d'aller au couvent. 

(2) Pouar a deux syllabes; cf. v. 543 et acte III, v. 18, etc.; reUgion a 
quatre syllabes; cf. v. 725 et acte II, v. 391. 



52 BITEZ SANT PATRICE. 

605 Qement-se a persist ebars em halon hoas 
Gant qement a constans evel a eure hwas d). 

TIMANDRE 

Me ansav libramant penos ewani (2) choazet 
Da eur memeus desein a conform a speret 
Rac hoant a meus memeus, ya gant ho conje 
610 Da vont da Sant Frances ar rest deus ma bue 
Eno e seblant din e hallen conduin 
Eur vue silvidic hac eneum breparin 
Da rentan da Doue ma horf a ma ine 
Hac imitan e varw, e bassion bemde. 

AN ITRON 

615 Sa eta ma friet ret ew dimp dirijan 

Hac eneum breparin da gwitad ar Bed-man 

En couent Santés Glaira (3) pa omp contant on daw 

Emeus hoant da dremen ar rest deus ma deyo. 

TIMANDRE 

Breman nen deus netra otonet dam nehin 
620 Nemert ma mab bian so yawanq disoursy 
Dre se sonjet da biw en er recomandemp 
Ewit e eleuvin pan deomp dar gouent. 

AN ITRON 

Ma breur mar be contant vezo e curateur 
Na oufet birwiqen m'ho hassur cavet gwel 
625 Henes a so prudant a vertuus meurbet 
A rey e eleuvin evel ma zew gleet. 

TIMANDRE 

Nen de was dimp eta monet presantamant 
Da houlen dioutan hac en a vo contant 
Gant an autro Viqer e renqomp consultin 
630 Qement on deus laret qent ewit separin. 

(Cwit.) 

(1) Il faut, je pense, rétablir ainsi riiômislicbe : vel a res Imrons. 

(2) Lisez : ewamp ; cf. v. 1091. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 53 

Cette idée persiste toujours dans mon cœur 
avec autant de constance qu'elle le fit jamais. 

TIMANDRE 

J'avoue librement que nous étions choisis 
pour le même dessein et conformes d'esprit. 
Car moi-même je désire, avec votre congé, 
aller au couvent de saint François pour le reste de ma vie. 
Là, il me semble, je pourrais mener 
une vie de salut, et me préparer 
à rendre à Dieu mon corps et mon âme 
et imiter chaque jour sa mort et sa passion. 

LA DAME 

Çà, donc, mon époux, il faut prendre parti 
et nous préparer à quitter ce monde-ci. 
Dans le couvent de sainte Claire, puisque tous deux nous 
j'ai envie de passer le reste de mes jours, [sonmies d'accord, 

TIMANDRE 

Maintenant, je n'ai rien qui m'inquiète 
si ce n'est que mon petit garçon est jeune, sans souci. 
Donc, songez à qui nous le recommanderions 
pour l'élever, puisque nous allons au couvent. 

LA DAME 

C'est mon frère, s'il y consent, qui sera son curateur. 
Vous ne sauriez jamais, je vous assure, en trouver un meilleur. 
11 est prudent et grandement vertueux 
et il le fera élever comme il convient. 

TIMANDRE 

Il nous faut donc aller de suite 
lui demander s'il consent. 

Avec monsieur le vicaire nous devons nous cnnsuiter 
sur tout ce dont nous avons parlé, avant de nous séparer. 

(Ils s'en vont.) 

(3) Claira ne compte que pour une syllabe, ici et au vers 774.' 



01 BUEZ SANT PATRICE. 

SCENEN UNECVET 
Timandre bac e suit dre eur penn; ar Homt hac ar Viqer dre eur pen al. 

TIMANDRE 

Me ho salud ma breur gant joa a caraiite 
A dech otro Viqer ho servijer iwe 
Me a sonje penos ho poa ancouaet 
Ho servijerien humbl pa na dech do gwelet. 

AR HOMT 

635 Pardonet din ma breur ne oufen Ijïrwiqen 
Donet do hancouez ebars en nep moyen 
A ma hwar a ma niz père a respetan 
Dreist qement nation a so war ar Bed-man. 

TIMANDRE 
(Patrice hac ar Paj a deu.) 

Patrice ma mab qer avanset hardiamant (i) 
640 Da saludin ma breur o heont sopresant. 

PATRICE 

Me ho salud ma eont gant gwir afection 
A hwi otro ar Viqer deus a greis ma halon. 

AR HOMT 

Couraj, couraj ma niz qement-se a blij din 
Eur chevalier yawanq a gle bean hardi. 

TIMANDRE 

645 Ma breur a ma Viqer nen dew qet a hirie 

heus tcmoignet din ar générosité 

A douget en andret ma gwir bried a me 

Drese ezon confus pa ne allan iwe 

Donet pareilamant da verqan dech ho taw 
650 Ar garante émeus ewidoch em halon 

A hwas (^meus esper e teufet a newe 

(1) Lisez : hardimanl ; cl. acte II, vv. 104, 712. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 55 

ONZIÈME SCÈNE 
(Timandre et sa suite par un bout; le Comte et le \'icaire d"un autre bout.) 

TIMANDRE 

Je VOUS salue, mon frère, avec joie et amour; 
à vous aussi, monsieur le vicaire, votre serviteur. 
Je pensais que vous aviez oublié 
vos humbles serviteurs puisque vous ne veniez pas les voir. 

LE COMTE 

Pardonnez-moi, mon frère, je ne saurais jamais 
vous oublier d'aucune façon, 
ni ma sœur ni mon neveu que je respecte 
par dessus toute nation en ce monde. 

TIMANDRE 

(Patrice et le Page viennent.) 

Patrice, mon cher fils, avancez hardiment 
pour saluer mon frère, votre oncle, ici présent. 

PATRICE 

Je vous salue, mon oncle, avec vraie affection. 
et vous, monsieur le vicaire, du fond de mon cœur. 

LE COMTE 

Courage, courage, mon neveu, tout cela me plaît. 
Un jeune chevalier doit être hardi. 

TIMANDRE 

Mon frère, et mon vicaire, ce n'est pas d'aujourd'hui 
que vous m'avez témoigné la générosité 
qui vous anime à l'endroit de ma vraie épouse et de moi. 
Aussi suis-je confus de ne pouvoir moi-même 
vous marquer pareillement à tous les deux 
Taffection que j'ai pour vous dans mon cœur. 
Et j'espère encore que vous daignerez de nouveau 



56 BUEZ SANT PATRICE. 

Da discwel dimp eur breuv demeus o haniitie 
Ho hwar, ho niz, ho preur a deu da reqetin 
Digenach eur menât m'ho ped de accordin. 

AR HOMT 

655 Ma breur me bromet dcch e hellet goul hardi (i) 
Mar dedy em pouer james iio refuzin 
Rac re resonabl och goulen netra ouzin 
Nemert en ho profit hac iwe em hini. 

AN ITRON 

Nen deus a brofit ebars en nep coste 
660 Nemert mon deus ma breur desein a bolante 
Da qwitad ar Bed-man ma Iriet qez ame 
A nionet dar gouent ar rest deus hon bue (2). 

AR HOMT • 

Penos mont dar gouent petra ew qement-se 
Tut a ve dimezet hac ari en noad-se (3) 
665 Qement se a ve mad dan nep ne neum gar qet 
Non pas dan nep eneum (^) gar qen fidel a ma ret. 

AN rrRON 

Qeit a ma wan yaouanq an eil hac eqile 

On boa bet desein vras a bolante da se (&) 

Mes ari ew an termen (6) er wcs-man ezew ret 
670 Dont da gwitad ma breur, ma mab a ma friet 

Drese ho suplian c^) mar oheus amitié 

Ous hwar hac ho niz père a so aze 

Da dont de qemeret a nin rey dech hon daw 

Eur brocurasion da douch hon leuveo 
075 A qeit a ma vin bew on b(îzo coun benide 

Ebars empedeno demeus ho charité. 

(1) Il faut, je pense, lire cet hémistiche: hellet youlen hardi. 

(2) Cf., plus haut, V. 610, et, pour le premier hémistiche, Cognomerus et 
sainte Tréfine, v. 800 : ha monet dur covent. 

(3) Noad n'a qu'une syllabe, par exemple, acte II, vv. 397, 398; acte III, 
V. 258. Cf. E. Ernault, Glossaire Moyen-Breton, 3^ éd., p. 449, s. v. : va(fct. 

(4) Lisez : 'nem. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 57 

nous donner une nouvelle preuve de votre amitié. 
\'otre sœur, votre neveu, votre frère viennent faire 
une requête que je vous prie d'accorder. 

LE COMTE 

Mon frère, je vous promets, vous pouvez demander hardi - 
S'il est en mon pouvoir, je ne vous refuserai jamais. [ment. 
Car vous êtes trop raisonnable pour me rien demander 
qui ne soit dans votre intérêt et aussi dans le mien. 

LA DAME 

Il n'y a d'intérêt ni d'un côté ni de l'autre. 
Si ce n'est, mon frère, que nous avons dessein et volonté 
de quitter ce monde-ci, mon cher époux et moi, 
et d'aller au couvent pour le reste de nos jours. 

LE COMTE 

Comment! aller au couvent! Qu'est-ce cela? 
Des gens mariés et arrivés à cet âge! 

Cela serait bon pour ceux qui ne s'aiment pas, [vous aimez, 
mais pas pour ceux qui s'aiment aussi fidèlement que vous 

LA DAME 

Tant que nous étions jeunes l'un et l'autre 
nous avions eu le ferme dessein et la volonté de faire cela. 
Mais le terme est arrivé, cette fois où il faut 
quitter mon frère, mon lils et mon époux. 
Je vous supplie donc, si vous avez de l'affection 
pour votre sceur et votre neveu qui sont là, 
de le prendre, et nous deux nous vous donnerons 
une procuration pour toucher nos rentes, 
et tant que je vivrai je me souviendrai chaque jour 
dans mes prières de votre charité. 

(5) Cf. : Quen ma locwt diinezel eniboa af[ession 
L)a vezan leannes gant ou pennision. 

<( Avant que je fusse mariée, j'avais un vif désir de me faire religieuse, 
avec votre i)ei-missi()n. » Cognomerus et- sainte Tréiine. w. 808, 869. 

(G) Nous avons déjà rencontré cet hémistiche, v. 47.5. Mes doit être 
supprimé, pour la mesure. 

(7) Cet hémistiche se trouve acte I, vv. 431, 979; acte III, v. 74-^, 



58 BUEZ SANT PATRICE. 

AR HOMT 

Ma hwar ewit dam niz birwiqeii ne vanqan 
Balamour do respet entre vin er Bed-man 
Mes me ne sonjen qet ho pije bolante 
080 Da donet don qwitad en durant don bue 
Na qen neubeut ma breur pini a demoigne 
Ha me en qeri fidel gant eur gwir amitié W. 

TIMANURE 

Ma breur gallout ellet certenamant credin 
Penos en o qirin en durant ma vewin 
685 Rac birwiqen james orezon (2) ne laran 
Na bedin ewidoch a se ho hassuran 
A hwi otro ar Viqcr a suplian iwe 
Da instruin ma mab en carante Doue. 

AR VIQER 

Arabet ew da den donet de neum opos 
(390 Pan dew en gloar Doue oheus groet ho propos 
Demeus ma ol bouar men instruo bemde 
Mes hon séparation a so sansibl dime. 

AN ITRON 

Ma breur me a qenier digaiuM'h ihi gciiUni 
Ma honje gant regret adieu dech a laran 
695 Ho pet coun dreist pep tra deus ho niz so aman 
Balamour dech otaw ew ma regret brasan. 

AR HOMT (gwela a ra.) 

Ma hwar ne allan qet ho respont welan 
Jésus do conduo adieu dech a laran 
Ma vijen permetet da von et do gwelet 
700 Nam bije qet qenient ma hwar deus a regret. 

TIMANURE 

Adieu ela ma brcMir gani cals deus a regret 
Doue do consolo (3) pan duch qen desoiet 

(1) Cf. le même hémistiche, Cognomerus et sainte Tréfine, v. 290, et : 
drc eur guir amiUic, le Mystère de saini Civpin et de saint Civpinicn, v. 90. 

(2) Le manuscrit porte : rei^on. 



LA VIE J)E SAIXT PATRICE. 59 

LE COMTE p. 

[jamais 
Ma sœur, pour ce qui est de mon neveu je ne lui manquerai 
à cause du respect que j'ai pour vous, tant que je serai de ce 
Mais, je ne pensais pas que vous auriez la volonté [monde, 
de nous quitter pendant notre vie, 
ni davantage mon frère qui me témoignait 
et à qui je rendais une affection lidèle en vraie amitié. 

TIMANDRE 

Mon frère, vous pouvez croire certainement 
que je vous aimerai tant que je vivrai, 
car jamais oraison je ne dirai 
sans prier pour vous, de cela je vous assure. 
Et vous, monsieur le vicaire, je vous supplie aussi 
d'instruire mon fils dans l'amour de Dieu. 

LE VICAIRE 

Personne ne saurait mettre opposition 
puisque c'est pour la gloire de Dieu que vous avez pris votre 
De tout mon pouvoir, je l'instruirai toujours, [déterniination. 
Mais notre séparation m'est sensible. 

LA DAME 

Mon frère, c"(^st de vous d'abord que je prends 
congé, avec regret je vous dis adieu. 

Souvenez-vous, par-dessus toute chose, de votre neveu que voici. 
C'est à cause de vous deux que mon regret est le plus grand. 

LE COMTE (il pleure) 

Ma sœur, je ne puis vous répondre sans pleurer. 
Jésus vous conduise! Je vous dis adieu. 
S'il m'était permis d'aller vous voir 
je n'aurais pas, ma sœur, autant de regret. 

TIMANDRE 

Adieu, donc, juon frère, avec beaucoup de regret. 
Dieu vous console, puisque vous êtes si désolé. 

(3j Cet hémistiche se trouve, par exemple, clans la Bucz Louis Eunius, 
p. 122 • Doue d'ho consolou. 



Ou BLEZ SANT PATRICE. 

A dech otro ar Viqer e soulietan iwe 
Eur vue vertuus leun a brosperite. 

AR VIQER 

705 Adieu eta Timandre gant queu a gant regret 
Doue do conduo el lech ma tiziret. 

TIMANDRE 

A dech olro ar Viqer e souetan hirie 
tont do qwitaet nep d) ameus glahar iwe. 

AR HOMT 

Adieu eta ma breur m'ho ped dam permetin 
710 Ar homt hwas eur veaj da dont do hambrassin. 

(enem boqat a reont o daw.) 
PATRICE 

Peiios adieu ma eont petra ew qement-se 
Ma zad me a renqo monet genech iwe 
]\Ia mam me a renqo mont genech dar ger se 
Adieu dech ma eont qen a vo goudc se. 

AN ITRON 
er Iioste al eneiir (2) boqat da Patrice a lavar : 

715 Patrice ma map qer ma haloniq ep sy 
Birwiqen (3) no qwiiazan en qeit a ma vevin 
Het dar ger gant o licont breman niii yel iwe 
Adieu ma héritier (}cn a vezo en Env. 

TIMANDRE 

Hit dar ger ma mabic no pezet dont er Bed 
720 Me yalo davedoch en heur ma souctet 
Adieu ma inosant (^) ma halon a vanq din 
qwitad eur bugel qen admirabi a hwi. 

(1) Ce vers doit être altéré. Lisez : tout do qwitat net. 

(2) En eur; c'est la forme trégorroise de en em. Voir aussi acte III, 
\^\ 1037, 11G9 et la Bevuc celtique, t. XXVI, p. 207, note G. 

(3) Il faut Gonti%ncter ici birwiqen en deux syllabes : bùjuen, pour la 
m€\sure. Partout ailleurs, il a trois syllabes, par exemple acte I, vv. 411, 
i21, 42 i, 624, 035, (377. 

(4) Cf. Cognomerus et sainte Ti-é(ine 'où Ton trouve ce même hémistiche 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 61 

Et à vous, monsieur le vicaire, je souhaite aussi 
une vie vertueuse pleine de prospérité. 

LE VICAIRE 

Adieu, doue, Timandre. avec chagrin et avec regret. 
Oue Dieu vous conduise dans le lieu où vous désirez aller. 

TIMANDRE 

Pour vous, monsieur le vicaire, je fais des vo'ux aujourd'hui. 
En vous quittant je suis navré aussi. 

LE COMTE 

Adieu, donc, mon frère, je vous prie de permettre 
que le comte une fois encore vous embrasse. 

(Ils s'embrassent Ions les deux.) 

PATRICE 

Pourquoi adieu! mon oncle, qu'est-ce que tout cela? 
Mon père, je veux aller avec vous aussi. 
Ma mère, je veux aller avec vous à cette maison-là. 
Adieu à vous, mon oncle, jusques au revoir. 

LA DAME 

(de l'autre côté, tout en baisant F^atrice, dit) : 

Patrice, mon cher fils, mon petit cœur sans défaut, 
je ne vous quitterai pas aussi longtemps que je vivrai. 
Allez à la maison avec votre oncle, maintenant nous irons 
Adieu, n^on héritier, jusque dans le ciel. [aussi. 

TIMANDRE 

Allez à la maison, mon enfant, n'ayez aucun doute, 
.le viendrai à vous à l'heure que vous le désirerez. 
Adieu, mon innocent, le cœur me manque 
en quittant un enfant aussi admirable que vous. 

au V. H'iû), p. 105, note 3. Le mot « innocent » est employé pour désigner 
un idiot, acte II, v. 521. Dans le Mysière de sainte Tiyphine et le Roi 
ArUiur, il se trouve plusieurs fois, e. g. : Ann InnocanUk-man, «< ce 
pauvre petit innocent », p. 100; ann innocant paoïir-ma, « ce pauvre 
innocent », p. 108; rat me zo innocant, « car je suis un ignorant », p. lU; 
pc oui eun inosant, « ou tu es imbécile », Buez Louis Kunius. p. 15C. 



62 BUEZ SANT PATRICE. 

AN ITRON 

Gouraj ma friet qer ret ew dech couls a clin 
Diws trew ar Bed-man doiiet da soparin 
725 A sonjal ewit fm en hon relijon d) 

Me mens qen conls a hwi regret bras em halon, 

(oU cwit.) 



SCENEN DAWZECVET 
Timandre, an Itron ha Patrice (a retorn da gaet e dut) 

AN ITRON (a qemer dorn Patrice) 

Hit ma bugelic pawr gant o heont ma breur 
Me déni hwas davedoch ne tardin qet nemeur (2) 
Espère t ma bugel en providans Doue 
7130 Henes ho ponrvezo a bep nécessite 

lïac a ray dach ar hraç enr wez da jouisan 
Joaio ar Barados goude fin ar Bed-man (3). 

(ran voein a ra anean de eont.) 

Timandre, an Itron, ar Paj hac ar Gouarnerez. 
TIMANDRE 

Doue pa sonjan en hon mab ma friet 
Eteu din cant remors (^) em horf hac em Speret 
1?)D Son jet pe gen buan e neus bet qemeret 
Gonje digant e eont ewit dont don cal'et 
Mon bije anzavet ar wirione ontan 
Ewa bet (hstronqet e galon welan. 

AN ITRON 

An natur a gomand donet da regretin 
740 An eil deus egile (&) pa ve an disparty 

Mes da honid an Env e renqer bout contantes) 
Adieu ma amitié a la ran hum blâmant 

(1) Lisez : religion. 

(2) Cet hémistiche se rencontre aussi au v. 811; cf. acte II, vv. 10, 46 et 
ne ineur ne dardi quel, Cognomerus et sanile Tréfine, v. 77. 

(3) Cet hômisliche se trouve aussi au v. 922, Cognomerus et sainte Tréfine 

(4) Cf., plus haut, V. 584. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 63 

LA DAME 

Courage, mon cher époux, il vous faut à vous comme à moi 
vous séparer des biens de ce monde, 
et penser pour la fin à notre religion. 
J'ni autant que vous un grand regret dans le cœur. 

(Tous s'en vont.) 

DOUZIÈME SCÈNE 

Tiniandre, la Dnnic et Patrice (il revient pour trouver scs parents). 

LA DAME ^prenant Patrice à la mainj. 

Allez, mon pauvre petit enfant avec votre oncle mon frère. 
Je viendrai encore à vous; je ne tarderai pas beaiu'oup. 
Espérez, mon enfant, dans la Providence de Dieu: 
c'est lui qui pourvoira à toutes vos nécessités, 
et vous fera la grûce quelque jour de jouir 
des joies du Paradis à la lin de ce monde. 

(Elle le renvoie à son oncle). 

Timandre, la Dame, le Page et la Gouvernanle. 
TIMANDRE 

Dieu! mon épouse, quand je songe à notre fils, 
il me vient cent remords dans le corps et dans l'esprit. 
Songez combien vite il a pris 
congé de son oncle pour venir nous trouver. 
Si nous lui avions avoué la vérité 
son cœur se serait fendu à force de pleurer. 

LA DAME 

La nature commande que chacun regrette 
l'autre quand a lieu la séparation. 
Mais pour gagner le Ciel, il faut être prêt à tout. 
Je vous dis adieu, humblement, mon ami. 

(5) Ce premier hémistiche constitue le second hémistiche du vers TCi 
du Ile acte. 

{(')) Cf : Mes mar de Doue a clioul ne meus man da larct. 

« Mais quand c'est Dieu qui commande, il n'y a rien à dire. » Buez Louis 
Eunius, p. 105. 



b\ BUEZ SANT PATRICE. 

Hwi a ia dar gouent a me dal Leandy (i) 
Doue do conduo hac ar Werhes Vari. 

TIMANDRE 

745 Adieu eta ma dous (2) adieu ma amitié 
Birwiqen no cwelan er Bed-man en bue 
Mes en Env gant ar graç a Doue éternel 
Nin neum welo hon daw er gloar celestiel 
Avanset ma lajet{3) a hwi gouarnerez 

750 Da qemeret conje digant ho gwir vestrez 
Hac ho pet hepret soegn da servijin Doue 
Ha demeus ho fdlor ma mabic Patrice. 

AR PAJ 

Adieu eta Ytron Doue do conduo 
Hac ar Werhes Vari iwe do consolo 
755 Ne on pe war goste en nep feson monet 
Beuet ew ma halon gant hirvout a regret. 

AR GOUARNEREZ 

Adieu eta Ytron Doue do consolo 
Ar nezelour a joa bepret do conduo 
Doue Patrice ma oufes qement-man 
700 E teufe da galon dre n'anter da ranan 
Evel a ra breman hini da vaeronez 
Graç dimp ol èur veaj da vean asamblez 
Er sijcn deus ar gloar ebars er Baradoez i^) 
Adieu a laran dech ma mest a ma mestrez. 

AN ITRON 

765 Adieu Gouarnerez qen a vezo goude (s) 
Leqet a hol fians en providans Doue i^) 
Hac ho po recompans digantan goude-se 
Hac ho pezet memoar deus ma mab Patrice. 

(1) Voir, pour ce mot, Gognomerus et sainte Tréfine, p. 113, note 5. 

(2) Ma doits. C'est la gracieuse appellation pour la bicn-ainiée. 

(3) Peut-être faut-il lire : Avanset paj hian. 

(4) r:f, : Gras dimp de nem voelel en Envou assembles. 

Huez Louis Eunius, p. 103. 
Gras dimp de nem voelct cun deves en Envou ; ibicl., p. 14S. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 65 

Vous allez dans un couvent (de moines) et moi je vais dans un 
Dieu vous conduise et la Vierge Marie! [couvent de religieuses. 

TIMANDRE 

Adieu, donc, ma douce, adieu, mon amie. 
Jamais plus je ne vous reverrai vivante dans ce monde. 
Mais au Ciel, avec la grâce du Dieu éternel, 
nous nous verrons tous deux dans la gloire céleste. 
Avancez, mes pages, et vous, gouvernante 
pour prendre congé de votre chère maîtresse. 
Et ayez toujours soin de servir Dieu 
et de votre filleul, mon petit garçon Patrice. 

LE PAGE 

Adieu, donc, ma Dame, Dieu vous conduise 
et la Vierge Marie aussi vous console! 
Je ne sais en aucune façon de quel côté aller. 
Mon cœur est noyé de tristesse et de rl3gret. 

LA GOUVERNANTE 

Adieu, donc, ma Dame, Dieu vous console, 
et le Miroir de joie vous conduise toujours. 
Dieu! Patrice si tu savais tout cela, 
ton cœur viendrait à se briser par la moitié 
comme fait .maintenant celui de ta marraine. 
Puissions-nous tous un jour être rassemblés 
au séjour de gloire dans le Paradis. 
Je vous dis adieu, mon maître et ma maîtresse. 

LA DAME 

Adieu, gouvernante, jusques au revoir! 
Mettez toute votre confiance dans la Providence de Dieu. 
Et vous aurez de lui récompense plus tard. 
Et souvenez-vous toujours de mon fils Patrice. 



(5) Voir la forme plus complète de cette expression, acte II, v. 761. On 
peut lire aussi : quen a vezo neuze. 
'(j] Nous avons rencontré cet tiémistiche plus liaut, v. 729. 

7 



66 BUEZ SANT PATRICE. 

SCENEN TRIZECVET 
Ar Ilomt, Patrice, ar Paj. 

PATRICE 

Ma eont balamour dam Salwer biniget 
770 Obtenet do niz pawr dre ho graç eur reqet 
Reit din da anavout peira ew bet d) an adieu 
So bet entre ma zad, ma mam a me a hwi. 

AR HOMT 

Patrice ma niz qer ho mamic a so het 
Da gouent Santez Glaira gant al leanezet 

775 Hac ho tad a so het da gouent Sant Prancez 
Doue do honservo hac e vam ar Werhez 
Hac ho mado a hwi a so chomet ganin 
Ewit ho conduin a neuze ho tisqin 
Rac se mar oheus hwant mo laqay chevalier 

780 Eur havailier yawanq ewit mont dar brezel 
Me ho heleuvo braw herwe ho qalite 
Ewit (2) ma hellet ober o fortun gwel a se. 

PATRICE 

Neu deus en nep feson digniteo er Bed 
Na chom tam warnezi da vean henoret 

785 Hent an Env a fel din ma eont da disqin 
Rac-se émeus dezir da vonet dar studi 
Ewit disqin qenta ma Pater, ma Credo 
Gourhemeno Doue a ma ol credeno 
Rac henorio ar Bed nac e mondanité 

790 Nen dew qet ma dezir en nep feson enne 
Servijin ma Jésus se ew a deziran 
Rac se ma eont qer eta ho suplian 
Groet din cafet eur mest ewit dont dam disqin 
Pandoch laqet en carg ewit ma adoptin. 

AR HOMT 

795 No pezet dont er Bed ma niz gant graç Doue 
Me ray o hinstruin en gwir lezen ar fe 

Cl) A supprimer, pour la mesure. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 67 

TREIZIÈME SCÈNE 

Le Comte, Patrice, le Page. 

PATRICE 

Mon oncle, pour l'amour de mon Sauveur béni, 
obtenez par votre intercession une requête pour votre pauvre 
Faites-moi connaître ce que signifie Tadieu [neveu. 

qu'il y a eu entre mon père, ma mère, moi et vous. 

LE COMTE 

Patrice, mon cher neveu, votre maman est allée 
au couvent de sainte Claire avec les religieuses. 
Et votre père est allé au couvent de saint François. 
Dieu et sa mère la Vierge les protègent! 
Vous et vos biens resteront avec moi 
pour vous élever et vous instruire ensuite. 
Donc, si vous voulez que je vous fasse chevajier 
un jeune chevalier pour aller à la guerre, 
je vous élèverai en brave selon votre qualité 
pour que vous puissiez faire votre fortune d'autant mieux. 

PATRICE 

Je ne me soucie en aucune façon des dignités du inonde. 
Il n'y reste rien qui vaille d'être honoré. 
C'est le chemin du Ciel, mon oncle, que je veux apprendre. 
Aussi ai-je désir d'aller étudier 
pour apprendre d'abord mon Pater, mon Credo, 
les commandements de Dieu et toutes mes croyances. 
Car. quant aux honneurs du monde et à la mondanité, 
d'aucune façon, mon désir n'est en eux. 
Servir mon Jésus, voilà ce que je désire. 
Aussi, mon cher oncle, je vous en supplie, 
faites-moi trouver un maître pour m'instruire. 
puisqu'on vous a donné la charge de m'adopter. 

LE COMTE 

N'ayez aucune inquiétude, mon neveu, avec la grâce de Dieu 
je vous ferai instruire dans la vraie loi et la vraie foi. 

(2) Lisez : 'uit. 



68 BUEZ SANT PATRICE. 

Gant an otro ar Viqer, ya mar doch contant 
Me lacay ahanoch eta ma buge d) coant 
Henez a so den savant (2) prudant a gouiec 
800 Hac ho tisqo ma niz er giz ma teziret. 

PATRICE 

Ne roan qet a caz pe gant piw em leqet 
Gant ar graç a Doue me a boanio bepret . 
Clasq lient ar Barados se ew a deziran (3) 
Me gare e cavet a bean warnean. 

AR HOMT 

805 Paj bian m'ho supli hit buan em reqet 
Bete ty ar Viqer a dezan leveret 
Donet aman buan mar be e vadelez 
Hoant ameus (^) mar plij gantan e leinemp asambles. 

AR PAJ 

Autro pa gomandet me a yelo ractal 
810 Da obcr ho tezir evel den cordial 

Ne tardin qet nemeur ne aruin gantan 
A gwellan ma hillin (5) me deui de suplian 
Da donet do cafet pan dew ho polante 
Ha neuze e reet en ho gis ho trete. 



SCENEN PEWARZECVET 
Ar Viqer, ar Paj. 

AR PAJ 

813 Salud otro Viqer gant joa ha carante ^6) 
Abeurs an otro ar homt ezon deut ho pete 
Ewit ho suplian mar be ho madelez 
Da dont betec e dy (7) ma loinet asambles. 

(1) Lisez : hngcl. 

(2) Il fuut omettre, pour la mesure, a, on, comme plus linut, v. 025, dni. 

(3) \oir plus haut v. 701. 

(4) Lisez : 'meus. 

(5) Voir plus haut v. 398. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 69 

Chez monsieur le vicaire. &i vous y consentez, 

je vous mettrai, mon bel enfant. 

C'est un homme savant, prudent et instruit, 

qui vous instruira, mon neveu, de la manière que vous désirez. 

PATRICE 

Je ne fais pas d'objection chez qui vous me mettez; 
avec la grâce de Dieu je travaillerai toujours. 
Chercher le chemin du Paradis, voilà ce que je désire. 
Je voudrais le trouver et le suivre déjà. 

LE COMTE 

Petit page, je vous supplie, allez vite à ma requête, 
jusqu'à la maison du vicaire et dites-lui 
de venir vite ici s'il en a la bonté; 
je désire, s'il lui plaît, que nous dînions ensemble. 

LE PAGE 

Mon Sieur, puisque vous commandez j'irai sur Iheure 
accomplir votre désir, en homme dévoué. 
Je ne serai pas longtemps avant de le joindre. 
Et du mieux que je pourrai je le supplierai 
de venir vous trouver, puisque c'est votre volonté. 
Et alors, vous vous entendrez à votre guise. 



QUATORZIEME SCENE 
Le Vicaire, le Page. 

LE PAGE 

Salut, monsieur le vicaire, avec joie et affection, 
de la part de monsieur le comte je suis venu jusqu'à vous, 
pour vous supplier, si c'est un effet de votre bonté, 
de venir jusqu'à sa maison pour dîner ensemble. 



f6) C'est un hémistiche fort commun dans les mystères bretons. Nous le 
trouvons ici, acte I, vv. 631, 1087; acte II, v. 1; acte III. v. 108, etc.; Buez 
Louis Eunius, p. 6; Sainte Tryphine et le Roi Artliur, p. 126, etc. 

l7) Cf. plus haut, V. 284. 



70 BUEZ SANT PATEICE 

AR VIQER 

Ebien Paj bian partiel pa geret 
820 Da dy an otro ar hoint ezon prest da vonet 
Joa ameus em halon a memeus carante 
Pa glewan ma goulen da vonet e vête. 



SCENEN PEMZECVET^i) 
Ar Viqer hac ar Paj dre eur lioste ar Hoiiit a Patrice dre eun al. 

AR HOMT 

Salud otro a Viqer joa ameus pan doch dent 
Da goms aman gène pan doch digemened 

825 Obligasion vras ameus me en toue 
Dech otro ar viqer beau deut ma bete 
Ouzoch otro ar Viqer breman e houlenan 
A hwi a so contant ya ous ho pean 
Da donet da disqin ma niz coant Patrice 

830 Ebars (2) el lezen a hraç hac en servij Doue 
Alon ma niz bian pan don choazet hirie 
Ewit ho curator demeus a beurs Doue 
He renqan cavet soegn da laqat ho tisqi 
Da scrifa a da len a da catechismin 

835 War articlo arle ewit neum breparin (3) 

Ewit (^) bout gwir servij er da Doue er Bed-man 
Hac en Env on bezo recompans digantan 
Genech otro ar Viqer e cafen eve er fat 
Na oufen birwiqen cafet gwel de laqat 

8^t0 A me a (&) tacho iwe donet do contantin 
Demeus e pension bep cartier e pezin. 

AR VIQER 

Joa vras so em halon o clewet en deus hwant 
Da dont da studian a bezan den savant 
Moyenant graç Doue me rey gwclan hillin 



(1) Cf. In scène dans le Mystère de sainte Barbe, stance 80 el siiiv., dans 
laquelle le maître d'école instruit sainte Barbe. 

(2) Lisez : 'bars. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 71 



LE VICAIRE 



Eh bien, petit page, partez quand vous voudrez. 
A la maison de monsieur le comte je suis prêt à aller. 
J'ai joie dans le cœur et même affection 
quand je m'entends inviter à me rendre chez lui. 



QUINZIEME SCENE 

Le \icaire et le Page par un côté, le Comte et Patrice par un autre. 

LE COMTE 

Salut, mon Sieur le vicaire, je suis enchanté que vous soyez 
me parler ici comme on vous a mandé. ' [venu 

Je vous suis très obligé, je vous le jure, 
monsieur le vicaire, d'être venu jusqu'à moi. 
Maintenant, je vous demande, monsieur le vicaire, 
si vous consentez, naturellement en vous payant, 
à venir instruire mon joli neveu Patrice 
dans la loi de grâce et le service de Dieu. 
Allons, mon petit neveu, puisque j'ai été choisi aujourd'hui 
de la part de Dieu comme votre curateur, 
il faut que j'aie soin de vous faire apprendre 
à lire, à écrire et à catéchismer 
sur les articles de la foi, pour vous préparer 
à être vrai serviteur de Dieu dans ce monde, 
et dans le Ciel nous aurons de lui sa récompense. 
C'est avec vous, monsieur le vicaire, que je trouve qu'il serait 
je ne saurais jamais trouver où le mieux placer. [bien; 

J'essayerai aussi de vous dédommager 
je paierai chaque quartier de sa pension. 

LE VICAIRE 

J'ai grande joie au cœur d'apprendre qu'il désire 
étudier et devenir homme savant. 
Moyennant la grâce de Dieu, je ferai de mon mieux 

(3) Ces trois vers riment entre eux, ou il manque ici un autre vers 
en -ilnj. 

(4) Lisez : 'wlt. 

(5) A supprimer, pour la mesure. 



^2 BUEZ SANT PATRICE. 

8'ir) Fai cuulret Patrice ewit dont den disqin 
Avanset ma iDugel diredet dam hichen 
l)alet-u (1) al levr-man a hwi a allô len. 



PATRICE 

Ya ara avis genin moyenant graç Doue. 

(Len a ra) : 

Orcmus-Deus qui corda lidelium sancti spiritus 
850 llliisiratione docuiste du nobis in eodcm spiritus 

Recta sapere & de ejus semper consolatione gaudere 
Per Dominum nostrum Jesum christwn lilium tHU)n 
Qui tccum vivit & régnât in unitate spiritu sancte Deus 
per omnia secula seculonun. Amen (2). 

AR VIQER 

855 Hola ma bugel qer awalcli oheus laret (3) 
War ho catechism (^) e renqet bout disqet. 

AR HOMT 

Orsa autro Viqer qesset ma niz genacli 
Me deuio de welet fête pe warahwas 
Dre douster mar gellet Leqetan da disqin 
860 Gwel e sento dre caer ewit dre ar gasti. 

PATRICE 

Ma eont me yelo el lech ma levcret 
Ne gontestin netra dar pes a gomandet. 

AR VIQER 

Ma (5) eta otro ar homt qen a vezo neuze 
Me so ho servijer deut gène Patrice. 

(oU ewit.) 

(1) Pour la nota augcns, voir aussi ncle III, v. 703. 

(2) C'est la pi'ière qui se dit à la messe et à roffioe de la Pentecùt.e. Au 
jour de la fête elle-même, les mots hodic.ma die se disent entre qui et 
corda. Cette prière se récite ordinairement au couuuencement des classes, 
des sermons, etc. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 73 

à l'endroit de Patrice pour l'instruire. 
Avancez, mon enfant, accourez près de moi. 
Prenez ce livre-ci; est-ce que vous pouvez lire? 

PATRICE 

Oui, je crois pouvoir, moyennant la grâce de Dieu. 

ai lit) : 

Oremus. — Deus qui corda [idelium Sancti Spiritus 
illustratione docuiste, da nobis in eodem spiritu 
recta sapere et de ejus semper consolatione gaudere. 
Per Dominum nostrum, Jesum Christum filium tuum, 
qui tecum vivit et régnât in imitât e Spiritus Snncti Deus 
per omnia sœcula sœcutorum. Amen. 

LE VICAIRE 

Holà, mon cher enfant, c'est assez. 
11 faut que vous soyez instruit sur votre catéchisme. 

LE COMTE 

Or çà, monsieur le vicaire, emmenez mon neveu avec vous. 
J'irai le voir aujourd'hui ou demain. 
Instruisez-le si possible par la douceur. 
Il obéira mieux de bonne volonté que de force. 

PATRICE 

Mon oncle, j'irai où vous me commanderez d'aller; 
je ne conteste rien de ce que vous m'ordonnez. 

LE VICAIRE 

Çà donc, monsieur le comte, adieu alors; 
je suis votre serviteur. Venez avec moi, Patrice. 

(Tous s'en vont.) 



(3) .le suppose qu'il faut lire : lennet. 

(A) Cet hémistiche n'a que cinq syllabes, à moins que catechisin T](^. 
compte pour quatre syllabes. 
(5) Il faut, je pense, lire : sa. 



74 BUEZ SANT PATRICE. 

SCENEN HWEZECVET 
Ar Viqer ha Patrice dre eur hoste, nr Homt dre eur hoste-al. 

AR VIQER 

805 Patrice leret din gant pion ezoch crouet (D. 

PATRICE 

Gant an autro Doue pen deveus teurvezet. 

AR VIQER 

A hwi a so christen ma mignon Patrice. 

PATRICE 

Ya dre gras Jésus badeet on cr fe, 

AR VIQER 

Goms a ret deus ar fe leret din petra ew 
870 A gant an articl se petra a broQtomp. 

PATRICE 

Ar fe so eun donczon (2) root dimp gant Doue 
Hac a gle pep christen qent ewit men torre 
Bout contant da verwel beau en bew qinied 
Oent ewit e hwitad ewit mado ar Bed. 

AR VIQER 

875 Pen os mado ar Bed ar re se ew ar re gwellan (3) 
A oufe den er Bed james da bratiqan. 

PATRICE 

Me lar dech nen dint qet rac qement so er Bed 
Nen dint nemert sqeujo atrono evel (^) moget 
01 vado ar Bed-man gant e mondanité 
880 A rent eun den confus eur veaj o goude. 

AR VIQER 

Patrice leret din petra ezew Doue. 

(1) Dnns la Vie de sainte Nonne, Revue celtiqiie, t. VIIT, p. '^23, le joum 
Devy, nis de la sainte, récite ses leçons de la même manière. 

(2) I.e premier hémistiche a sept syllabes. 



LA VIE DE SATXT PATRICE. 75 

SEIZIÈME SCÈNE 

Le Vicaire et Patrice dvm côté, le comte dun autre côté. 

LE VICAIRE 

Patrice, dites-moi, par qui avez-vous été créé? 

PATRICE 

Par le seigneur Dieu qui l'a daigné. 

LE VICAIRE 

Et êtes-vous chrétien, mon ami Patrice? 

PATRICE 

Oui, par la grâce de Jésus, j'ai été baptisé dans la foi. 

LE VICAIRE 

Vous parlez de la foi; dites-moi ce que c'est, 
et, cet article-là, quel profit en tirons-nous? 

PATRICE 

La foi est un don qui nous est donné par Dieu, 
et tout chrétien doit plutôt, que de la violer, 
être prêt à mourir, et à être écorché vif 
plutôt que Tabandonner pour les biens de ce monde. 

LE VICAIRE 

Comment! les biens de ce monde. Ce sont les meilleures 
dont on puisse jouir sur la terre. [choses 

PATRICE 

Je vous dis que non. Car, tout ce qu'il y a dans le monde 
n'est que des ombres qui se dissipent comme la fumée. 
Tous les biens de cette terre avec sa mondanité 
font la confusion de l'homme dans la suite. 

LE VICAIRE 

Patrice, dites-moi, qu'est-ce que Dieu? 

(3) Il faut, je pense, omettre le second re, pour la mesure. 

(4) Lisez : 'vel. 



70 BFEZ SAXT PATRICE. 

PATRICE 

Grouer ew cla genta dan Douar a dan Env 
Hac autro souveren dar Bed a dan Elle d). 

AR VIQER 

Piw ew cta an Tad deus an ol chrlstenien (2). 

PATRICE 

885 Hon salwer Jesus-Christ a se na donian qet 
A deineus an Ilern en deveus hon prenet. 

AR VIQER 

Petra ew brasan pehet a ra eur hristen (3). 

PATRICE 

An dizobeisans hac an ingratiry 
A reont en andret Jésus gwir vab Mari. 

AR VIQER 

890 A hwi gare beau deus an dut ingrat-se. 

PATRICE 

Salocroas na vin qet nioyenant graç Doue, 

AR VIQER 

Disqet eta penos en deus disqet ho tad 
Mac heuillet ewez moped a galon vad 
Pesort bue en deus bet hon Salwer er Bed-man. 

PATRICE 

895 Teir sort a neanioins nen dint nemert unan 
Ar gentan ew ar vue divin hac Eternel 
An eil ew e vue humen a temporel 
An drede e vue glorius, imortel (^). 

(1) M. E. Ernault donne plusieurs vari6t(^s de cette e.\pr(\s.>ion. Revue 
celtique, t. XX, pp. 303, 30i. 

(2) Ce vers ne rime avec aucun auli-e. 

(3) Ce vers est trop court d'une syllabe. Peut-être faut-il lire : cun dcn 
chrislen. De plus, il manque un "Vers pour rimer avec celui-ci. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. i i 



PATRICE 



D'abord, il est le créateur de la terre et du ciel, 
et le seigueur souverain du monde et des anges. 

LE VICAIRE 

Qui, donc, est le père de tous les chrétiens? 

PATRICE 

Nuire sauveur, Jésus-Christ, de cela je ne doute pas. 
Et c'est lui qui nous a racheté de TEnfer. 

LE VICAIRE 

Quel est le plus grand péché que fasse un chrétien? 

PATRICE 

La désobéissance et Tingratitude 
que Ton montre à l'endroit de. Jésus, vrai fils de Marie. 

LE VICAIRE 

Aimeriez-vous être de ces ingrats-là? 

PATRICE 

Sauf votre grOce, je ne le serai point, moyennant la grâce de 

[Dieu. 

LE VICAIRE 

Apprenez donc comment s'est instruit votre Père, 
et prenez garde, je vous prie de tout cœur, 
quelle sorte de vie a menée notre Sauveur en ce monde. 

PATRICE 

Trois sortes de vies, qui pourtant ne sont qu'une seule. 
La première est la vie divine et éternelle, 
l'autre est la vie humaine et temporelle, 
la troisième est la vie glorieuse, immortelle. 

(4) Ces trois vers riment entre eux. On peut supposer un quatrain à 
double rimes finales, en corrigeant le v. 899 qui est manifestement défec- 
tueux et ({ui, de plus, ne rime avec aucun autre. Je conjecture pour le 
V. 899 : 

Petra ew ar vue divin liac éternel. 



78 BUEZ SANT TAÏRICE. 

AR VIQER 

Petra ew ar vue divin hac imortel dan autro Doue. 

PATRICE 

900 Er vue en gondu en e divinité 

Ebars (D en calon e dat a pep éternité. 

AR VIQER 

Petra ew ar vue humen a temporel. 

PATRICE 

Ar vue a neus conduet aboe ma \va ganet 
Qen na we war ar halvar (2) cruciliet (3). 

AR VIQER 

903 Pegeit ezew bet eta war ar Bcd-man (^). 

PATRICE 

Tri blawez a tregont a tri miz ezew bet 
Herwe ar scripturio a so dimp revelet. 

AR VIQER 

Noheus qet a dezir eta dachom er Bed (-^^ 
Na bezan gant ar gloar warnezi enoret. 

PATRICE 

910 Salocroas ma mest qer en se gwir a leret 
llac grandeur ar Bed-man hac emondanite 
Nen dew qet ma dezir a derhel mad deze 
(iwelet a ran ma zad a ma main assambles 
Edeveus quitaet ac het a ratoez 

915 Da qwitad o niado (*r Bed-man en antier 
Ewit cavet eur wez er gloar celestiel (6) 
A me a dezir iwe mar choman v^^ar ar Bed 
Beza relijius pe otramant Belec. 

(l) Lisez : 'bars. 

{2) Le premier hémistiche de ce vers a une syllabe de trop. 
(3) Il manque probablement ici deux syllabes. Il faut, je pense, lire 
pa we crucifiet ; cf., plus haut, v, 440. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 79 

LE VICAIRE 

Qu'est-ce que la vie divine et immortelle da seigneur Dieu? 

PATRICE 

La vie qu'il mène dans sa divinité 
dans le sein de son père pendant réternité. 

LE VICAIRE 

Quelle est la vie humaine et temporelle? 

PATRICE 

La vie qu'il a menée depuis qu'il était né, 
jusqu'à ce qu'il fût crucilié sur le Calvaire. 

LE VICAIRE 

Combien de temps a-t-il été en ce monde? 

PATRICE 

Il y a été trente-trois ans et trois mois, 
selon les Ecritures cela nous a été révélé. 

LE VICAIRE 

Vous n'avez donc pas le désir de rester dans le inonde 
et d'y être honoré par sa gloire? 

PATRICE 

Sauf votre grâce, mon cher maître, en cela vous dites vrai, 
car les grandeurs de cette terre et sa mondanité 
ce n'est pas mon désir de m'y attacher. 
Je vois que mon père et ma mère ensemble 
sont partis et s'en sont allés avec le dessein 
de quitter tous leurs biens dans ce monde 
afin d'obtenir une fois pour toutes la gloire céleste, 
et moi, je désire aussi, si je reste sur la terre, 
de me faire religieux ou autrement prêtre. 

(4) Ce vers ne rime avec aucun autre. 

(5) Ces trois vers, 008-910, riment entre eux, ou peut-être, le vers 908 
n a-t-il pas de correspondant. 

(6) Cet hémistiche .^c trouve, par exemple, acte I, vv. 7i8, 924; acte II, v. 283. 



8U liUKZ SANT PATRICE. 

AR VIQER 

Pa deziret eta bean den a llis 
920 Evo ret ma den qer dech obo^r exersis 
Studia el Latin hac en Theologi 
Memeus bean doctor mar be ho fantazi. 

PATRICE 

Reglen ar gwir Jésus émeus hwant da derhel 
Ewit cavel cur wez er gloar celestiel 
925 Rac ewit ar Bed-man na fian qet enny 
Rac na gwesse dezi donet dam decevin. 

AR VIQER 

Patrice awalch ew retiromp a gostc 
A demp da goncluin penos vezo goude 
Rac me ho qendelho demeus ma ol bouer 
930 Muian ma vo possubl (D na ma hillin ober 
Orsa ewit breman na leromp davantaj 
Studiet ho qentel war ben ar sqol henwas. 

PATRICE 

Ma mest mar permetet émeus hoanl da vonet 
Da vale war an nod a ne dalein qet 
935 A donet adare dar Scol da studian 

Ma philosophy a (2) rin mar gallan ar bla-man. 

AR VIQER 

Het elech mar qeret rac ma teulet ewez (3) 
Neneum abusach re en goal gompagnonez. 



SCENEN SEITECVET 
Lucifer hac Astarot. 

LUCIFER 

Ma zoude Astarot deus aman coms ouzin 
9^j0 Distouf da diw scouarn Selew <^*^ petra lerin 

(1) Cf. : Guellan ma vo possupL Bucz Louis Eunius, p. 8L 

(2) A supprimer, pour la mesure. 

(3) Cf. au Ile acte, vv. 289, 290, et, pour le second hémistiche, cf. acte II, 
vv. 333, 369; acte III, vv. 157, 251, 562. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 81 

LE VICAIRE 

Puisque, donc, vous désirez être homme d'église, 
il vous sera nécessaire, mon cher ami, de vous exercer 
à étudier le latin et la théologie, 
même de devenir docteur, si c'est votre fantaisie. 

PATRICE 

C'est la règle du vrai Jésus que je désire observer 
pour avoir un jour la gloire céleste, 
car, quant à ce monde-ci, je n'ai pas confiance en lui, 
et j'ai peur qu'il ne vienne à me décevoir. 

LE VICAIRE 

Patrice, c'est assez; retirons-nous de côté, 
et allons délibérer sur ce que nous ferons ensuite: 
car je vous conduirai jusqu'au bout, de tout mon pouvoir, 
le plus qu'il sera possible et le plus que je pourrai faire. 
Or çà, pour l'instant, n'en disons pas davantage. 
Etudiez votre leçon pour l'école de ce soir. 

PATRICE 

Mon maître, si vous le permettez, je désire aller 
me promener sur la grève et je ne tarderai pas 
à revenir de nouveau à l'école pour étudier. 
Je ferai ma philosophie cette année, si je puis. 

LE VICAIRE 

Allez où vous voulez, pourvu que vous preniez garde 
de vous attarder trop en mauvaise compagnie. 



DIX-SEPTIEME SCENE 

Lucifer et AslaroUi. 

LUCIFER 

OÙ es-tu, Astaroth? Viens ici, parle-moi. 
Débouche tes deux oreilles, écoute ce que je vais dire. 

(4) Selew {cf. : selaw, acte III, v. G17), pour : scllou, « regards ». On peut 
supposer : sezlou, u écoute ». 

8 



82 BUEZ SANT PATRICE. 

Rouinet vezomp ol en antier er Bed-man d) 
Mar chom map Timandre warnezi da renan 
Rac-se sonjomp petra a vezo groet outan (2) 
Rac eiiian war an lient da dont don rouinan. 

ASTAROT 

945 Pe war condision evemp nin rouinet 
Gant eur hoqiniq fal eur fripon mihiec (3) 
Nen deus qet a gredit nemeur war ar Bed-man 
Ne ra nemert comans donet da studian. 

LUCIFER 

Studi awalch en deus rac predestinet ew 
950 Da ober miraclo gant an autro Doue 
Memeus laret a rer dre ol comunamant 
Evezo corunet eur veaj ewit Sant. 

ASTAROT 

Ya gant an Diawl evo sanctifiet 
Rac me torro e houq mar gallan e gafet. 

LUCIFER 

955 Gavet awalch ari mar qeres anean 

Et ew da vord ar Mor deneum divertissan 
Qe buan de cavet a digasan genêt 
Enty an Impalaer e renq beau rentct 
Hac en acuz neuze dan otro an Impalaer 

960 Hac enon marteze e cafo e valeur. 

ASTAROT 

Het buan en ho rout na leret gir da den 
Me a ray ma afer bete eur sillaben (^). 

(oll cwit.) 



(1) Cf. le discours de Belzébuth, dans le Mystère de sainte Barbe, 
stance 26. 

(2) Le manuscrit porte : ontan. 

(3) Nous rencontrerons cet hémistiche plus loin, acte II, v. 186; cf. acte II, 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 83 

Nous serons tous entièrement ruinés dans ce monde 
si le fils de Timandre y reste à régner. 
Donc, songeons à ce qu'on fera de lui, 
car il est en train de nous ruiner. 

ASTAROTH 

De quelle façon serions-nous ruinés 
par un méchant petit coquin, un fripon morveux? 
qui n'a pas grand crédit en ce monde, 
et ne fait que commencer à étudier. 

LUCIFER 

Il a assez d'études, car il est prédestiné 
à faire des miracles par le -seigneur Dieu. 
On dit même partout communément 
qu'il sera quelque jour couronné comme saint. 

ASTAROTH 

Oui dà, c'est par le diable qu'il sera sanctifié, 
car je lui casserai le cou si je puis l'attraper. 

LUCIFER 

Tu n'auras pas de peine à le trouver, si tu veux. 
Il est allé au i3ord de la mer pour se divertir. 
Va vite le trouver et amène-le avec toi; 
il faut qu'il soit rendu chez l'empereur, 
et accuse-le alors devant le seigneur empereur; 
et là, peut-être, il trouvera son malheur. 

ASTAROTH 

Allez vite en votre route! ne dites mot à personne : 
moi je ferai mon affaire jusqu'à la dernière syllabe. 

(Tous s'en vonl) 



V. 105, el : miclilet fal, « fichu morveux »; Cognomer-us et sainte Tréfine, 
V. 1018. 

(il Nous avons déjà lencontré cet hémistiche, vv. 20G, 278; cf. acte III, 
V. 1107. 



84 BUEZ SANT PATRICE. 

SCENEN TRIWACHVET 
Patrice opourmcn e iinan en bord ar Mor; oui leur en e zorn. 

PATRICE 

Aman pan don breman bars cm pasiantet. 
E renqan eun neubeut recrein ma speret 
9G5 O tont (la contemplin en liez afero 
A tennan aneze cals a circonstanso. 

(p.ourmen.) 
Breman ezon contant razis ew ma Speret 
Ma halon en antier a so rejouiset 
welet ar joaio a bosedo an den 
070 (îoude an tourmancho mar gai dont do souten. 

(cwit.) 

SCENEN NAWTECVET 
GROMANS 

Doue ma hrouer mar be ho polante 
Rein o hasistans din bars em necesite 
Reit din ar sclerijen Jésus ma gwir Salwer 
Ma welin ar Bed-man eur veaj en antier 

975 Gwelet a rer penos ezon abandonet 

Gant an ol en antier ne on pelech monet 
Pewar bla warnugent so aboe ma zon ganet 
Ha biscoas siwas din banach na meus gwelet 
Dre se ho suplian dre verit ho poanio 

980 A andurjoch er groas pa soufrjoch ar Marw 
Ha da rein din ar hraç da welet ar Sclerder 
A me adeui bemde da veulin an auteur 
Ma rancontrin eur re a (i) nefe ar pouer se 
Da sicour ahanon bars em necesite. 

DOUE-AN-TAD 

985 Disqenet Gabriel ewidon en Douar 
Ha leret da Gromans apezin e glahar. 
Exauset ew gène en antier e reqet 
Et da vet Patrice ac e vo gwellaet (2). 

(1) A supprimer, pour la mesure. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 85 

DIX-HUITIÈME SCÈNE 
(Patrice seul se promenant au bord de la nier, un livre à la main.) 

PATRICE 

Maintenant, que je suis ici en repos, 
il faut que je me récrée un peu l'esprit 
en contemplant beaucoup d'affaires, 
et en en tirant nombre de réflexions. 

(Il se promène.) 

Maintenant, je suis content; mon esprit est rassis, 
mon cœur est entièrement réjoui 
à voir les joies que possédera l'homme 
après les tourments, s'il peut les supporter. 

(11 s'en va.) 

DIX-NEUVIÈME SCÈNE 
GROMANS 

Dieu! mon créateur, s'il est en votre volonté 
de m'octroyer votre aide dans mes besoins, 
donnez-moi la lumière, Jésus, mon vrai sauveur, 
que je voie ce monde-ci un jour en entier. 
Vous voyez comme je suis abandonné 
par tout le monde; je ne sais où aller. 
Il y a vingt-quatre ans que je suis né, 
et jamais, malheureusement pour moi, je n'ai vu goutte. 
C'est pourquoi je vous supplie par le mérite des peines 
que vous endurâtes sur la croix quand vous subîtes la mort, 
de me donner la grâce de voir la lumière, 
et je louerai toujours l'auteur 

qui m'aura fait rencontrer des gens possédant le pouvoir 
de me secourir en ma nécessité. 

DIEU LE PÈRE 

Descendez, Gabriel, pour moi sur la terre, 
et dites à Gromans d'apaiser sa douleur; 
sa requête est entièrement exaucée par moi. 
Qu'il aille trouver Patrice et il sera guéri. 

(2) Cf. V. 1002. 



86 BUEZ SANT l'ATRlCE. 

GABRIEL 

Doue éternel bras ew ho madelez d) 
990 En andret an dut pawr en deus necesite 
Me a yelo gantan ewit e gonduin 
En e afliction me deui de gonsolin 
Hac a yelo exprès gantan betec ar Sant 
Ha henez dre e hraç en lamo a dourmant. 

(Disqen a ra hac e lar da Gromans) : 

905 Gromans deut alech-se da gavet Patrice 
Ma po soulajamant en ho nécessite 
Gromans abeurs Doue ezon deut do cavet 
Ewit ho consolin pan doch qen desolet (2) 
Avanset din ho torn a nin yel de gafet 
1000 Pa gomand an otro obeisan so ret 

Exoset ew gant Jésus (3) en antier ho reqet 
Deut da vet Patrice hac ho po ar gwelet. 

GROMANS 

Doue pelech enian an den vertuus-se. 

GABRIEL 

Deut aman din (^) ho torn ino caso e vête 
(avans a reorit; Patrice a antre.) 

GROMANS 

1005 Doue éternel bras ew ho madelez 
En andret ar bewien on nécessitez. 

GABRIEL 

Patrice avanset ep ober complimant (5) 
Demeus abeur (6) Doue oheus commandamant 
Da ober sin ar groas war dawlagad Gromans 
1010 Hac e welo qen scier a ma welas biscoas (7). 

(1) Cf. vv. 1005, lOCX) cl: O Dou<\ ma llroucr! bras eo Jio puissans ! 

La Création du Monde, v. 1253. 

(2) Nous avons déjà rencontré cet hémistiche, v. 702. 

(3) Il faul, je pense, lire, pour la mesure: Eauset ew ganlan; cf. plus 
liaut, V. 987. 

(4) Joli idiotisme ! 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 87 

GABRIEL 

Dieu éternel! grande est votre bonté 
à l'endroit des pauvres gens qui en ont besoin. 
J'irai avec lui pour le conduire 
et je le consolerai dans son affliction. 
J'irai tout exprès avec lui jusqu'au saint 
et celui-ci par sa grâce le délivrera de tourment. 

(11 descend et dil à Gromans) : 

G romans, venez vous en trouver Patrice 
afin que vous ayez soulagement en votre nécessité. 
Gromans, c'est de la part de Dieu que je suis venu vous trouver 
pour vous consoler puisque vous êtes si désolé. 
Tendez-moi votre main et nous irons le trouver. 
Quand le Seigneur commande, il faut obéir. 
Votre requête a été entièrement exaucée par Jésus. 
Venez vers Patrice et vous recouvrerez la vue. 

GROMANS 

Dieu! oi^i est-il cet homme vertueux? 

GABRIEL 

Donnez-moi votre main, je vous conduirai jusqu'à lui. 

(Ils se niellent en niarclie; Patrice entre). 

GROMANS 

Dieu éternel! votre bonté est grande 
envers les pauvres dans leur infortune. 

GABRIEL 

Patrice, avancez, sans faire de compliments. 
De la part de Dieu vous avez commandement 
de faire le signe de la croix sur les yeux de Gromans, 
et il verra aussi clair qu'il vit jamais. 

' (5) Cet liéniisticlie se trouve aussi acte II, v. 473, et dans le Mystère de 
saint Crépin et de saint Crépinicn, v. 881. « Le mot compliment, en breton, 
a pris le sens de cérémonies, façons, embarras ». A. Le Braz. C.ognonicrus 
et sainte Tréfine, p. 13, note 7. 

(6) Lisez : abeurs. 

(7) Ce vers n'est pas d'accord avec les vv. 977, 978 plus haut. 



88 BUEZ SANT PATRICE. 

PATRICE 

Doue da vo meulet hac ar Werhes Vari 
Mazon choazet gantan ewit e Soulajin 
Kanat an Eternel me ho trugareca 
Sonj en cleus ma Doue ahanon dreist pop tra. 

(an El cwit.) 
(Suit.) 

1015 Stouet war ho tawlhi a me ia gant respet d) 
Da bronons ar homso a so din ordrenet 
En hano an Tad, ar Mab hac ar Speret Santel 
Doue do grwei Salo hac ar Werhes santel. 

GROMANS 

Doue, ma hrouer (2) me ho trugareca 
1020 Rac gwclet a ran scier er wes-man ol pep tra 
Ha dech iwe otro me reqet pep chans vad 
Hwi oheus ma lamet a eur stad-pitoyabl. 

PATRICE 

Doue en qement-se a gle beau meulet 0) 
Ha trugarecaet gant henor a respet 
1025 Rac ewidon (^) me nen don capabl d'ober netra 
Nemert dre gras Doue, ar Werhes Maria. 

(ol cwit.) 

SCENEN UGENTVET 

Ilabilantel deus an Hiberny a anlro. 

AR HENTA 

Itron Varia a hraç petra ew qement-man 
Ezeont ol da gol ty hac oz er wej-man 
P'enlech ezeomp nin gant an diluj a so 
1030 Siwas din ma unan ne on pelech ezon 
Ret ew laret penos ezew ol discohet 
An ol sclotouero goude en Erch fontet 
Eur ravaj (5) a ra an dour ebars en hiberny 
Biscwas sur qement-al ne welas den eimy. 

(1) Cf. le My.stèi'e de saint Crépin et de saint Crépinien, v. 20C4 la scène 
dans laquelle les deux saints obtiennent le don de la vue pour Mercenal. 

(2) Cf., ibid., V. 2077. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 89 

PATRICE 

Dieu soit loué et la Vierge Marie! 
de ce que je suis choisi par lui pour le soulager. 
Messager de TEternel, je vous remercie. 
Mon Dieu se souvient de moi par-dessus toute chose. 

(L'ange s'en va.) 
(Suite.) 

Mettez-vous à genoux et je vais avec respect 
prononcer les paroles qui me sont ordonnées. 
Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. 
Dieu vous rende sauf et la Vierge sainte. 

GROMANS 

Dieu! mon créateur, je vous remercie, 
car je vois clairement cette fois chaque chose 
et à vous aussi, monsieur, je souhaite toutes les bonnes 
vous qui m'avez tiré d'un état pitoyable. [chances, 

PATRICE 

C'est Dieu, en tout cela, qui doit être loué 
et remercié avec honneur et respect, 
car, pour moi, je ne' suis capable de rien faire 
sinon par la grâce de Dieu et de la vierge Marie. 

(Tous s'en vont.) 

VINGTIÈME SCÈNE 

(Des liabilanls de IHibernic enlrent.) 

LE PREMIER 

Ma Dame Marie, de grâce, qu'est-ce tout ceci? 
Tout va être perdu celte fois, les maisons et leur contenu. 
Où pouvons-nous nous réfugier en face du déluge qui nous 
Hélas pour moi-même, je ne sais où je suis. [menace? 

Il faut dire aussi comment ont été emportées 
toutes les écluses après la fonte des neiges. 
L'eau fait en Hibernie un ravage 
comme jamais sûrement on n'y vit le pareil. 

'3) Nous a\uiis déjà rencontré ce vers au vers 279. 

(4) Lisez : 'uidon. 

(5) A supprimer, pour la mesure. 



90 BUEZ SANT PATKICE. 

AN EIL HABITANT 

10o5 Peiios impertinant elech dont da houlen 
Asistans ous Doue e tizesperes cren 
Gwel ve dimp goul pardon demeus hon pehcjo 
Ewit continuin l^epret en hon crimou. 
Ar Viqer ha Patrice a deu. 
AR VIQER 

Petra o neus nin groet contre! do polantc 
lOiO Pa deut don castiat qcn rust se ma Doue 
Jésus selet a drue an nep oheus prenet 
Dre ar bris deu s ho gwad non abandonet qcl. 
(an daw habitant eneum laqay war o dawlin hac e lavarfoinl a eiir voez) : 

Drindet sacr a santel pardon dre garante 
Petra on deus nin groet contrel do polante (D 
l()'i5 Pa deut don castiat qen rust evel ma ret (2) 
Pardon a houlenomp ma Salwer biniget^s). 

PATRICE 

Petra ma mignonet ew an esciamo-se 
Na perac e criet da qe (^) an Env evel se 
A collet oheus hwi hol vad en antier 
JU50 Ma ze ret dech dija monet en dizesper. 

AN EIL HABITANT 

Salocroas non deus qet mes eun deluj cruel 
So bet en hiberny ma homp darw da verwel 
Gant an dizesperans o welet hon inado 
Gant an dour dévorant otonet ol ous traou. 

PATRICE 

1055 Rentet graç da Doue rac ma zoch precervet 
lia me bedo iwe ma veet pardonet 
Rac se stouet aman humblamant dan dawlin 
Ewit goulen graço ous ar Werhes divin. 

(ol dan dawlin.) 

(1) Cf., plus haiil, V. 1039. 

(2) Cf., plus haut, V. lOiO. 

(3) On rencontre cet hémistiche acte 111, v. 350; cf., ibid., vv. G8, 585 cl, 



la vie de saint patrice. 91 

l'autre habitant 

Gomment, impertinent, au lieu de demander 
l'assistance de Dieu, tu désespères net! 
Mieux vaudrait pour nous demander pardon de nos péchés 
que de continuer à vivre dans nos crimes. 
'Le \'icaire et Palrice viennent.) 

LE VICAIRE 

Qu'avons-nous fait contre votre volonté 
que vous veniez nous châtier si rudement, ô nioii Dieu? 
Jésus, regardez avec pitié ceux que vous avez rachetés 
par le prix de votre sang, ne nous abandonnez pas! 
(Les deux habitants se mettront à genoux et ils diront d'une seule voix) : 

Trinité sainte et sacrée, pardon, au nom de voire amour. 
Qu'avons-nous fait contre votre volonté 
que vous veniez nous châtier aussi rudement que vous le 
Nous vous demandons pardon, mon Sauveur béni. [laites? 

PATRICE 

Que signifient, mes amis, ces exclamations, 
et pourquoi criez-vous au Ciel comme cela? 
Avez-vous perdu complètement tous vos biens 
que vous n'ayez d'autre recours que le désespoir? 

l'autre HABITANT 

[cruel 

Sauf votre grâce, nous ]i"en sommes pas là, mais un déluge 

s'est abattu sur l'Hibernie si bien que nous sommes sur le 

de la désespérance en voyant nos biens [point de mourir 

disparaître tous engloutis par l'eau dévorante. 

PATRICE 

Priez Dieu en grâce qu'il vous préserve, 
et je prierai aussi que vous soyez pardonnes. 
Donc, jetez-vous ici humblement à genoux 
pour demander grâce à la Vierge divine. 

(Tous à genoux.) 

plus haut, V. 700; le Mystère de sain! Crépin et de saint Crépinien, vv. 508, 
616, 1757; Cognomerus et sainte Tréfine, p. 134. 
(4) Da qè\ cf. acte II, v. 189. 



92 BUEZ SANT PATRICE. 

(SuiU 
Doue ma hrouer distreit dre ho true (D 

1060 Uzet en hon andret démens a drugare 

Ha rcit dimp gwir bardon demeus a hon loto 
A gwir remission demeus hon pehejou 
liwi ma Jésus en dens beaj-al delivret 
Deus a gaptivite an Israelitet (2) 

1065 A wa entre daoûarn Pharaon an tyrant 
Mes pa blijas genach en grejoch contant 
tigerin ar Mor da rein plaç competant (3) 
Ewit dilivran deus a gaptivite (^) 
Ar memeus graç ma (s) Jésus a houlenomp hirie 

1070 Prosternet dan dawlin dirac ho majesté (6) 
Apezet an amzer pe e renq ar Bed-ol 
Donet da berisan a mont iwe da gol 
Joegnet ol ho peden breman gant ma hini 
A leret a galon evel a leverin 

1075 Jésus, Jésus, Jésus, a Hwi Gwerhos Vari 
Ma gwir avocades ho ped true ouzin 
Hac ouzach ma El mad me a houl asistans 
Hon bue hon mado a ("7) so genech er valans. 

SCENEN UNANWARNUGENTVET 
Ar HoiiiL hac ar Viqer cire eur pen ; Patrice dre eun al. 

PATRICE 

Salud dech ma eont a ma mcst asambles 
1080 Sortiet wan pel so a lio compagnonez 
Hac eun deluj cruel so dent dam arretin 
Mes ar Werhez santel so deut dam preservin 
Eur plaç a so en nod hac a blij din meurbet 
Hwaz e retornin dy ma mest niar am lezet. 

AR VIQER 

1085 El leal Patrice me no hampechin get 
Da vonet pa geret el lech ma tiziret^^). 

(an habilanlel a aiilrt\) ' 

(1) Cf., plus hacit, V. 44-2. 

(2) Cf. le Mystère de saint Crépin et de saint Crépinien, vv. 47i, 475. 

(3) Ces trois vers, 10G5-1067, riment entre eux. 

(4) Nous rencontrerons cet hémistiche plus loin, acte II. w. 117, 748 
acte III, V. 136. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 93 

I Suite.) 
Dieu, mon créateur, tournez-vous par pitié, 
usez à notre endroit de votre merci, 
et donnez-nous le vrai pardon de nos fautes 
et la vraie rémission de nos péchés. 
C'est Vous, mon Jésus, qui avez autrefois délivré 
de captivité les Israélites 

qui étaient entre les mains de Pharaon le tyran, 
quand il vous plut, vous les rendîtes heureux 
en ouvrant la mer pour leur donner un passage suffisant 
et les délivrer de la captivité. 

C'est la même grâce, mon Jésus, que nous demandons au- 
prosternés à genoux devant votre Majesté. [jourd'luii. 

Apaisez le temps, sinon il faudra que le monde entier 
périsse et soit anéanti. 

Joignez tous votre prière maintenant à la mienne, 
et dites de tout cœur comme je vais dire : 
Jésus, Jésus, Jésus. Et vous, Vierg(i Marie, 
ma vraie avocate, ayez pitié de moi. 
Et de vous, mon bon ange, je demande assistance; 
nos vies, nos biens sont dans votre balance. 

VINGT-ET-UNIÈME SCÈNE 

(Le Comte et le Vicaire par un bout; Patrice par un autre.) 

PATRIClS 

Salut à vous, mon oncle et à vous mon maître aussi. 
J'étais sorti depuis quelque temps de votre compagnie, 
quand un déluge affreux est venu m'arrêter. 
Mais, la sainte Vierge est venue me préserver. 
Il y a une place sur le rivage qui me plaît énormément. 
Je retournerai encore là, mon maître, si vous me laissez. 

LE VICAIRE 

Assurément Patrice, je ne vous empêcherai pas 
de partir quand vous voudrez au lieu où vous désirez aller. 

(Les habitants enirent.) 

(5) Doit être supprimé, pour la mesure. 

(()) Ces trois vers, 1ÛG8-1070, rimiint entre eux. 

(7) A supprimer, pour la mesure. 

(8] Cf., plus haut, V. 706. 



94 BUEZ SANT PATRICE. 

AR HENTA 

Salut otro viqer gant joa ha carante 
A dach otro ar Honit a decli liwi Patrice 
Nin ho trugareca humblamant assambles 
1090 Hwi hcus on dilivret deus hon tristidiges 
Ewamp criai fors qazi en disesper 
Pan dew bet ariet Patrice evel eun El 
Gant eur galon joaus d) ewit hon consolin 
Doue den conservo hac ar Werhes Vari (2). 

AN EIL HABITANT 

1095 Elcal (3) autro ar Homt assuret c^) penevertan 
Ewa rouinet ol en antier ar vro-man 
Pan evert men deus bet ar hraç digant Doue 
Ewa bet in antier rouinet ar hontre. 

AR HOMT 

Ar wes-man ehellomp dont da remerqin scier 
1100 heus bet ma niz qer ar hraç hac ar pouer 
Digant an Eternel da recour hon bue 
Nen deus den er vro-man ne santomp ol a se. 

AR VIQER 

Gwir ew asuramant penevert ho peden 
Ezemp ol gant an dour cp reservin christen 
1105 Admiromp ar grandeur deus an Otro Doue 
En deus hon sicouret en hon necesite. . 

AR HENTA HABITANT 

Patrice Hwi ew ar mest en deus on dilivret 
Demeus an danjur-man dre peden a reqet 
Remerqet otrone pegen sech ew rentet 
1110 Ar Bed en eun istant goude an diluj so bet. 

(1) Cot hémisUche se trouve mol à mot clans la Création du Monde, v. 190; 
cf., plus loin, acte III, v. 106. 

(2) Nous rencontrerons cet hémistiche plus loin, acte III, v. 707. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 95 



LE PREMIER 



Salut, monsieur le vicaire, avec joie et amour, 
et à vous, monsieur le comte, et à vous Patrice, 
Nous vous remercions humblement tous ensemble. 
C'est vous qui nous avez délivrés de notre tristesse. 
Nous criions force, presque désespérés 
quand est arrivé Patrice comme un ange 
d'un cœur joyeux nous consoler. 
Dieu le conserve et la Vierge Marie. 

l'autre habitant 

Oui, monsieur le comte, certainement sans lui, 
tout ce pays-ci était entièrement ruiné; 
s'il n'avait pas eu la grâce de la part de Dieu, 
la contrée aurait été complètement ruinée. 

LE COMTE 

Cette fois-ci, nous pouvons remarquer clairement 
que vous avez eu, mon cher neveu, la grâce et le pouvoir 
de l'Eternel pour sauver nos vies. 
Il n'y a personne en ce pays-ci qui ne le ressente. 

LE VICAIRE 

Il est vrai certes que, sans votre prière, 
nous étions tous emportés par l'eau sans excepter un seul 
Admirons la grandeur du seigneur Dieu [chrétien, 

qui nous a secourus dans notre nécessité. 

LE PREMIER HABITANT 

Patrice, c'est vous le maître qui nous a délivrés 
de ce danger-ci par prière et requête. 
Remarquez, messieurs, comment a été séché 
le monde en un instant après le déluge qu'il y a eu. 



(3) lA'nl compte pour doux syllabes; cf., plus liaut,, v. 1085. 

(4) Lisez, pour la mesure, as sur \ cf., plus haut, v. 468. 



90 BUEZ SANT PATRICE. 

AN EIL HABITANT 

Ewidon-me a wa cazi extravaget 
Pa welen ma ol vad en antier o vonet 
Gant ar mare oqs traou gant qement a furi 
Ma crenan gant estlam hwas o considerin 
1115 Ar malcur pehini a wa deut er vro-man 

Mes hwi dre ho merit so deut don dilivran. 

PATRICE 

Nen dew qet me ew sur aneus ho tUivret 
Me nen don siwas din capabl da tra er Bed 
Da Doue rentet graç m'ho supli otrone 
1120 En neus otilivret popoa necesite 

Ma mest mar plij ganech rein dui hwas ma honje d) 

Da vont da vord an nod da ober eur baie 

Eno me studio erfat ma hentelio 

Gant ar hraç a Doue en ber me retorno. 

AR VIQER 

1125 Et eta Patrice pan dew ho polante 
Ho lezel a renqomp ebars en hberte 
Rac ho touster a deu qen terribl dam charmin 
Demeus a netra ol ne allen o refuzin. 

(ol cwit.) 

Fin dan net konta. 



(1) Le lu oi le vous se suecèdenl dans la môme phrase, acte II, v. 705 ; 
cf. Cocjnomcrus et sainte Tréfine, v. 1-ilO et v. 513 et la noie là-dessus; le 



la vie de saint patrice. 97 

l'autre habitant 

Quant à moi, j'étais presque affolé 
de voir tout mon bien disparaître eji entier 
dans l'inondation avec une telle furie 
que je tremblais encore d'épouvante en considérant 
le malheur qui s'était abattu sur ce pays-ci. 
Mais vous, par vos mérites, vous êtes venu nous délivrer. 

PATRICE 

Ce n'est pas moi, assurément, qui vous ai délivré. 
Je ne suis, hélas! capable de rien au monde. 
Rendez grâce à Dieu, je vous supplie, messieurs. 
C'est lui qui vous a délivré quand vous étiez dans l'embarras. 
Mon maître, s'il vous plaît, donnez-moi encore congé 
d'aller au bord de la grève pour y faire une promenade. 
Là j'étudierai bien mes leçons. 
Par la grâce de Dieu, je retournerai en peu de temps. 

LE VICAIRE 

Allez donc, Patrice, puisque telle est votre volonté; 
nous voulons vous laisser en toute liberté. 
Car votre douceur me charme si prodigieusement; 
que je ne saurais rien vous refuser. 

(Tous s'en vont.) 

Fin du premier acte. 



Mystère de sainte Bcii-1j(,', stances 225, 220: la \ ie de sainte Nonne, vv. 550, 
bol, Revue celtique, t. \J1I, p. 280. 



98 BUEZ SANT PATRICE. 



DAWET ACT 

PROLOG 

Compagnones dévot d) gant joa a carante 
Abeurs ar gwir Jésus ezon deut ho pete 
Da houlen diganech eun eurwez ho silans (2) 
Da hwari hoii eil act ebars en ho presans (3). 

5 Na vin qet importun a ho pasiantet (^) 
Ma frolog a vo ber ne neum anwiet qet 
Nemert ma zew ar his bepret entre an acto 
Ewar acustumet da ober prologo. 

Ghetu et Patrice digant e précepteur 
10 Prometet en dewa ne tardje qet nemeur 
Mes (5) allas asistantet er hontrel a hwarvo 
Ahan da bel amzer siwas nen saludo. 

Rac er hcnta antre mar qeret remerqin 
E welet an Diawl tout de ataqin 
15 Hac (5) rentin anezan evel eur séducteur 
Pe eur sorcer benaq en ty an Impalaer. 

Asistantet enorabl (6) en eil-man e clev^et (7) 
An drous a ray Satan hac e camaradet 
Dre eun ambision welet an doctrin 
20 A rey Sant Patrice er vertuyo divin. 



(1) Celte formule se i-encontrera plus loin, octe III, v. 126. Cf. les pro- 
logues de Cognomerus et sainle Tréfine, pp. 40, OG, 134, et la conclusion 
de la Tragédie de saint Alexis, J. Loth, Clirestomathie Bretonne, p. 350. 

(2) Cf. : Da dont dlio suppliàn dn choni hoas en silans. 

« De venir vous supplier de garder encore le silence. » La Création du 
Monde, v. 1146. 

(3) Cet hémistiche se rencontre plus haut, acte I, v. 176, et i)lus loin, 
acte III, v. 2. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 99 

DEUXIÈME ACTE 

PROLOGUE 

Compagnie dévote, avec joie et affection, 
de la part du vrai Jésus, je suis venu jusqu'à vous 
vous demander encore une tieure de votre silence, 
pour jouer notre second acte en votre présence. 

Je n'importunerai pas votre patience. 
Mon prologue sera assez court, pour ne pas vous ennuyer. 
Seulement c'est d'usage toujours qu'entre les actes 
on soit accoutumé de faire des prologues. 

Voici que Patrice s'est éloigné de son précepteur. 
Il avait promis qu'il ne s'absenterait pas longtemps. 
Mais, hélas! assistants, le contraire va arriver. 
D'ici longtemps, hélas! il ne le saluera pas. 

Or, dans la première entrée, si vous voulez le remarquer, 
vous verrez le diable qui vient l'attaquer 
et le présenter comme un séducteur 
ou un sorcier quelconque, chez l'empereur. 

Honorables assistants, dans ce second acte vous entendrez 
le tapage que feront Satan et ses suppôts, 
torturés par l'envie en voyant l'érudition 
de saint Patrice dans les divines vertus. 

t4j Cf. ]e prologue du II^ acte de Cognomerus et sainte Tréfine, p. 46 : 
Rac lia ahussent re ves ho pasiantct 
a re dardin ouzach er pez asouvetet. 

« De peur de trop abuser de votre patience et de trop retarder pour vous 
le spectacle que vous souhaitez. » 

(5) Doit être supprimé, pour la mesure. 

(G) Il y a un pied de trop dans cet hémisticlie. Lisez : Aststans et cf. : 
assainble enorahl, le Mystère de saint Crépin et de saint Crépinien, v. 809. 

(7) Le poète veut sans doute dire : en ed act-man clewet (cf., plus loin, 
V. 125): ou bien : en eil ad e clewet. 



100 BUEZ SANT PATRICE. 

Ebars en o Sabat e vezo concluet 
Penos ma vezo ret é vezo qemeret 
Ha casset prisonier en durant e vue 
Da dy an Impalaer sonjet pebes true. 

25 Ar pes compagnones a we prest concluet 
Mont de gafet dan nod rac ma he da vale 
Hac ewit studian ha tremen an amzer 
A Satan ac o vont en form eul Labourer. 

Hac cregi enan e gas incontinant 
30 Da dy an Impalaer ep qen a gomplimant 
An Impalaer awa en e tron azeet 
A gantan e dut qer, Prinset ha Baronet. 

Chetu ar d) mutin méchant o houl permision. 
Da goms en e bresans eur gir gant peb rezon 
35 Ili a (2) wa o parlantal demeus ar buzelio (3) 
A qenderhel dre ol bepret o Idolo. 

Chetu eta Satan ohantren er pales 
Gantan a helly e dorn (^) ar pawr qez (s) Patrice 
En defoa qemeret aboe tri de antier 
40 Ha ma lar dar Roue chetu eur blasphémer. 

Groet justis anezan pan dedy en ho Ker 
Eur hristen malurus hac eun den blasphémer 
Hac en deus renonset a cren dan idolo 
Dreze ezew rentet gène en ho metto. 

45 An Impalaer eta a bromet da Satan 
Ne tardo qet nemeur ne ray e bunisan 
Hac e laqat dar marw abalamour ma ze 
Eur bugel catoliq a ma car eun Doue (6). 

An Impalaer a wa eun adversour marwel 
50 Da Jésus da genta ha dan ol Gristenien 

(1) Lisez : cheiu 'r. 

(2) A supprimer, pour la mesure. 

(3) Faut-il lire hrezelïol 

(4) Cf., plus loin, acte III, v. 111. 



LA VIE DE SAIXT PATRICK. 101 

Dans leur sabbat il sera décidé 
qu'il sera nécessaire de le prendre 
et de l'envoyer prisonnier pour toute sa vie 
dans le palais de l'empereur. Jugez, quelle pitié! 

La conclusion, compagnie, qui fut vite arrêtée 
ce l'ut de le joindre au rivage où il allait se promener 
pour étudier et passer le temps. 
Et Satan d'y aller sous les traits d'un laboureur. 

Il Tempoigne et l'envoie sur-le-champ 
au palais de l'empereur sans plus de compliments. 
L'empereur était assis sur son trône 
et autour de lui étaient ses familiers, princes et ])arons. 

Voici que le méchant mutin demande permission 
de dire en sa. présence un mot pour toute raison. 
Ils étaient en train de parler de guerres 
et de maintenir partout et toujours leurs idoles. 

Voici donc Satan qui entre dans le palais; 
il traîne par la main le pauvre malheureux Patrice, 
qu'il avait pris depuis trois jours entiers. 
Et de dire au roi : « Voici un blasphémateur; 

Faites justice de lui puisqu'il est dans notre ville. 
C'est un misérable chrétien et un blasphémateur. 
Il a renoncé tout à fait aux idoles. 
C'est pourquoi je l'ai amené chez vous. )> 

Donc, l'empereur promit à Satan 
qu'il ne tarderait pas beaucoup à le punir 
et à le faire mettre à mort, parce qu'il est 
un enfant catholique et qu'il aime Dieu. 

L'empereur était un adversaire mortel 
de Jésus d'abord puis de tous les chrétiens, 



(5) Cette expression se trouve plus loin, vv. 511. .517, 732. 
(0) « Un dieu ». C'est-à-dire tout simplement «< Dieu ». Voir la Revue 
cclliquc, t. XXÎV, p. 431. 



102 BUEZ SANT PATRICE. 

Hac en deus ordrenet ewa rct e lesqin 
Meritet en defoa otont da blasphemin. 

Ar Princel a bep tu o deveus concluet 
Ewa hwaz re yawanq da vont martirizet 
55 Marteze mar carjet en lezel da gresqin 
E renonsche de fe a credi do (i) hini. 

Mes Doue dre e hraç bepret pa blij gantan 
A preserv peb hini mar be dévot dean 
Chetu an esclav qez retranchet e aret 
60 Laqaet mezaer da viret an deved. 

Qement-se awc caus ma we etablisset 
En ty an Impalaer mezaer dan deved 
Diawl infernal hwi a so sur tromplet 
Mar sonjet dre aman beau relrechisset. 

65 Ar garante ardant a nefoa Patrice 
Aboe ma wa ganet en andret e Doue 
Ar hontrel a hoarve (2) gant ar berjer yawanq 
Eman en orezon bep heur a bep momant^^). 

Pa wa ebars er hoat o hober orezon 
70 E tigasas Doue e gonsolation 
Ewit e segondin en e nécessite 
Hac e diangajin deus a dy ar Roue. 

Batiset eneus (^) er hoat patron eur siboir 
Ha gant dévotion en adore bep heur 
75 An Impalaer a (s) nefoa iwe diw verch yaoûanq 
Diw dimezel genedus (6) hac awa meurbet cwant 

Merhet an Impalaer enem gafas charmet 
Ebars en ber amzer dre an amouroustet 
Ha ma teujont dar hoat ewit e ataqin 
80 A qent ma sortijont c teu do badein. 

(1) Lisez, pour le sons, probablement : hon. 

(2) Cf., plus haut, V. 11. 

(3) Cette strophe et la précédento sont inlervcriies dans le manuscrit. 

(4) Lisez : 'neus. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 103 

et il a décidé qu'il fallait le brûler 
parce qu'il l'avait mérité en blasphémant. 

Les princes de chaque côté ont conclu 
qu'il était encore trop jeune pour être martyrisé. 
(( Peut-être, que si vous vouliez le laisser grandir, 
il renoncerait à sa foi et croirait à la nôtre. » 

Mais, Dieu par sa grâce, quand il lui plaît, 
préserve toujours chacun s'il lui est dévot. 
Le voilà pauvre esclave, son arrêt prononcé 
et mis comme berger à garder les brebis. 

Voilà pour quelle raison on l'établit 
dans le palais de l'empereur comme pasteur des brebis. 
diable infernal! vous êtes sûrement trompé 
si vous croyez par là refroidir 

l'ardent amour qu'avait Patrice 

depuis sa naissance envers son Dieu; 

c'est le contraire qui arrive pour le jeune berger; 

il est en oraison à toute heure et à tout moment. 



Comme il était dans le bois faisant oraison, 
Dieu lui envoya sa consolation 
pour le seconder dans sa nécessité 
et le faire sortir de la maison du roi. 



Il avait sculpté dans du bois le modèle d'un ciboire, 
et avec dévotion il l'adorait à toute heure. 
L'empereur avait aussi deux jeunes filles, 
deux belles demoiselles qui étaient grandement jolies. 

Les fdles de l'empereur se trouvèrent charmées 
en peu de temps par l'amour, 
de sorte qu'elles vinrent au bois l'attaquer 
mais, avant qu'elles ne sortent, il les a baptisées. 



(.5) A supprimer, pour la mesure. 

(6) Cet hémistiche a une sj^Uabe de trop ; peut-être faudrait-il supprimer 
diw. 



IU4 BUEZ SANT PATRICE. 

Pa houlenjont outan petra wa c esper 
Na beau qen modest a de sellet qen scier 
Ma respontas deze mar qeret adorin 
Ar gwir Doue genin a dont da reiionsin 

85 Dan ol idolo coat (i) père a adoret 
Me a vo lanidier bepret en o handret 
Unan ane o diw a respontas souden 
llola blasphematour na leret gir ouspen. 

Me broniet dam Doueo me ho recomando 
90 Dam zad an Impalaer balamour do comso 
Patrice a respont qen doiis (2) a qen contant 
Oement a glasqan ew dimezelet yaoûanq. 

Merwel en graç Doue cw ma dezir brasan (3) 
Non pas ma esperan en enorio ar Bed-man 
95 Oar arlin e teuont da gredin de lezen 
Ma re de catechis bemde ep goud da den. 



An Impalaer a wa eur wej qen tourmantet 
Dre rezonio ar le egaret e Speret 
Ma chômas en tronos da uyrein ep cousciet 
iOO Diwar ben Patrice ewa qen trelatet. 

Antronos e casas unan a e Plahet (^) 
Da vont da digemcn Patrice da donet 
Ma (5) houlenas an ténor dioutan e lezen 
Patrice hardimant a respont evelen. 

105 Autro eur soudard on hac en deus prometet 
War ar fonts baptismal en heur ma wen ganed 
Da anduri supliç a pep sort tourmancho 
En gloar hac en henor da Jésus hon Autro. 

(1) Cf., plus loin, V. 531. 

(2) Cf., plus loin, acte III, v. 118, ot ce que dit la version française 
irouv(^e dans le Diclionnaii'o des Légendes relaliveineni au irait carartô- 
ristique de Patrice : « Patrice répondit doucement. » 

(3) Cf., plus loin, V. 540. 

(4) Le scril^e avait d'abord écrit Pniet qu'un autographe plus ivcent a 
changé en Plahel^ qui n'a pas de sens ici. N'oir v. G21 de cet acte et « un 



LA VIE DE SATXT PATRICE, 105 

Oiiand elles lui demandèrent quel était son espoir, 
en se montrant si modeste et de regarder si clair, 
il leur répondit : u Si vous voulez adorer 
le vrai Dieu avec moi et renoncer 

à toutes les idoles de bois que vous adorez, 

je serai toujours familier à votre endroit. » 

Une des deux répondit aussitôt : 

« Holà, blasphémateur, ne dites pas un mot de plus. 

Je promets à mes dieux que je vous dénoncerai 
à mon père l'empereur à cause de vos paroles. » 
Patrice répond d'un ton si doux et si content : 

(( C'est ce que je cherche, jeunes demoiselles. 

Mourir dans la grâce de Dieu est mon plus grand désir. 
Je ne lais pas de cas des honneurs de ce monde. » 
Enfm, elles vinrent à croire à sa religion; 
il leur faisait le catéchisme sans que personne le sût, 

L'empereur était un jour si tourmenté, 
et il avait lesprit si préoccupé par les choses de la foi, 
qu'il resta toute la nuit à rêver sans dormir; 
tant il était troublé au sujet de Patrice. 

En pleine nuit, il envoya un de ses pages 
donner Tordre à Patrice de venir. 
Alors il lai demanda la teneur de sa religion. 
Patrice répond hardiment comme il suit : 

(( Monsieur, je suis un soldat et j'ai promis 
sur les fonts baptismaux à l'heure où je suis né, 
d'endurer le supplice et toute sorte de tourments 
pour l'honneur et la gloire de Jésus notre seigneur. » 

volet », dans la version française du Dictionnaii'e des Lé^fendes, 
col. \m. 

o! Il faut, je pense, rétablir ainsi le vers : 

ma houlenas diojitan an tcnor e lezen. 

Dioiitan ne compte ici que pour deux syllabes. Il a, d'ailleurs, trois 
syllabes, acte I, v. fôS: acte III, vv. 58, 50. Cf. E. Ernault, Dictionnaire 
étymoloQique du Breton-Moyen, p. 271. 



lOG BUEZ SANT PATRICE 

An Impalaer en poursuiv hac a houlas outan 
110 A belech wa e Doue piw a ret anezan 
Ma respontas dean map uniq an Drindet 
En corf ar Werhes sacr ew bet neum incarned. 

Hac en deus anduret Maro ha pasion 
War lein mené calvar da paean hon ranson 
115 E soufras ar maro goude pep tourmancho 
Abalamour dimp-nin ewit hon pehejo. 

Goude bout dilivret deus a gaptiviie 
yVu tirant miserabl en poursuivaz neuze 
Da retorn bars en Franc a men deus rancontret 
120 Ar gwir voien facil ewit beau beleq d). 

Conversin a eure gant tut a galite (2) 
Ober miraclo bras prezec, plantan ar fe 
Sclerijena peb tra ol ewit gloar Jésus 
Pedomp-an ma vezo ouzimp trugareus (3). 

125 Chetu aman an ténor demeus an eil act-man (^) 
Demeus a galon vad m'ho ped da gomprenan 
Ar vue admirabl demeus ar Saut mad-man 
Pini ne consist qet en mado ar Bed-man. 

Rac se asistantet qement a so aman 
130 Demeus a wir galon me deu do Suplian 
Pa ario genech nep sort nécessite 
Da bedin a galon an (5) otro Saut Patrice. 

Eur Purgator a so en (6) (^ hano dediet 
Qement a yel enan ol evoint dilivret 
135 Ya pardonet voint (7) gant ar gondision 
Mo defo eur heu bras, glahar en o halon. 



(1) Ces deux vers apparliennenl au III'' acie, vers G. 

(2) Cf. acte 111, vv. KV.), 1U4. 

(3) Trugareus a quatre syllabes. Cf. E. Ernault. Glossaire Moycn-Brclon, 
2e éd., p. 727: trugarezus. 

■ (i) Lisez, pour la luesure : cJicV amaii. Pour le sens, cf. : 
Clielu ase ann ténor dimeuz ann act kenla. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 107 

L'empereur continue et lui demande 
d'où était son Dieu, comment on l'appelait? 
Il lui répondit : « C'est le Fils unique de la Trinité; 
dans le corps de la Vierge sacrée il s'est incarné. 

Il a enduré mort et passion 
sur le sommet du mont Calvaire pour payer notre rançon. 
Il souffrit la mort après tous les tourments 
pour l'amour de nous à cause de nos péchés. » 

Après qu'il eut été délivré de sa captivité, 
le misérable tyran le mit alors à même 
de retourner en France, en sorte qu'il a rencontré 
le vrai moyen facile de se faire prêtre. 

Il s'entretint avec des gens de qualité; 
il fit de grands miracles, prêcha, implanta la foi, 
éclaira toute chose pour la gloire de Jésus. 
Prions-le qu'il nous soit miséricordieux. 

Voilà la teneur de ce deuxième acte. 
Je vous prie de bon cœur de comprendre 
la vie admirable de ce grand saint 
laquelle ne consiste pas dans les biens de ce monde. 

Donc, assistants vous tous qui êtes ici, 
je vais vous supplier de bon cœur, 

toutes les fois que vous vous trouverez en n'importe quelle 
de prier de tout co^ur monsieur saint Patrice. [nécessité, 

Un purgatoire a été dédié en son nom; 
tous ceux qui y entreront seront tous délivrés, 
sûrement ils seront pardonnes à condition 
qu'ils aient grand repentir et le cœur navré 

« Voilà co que renferme le premier acte ». Sainte Tryphine ei le Roi 
Arthur, p. 224. 

(5) Lisez : '/i otro. 

(6) Lisez : 'n e. 

il) Voint n'a qu'une syllabe ; cf. acie II, 134, et acie III, vv. 671, 1183. 
Dans le Mystère de saint Crépin et de saint Crépinien, vv. 1.S'.), 241, repon- 
dant, il semble être en deux syllabes. 



108 BUEZ SANT rATRICE. 

Da vean ofanset mab uniq ar Werhez 
Eil ferson an Drindet (i) so leun a santelez 
Iniitet Patrice a heiiilet e reglen 
l 'lO ITac ho po recompans digant ar Soiivoren. 

Asistantet prudant pardon a honlenan 
Demous an defoto so groet en act qenta 
Kn eil act mar gellomp moienant graç Doue 
Nin boanio obor gwel ar rest deus ar vuez (2). 

Fin dar Proloc. 



DAWET ACT 

KRNTÂ SGENEN 
Liirùfer, BelzebulO). 

LUCIFER 

l^i5 Haraw, Ilaraw, Haraw (^*), Princet an Iferniou (s) 

Diseret (6) aman ol dar sabat da vedon 

Ewit reniin cont din pep hini a renqet 

Da bout piw a implij an amzer porneant 

Respontet Belzebut ouzocb e bonlenan 
150 Astarot ha Satan a ne varvo den breman ('') 

Pel so ne douas den dan tan flam da vedon 

Me a scrigno ma dent gant an drouc so en on 

Ma ve me aile terrin ar chadeno-rnan W 

Me rente miserabl qement so er Bod-man 
155 Me a strinqe ar foeltr ha curun ha luhet 

Hac a dorre goug ep remorz na regret. 

(1) Nous rencontrerons cet hémistiche plus loin, acte III, v. 837, et dans 
le Mystère de saint Crôpin et de saint Crépinien, vv. 83, 1269. 

(2) II faut lire, pour la rime : vue. Cf., plus haut, acte I, v. 220, où huez 
rime avec Frances. 

(3) Pour de semblables scènes de « diablerie », voir, par exemple, la 
Création du Monde, vv. 871 et suiv., 1839 et suiv.; le Mystère de .sainte 
Barbe, stances 22-31; le Mystère de saint Cuénolé, Hcrur rrlliqnr, t. XX, 
pp. 23.5 et suiv.; Buez Louis Eunius, passim. 

(4) Ce mot esl. du vocabulaire des démons. On le trouxe, par exemple 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 109 

d'avoir offensé le Fils unique de la Vierge, 
deuxième personne de la Trinité pleine de sainteté. 
Imitez Patrice et suivez sa règle 
et vous aurez la récompense du souverain Maître. 

Prudents assistants, je vous demande pardon 
des fautes qui ont été commises dans le premier acte, [de Dieu, 
Dans le deuxième acte, si nous le pouvons moyennant la grâce 
nous nous appliquerons à mieux jouer le reste de la Vie. 

Fin du Prologue. 



DEUXIEME ACTE 

SCÈNE PRE ]\I 1ÈRE 

Lucifer, Lîclzrbuili. 

LUCIFER 

Ilaro. Haro, Haro! princes des enfers. 
Débrouillez-vous tous pour me rejoindre au sabbat. 
Vous avez chacun de vous à me rendre compte 
afln que je sache lequel a employé son temps inutilement. 
Répondez, Belzébuth, je vous le demande, [sonne désormais? 
vous aussi Astaroth et Satan, est-ce que il ne mourra plus per- 
\'oilà longtemps qu'il n'est venu personne au feu flambant avec 
je grincerai des dents tant je suis en colère; [moi. 

si je pouvais briser ces chaînes qui m'attachent 
je rendrais misérables tous ceux qui sont dans ce monde, 
je leur lancerais foudre, tonnerre et éclairs 
et je leur casserais le cou sans remords ni regret. 

(harao), dans la Création du Monde, \v. m, 871, 1129. 1830: Biiez Louis 
Eunius, p. 138; Iiaro et hao dans le Mystère de Tr\ pliine et le Roi Arttuu-. 
pp. 34. U'i. 

(5) ïlarau, Haniu, Ifarau! Piincel ati Iiilcntiou: e'i'sl la lecture tic <- Pol 
Ervoan », Revue de Bretagne et de Vendée, nouv. période, IV, p. 1G9. 

(G) Mot à mot : « déliez, détachez, délacez. » 

(7) Cet hémistiche a une syllabe de trop. Sans doute Va doit être sup- 
primé, pour la mesure. 

(8) La métrique de ce vers est défectueuse. 



ilO BUEZ SANT PATRICE. 

BELZEBUT 

Ma frins chetù aman eur mercer doureq (D 
Dre ma simplicité emeussan goneet 
Ober a ren dean ober fos muzurio 
160 A muzurin ten dantelez a rubano (2) 

Ha gwerza goude (3) daw qement hac a dal 
Ha couls goude ezew et e voutiq da fal (^). 

LUCIFER 

Gwir ew certen a (5) leret, quod justihL coUigit 
Herwe ar proverb latin et ponam Sparcjit (6) 
165 laeres C^) vlasphemin a bep sort a douge 
Demeus a pehejo W qement a qen neubet 
En (9) instant ma zew marwet ezew dimp condamnet. 

ASTAROT 

Dre (i(^) ma zoch ma chef ma mest dD ma cabiten 
Emeus bel digaset gène breman Soiiden 

170 Eun hostis flip arhant en deus groet fais contcho 
Laeres arhant an dut pa ve leun ohorfo 
Ha leqet dour er gwiii couls ac ebars (12) (^i- gwin egr 
Pa veint comanset da doma ds) q collont scpent 
Gwerzet triwach gwenec an hini a bemzec 

175 Naw dec wi ewit d^) dousen a werzeint pemp gwenec 
Ebars en alumen fritet ha chawset mad 
Gant eur banach dourjist a gwelhadur d^) ar plat 
Mes breman nin en d^) treto gant henor a respet 
Pel 80 aboe ma clefoa d^) beau dent don gwelet. 

(Ij 11 *y a évidcJiiJiicnt ici quelque erreur. Peul-êtrc faul-il lire pour la 
mesure et aussi pour la rime : douarel, formé de duuar, « terre >>. Voir : 
doûam, « abattre, coucher par terre ». E. Ernault, Glossaire Moyen-nrclon, 
2e éd., p. 193. 

(2) Ce vers doit, ce me semble, êh'c nllcré. Je crois qu'il faut le l'élablir 
ainsi : 

A inuzurin re len daiUclez, ruhaito. 

(3) Lisez : (joudc- se. 

(i) Cet hémistiche n'a que cinq pieds. 

(5) A supprimer, pour la mesure. 

(<5) Ces deux vers sont assez obscurs sous celte forjue. D'abord, quant à 
la iuelnque, ils sont irréguliers. M. Le Braz m'a fait remarquer avec raison 
que c est le proverbe latin, quod Itstula colli,,il, lympanum sparqlt, que le 

qut lurtnmvd n] r'-i?- ^' ''-'^'"^ avait essayé de ii.xer les\sons tels 
qu iib lui nappaient 1 oreille. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 111 

BELZÉBUTH 

Mon prince, voici un mercier atterré. 
Par ma simplicité, je Tai gagné. 
Je lui faisais faire de fausses mesures, 
et mesurer court les dentelles et les rubans, 
et les vendre après deux fois leur valeur. 
Et. cependant, sa boutique a fait de mauvaises affaires. 

LUCIFER 

Il y a du vrai, certes, dans ce qu'on dit « ce qui vient de la» 
selon le proverbe latin, s'en retourne au tambour. » [tlûte, 
A force de voler, de blasphémer il commettait toute sorte 
de péchés tant et si bien 
que de l'instant où il est mort, il s'est trouvé livré à nous. 

ASTAROTH 

Gomme vous êtes mon chef, mon maître et mon capitaine, 
j'ai mené avec moi sur l'heure 

un aubergiste bourreau d'argeiil (|iii a fait de faux comptes, 
et volait l'argent aux gens quand leurs corps étaient pleins [devin], 
et il a mis de l'eau dans le vin aussi bien que dans le vinaigre. 
Quand ils ont commencé à chauffer, ils perdent leur sens. 
Ils vendent dix-huit sous la marchandise de quinze; 
neuf ou dix œufs pour douzaine; ils les vendent cinq sous 
en omelette frite et bien saucée 

avec une goutte d'eau de cidre et de la lavasse du plat. 
Mais maintenant, nous le traiterons avec honneur et respect; 
il y a longtemps qu'il aurait dû être venu nous voir. 

'7 A suppiiinor. pour la nic-un'. Il manque à la suite de ce vers le vers 
qui devait rimer avec lui. 

(8) Cet hémistiche se rencouiie dans la Création du Mundf, \ . 2tlo. 

''.») Lisez : 'ii instant. 

10) Lisez : Dre-se. 

<U) Ce titre est adressé à Lucifer, acte III. v. 108G. Cf. la Buez Louis 
Eunius, p. 50. Satan Goz parle : 

Elit ma renti cont dlioii incstr bras Lucifer. 

•' Pour rendre compte à notre grand-maître Lucifer. » 

(12) Lisez : 'bars. 

(V.V: Cet hémistiche a deux syllabes de trop Lisez : Pa comansonl totna. 

'lil Lisez : 'icit. 

Lj) Gwe1c'hadui\ « la lavasse, la lavure » : c"est un dérivé du mot 
ijwal&lii, « laver ». 

'IGj Lisez : ni 'n. 

17) Prononciation trégoroise pour cllefoa. 



112 BUEZ SANT l'ATRICL. 



LUCIFER 

J80 Na hwi operateur clloiis an hiberny 

Dollantet meur och hwi no heus-su bel hini 

Aman e remerqer piw a war e afer 

Rac se respontet prest a hanon d) coz llerier. 

s ATA NAS 

Me a lar decli certon ewii en hiberny 
185 Hac evijach iwe nopije niariol hini (2) 
Eiir fripon mihiec a so ganet enon 
Hac a rae qement ha daw zee evel don 
Rac se e laran dech cas eun al pa geret 
Da qe ar provins-se ewidon nen din qet. 

BELZEBDT 

190 Ezet ew gond erfai ezont eun étourdi 

Pan dew eur bugel bian a deu das surinontin 
Me autre bout crouget mar qeres ma hasdi 
Grognet nep a garo ma na ran Jolori. 

SATANAS 

Awalli a leromp ol erret (3) prometin 
R)5 Mes ar mihiec-se ne al den e trehin 
Asistet ew bepret gant an otro Doue 
Rouinan ray ar vro mar choni pel en bue. 

A s TAROT 

Chelewet otrone a clewet ma avis 

Mar qeret ma sentin nin a rayo on gis 

200 Non deus nemert c gas da dy an Impalaer 

Hac e vezo dalhet captif evel eul laer. 

LUCIFER 

Qement se a blij din ret ew ma vezo groet 
Nemert dre voien se nombe pasiantet 
Ne oufemp birwiqen dont en pen anean 
205 Rac Doue en souten el lech ma ve gwassan 



fi) A hanon. 

(2) Il y a un pied de Irop dans ccl hémistiche. Lisez, probablement 



LA VIE DE SAINT PATRICE, 113 

LUCIFER 

Et vous, opérateur de l'Hibernie 
vous êtes grandement dolent de n'avoir eu personne. 
Ici on remarque qui connaît son affaire. 
Répondez-moi, donc, promptement, vieux puant. 

SATAN 

Je vous dis, certes, quant à l'Hibernie, 
si vous aussi y étiez allé, vous n'en auriez pas un seul. 
Un fripon morveux est né là-bas, 
qui pourrait faire autant que douze comme nous. 
Je vous dis, donc, d'envoyer un autre quand vous voudrez 
dans cette province-là; quant à moi, je n'irai pas. 

BELZÉBUTH 

Il est facile de voir clairement que tu es un étourdi, 
puisque c'est un petit enfant qui te surmonte. 
Je veux être pendu, si tu veux m'y envoyer. 
Grognera qui voudra, si je ne fais du tapage. 

SATAN 

Nous disons tous assez qu'il faut faire des promesses. 
Mais ce morveux-là, personne ne peut le vaincre; 
il est toujours assisté par le seigneur Dieu. 
11 ruinera le pays s'il reste longtemps en vie. 

ASTAROTH 

Ecoutez, messieurs, et entendez mon avis. 
Si vous voulez m'obéir nous ferons [de luij à notre guise. 
Nous n'avons qu'à l'envoyer chez l'empereur 
et il sera tenu captif comme un voleur. 

LUCIFER 

Voilà qui me plaît. Il faut qu'il en soit fait ainsi. 
Si ce n'est par ce moyen-là, nous perdrions patience. 
Nous ne saurions jamais venir à bout de lui, 
car Dieu le soutient dans les pires dangers. 

nopiic nep hini. Pour le mot mariol, voir E. Ernault, Glossaire Moyen- 
Breton, 2e éd., pp. 40(>, 407, et ia Revue celtique, t. XXVI, p. 81. 
(3) 6(0] ret. 

10 



114 BUEZ SANT PATRICE. 

Rac se sonjet o tri pehini en rento 

En ty an Impalaer a nin en recompanso. 

BELZEBUT 

Na oufach birwiqen cavet gwel cwidon 
Me a ya da wittan hac cneum diwisqo 
210 Hac eneum wisqo pront en gis eul labourer 
Hac a yal prontamant de gas dan Impalaer. 

(ol cwit.) 



DIWET SCENEN 
Ar Viqer, Patrice. 

AR VIQER 

Patrice avansel da laret ho qentel 
A gouzout (1) a ret hwi respont an oferen. 

PATRICE 

Ma mest chetu me prest do respont pa geret 
215 Moyenant graç Doue am asisto bepret 

(Aman e ra respont an oferen da Patrice a goiidc e houleno 
ar hatechis er feson ma heuil) : 

AR VIQER 

Goulen aran mar ententet ewit petra ezoch crouet (2) 
A respontet din gant rezon a (3) lacil ew ma histion. 

PATRICE 

De anavout a de garet a de enorin bepret (■•) 
Ha goude qemcnt-se bean recompanset. 

AR VIQER 

220 Pes recompans a esperet 
Goude e vean Enoret 

(1) Gouzout se trouve aussi acte III, v. 1174. La forme raccourcie : goût 
nu qoud, se trouve, pour la mesure, acte II, vv. 96, 100, 430; acte III, 
vv. 203, 1013. 

(2) Ce vers et le suivant ne riment pas entre eux. Chacun doit, je ci'ois, 
être divisé en vers de huit syllabes avec des rimes plates comme dans les 
vv. 220 et suivants. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 115 



Donc, voyez qui de vous trois le transportera 
chez l'empereur et nous le récompenserons. 

BELZÉBUTH 

Vous ne pourriez jamais trouver un meillinir que moi. 
Je vais aller à lui et me dévêtirai 
et me déguiserai promptement en lal^oureur 
et j'irai promptement l'envoyer chez l'empereur. 

(Tous s'en vonL) 



DEUXIEME SCENE 
Le Vicaire, Patrice. 

LE VICAIRE 

Patrice, avancez pour dire votre leçon. 
Savez-vous répondre la messe? 

PATRICE 

Mon maître, me voici prêt à répondre quand vous voudrez 
moyennant la grâce de Dieu qui m'assistera toujours. 

(Ici il fait répondre la messe à Patrice et ensuite il lui demandera 
le catéchisme de la façon qui suit) : 

LE VICAIRE 

Je demande si vous comprenez pourquoi vous êtes créé? 
Répondez-moi avec raison; ma question est facile. 

PATRICE 

Pour le (c. -à-dire Dieu) connaître, l'aimer, et l'honorer tou- 
et après tout cela être récompensé. [jours, 

LE VICAIRE 

Quelle récompense espérez-vous 
après l'avoir honoré? 

(3) Je pense qu'il faut lire : rac. 

(4) Peut-être faudrail-il lire, pour la mesure : 

De anaivoujt de garet 
De enorin bepret. 
Pour aiia(vou/t, voir Revue ceHique, I. XXI\', pp. 432, 433. Co^ lignes 
n'ont que six syllabes comme, plus loin, les vv. 220, 231., etc. 



^16 BUEZ SAXT PATRICE. 

Petra hopo digant Doue 
Po po-an servijet bemde. 

PATRICE 

Esper émeus evel fidel 
225 Gav(4 eur vue éternel 
Graç Doue war ar Bed d) 
Hac e hloar goude an decel. 

AR VIQER 

Leveret din me a gare 
Gouzout an Drindet petra e 
230 Expliqet mad se dime <2) 
IMa mignon Patrice (3). 

PATRICE 

Tri person distinct en Doue i^) 
An Tad, ar Mab, ar (e) Speret santel (5) 
Ar(6) Speret Santel engal gante 
235 Aies nen dint nemert oun Doue. 

AR VIQER 

Leret (^) din mar gouzoch se 
Petra ew an otro Doue 
Ewit ma hellomp gwel a se 
En henorin pan dew Doue. 

PATRICE 

2'iO Doue so crouer dan Envo («) 
Ha dan Douar ha dar mado 
A so en pep lech a bresans (9) 
E esans divin a puisans. 

AR VIQER 

Mar eman enpeb lech evel ma leveret 
245 Eman en tan an df^) Jfern en mesq ar re damnet. 

(1) Ce vers n'a que six syllabes. 

(2) Il faut, je pense, omeltre mad, pour la mesure. 

(3) Ces ti'ois mois forment, le second h(^mistiche du vers 867 du pr acte. 

(4) Cf. le Mystère de saint Crépin et de saint Cn'^pinien, vv. 710, 7X^. 

(5) Ce vers et le précédent ne riment pas entre eux. 

(6) Lisez, pour la mesure : '/• Speret. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 117 

Qu aurez-voiis de Dieu 

quand vous l'aurez servi chaque jour? 

PATRICE 

J'espère comme lidèle 
avoir une vie éternelle, 
la grâce de Dieu dans ce monde 
et sa gloire après le décès. 

LE VICAIRE 

Dites-moi, je voudrais 
savoir ce que c'est que la Trinité. 
Expliquez-le moi bien, 
mon ami Patrice. 

PATRICE 

Trois personnes distinct(>s en Dieu, 
le Père, le Fils, le Saint Esprit. 
Le Saint Esprit leur égal, 
mais ils ne sont qu'un seul Dieu. 

LE VICAIRE 

Dites-moi, si vous savez : 
Qu'est-ce que le seigneur Dieu? 
afin que nous puissions d'autant mieux 
l'honorer puisqu'il est Dieu. 

PATRICE 

Dieu est le créateur des cieux, 
de la terre et des biens. 
En tout lieu est présente 
son essence divine et sa puissance. 

LE VICAIRE 

S'il existe dans chaque lieu comme vous le dites, 
il est dans le feu de l'enfer au milieu des damnés. 



(?) Lisez, pour la jiirsure : Lercrel\ cf., plus haut, v. 228. 
18) CL : So crouev d-an cff'o, le Mystère de saint Ctvpin el de saiul. 
Crépinien, v. 1889. 
'9) Je propose de lire : En pep lecli a so a bresans. 
(10 Lisez, pour la mesure : 'n iiern. 



118 BUEZ SAXT PATRICE. 

PATRICE 

Ne soufr enep poan er Bed 
Opunisan ar re damnet 
lesqi en mesq an Diawlou 
Abalamour do fehejo. 

AR VIQER 

250 Souezet bras on gant an drase 
Eve en tan a ne losqe. 

PATRICE 

Eur speret ew pur ha lejer 
Dispartiet en pep matier 
A na el bezan souillet tam 
255 Ewit soufrin anqen na poan. 

AR VIOER 

Penos en deus tearveze iiierw el <i) 
Hac e Doue hac éternel. 

PATRICE 

Dre ma wa an eil ferson 
A map dar A\'erhes bon Itron 
260 Jesus-Ghrist nan deveus soufret, 
Biscoas na marw na doan er Bed 
En gis eun den ezew lazet 
Dre eur valis gant tirantet. 

AR VIQER 

Leveret din me a gare (2) 
205 Gouzout pelech eman Doue 
Pelech eman na pe en gis 
exersin deus e justis 
Goms anezan ameus cU-w^t 
Allas e welet n'allan qel. 

PATRICE 

270 Jesus-Ghrist a so en Evo 
Er brasan gloar hac er joaio 

''i) Je suppose que le vers doit être corrigé en : Pcnos n' dens leuirezcl 
merucl : cf. acte I, v. 866. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 119 

PATRICE 

Il ne souffre aucun touriiieut au monde 
en punissant les damnés 
et en brûlant au milieu des diables 
à cause de leurs péchés. 

LE VICAIRE 

Je suis grandement étonné de cela, 
qu'il est dans le feu et qu'il ne brûle pas. 

PATRICE 

C'est un esprit pur et léger, 
séparé de toute matière, 
et il ne peut être souillé d'aucune manière 
en souffrant tourments et douleurs. 

LE VICAIRE 

Gomment a-t-il daigné mourir, 
lui qui est Dieu et éternel? 

PATRICE 

Oh, parce qu'il est la deuxième personne 
et Fils de la Vierge notre dame. 
Jésus-Christ n'a souffert 
jamais ni mort ni douleur au monde. 
Sous la forme d'un homme il a été tué 
méchannnent par des bourreaux. 

LE VICAIRE 

Dites-moi, je voudrais 
savoir où est Dieu, 

en quel lieu il est et sous quelle forme 
exerçant sa justice. 
J'ai ouï parler de Lui, 
hélas! je ne puis le voir. 

PATRICE 

Jésus-Christ est dans les cieux, 
dans la plus grande gloire et dans les joies 

(2) Nous uvons déjà rencontré ce vers plus haut, v. 228 



120 BUEZ SANT PATRICE. 

Imortel ho sacramantin 
Dindan spez a vara ha gwin. 

AR VIQER 

Hac e (1) awa eun dra necesser 
275 E (2) chomje en sacramant an auter. 

PATRICE 

Necesser wa pan dew chomet 
Qement a ra a so parfet 
Ewit mezur an ineo 
Ha lezel memor e boanio 
280 Siipliomp-an dre wir galon 
Dre verito e basion 
Ewit ^3) ma hellonip goude merwel 
Posedin ar Gloar celestiel. 

(Evel se bezet groet.) 
AR VIQER 

Ghetu achu ar sqol et breman pa gcret 
285 Da vale Patrice ane daieet qet. 

PATRICE 

Ma mest mar doch contant nie ia da vord ar Mor 
Eun neubeut da vale da hortos dont dar sqol. 

AR VIQER 

Et elech ma (jeret rac ma toulet ewez 
Ne neum abusach re en goal gompagnonez. 

(oll ewit.) 



SCENEN TEIRVET 

PATRICE, e Unan. 

290 Breman pan don ari ebars er plas l)raw-man 
E hallan fasiloch donet da studian 
Ewit ma hillin gwel pan daruin er ger 
Ep manqout warnezi resitan ma hentel 

(1) Il faut coni racler ces deux mots en deux syllabes. 

(2) A supprimer, pour la mesure. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 12 i 



immortelles et dans le sacrement 
sous les espèces du pain et du vin. 



LE VICAIRE 

Etait-ce chose nécessaire 
qu'il restât dans le sacrement de Tautel? 

PATRICE 

C'était nécessaire puisqu'il est resté. 
Tout ce qu'il fait est partait 
pour nourrir les âmes 

et leur laisser la mémoire de ses souffrances. 
Supplions-le de tout cœur 
par les mérites de sa passion, 
afin que nous puissions après la mort 
posséder la gloire céleste. 

(Ainsi soit-il.) 

LE VICAIRE 

Voilà l'école linie, allez maintenant quand vous voudrez 
vous promener, Patrice, et ne vous attardez pas. 

PATRICE 

Mon maître, si vous voulez bien, je vais au bord de la mer 
me promener un peu en attendant de revenir à l'école. 

LE VICAIRE 

Allez où vous voudrez, pourvu que vous preniez garde 
de vous attarder trop en mauvaise compagnie. 

'.Tous .s"en vont.) 



TROISIEME SCENE 

PATRICE, seul. 

Maintenant que je suis arrivé dans ce bel endroit, 
je puis plus facilement étudier 

alin de pouvoir mieux quand je rentrerai à la maison 
réciter ma leçon sans faire de faute. 

i3j Lisez : 'wit. 



122 BUEZ SANT PATRICE 

Jesus-Christ, ma Salwcr, gwir Redemptor ar Bed (i) 

295 Hwi confort dreist pep tra bepret ho mignonet 

Plijet genach iwe donet dam preservin 

Deus ar pchet marwel bepret bete ar fin 

Ha ma vin trionfant war ma goal rancontjou 

A wir galon m'ho ped ma Jésus ma otro. 

(Aslarol a deu.) 
(Suit.! 

300 Rac bezan so tud dal dibourve a Speret 
A so ohadorin Diawlou (2) marmouzet 
Père ra avis de eteu ar viltans-se 
Da sicour aneze en ho nécessite (3). 

ASTAROT (^) 

Hola blasphematour deut dirac ar Roue 
305 lion es ho reglo braw en lezen ho Doue 

Ha digerzet pront^^) broman souden va tant (6) 
Eveet puniset impertin insolant. 

(cwlL) 



SCENEN PEDERVET 
An Ympalaer hac c suit, Daw Prins lia daw Paj. 

AN YMPALAER 

Doue Jupiter hac an ol Doueo (7) 

Bepret oheus sourci ha niorhet ahanon 
310 Mes qcit a ma vin bew (s) me deui da hadorin 

Ho lezen dre ma bro me ray executin 

Rac-se eta Princet dech e recomandan 

Donet da qcnderhel a da expedian 

FAvit gloar da gentan dam idolo souveren 
315 Hac en confuzion dar Christ a de lezen 

Na vezet qet qen laj da dont dapermetin 

(1) Nous trouverons cet licmisliclie au v. 393. Cf. aussi la Crôalion du 
Monde, v. 1987. 

(2) [>a Revue de Bretagne, t. IV, p. 1()9, porlc : dinoulon. 

(3) Cf., plus haut, acte I, v. 996. 

Ci) Selon le 11^ acl(\ v. 20S, il fnudi-ail lire ici, dans riiulicidiun de scène . 
Delsebut. Dans le prologue de cet acte, vv. 2S. 45, il est dit que c'est Satan 
qui s'était cliargé de la mission de dénoncer Patrice. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 123 

Jésus-Christ, mon sauveur, vrai Rédempteur du monde, 

vous réconfortez toujours par-dessus toute chose vos amis. 

Qu'il vous plaise aussi me préserver 

du péché mortel toujours jusqu'à la hn 

et que je sorte triomphant de mes pires rencontres. 

De bon cœur je vous prie, mon Jésus, mon seigneur. 

(Astaroth vient.) 
(SuUe.l 

Il y a des gens aveugles dépourvus d'esprit 
qui adorent les diables marmousets 
qui sont d'avis que ces malins esprits viendront 
les aider dans leurs besoins. 

ASTAROTH 

Holà blasphémateur, venez devant le roi. 
Celui-là vous apprendra joliment la loi de votre dieu. 
Marchez bon pas, à l'instant même 
vous serez puni, impertinent, insolent. 

(Tous s'en vont.) 



QUATRIEME SCENE 
(I/Enipereur et sa suite. Deux Princes et deux Pages.) 

l'empereur 

dieu Jupiter, et tous les dieux, 
vous avez toujours eu soin et souci de moi, 
mais, aussi longtemps que je vivrai, 
je vous adorerai et je ferai votre loi dans mon pays. 
Donc, princes, je vous recommande 
de la maintenir et de la propager, 
pour la gloire d'abord de mes idoles souveraines 
et à la confusion du Christ et de sa loi. 
Ne soyez pas assez lâches pour permettre 



(5) On peut supposer : Digerzet aman pront. 

(G) Nous trouverons plus loin cet hémistiche, v. 378, et acte 111, v. 238. 
Cf. E. Ernault, Dictionnaire ctijuiologiifUe du Breton-Moyen, p. 225, et le 
Mystère de saint Crépin et de saint Crépinien, v. 1085. 

(7) Cf. plus loin, acte III, v. 744. 

(8) Cf. acte I, v. 075, et acte II, vv. 335, 341. 



12 \ BLEZ SAXT PATRICE. 

Dre eur simplicité c boJjl dam surmontin 
Rac henes ve eurhrim enep ma majesté (D 
Hac a verit ar Marw daoust piw en grae 

320 Rac se mar ari troubl na nep sort heresi 
Dre ma Rouan telez reit prest da houzout din 
FAvit (2) nia neum informin démens a o hrimo 
Hac laqat dar marw dious o merito 
Hac ewit ar brezel mar be den qen hardi 

325 Na qen impertinant donet don ataqin 
E hesperan Princet e tiscwelet neuze 
Gant pep sort vailantis ho jenerosite 
Rac biscoas na gifis ebars en histoario 
Eve ma nation trehct dre an armo 

330 Qement-se die armin on halon a newe 

Ewit dont da difen hon bro hac hon contre 
(^hetu aman Prinset qement a gomandan 
Rac se teulet ewez deiis ar pez a laran. 

AR HENTA PRINS 

Hon Roue hac hon prins mad e hcih^t crediii (3) 
335 E qeit a ma vin bew james dech na vancjin (■•) 

Rac pa ve qistion da avansin ho gloar 

IMe varwfe ewidoch gant eur galon real 

ilanavout a ret scier nen de ([et a hiric 

Ar respet a dougan bepret do majesté 
3i0 Fidel on bet bepret en ho hol afero 

A qeit a ma vin bew me a gontinno. 

AN EU. PRINS 

Impalaer puisant pan dew ho polante 
Ma fermetin da goms en ho palez liirie 
Me lar dech libramant ezon corf a mado 
3^i5 Prest da executin ho comaiulamancho 
Ya hac eve ret donet de neum armiii 
A enep an Mern james dech n(^ vaiuiin 
Ya gant vaillantis nen de qet a hirie 
Emeus laqet qenta ma dorn war ma hlevc. 

(1) Cf. : Enep dam luaieste, le Mystôre de Sîiinl Cicpiii el de Sciint Civ 
pinien, v. It?. 

(2) Lisez, pour la mesure : 'wit. 



LA A'IK DE SATXT TATRICK. 12." 

par simplicité que son peuple me surmonte 

car ce serait un crime contre ma majesté 

et qui mérite la mort pour quiconque le commettrait. 

Donc, s'il arrive cUi trouble ou n'importe quelle liérésie 

dans mou royaume, faites-le moi prestement savoir 

afin que je m'informe de leurs crimes 

e^ que je les fasse mettre à mort selon ce ([u'ils ont mérité, 

Et, quant à la guerre, s'il y avait quelqu'un de si liardi 

ou de si impertinent pour nous attaquer, 

j'espère, princes, qu'alors vous montrerez 

avec toute espèce de vaillantise votre générosité, 

car jamais je n'ai trouvé dans les histoires 

que ma nation ait été vaincue par les armes. 

Tout cela doit armer à nouveau notre cœur 

pour venir défendre notre pays et notre contrée. 

Voilà, princes, ce que je commande. 

Ainsi, vous devez faire attention à ce que je dis. 

LE PRENHER PRINCE 

Notre roi, et notre prince, vous pouvez bien croire 
que tant que je serai en vie jamais je ne vous manquerai, 
car, dès qu'il est question d'augmenter votre gloire, 
je mourrais pour vous d'un cœur dévoué. 
Vous savez clairement qu'il ne date pas d'aujourd'hui 
le respect que je porte toujours à votre majesté. 
J'ai toujours été fidèle dans toutes vos affaires 
et tant que je serai en vie je continuerai. 

LE SECOND PRINCE 

Empereur puissant, puisque c'est votre volonté 
de me permettre de parler dans votre palais aujourd'hui, 
je vous dis librement que je suis, corps et biens, 
prêt à exécuter vos commandements. 
Oui, et fallût-il venir à s'armer 
contre l'enfer, jamais je ne vous manquerai. 
Oui, avec vaillantise ce n'est pas d'aujourd'hui 
que j'ai mis pour la première fois la main à mon épée. 

(,3j Nous trouverons cet hémistiche plus loin, v. 730. 
(i) Col hémistiche est aussi au v. 347. 



126 BUEZ SAXT TATRICE- 

AR HENTA PAJ 

350 A me iwe certen ewit ma bout bian 
A tremene hardy ewidoch dre an tan 
Me sant ma blew em pen otont deneiim sevel 
(Jant ardeur pa glewan coms demeus a vrezel 
Aie esper terrasin ma Roue puisant 

355 Oemont hon ataqo ewit ma bout yawanq. 

AN EIL PAJ 

Anfin tut vaillant och herwe ma parlantet 
Prometin a ret ol ober pep a neubet 
Ewidon ne on qet pesort ve a raen 
Mes ewit ma Roue courajus e varwfen 
3G0 N'iio pet doutans er Bed ewit ho sujedet 
Birwiqen ne vanqont ebars en ohandret. 

AN IMPALAER 

Tud vaillant och meurbet terrubl e plijet din 
Nebon gant an amzer en ho recompansin. 

AR HENTA PRINS 

Monarq victorius war an ol Rouane 
365 Expozet ho grandeur ho jenerosite 
Da chelew digene eur qezelo newe 
Tut so en hiberny hac a transgres hirie 
llo holl ordrenanso dre lezeno newe 
Rac se teulet ewez mo havertis a se. 

AN IMPALAER 

370 Pe war condision levcret me ho ped 
R veint hy q(Mi hardi a bout ântreprenet 
Transgresin au (i) orch^enaus ani boa groet er Stado 
Nen deus nemert ar Marw qcmcnt o transgreso. 
(an Diawl a deu gant Patrice.) 
AN UIAWL 

Impalaer redoutet^^) mar permetet gono 
375 E livirin eur gir dirac ho majesté 

(1) Lisez : '/? ordrenans. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 127 

LE PREMIER PAGE 

Et moi, aussi certes, j'ai beau être petit, 
je passerais hardiment pour vous à travers les flammes. 
Je sens mes cheveux sur ma tête se dresser 
d'ardeur quand j'entends parler de guerre. 
J'espère terrasser, mon roi puissant, 
quiconque vous attaquera, si jeune que je puis être. 

LE SECOND PAGE 

Enfln, vous êtes des gens vaillants à vous entendre parler. 
Vous promettez tous de faire chacun sa petite part. 
Quant à moi, je ne sais pas ce que je pourrai bien faire, 
mais, pour mon roi, courageusement je mourrais. 
N"(Mi ayez aucun doute, car vos sujets 
jamais ne manqueront à voire endroit. 

l'empereur 

Vous êtes des gens fort vaillants, terriblement vous me plai- 
Ne craignez rien, avec le temps je vous récompenserai, [sez. 

LE premier prince 

Monarque victorieux sur tous les rois. 
Veuille votre grandeur, votre générosité 
écouter de ma bouche une nouvelle récente. 
Il y a des gens dans l'Hibernie qui transgressent aujourd'hui 
toutes vos ordonnances par des lois nouvelles. 
Ainsi, prenez garde, je vous en avertis. 

l'empereur 

Dans quelles conditions, dites, je vous prie, 
seraient-ils si hardis d'avoir entrepris 
de transgresser l'ordonnance que j'avais faite aux Etats? 
11 n'y a que la mort pour quiconque les transgressera. 

(Le Diable vient avec Patrice.) 
LE DIABLE 

Empereur redouté, si vous le permettez, 
je dirai un mot devant votre majesté 

(2) Cet liémistiche se îroiive aussi aux vv. (i-23, 718, 7'i-G de cet acte et aux 
vers 015, G5Û du III« acte. 



i28 BUEZ SAXT PATRICE. 

Touchant a euii esclav ameus bet qemeret 
Ar marw an defo sur mar dew gwir a leret 
Rac (1) breman souden valant émeus an qemeret 
Ewa ohadorin dre eul lezen newe 
380 Hac eur christen ew (2) hac eneus blasphomed 
Goal bo (3) execrabl Sire a bon enep 
Dreze ew digaset geneme ho pete 
Kwit nien puniset herwe hopolante. 

AN IMPALAER 

Mad oheus groet ma den e rentan prisonier 
385 Me ray e bunisan pan dew eur blasphémer 
Mar gallan informin ar pez en deveus groet 
Me ray e bunisan dre avis ma frinset 
Piw och-ui ma mignon na pe a nasion 
Leveret aman din ho pro hac ho canton. 

PATRICE 

390 Auiro hibernoas on demeus a nasion 
Hac émeus ambraset ewit relijion 
Al lezen deus a hraç en deus instituet 
Jésus Christ, map Mary, gwir Redemptor dar Bed. 

AN IMPALAER 

Awalch ew qement-man non deus afer a qen 
30.5 K intorogasion en condam pen da ben 
Drese diliberet ma frinset m'ho supli 
Hac en a so en noad ewit e bunissin. 

AN EIL PRINS 

Ewit dam avis me nemedi qet en noad 
Da rein te de gomso an draze so hanvat 
^iOO P'wit (^*) eur bugel eis via n'eller qet e jnjin 
Ar speret a deuio pa deuio da gresqin. 

AN IMPALAER 

Ret vezo e laqat prisonier en eun tour 
El hM'h ne welo den en nep gis de sicour 

(1) A supprimer, pour la mesure. 

(2) Cet liémistiche est trop court d'une syllabe. .Te suppo=;e que le mot 
qui manque après clDislcn est : ioL Cf. acte III, v. G85. 



LA VIE DE SATXT PATRICE. 129 

touchant un esclave que j'ai pris. 

11 sera puni de mort sûrement si ce que vous dites est vrai. 

Car à l'instant même je l'ai pris 

à adorer selon une loi nouvelle. 

C'est un chrétien et il a blasphémé, 

les choses les plus exécrables. Sire, contre nous. 

C'est pour cela que je l'ai amené jusqu'à vous 

pour que vous le punissiez selon votre volonté. 

l'empereur 

Vous avez bien fait, mon homme, en l'amenant prisonnier. 
Je le ferai punir puisque c'est un blasphémateur. 
Si je puis m'informer sur ce qu'il a fait 
je le ferai punir sur l'avis de mes princes. 
Qui ètes-vous, mon ami, et de quelle nation? 
Dites-moi céans votre pays et votre canton. 

PATRICE 

Seigneur, je suis hibernien de nation, 
et j'ai embrassé comme religion 
la loi de grâce qu'a instituée 
Jésus-Christ, fils de Alarie, vrai rédempteur du monde. 

l'empereur 

C'est assez, je n'ai pas besoin de plus. 
Son interrogatoire le condamne d'un bout à l'autre. 
Délibérez, donc, mes princes, je vous supplie, 
s'il est en âge d'être puni ! 

LE SECOND PRINCE 

A mon avis, à moi, il n'est pas en âge 
que l'on donne foi à ses paroles: cela est évident 
qu'un enfant de huit ans. on ne peut le juger: 
l'esprit viendra quand il commencera à grandir. 

l'empereur 

Il faudra le mettre en prison dans une tour, 
\k où il ne verra personne en aucune manière qui le secoure. 



{?>) Lisez : a zo. 

(il Lisez, pour la mesure : 'ufL 

11 



130 BUEZ SANÏ PATRICE. 

A neuze nin glewo e resolution 
405 Ha mar chanj a lezen en devezo pardon. 

AR HENTA TRINS 

Me gafe eve gwel en lezel da vale 
De neum divertisan en niesq ar vugale 
Rac henez evel gwir a droi gant pep hini 
lia mar da dar prizon eteui da diferin. 

AR HENTA PAJ 

410 Sire, mar permetet me lavaro iwe 
Petra a cafen mad herwe ma bolante 
Kur pastor a defot da vessa an devcd 
Dar condision se e tlefach e virct. 

AN IMPALAER 

Orsa ma faj bian ohavis a blij din 
415 Noheus nemet e gas da vet ma berjeri 
Da eur plas soliter ewit o ewesad 
Entretant nin welo hac en nenm wrei erfat. 

ASTAROT 

Sire, ho servi jer me a gemer conje 
Awn anieus nen day ewit pen losqet da vale 
420 Ar berran e cafen pan doch crog e grougan 
A neuze ne vo den en sourci anezan. 

(ol ewit.) 



SCENEN PEMPVET 

PATRICE c unan war e zawlin. 

Doue éternel me lïo trugareca 
Ho madelez so bras em andret dreist pep tra (i) 
Anavout a ran scier oheus ma dilivret 
425 Demeus an tirany malis an drouc speret 
Dreze e rentan gras prosternet dan dawlin 

(1) Cf. : Bras eo ho modèles em andret er bel man. 



LA VIE DE SAINT TATRICE. 131 

Alors nous entendrons sa résolution, 
et s'il change de loi il aura son pardon. 

LE PREMIER PRINCE 

Je trouve qu'il vaudrait mieux li; laisser en liberté 
se divertir parmi les enfants. 
Car assurément il changera au contact des autres; 
tandis que s'il va en prison il n'y aura rien de gagné. 

LE PREMIER PAGE 

Sire, si vous le permettez, je dirai aussi 
qu'est-ce que je trouverais bien selon ma volonté. 
Un pâtre fait défaut pour mener paître les brebis. 
C'est la condition pour laquelle vous devriez le garder. 

L'EMPEREUR 

Or çà, mon petit page, votre avis me plaît. 
Vous n'avez qu'à le conduire à ma bergerie, 
à une place solitaire pour les surveiller. 
Entre temps, nous verrons s'il se comportera bien. 

ASTAROTH 

.Sire, votre serviteur, je prends congé. 
J'ai peur qu'il ne s'enfuie quand vous le lâcherez en liberté. 
Je trouve que le plus court pendant que vous le tenez serait de 
et alors il n'y aura plus personne en peine de lui. [le pendre 

(Ttiiis s'en vonl.) 



CINQUIEME SCENE 

PATRICE seul, à genoux. 

Dieu éternel! je vous remercie. 
Votre bonté est grande à mon endroit par-dessus toutes choses. 
Je vois clairement que vous m'avez délivré 
de la tyrannie et de la malice du malin esprit. 
Aussi, je rends grâces, prosterné à genoux, 

« \'ol,re bonté est gronde en ec monde à mon égard. » 

La Création du Monde, v. 1308 



132 BUEZ SANT PATRICE. 

D'ho maclelez impar, cl'ho majesté divin d) 
A hwi Gwerhez Vari, ma gwir avocadez 
Em sicour ordinal bars em nécessite (2) 
^i30 Dach eneiim adresan lia dam El gardien 
Ewit ma teuet ol en pep rout dam soiiten. 

DOUE-AN-TAD 

Me a glew Patrice ebars en orezon 
Ous ma zrugareqad deus a greis e galon 
Disqenet prontamant Victor (3) me ho Snpli ("i) 
435 A chomet en désert gantan de gonsolin. 

VICTOR 

Impalaor an Envo me a ya da vetan 
Ha moyenant ho graç me soegno anezan 
Ret vezo e apron gant gwir basiantet 
Goût hac e a (&) so fidel da Redemptor ar Bed (s). 

PATRICE 

440 Pa welan ma Doue penos ezon prive t 

A vonet dan Ilis do hadorin bepret 

E renqan batisan eur Siboir deus a coat 

Ewit ohadorin demeus a galon vad. 

Non pas ma creten me eve qen meritoer 
445 Adorin oun tam coat evel corf ma Salwer 

Mes pa ne allan mont dan Ilis de welet 

E renqan en dezert e adorin bepret. 

VICTOR 

Bonjour berjer yaouanq petra so a neve 
Teribl och retiret er plas soliter-se. 
450 Qement-se a ra din ])ean deut do cafet 
Lest ho melancoly eneum rejouiset. 

(1) Nous avons déjà rencontré cet hémistiche plus haut, acte I, v. 447. 

(2) Cf., par exemple, acte I, vv. 972, 984. 

(3) Disqucnet proniamaiil, \icloi\ me ho sjipplie, est la lecture de la 
ricvuc de Bretagne et de Vendée, tome IV. 

(4) « Victor A. angel communls Scotticac genlis sein. Quia Michacl 
angeJus Kbreicae gentis, ita Victor Scottorum », dit le scoliaste de Ihymne 
par Fiacc en l'honneur de saint PaliMC(\ .Slokes and Strachan, Thésaurus 
Palaeohibernicus, vol. II, p. 310. Cf. ibid. : i rricht coin ticcd Uiclor aiugel 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 133 

à votre bonté sans pareille, à votre majesté divine. 

Et vous, vierge Marie, ma vraie avocate, 

qui me secourez toujours dans ma nécessité, 

je m'adresse à vous et à mon ange gardien 

pour que vous veniez tous en tout chemin me soutenir. 

DIEU LE PÈRE 

J'entends Patrice en oraison 
qui me remercie du fond de son cœur. 
Descendez promptement, Victor, je vous supplie, 
et restez au désert avec lui pour le consoler. 

VICTOR 

Empereur des cieux, je vais le trouver, 
et, moyennant votre grâce, je le soignerai. 
11 faudra réprouver avec vraie patience 
afin de savoir s'il est fidèle au Rédempteur du inonde. 

PATRICE 

Puis(}ne je vois, mon Dieu, combien je suis privé 
d'aller à l'église pour vous adorer toujours, 
il me faut faire un ciboire de bois 
pour vous adorer de tout mon cœur. 
Non que je croie qu'il soit si méritoire 

d'adorer un morceau de bois comme le corps de mon Sauveur, 
mais, puisque je ne peux aller à l'église pour le voir, 
il faut dans le désert que je l'adore quand même. 

VICTOR 

Bonjour, jeune berger, qu'y a-t-il de neuf ? 
Vous vivez terriblement retiré dans cet endroit solitaire. 
C'est cela qui me fait venir vous trouver. 
Quittez votre mélancolie, réjouissez-vous. 

co Patraic intan roboi ic ingaire mucc Milcon meic hui Buan i nArcail, 
« c'était sous la forme d'un oiseau que l'ange Victor venait à Piilrice 
quand celui-ci gardait les pourceaux de Miliuc, lils d'Ta Buain, en Arcal. » 
Cf. aussi: El Angel de su guarda, que se llamaba \'ictor (Montalban) et : 
\'iclor... el t'ingel de tu guarda (Calderon). 

(5) A supprimer, pour la mesure. 

{(}\ Cet hémistiche se trouve au v. 1975 de la Création du Monde. 



13 i BUEZ SANT PATRICE. 

PATRICE 

Pe sort rejouisans a raen me leret 
Ebars en euii dezert gant eur bagacl deved 
Ma halon a so trist a sujet mad émeus 
455 Gondamnet on me gred da soufrin cals a reuz. 

VICTOR 

Nimport qet ewit se ho pisaj a disqwe 
Ezoch eur re benaq demeus a galite 
Ewit ho bout esclaw ne oufe den laret 
JMar doeh eun den onest netra deus ho enep 
4(50 Rac se mar oheus hwant mar oheus bolante 
Nin neum divertiso an eil gant egile d) 
Me a meus eur harto demp om (2) daw da hwari 
A dansai dre pazio a ran en cademy (3). 

PATRICE 

Autro pardonet din rac ewit ma sujet 
465 Biscwas a nep hwari nen don eneum vellet (^) 
Nemeus qet a arhant ebars em godelo 
Me a so eur pawT qez exilet deus e vro. 

VICTOR 

Petore (5) den out te ma zout qen pasiant 
Nep as clewfe o coms (6) a lare eves eur Sant 
470 Qement a dal eun den ge a rejouiset 

Evel leis ar hoat-man deus ar sort bigodet 
Alon ep fesonio ajisomp libramant 
Dansomp eur munudic ep ober complimant. 

PATRICE 

Autro me ho supli en hano Jésus ma zad 
475 Den eum den (?) diouzin a ma lest bars em hoat 
Rac col ho poan a ret mar sonjet ober din 
Dansai en nep feson na qen neubet lioary 

(1) Nous trouverons plus loin cet hémistiche, vv. iOO, 758. 

(2) Voir la note qui appartient au vers 528 du Jer acte. 

(3) Cademy, « académie ». « Ecole des exercices de corps, surtout dVs- 
crime, de danse et d'équitation en France, au XVlJe siècle. » Revue de 
Bretagne et de la Vendée, t. IV, p. 173. Cf. : nep seuii liudi'inioa, Sainte 
Tryphine et le roi Arthur, p. 448. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 135 

PATRICE 

A quelle sorte de réjouissance me livrerai-je, dites, 
dans un désert avec un troupeau de moutons ? 
Mon cœur est triste, et j'en ai le sujet. 
Je suis condamné, je crois, à souffrir beaucoup de tourments. 

VICTOR 

Cela n'importe pas. Votre visage montre 
que vous êtes quelqu'un de qualité. [tel; 

Vous avez beau être esclave, personne ne vous prendrait pour 
et rien ne s'oppose à ce que vous soyez un honnête homme. 
Donc, si vous avez envie et si vous avez volonté, 
nous nous divertirons l'un avec l'autre. 
J'ai des cartes. Allons tous deux jouer 
et danser les pas que je fais à l'académie. 

PATRICE 

Monsieur, pardonnez-moi, car, en ce qui me concerne, 
jamais d'aucun jeu je ne me suis mêlé. 
Je n'ai pas d'argent dans mes pochés, 
je suis un pauvre malheureux exilé de mon pays. 

VICTOR 

Quel homme es-tu que tu es si sage ? 
Quiconque t'entendrait parler dirait que tu es un saint. 
Alitant vaut un homme gai et réjoui 
que plein ce bois de pareils bigots. 
Allons, sans façons, agissons librement, 
dansons un menuet sans faire de compliments. 

PATRICE 

Seigneur, je vous supplie, au nom de Jésus mon père, 
de vous éloigner de moi et de me laisser dans mon bois, 
car vous perdez votre peine si vous croyez me faire 
danser en aucune façon ni non plus jouer. 

(A) C/est le verbe fi-ançais « se mêler de ». 

(5) De pez doarc, « quelle sorte >•. E. ErnauK, Glossaire Moyen-Breton, 
2e éd., p. 4G8. 

(6) Cf. plus loin, V. 50G. 

(7) Da en em den, mot à mot : « ton te retirer. » 



130 BUEZ SANT TATEICE. 

Mes iiiar qorcl donet da adorin gène 
Nep en de us on crouet a conservet iwe 
480 M'ho laqay war an hent démens ar joaustet (D 
Ilac tistrei a gren démens an drouq si)eret. 

VICTOR 

Nen dewaz din sentin ous ar pez a leret 
Rac ne ouf en james miret a o caret. 

(ol couil.) 



SCENEN HWECHVET 
Diw vercli an Impalaer. 

AR VERCII IIENAN 

Mo liwar a hwi heuteur (2) dont da qemer an êr 
485 Ha nin yalo on diw da welet ar berjer (3) 

Non deus qet gwelet hwas an esclaw so gante 
Gouls goude émeus clewet ew qen caer hac an de. 

AR VERCH YAWANQÂ 

Me a SO contant bras da vonet pa geret 
Plijadur eur Rouanez (^) ew gwelet an deved 
490 Hac (5) y camaradin an eil gant egile 
Qen cwant a qen jentil gant eun ajilite 
A neuze émeus hwant da welet an esclaw 
Pa leret din ma hwar ehew eun den qen braw. 
(a\ans a reont eun neubeul.) 

.\R VFA\Cll HENAN ous Patrice. 

Ronjour berjer yawanq avanset deut aman 
495 A hwi neum gaf erfat leret din er vro-man 
Ari so do clewet diw dimezel yawanq 
Dre curiosité o clewet ewach coant. 



(1) Ce mot se trouve aussi au Ille acle, vv. -409, 1155, 1203. Pour l'histoire 
et le sens du mot, voir la Revue cellique, t. XXIV, p. 2.58, note 2, et p. 430. 

(2) liwi heuleur vient de clmy leur, « vous voulez. » Pour l'assimilation 
du ])rono]n de la deuxième pers. pi., voir E. Ernault, Glossaire Moyen- 
Drelon, 2" édit., p. 153. 



LA VIE DE SAIXT PATR[CE. 137 



Mais, si vous voulez venir adorer avec moi 
celui qui nous a créés et nous conserve aussi, 
je vous mettrai sur le chemin de la béatitude 
et je vous détournerai net du mauvais esprit. 



VICTOR 



Il faut bien que j'obéisse à ce que vous dites, 
car je ne saurais jamais m'empécher de vous aimer. 

(Tous s'en vont.) 



SIXIEME SCENE 
Les deux Filles de FEmpereur. 

LA FILLE aînée 

Ma sœur, est-ce que vous voulez venir prendr(^ l'air? 
et nous irons toutes deux voir la bergerie. 
Nous navons pas encore vu Tesclave qui y est, 
pourtant j'ai entendu dire qu"il est aussi beau que le jour. 

LA PLUS JEUNE FILLE 

Je suis grandement contente de vous accompagner, puisque 
Le plaisir d'une reine est de voir les moutons [vous le voulez. 
faire les camarades les uns avec les autres 
.si jolis et si gentils avec tant d'agilité. 
Puis j'ai encore envie de voir l'esclave, 
puisque vous me dites, ma sœur, qu'il est un homme joli. 

(Elles font quelques pas.) 

LA FILLE AIXÉE à Patrice. 

Bonjour, jeune berger, avancez, venez ici. 
Vous vous trouvez bien, dites-moi, en ce pays-ci? 
Il arrive vous voir deux jeunes demoiselles 
par curiosité, ayant entendu dire que vous étiez joli. 



[3] Pour heiieii « troupeau ». 

(4) Je pense qu'il faut lire : •/• roiianez, pour la mesure. Ce mot a (rois 
syllabes. Voir, s. v., E. Ernault, Dicdonuaue élytnologique du Breton- 
Moyen. 

(5) A supprimer, pour la mesure. 



138 BUEZ SANT TATRICE. 

PATRICE 

Ya sur ma mezèl perac ne raen-me 
Rc a enor ew din servijin eur Roue. 

(ober a ra seblaril da voul L'\^ il.) 
AR YAWANQÂ 

500 Ma hwar chetu auian eun den a so plezant 
Acliap a ra e hent rac ar nierhet yawanq 
Avansonip da vetan e leson a blij din 
Ewit (1) e vont niorgoiisqet e halle difunin 
(^lewet aman berjer pasiant och meurbet 

505 Peira ew ar sujet do pezan qen pozet 
Nep clewie o coms a souche no pe qet 
Ha condu en ty-man na hanter deus ho boed. 

PATRICE 

Excuzet ma mezel ewidon nen don qet 
AeustuuK't da goms ous an dimezelet (2) 
510 Qement-se a dire ous tud ohevelep 

Non pas ous eur pawr qez a ve qen fal gwisqet. 

AR VERCH HENAN 

Ne lar qet evel se en ven a parlantez 
Evez qen étourdi evel ma lèverez 
Re scier ew da visaj a re dous da sello 
515 Da dont da repousin an ne}) as cheriso. 

PATRICE 

Glewit dimezel (3) ne neum aretet qet 
Da wapad eur pawr qez ne war petra da (^^) laret 
Gwel ve dach mont dar ger na vet ous ho goulen 
Da dibri ho leino hastet mont do souben. 

AR YAÔUANQÂ 

520 Chelu aman ha hwar a so are plezant (5) 
Sul mui arechersomp hor bo eun inosant 

fl) Lisez, pour la inesure : 'wil. 

(2) Cf. ce que dit le Prologue en s'adressant à In « l)elle demoiselle » 

Rak me so den iaotiank, n'en d'hon het kustumet 

Da gaout antreticn gant ann dhnezellel. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 139 

PATRICE 

Oui, sûrement, iiiadeinoiselle, pourquoi ne me trouverai-je 
Gela m'est trop crhonneur de servir un roi. [pas bien? 

(Il fait semblant de s'en aller.) 
LA PLUS JEUiNE 

Ma sœur, voici un garçon plaisant 
il prend la fuite devant les jeunes filles. 
Avançons jusqu'à lui, sa façon me plaît, 
i] a beau être assoupi, il pourrait se réveiller. 
Ecoutez ici, berger, vous êtes grandement sage. 
Pour quel sujet êtes-vous si posé? 

Qui vous entendrait parler croirait que vous n'avez pas 
votre subsistance dans cette maison, ni la moitié de votre 

[nourriture. 

PATRICE 

Excusez, mademoiselle, moi, je ne suis pas 
accoutumé à parler aux demoiselles. 
Gela convient à des personnes de votre rang 
mais pas à un pauvre hère si mal vêtu. 

LA FILLE aînée 

Ne dis pas cela, tu disputes en vain, 
il n'est pas possible que tu sois aussi engourdi (pic tu le pré- 
trop clair est ton visage, trop doux sont tes regards [tends. 
pour repousser qui te chérira. 

PATRICE 

Ecoutez, mademoiselle, ne vous arrêtez pas 
à vous moquer d'un pauvre malheureux qui ne sait que dire. 
\'ous feriez mieux de retourner à la maison où l'on vous appelle 
pour manger votre dîner, llàtez-vous d'aller à votre soupe. 

LA PLUS JEUNE 

Voici, ma sœur, qui est encore [plus] plaisant. 
Plus nous le rechercherons, plus il fera l'innocent, 

« Car je suis un pauvre jeune homme ffui n"ni pas ri'al/itude d'avoir 
enU'etien avec des demoiselles. » Sainte Tryphine et le Roi Arthur, p. 222. 

(3) Lisez : dimezelet. Cf., plus loin, vv. 528, 538, etc. 

(4) A supprimer, pour la mesure. 

(5) Cf., plus haut, V. .500. 



liO BUEZ SANT PATRICE. 

Sul inui eteui bepret da ober e dolant 
Couls goude qeiit.ar fin ne gafo qet e gont. 

AR VERCH RENAN 

Lestan, Lestan, nebon nin en gwelo goude 
525 En hwant da caqetal a da fablal iwe 
Ne honezo netra ewit bean fier 
Me en talvezo dech sans doute ma den qer. 

PATRICE 

Excus a houlenan ouzoch dimezelet 
Mar ameus ho fachet gant nep sort coms er Bed 
530 Ma ve hwi a gare donet da renonsin 
Do hol idolo coat a dont da adorin 
Ar gwir Doue gène gant henor a respet 
Me ave familier ebars en ohandret (i). 

AU YAWANQÂ 

Hola, Blasphematour (2) na leret davantaj (3) 
535 Ne on petra am mir da rein dech war ho l'as 
Me bromot dam Doueo me ho recommando 
Dam zad an Impalaer balamour do comzo. 

PATRICE 

Dimezelet yawanq ar pes a leret din 
En lech ma rentan trist eteu dam honzolin 
5i0 Merwel en gloar Doue ew ma dizer brasan 
A non pas posedin henorio er Bed-man 
Pehini a dremen ebars en eun istant 
Allas a goude se e soufrer an tourmant. 

AR VERCH RENAN 

Ma hwar cAvidon me a so persuadet (^) 
B'iS Ezew ar wirione qement en deus laret 
Drese ne roan forz petra a laro den 
Do Toue Patrice e credin birwiqen. 

(1) Cf., plus haut, V. 8G. 

(2) Nous avons dôjà renconiré cet lu-niistiche, vv. 88, 30'i. \'oir, plus 
loin, V. 667. 



LA VIE DE SATXT PATRICE. 141 

plus il viendra toujours à faire son dolent. 

Cependant, avant la fin, il ne trouvera pas son compte. 

LA FILLE aînée 

Laissez-le, laissez-le. Ne craignez rien. Nous le verrons plus 
en envie de caqueter et de babiller aussi. [tard 

Il ne gagnera rien à. être fier. 
Je vous revaudrai cela, sans doute, mon brave homme. 

PATRICE 

Je vous demande excuse, mesdemoiselles, 
si je vous ai facile par quelqu'une de mes paroles. 
Si vous vouliez renoncer 
à toutes vos idoles de bois et adorer 
le vrai Dieu avec moi avec honneur et respect, 
je serais familier à votre endroit. 

LA PLUS JEUNE 

Holà, blasphémateur, ne dites pas davantage. 
Je ne sais pas ce qui me retient de vous donner sur la face. 
Je promets à mes dieux, que je vous dénoncerai 
à Tempereur, mon père, à cause de vos paroles. 

PATRICE 

Jeunes demoiselles, ce que vous me dites, 
au lieu de me rendre triste, me console. 
Mourir pour la gloire de Dieu est mon plus grand désir, 
et non de posséder les honneurs de ce monde 
qui ne durent qu'un instant. 
Hélas! après cela, on souffre le tourment. 

LA FILLE AINEE 

Ma sœur, quant à moi, je suis persuadée 
que tout ce qu'il a dit est la vérité. 
Donc, je me moque de ce qu'on dira. 
A votre Dieu, Patrice, je croirai toujours. 

'3) Cet hémistiche reparaît phis loin, v. 570. 

(4) Pour la mesure, il faul lire : me a so persiiadcl. Le me du texte est 
le pronom emphatique de la première personne. 



142 BUEZ SANÏ PATRICE. 

AR YAOU/VNQÂ 

Penos ewit credi comzou eur feneant 
Eteus da veprizan hon idolo puisant. 

AR VERCH HENAN 

550 Ya me a renons antieramant deze 
Da Jésus e viran ar rest deus ma bue. 

AR YAWANQÂ 

Na pa glewo ma zad petra a vezo groet. 

PATRICE 

Qement-se ma mezel a el beau secret. 

AR YAWANQA 

Ma me a gred iwe dar pes oheus laret 
555 Hac a renons a gren (D dan ol simulacre 

Mes ma oufe ma zad non be nemert ar maro. 

PATRICE 

Mar dew rac awn merwel ew ho prassan morhet 
Dimezelet yawanq no pezet dont er Bed (2) 
Ar marw a so eur poent a renqomp da dnMnen 

5G0 Abred pe diwezat an draze so certen 
Sonjet merhet yawanq ebars en Babylon 
Ewa tri l)ugeliq jenerus a galon 
llac a Ave condamnet en bew gant Pharaon 
En creis an tan ardant da lesqin ep rezon 

565 Armet gant eur gonstans e comansont cana (3) 
Da vezo biniget ar momant hac an dez i'^) 
Ma teuont da verwel ewit gloar eun Douez i-^) 
Qement se a die ol donet do courajin 
Ho welet na de qet an tan do honsumin. 

AR YAWANQA 

570 Awalch ew qement-se na Icref davantaj 
Mil gwez e handuren ar Marw a mil outraj 

(1) Cf. : Me a renons a-grenn ! Sainte Tryphine et le Roi Arllnir, p. G2. 
Voir, plus loin, acte III, vv. G73, 679. 

(2) Nous avons déjà l'cncontré cet liôniistiche, acie I, v. 795. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 143 

LA PLUS JEUNE 

Comment, pour croire les paroles d'un fainéant, 
tu viens mépriser nos puissantes idoles 

LA FU.LE aînée 

Oui, je les renie entièrement. 
A Jésus je garde le reste de ma vie. 

LA PLUS JEUNE 

Et quand mon père l'apprendra, qu'est-ce qui arrivera? 

PATRICE 

Tout cela, mademoiselle, peut être secret. 

LA PLUS JEUNE 

Eh bien, moi je crois aussi à ce que vous avez dit, 
et je renonce net à tous les simulacres. 
Mais si mon père le savait, il n'y aurait pour nous que mort. 

PATRICE 

Si c'est la peur de mourir qui cause votre pins iirande in- 
jeunes demoiselles, n'ayez aucun doute. [quiétude, 

La mort est un point où nous devons passer 
tôt ou tard; ceci est certain. 
Songez, jeunes filles, qu'il y avait à Babylone 
trois enfants généreux de cœur 
qui furent condamnés sans motif par Pharaon 
à être brûlés sans raison au milieu d'un feu ardent. 
Armés de constance, ils commencèrent à chanter : 
Bénis soient le moment et le jour 
qu'ils moururent pour la gloire de Dieu! 
Tout cela doit vous encourager 
en voyant que le feu n'a pu les consumer. 

LA PLUS JEUNE 

C'est assez, ne dites pas davantage. 
J'endurerais mille fois la mort et mille outrages, 

'3) Il manque un vers pour rimer avec celui-ci. 

(i) Il faut, je pense, lire : de, pour rimer avec la ligne suivante. 

!5) Voir, plus haut, v. 48. 



lll BUEZ SANT PATRICE. 

Qent ma ansaven niui iia dont da adorin 
Doiieo a wa qen fos a ma wa hon re-ny. 

AR VERCH HENAN 

Or eta Patrice pan domp om ^^^ diw coulant 
575 Dent da (2) walhin ahanomp gant dour ar vadeianl 
Ar pehet awa deut genemp war ar Bed-man 
Prosternet dan dawlin (3) pardon a houlenan (^^). 

PATRICE 

Pandoch war ho tawlin goulenet ous Doue 
E venediction mar be e volante 

580 A. me a ya iwe a humplan ma hillin 

IJeus a greis ma halon ho tiw do padein. 
K]] hai]o map Doue pini en deus soufret 
Maro ha pasion da rediman ar Bed 
Joegnet ho calono gant gwir humihte (5) 

585 Da reccw an armo demeus ar gwir Doue 

Rn hano an Tad, ar Map hac ar Speret-Santel 

Douget ndelite da Doue ho Crouer. 

Orsa dimezelet breman ezoch purjet 

Dre ar sacramant-man deus a gement pehet 

500 Oheus bet cometet biscoas war ar Bed-man 
Rentet graç da Doue do pout choazet gant-an 
A me a disqo dech doctrin ar gristenien 
Moyenant na deuet da laret gir da den 
Ho Pater, lio ('redo hac ho ('onfiteor 

505 Me rey dech dre scrit da disqin dre vemor 
A Gourliemeno Doue a renqet da disqin 
ITac enorin in* Seul hac m- Verbes Vary. 

AR VERCH IIENAN 

Oement a leret dimp moyenant graç Doue 
A ray joausamant ma hwnr ynwanq a me. 

(ol cwit.) 



(1) Voir In note au v. 528 du I^i" acte. 

(2) Doit être supprimé, pour la mesure. 

(3) Cet hémistiche se trouve, Buez Louis Eunius, p. ^^'^. 



LA VIE DE SAINT PATIIICE. i 15 

plutôt que de reconnaître plus longtemps et d'adorer 
des Dieux aussi faux que Tétaient les nôtres. 

LA FILLE aînée 

Or bien, Patrice, puisque nous sommes toutes les deux 
venez nous laver, avec Feau de baptême, [contentes, 

du péché que nous avions apporté en ce monde. 
Prosternée à genoux, jo demande pardon. 

PATRICE 

Pendant que vous êtes à genoux, demandez à Dieu 
sa bénédiction, si c'est sa volonté. 
Et je vais aussi le plus humblement que je pourrai 
du fond de mon cœur vous baptiser toutes deux, 
au nom du Fils de Dieu qui a souffert 
mort et passion pour racheter le monde. 
Joignez vos cœurs en toute humilité 
pour recevoir les armes du vrai Dieu, 
au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. 
Soyez fidèles à Dieu votre créateur. 
Or çà, mesdemoiselles, vous êtes maintenant purgées 
par ce sacrement de tous les péchés 
que vous avez jamais commis dans ce monde. 
Rendez grâces à Dieu d'être choisies par lui 
et je vous montrerai la doctrine des chrétiens, 
pourvu que vous ne veniez à en dire mot à personne. 
Votre Pateï\ votre Credo et votre Conliteor 
](' vous les donnerai par écrit à apprendre par cœur; 
les commandements de Dieu, il faudra que vous les appreniez, 
et que vous honoriez les saints et la Vierge Marie. 

LA FILLE AINEE 

Tout ce que vous nous dites, moyennant la grâce de Dieu, 
nous le ferons joyeusement, ma jeune sœur et moi. 

(Tous s'on vont.) 

(4) Cet hémisticlie se irouve mol à mot aux vv. 2050, 2412, 2o14, elc, do 
la Création du Monde. 

(.5) Le même hémistirhe paraît dans la Création du Monde, vv. 1140, 
1834, etc. 

12 



146 BUEZ SANT PATRICE. 



SCENEN SEISVET^i) 

An Inipalacr e Unan, cousqct; An El a dew clonn (2) liac an Diawl 
er hoste clei. 

AN EL 

GOO Jmpalacr, cousqet out ebars es deliso 
Ep sonjal en Doue na qen iieubet er Marw. 

AN DIAWL, LUCIFER 

Couraj, couraj, ma map nas pe morhet er Bed 
Mes gwaranto erfat qen a vezi foulet. 

(yVslarol a deu.) 

AN EL 

Ponos hac e credes dan Doiieo idolet(3). 

ASTAROT 

605 Domaj bras ew na gred dide coz lorenec. 

AN EL 

Allas a (4) ncp na gredo a vezo collet (5). 

LUCIFER 

Gaw a leres es fas duman evoinl cavet. 

AN EL 

Henes vo ar maleur ewite mar crcdont^s). 

ASTAROT 

Enenm den al lech-se pe me seho da veg 
610 Rac heman a so dimp nas pe morhet er Bed. 

AN EL 

Henez ew ar glahar renons dar gwir Doue 
A monet dan Ifern het an Eternité 

(1) On pout comparer avec celle scène la huitième scène du Mystère de 
sainte Tryphine et le Roi Arthur, p. 314 et suiv., oîi les diables se montrent 
M Kervoura endormi dans un fauteuil. 

(2) Il faut suppléer ici les mots : er hoste deou. 



LA VIE DE SAIXÏ PATRICE. 14/ 

SEPTIÈME SCÈNE 
(L"Einpereur seul endormi : lAnge à sa droite et le Diable à sa gauche.^ 

l'ange 

Empereur, tu es endormi dans tes délices 
sans penser à Dieu ni à la mort. 

LE DLAliLE. LUCIFER 

Courage, courage, mon fils, n"aie pas de souci au monde, 
je viendrai à ton aide quand tu seras embarrassé. 

(Astarofli vient.) 

l'ange 
Comment peux-tu croire aux dieux idoles? 

ASTAR0TH 

Grand dommage s'il n'y croyait pas, vieux nigaud! 

l'ange 
Hélas! ceux qui ne croiront pas seront perdus. 

LUCIFER 

Tu mens par ta face: chez nous ils seront trouvés. 

l'ange 
Cela sera leur malheur s'ils te croient. 

ASTAROTH 

Va-t-en de ce lieu ou je te sécherai le bec, 
car celui-ci nous appartient, n'en aie pas le moindre doute. 

l'ange 

C'est une douleur de renoncer au vrai Dieu 
et d'aller en enfer pour toute l'éternité. 

(3i Xous retroiivercns cet hémistiche encore deux fois, acte III, vv. 6U, 
G8S. 
(4) Doit être supprimé, pour la mesure. 

^5) Il manque ici une syllabe. Lisez, probablement : a vezo ol collet. 
[ij) Ce vers ne rime a\ec aucun autre. 



I^l8 BUEZ SANT PATRICE. 

Ho pastor Tmpalaer a lar ar wirione 

Hac a disqwe an hent da vont ractal dan Enf. 

LIJCJFER 

615 A me gomand iwe drc ma gourhemeno 
Donet ol dan Ifern da Irinqal da vedon. 

ASTAROT 

Ewit an Impalaer a brometan am bo 
Sech (1) da veg impertinant (2) gant da gontadello. 

(ol cwil.) 



EISVET SCENEN 
. An Impalaer hac e. suit. 

AN IMPALAER 

Palatetebie (3) sel cwanta deun uvre 
620 Emeus bet en nos-man demeus a Palrice 
Mazohu Pag (^) het-u brema souden 
Da laret dean dont aman ep tardin qen. 

AR HENTA PAJ 

Impalaer redontet gant qenient so er Bed 

Me ia da digemcn ar berjer do cavet 

625 Hac a laro dean penos en goulenet. 

Da donet dar pales na ne daleo qet. 

(An Impalaer liac e suit cwil.) 

Ar Paj, er hoat a lavar da Patrice : 

Clewet berjer yawanq avanset dcut aman 
An (5) Impalaer ho coulen hastet dont da vetan 
Me ia beprep arog (6) rac se diampechet 
630 Rac a gonseqans ew ar pes so en C?) e Souet. 

(1) Pcut-ct>re faut-il lire : Serr. Mais cf. : nac scccet Iw caquet ! Le Grand 
Mystère de Jésus, édit. de H. de la Villemarqué, p. 164. 

(2) Lisez : iuiperiin ; cf., plus haut, v. 307. 

(3) Ce juron, emprunté du français, se présente sous plusieurs formes, 
par ex. : Par le vanlre hie! Sainte Tryphine et le Roi Arthur, p. 32: Pnln- 
ssambie, ibid., p. 33(); Palrfric l)i(\ Ruez Louis Eunius, p. 'i>^: Pa la Irtn- 
hiacli, la Création du Monde, v. 903. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 149 

Votre pâtre, empereur, dit la vérité 

et il montre le chemin pour aller droit au ciel. 

LUCIFER 

Et moi aussi j'ordonne, dans mes commandements, 
que tous viennent en Tenfer pour y frétiller avec moi. 

ASTAROTH 

Pour l'empereur, je promets que je l'aurai. 
Ferme ton bec, impertinent, avec tes contes. 

(Tous s'en vont.) 



HUITIEME SCENE 

L'Empereur et sa suite. 

l'empereur 

Par la tète de Dieu, regarde quel joli rêve 
jai eu cette nuit de Patrice. 

Oi^i êtes-vous, petit page, allez maintenant sans délai 
lui dire de venir ici sans plus tarder. 

LE premier page 

Empereur redouté de tout ce qu'il y a au monde, 
je vais dire au berger de venir vous trouver, 
et je lui dirai que vous le demandez 
qu'il vienne au palais et ne tarde pas. 

L"Einpereur et sa suite s'en vont.) 
Le Page dans le bois parle à Patrice. 

Ecoutez, jeune berger, avancez, venez ici. 
L'empereur vous demande, hâtez-vous de venir jusqu'à lui. 
Je vais toujours devant, ainsi dépêchez-vous, 
car c'est une chose de conséquence qu'il a dans l'esprit. 

(i) Il manque ici deux syllabes. On peut supposer que le mot biaii est 
tombé. 
(5) Lisez, pour la mesure : 'n Inipalaer. 
iO) Nous avons déjà rencontré cet hémistiche acte I, v. 538. 
(7) Lisez, pour la mesure : 'n e. 



150 EUEZ SANT l'ATRlCE. 

PATRICE 

Peira afel dean pa neus hwant dam cafet 
Qement-se a laqa ma halon en morhct 

(Victor a, antre. Patrice a gonlinu. Ar Paj cwit.) 

Victor clewet aman ar Roue am goulen 
Platet on ameus awn gant e Servijerien. 

VICTOR 

635 Het hardi e vête hac anzavet bepret 
Ho fe hac ho lezen mar bet interojet. 

(Victor cwit.) 
An Impalaer hac ar Paj a Antre dre bep a pen. 

AR PAJ 

Bet on bete (1) ar berjer lavaret (2) émeus dean 
Ober e diampech mes ciietu an aman. 

PATRICE 

Monarq ar Rouane me so deut do cafet. 
GiO Poheus comandet din dre unan ho Pajet 
Lest émeus ma deved hunan er hoajo 
Hac obeiset prest do hol gourhemeno. 

AN IMPALAER 

Me gare e larach din ebars en ber gomzo 
Pe a nation och ho canton hac ho bro 
645 En nos-man ne pawezis huvrein war se 
Ansavet libramant laret din ho contre. 

PATRICE 

Otro ma nation ("^^ me gred a aneved (3) 
Mes allas ma Doue henez nenewet qet 

(1) Lisez : bel 'ar. 

(2) Il faut contracter lavaict en larel. \'oir E. Ernault, Glossaire Moyen- 
Breton, 2e éd., p. 3.55, et la Revue celthiue, t. VII, p. 319; t. X, p. il8 noie; 
i. XXIV, p. 2.58. 

(3) 11 faut, je crois, lire anavczet et omettre a. 

(i) Cf., plus haut, vv. 390 et siiiv., la confession de Pnirice et ces vers 

de Calderon : 

Mi proprio nombre es Patricio, 
Mi patria Manda à Uibernia, 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 151 

PATRICE 

Que lui laut-il, puisqu'il désire me trouver? 
Tout cela met mon cœur en inquiétude. 

(Victor entre. Palrice continue. Le Page s'en va.) 

Victor, écoutez ici, le roi me demande; 

je crains que je ne sois dénoncé par ses serviteurs. 

VICTOR 

Allez hardiment jusqu'à lui et avouez toujours 
votre foi et votre loi si l'on vous interroge. 

(Victor s'en va.) 
L'Empereur et le Page entrent chacun de leur bout. 

LE PAGE 

J'ai été jusqu'au berger; je lui ai dit 
de faire diligence. Mais, le voici présent. 

PATRICE 

Aluiuirque des rois, je suis venu vous trouver 
puisque vous m'en avez envoyé l'ordre par un de vos pages. 
J'ai laissé mes brebis seules dans les bois, 
et j'ai obéi prestement à tous vos commandements. 

l'empereur 

Je voudrais que vous me disiez en peu de mots 
de quelle nation vous êtes, votre canton, votre pays. 
Cette nuit je n'ai cessé de songer à cela. 
Avouez librement, dites-moi votre contrée. 

PATRICE 

Seigneur, quant à ma nation, je crois que vous la connais- 
Mais, hélas! c'est mon Dieu que vous ne connaissez pas. [sez. 

Mi pueblo es Tax, por humilde 

Y pobre, sabido apenas 

En la isla, que llamaron 

Para su alabanza eterna, 

Gran sefwr, isla de Santos, 

Tantos iueron los que en clla 

Dleron la vida al martirio 

En relujlosa delensa. lEl Purgaturio de San Patiicio.f 



152 ]3UEZ SANT PATRICE. 

Se a so clcch maleur hac a dal ho speret 
650 Preferin Diawlo en lech Salwer ar Bed. 

AN IMPALAER 

Petra ew ho comzo nac ar pez a leret 
Piw a goiitet-u diawl a dal deus a Speret 
Na piw a gontet-u a so crouer dar Bed 
Rac hardi e conizet Patrice eun neubet. 

PATRICE 

655 U hidolet méchant pe da re e reit le 
Ar reze ew an Diawlo nie ohasur a se 
Ha crouer ar Steret (i) ew an Drindct Santel 
Tri ferson divizet en eun Doue ep qen. 

AN IMPALAER 

Penos inipertinant (2) er wej-man e credan 
660 Ezew collet genit da Jiijainant gwelan 
Ne oufen qet credin na birwiqen ne ran 
Eve tri asanibles exprimet en unan. 

PATRICE 

Allas eur maleur bras hac eun dallediges 
Oheus en ho speret gant ho idolo qez 
665 Mes dre eun argumand nin a anaveo 
Ar prolit ho pezo o heu il an Diawlo. 

AN IMPALAER 

liola blasphematour (^neum den deus ma l'as 
Pe me mo da vue prontamant war ar plas 
Cals eve eur pastor a ve qen ifrontet 
670 Ha laqat eur nmrmur qen bras war ma speret 
Ya (3) eneum relii' gant da fais lezeno (^) 
rein eun troad dit coq in efel dit cavet daw (5). 

(Patrice cwit.) 

(1) Cf. : roue ar stered. Suinte Trypliine et le Hoi Arthur, p. ?M : le 
Mystère de sainte Barbe, stances 301) et suiv.; le Mystère de saint Crépin 
et de saint Crcpinien, v. 14(33. 

(2) Nous avons déjà rencontré cet héniisticlie, acle 1, v. 1(i3.'). 

(3) Il faudrait, à la place de ce mot : Ac'han, que j'ai traduit. 



LA VIK DE SAINT l'ATRlCE. 153 

C'est un malheur pour vous qui aveugle votre esprit 
de préférer les diables au Sauveur du Monde. 

l'empereur 

Quelles sont ces paroles et qu'est-ce que vous dites? 
Qui comptez-vous pour diable et aveugle d'esprit? 
Et qui comptez-vous pour créateur du monde? 
Vous parlez un peu hardiment, Patrice. 

PATRICE 

Vos méchantes idoles auxquelles vous donnez foi, 
voilà les diables, je vous l'assure 
et le créateur des astres est la sainte Trinité, 
trois personnes séparées qui ne font qu'un Dieu. 

l'empereur 

Gomment, impertinent! cette fois je crois 
que tu as perdu ton meilleur jugement. 
Je ne saurais croire, et jamais ne croirai 
que trois ensemble puissent être exprimés en un seul. 

PATRICE 

Hélas! un grand malheur et une cécité 
ont frappé votre esprit à cause de vos chères idoles. 
Mais, par un raisonnement nous connaîtrons 
le proht que vous aurez à suivre les diables. 

l'empereur 

Holà! blasphémateur, retire-toi de ma face, 
ou j'aurai ta vie promptement sur la place. 
Ce serait sans exemple qu'un pâtre fût si effronté 
qu'il osât murmurer contre mon esprit. 
Retire-toi d'ici avec tes fausses lois. 

Si l'on te donne un pied, coquin, tu prétends en prendre deux. 

(Pati'ice s'en va.) 

(4) Le iiiênie héiuisliche paruil diins le Mystère de saint Crépin et de 
saint Ci'épinien, vv. 150, 160. 

^5) Le second hémistiche a deux pieds de trop. Je conjecture : coiiiii 'Ici 
d'il cal daw. Pour la l'orme cat, au lieu de ca/fi/., voir Cognomerus et sainte 
Tréline, p. 135, noie 8. F^our le proverbe, cf. l'équivalent français : « Quand 
on lui en offre comme le doigt il en prend comme le bras. » 



15 'l BUEZ SANT rATRlCE. 

ISuit.' 

Caiit gwej émeus çlewet nep a gare credin 
En iiep sort friponet a ve qen goas (D hac y 
675 Sellet eur pastor fal eun esclav ifrontet 
Pc qen bras liberté a gemer da prezec. 

(cwit.) 



SCENEN NAWET 
Viclor, Palrice. 

VICTOR 

Ebien Patrice petra ew ar sujet 
Dan Impalaer ho mest ho l)Out digenienet. 

PATRICE 

Touchant a ma Iczen ezon interojet 
680 A uie gant hardians en deveus respontet 
Ewan eur gwir soudard da Jésus, map Doue 
Prest da soufrin ar INlarw dre eur gwir volante 
Ma zew et en coler oclewet qement-se 
A groet din sortian p'otramant (2) eni scoje. 

VICTOR 

685 Parbleur ma mignon qer dent gcMie al lech-se 
A me yelo genecli da houlen ho conje. 

PATRICE 

Allas ne dal qet din esperout birwiqen 
Eun esclav cp arhant ne on pe dre voyan 
En del'e e conje digant ar sort iigret 
600 Drese ne dal qet din mont genech de gavet. 

VICTOR 

DcLit couls goude gène a me yel e vête 
Ha me en bo an decli |3) dindan boan ma bue. 

fl) Gwas est le coniparalif de drunk « mauvais » el s'emploie quelquefois 
dans le langage populaire au lieu de celui-ci. Mot à mot : « si pire. » 
(2) Cf. plus loin, acte III, v. 219. Pe-ulramant se prononce en trois syl- 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 153 

ISuiie.) 

Cent fois j'ai entendu dire que quiconque consentait à croire 
en de pareils fripons était aussi mauvais qu'eux. 
Voyez ce vil pâtre, cet esclave effronté, 
avec quelle liberté il se met à prêcher. 

11 s'en va.) 



NEUVIEME SCENE 

\ ictor, Patrice. 

VICTOR 

Eh bien, Patrice, pour quel sujet 
avez-vous été mandé chez Tempereur, votre maître? 

PATRICE 

J ai été interrogé touchant ma foi, 
et j'ai répondu avec hardiesse 
que je suis un vrai soldat de Jésus, fils de Dieu, 
prêt à souffrir la mort avec une ferme volonté, 
de sorte qu'il est entré en colère en entendant tout cela 
et m'a fait sortir en menaçant de me frapper. 

VICTOR 

Parbleu! mon cher ami, venez là avec moi 
et j'irai avec vous demander votre congé. 

PATRICE 

Hélas! il m'est inutile d'espérer désormais. 
Je ne sais par quel moyen un esclave sans argent 
obtiendrait son congé de cette sorte de tigre. 
Donc, il ne sert à rien d'aller avec vous le trouver. 

VICTOR 

Venez cependant avec moi et j'irai jusqu'à lui, 
et je l'obtiendrai pour vous même au coût de ma vie. 

labes. \'oii' la Revue celtique, [. XXI \. p. W2. el E. Eriuiult. tHo^ssaire 
Moyen-Breton, 2,^ éd., p. 4GG. 
'3] Conjeclure : Ha me en aux ho dec'h. 



156 BUEZ SANT PATIUCE. 

PyVTHICE 

Ne creteu birwiqen coms dezan deus a se 
Rac eman en fury evel eul leon gwe 
695 Mes pa gomandet din me yelo couls goude 
Jésus da vo gène hac ar Werhes iwe. 

(Couit.) 

SCENEN DECVET 
An liiipaluer hac e suit drc eur pen; Viclor a Paliice dre eun al, 

VICTOR 

IMonarq bras puisant azeet en ho tron d) 
liumblainant mo salud deus a greis ma halon 
Hac a houlen ouzach eur hraç hac eur reqet 
700 Ewit an esclaw-man en- deveus ma fedet 
Ar hraç a houlenan digant ho majesté 
Evo mar plij genech obtenin eur honje 
Ewit eur berjer qez en deus ho servijet 
Seiz blawez en ho ty gant henor ha respet. 

AN IMPALAER 

705 A pelech eteuetu leret din ma mignon 
Efrontet ho cafan qemeret hardison 
Da anlren empalez iwe qen couls hac se 
Na tremen ma goardo hep goulen ma honje. 

VICTOR 

Dre ho goardcho memeus ew ezon tremcnct 
710 llcp bozan en nep gis gant hini aretet 
Oemcnt se a re din sonjal ewach contant 
A ma zon antreet eta hardiamant (2). 

AN IMPALAKR 

Penos leveret din me ho ped otronc 
Piw so bel qen hardi drc c autorite 
715 Da rein al liberté dcap da (3) dont don cavct 
Hep laret gir er Bed nac e vont aretet. 

(1) Cf., plus haut, V. 31. 

(2) Voir la noie au v. 039 du prctuicr acte. 



LA VIE DK SAIXT PATRICK. J57 

PATRICE 

Je n'oserais jamais lui parler de cela, 
car il est en furie comme un lion sauvage. 
Mais, puisque vous me commandez, j'irai cependant. 
Oiie Jésus soit avec moi et la Vierge aussi. 

(Us s'en vont.) 

DIXIÈME SCÈNE 

L'Einpeiviir cl sa siiile i)ai' un hoiil: \ icloi- cl rali-icc pjir un aiilic. 

VICTOR 

Grand monarque puissant assis sur votre trône, 
je vous salue humblement du fond de mon cœur, 
et je vous demande une grâce et une requête 
pour cet esclave-ci qui m'en a prié. 
La grâce que je demande à votre majesté 
serait, s'il vous plaît, d'obtenir le congé 
d'un pauvre berger qui vous a servi 
pendant sept ans dans votre maison avec honneur et respect. 

l'empereur 

D'où venez-vous, dites-moi, mon ami. 
Je vous trouve bien effronté de prendre la liardiesse 
d'entrer dans mon palais aussi bien [mission, 

que do passer devant mes gardes sans me demander per- 

VICTOR 

Je suis passé à travers vos gardes 
sans être arrêté par eux d'aucune manière. 
Gela me faisait penser que vous consentiez, 
de sorte que je suis entré hardiment. 

L'EMPEREUR faux gardes). 

Gonmient, dites-moi, je vous prie, messieurs, 
qui a été assez hardi de prendre l'autorité 
de lui donner la liberté de venir jusqu'à nous 
sans en prévenir personne et sans être arrêté. 

[?>> A supprimer, pour la mesure. 



158 BUEZ SANT PATRICK. 

AR HENTA PRINS 

Otro ma iscuzet nen bwamp-han qet gwelet 
Ebarz en nep feson, Impalaer redoutet. 

VICTOR 

Ha me a respont dech eta ewach cousqet 
720 Rac en creis entrezoch ezomp distremenet. 

AN EIL PAJ 

Respet dan Impalaer eur gaw a leveret 
Rac (1) ma vijach tremenet nin on boa ho gwelet. 

VICTOR 

Hwi a lar davantaj eur veaj e welet (2) 
Qement-se ne ra man pan don ari aman 
725 Leret din Impalaer ewit ar gir bianan 
Pegement a goustou ebars en eur gir cren 
Ha me (3) ho paeo braw ebars en awr melen 
Nemerl qeit a contan ne houlenan termen. 

AN IMPALAER 

Ugent mil scoet ma den ebars en eur gir cren 
730 Pe me ray e crougan aze breman souden (^). 

VICTOR 

Otro me ho supli comanset da scrifan 
E conje dar pawr qez a me ya do paean 
Chetu int y aze ep diner manq er Bed 
Rezon ew ho pean deus ar bris aretet 
735 War mon bo liberté da vale dre ar vro 
Hep bezan aretet gant hiiii ho gwardo. 

AN IMPALAER 

Rezon ve ma mignon donet den larjisan 
Pen (5) rang on et quit pa peer ewitan 

(1) A supprimer, pour la mesurn. 

(2) Ces trois vers (721-723) rimout entre eux. Nous avons iri une suite de 
neuf vers rimant en -et. 

(3) Dans la version française de la Vie de saint Pati-ice dans le Diclion- 
naire des légendes, c'est Patrice lui-même qui, suivant la direction de 
l'ange, trouve dans une caverne l'argent nécessaire pour sa rançon. Selon 
le scoliaste de l'hymne irlandaise de Fiacc en l'honneur de saint Patrice, 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 159 

LE PREMIER PRINCE 

Seigneur, excusez-moi, nous ne Tavions aperçu 
d'aucune façon, empereur redouté. 

VICTOR 

Et moi je vous réponds que vous étiez endormis, 
car nous sommes passés au milieu de vous. 

l'autre prince 

Sauf le respect dû à l'Empereur vous avez dit un mensonge, 
car, si vous y étiez passés, nous vous aurions vus. 

VICTOR 

Vous parlez trop, vous le verrez un jour. 
Mais cela importe peu puisque nous voilà. 
Dites-moi, empereur, d'un mot bref, 
combien cela coûtera-t-il en compte rond, 
et je vous paierai bien en or jaune. 
Je ne demande pas même un délai pour payer. 

l'empereur 

Vingt mille écus, mon homme, en compte rond, 
ou je le ferai pendre là sans le moindre délai. 

VICTOR 

Seigneur, je vous prie, commencez à écrire 
son congé au pauvre malheureux et je vais vous payer. 
Les voilà là sans qu'il y manque un denier. 
Il est juste de vous payer le prix convenu 
afin que nous ayons la liberté de nous promener par le pays 
sans être arrêtés par aucun de vos gardes. 

l'empereur 

Il est juste, mon ami, de l'élargir 
contre rançon, puisqu'on paie pour lui. 

](' prix de sa rançon était bruth olr had cutrumma ria chend dô, « une 
masse d'or de la grosseur de la tête de son maître » qu'un de ses sangliers 
déracina pour lui. Thésaurus Palaeohibernicus, vol. IL pp. 310, 311. 

i/k) Ces cinq vers '726-730) riment entre eux. 

(.51 Pen compte pour doux syllabes. Il esl employé pour : pn c pa 'z eo, 
« comme il est ». 



100 BUEZ SANT PATRICE. 

No pezet qet a dout mad e hellet credin 
740 Ma honje a ray dach gallout baie hardi 
Adieu dech Patrice qen a vo ar hentan. 
Qen ar henta gwelet regret émeus dean 
niietu dech ho conje teulet pie anean (D. 

VICTOR 

Adieu dech Impalaer qeu ar henta gwelet. 

AN IMPALAER 

745 Pa het da bartian adieu ma mignonet. 

PATRICE 

Doue do conserve Impalaer redoulet. 

AN IMPALAER 

Ma ela ma esclav qen ar henta gwelet. 



SCENEN UNECVET 
\'i(lor, Patrico. 

VICTOR 

Ghetu hwi dilivret deus a gaptivite 
An Impalaer tirant a (hnigare Doue 
750 (Jement-se a vo caus da dont don separin 
liwi a yelo do pro ha me yel dam hini. 

PATRICE 

Penos enem (2) separin nebon ne reomp qet 
liwi dre ho madelez en deus ma honduet 
Seis blawes en antier ep (3) nep nécessite 
755 A breman e welan e coust ugent mil scoet 
Dech pean ma ranson dan idolatr fachet 
Dreze ehoulenan mar be ho polante 
Ma chomomp asamblez an eil gant egile. 

(1) Ces trois vers riment entre eux. 

(2) Lisez, pour la mesure, 'neni. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. IG l 

N'ayez pas de doute, et soyez assuré 

qu'avec ma permission vous pourrez vous promener hardi- 

Je vous dis adieu, Patrice, jusqu'à la prochaine. [ment. 

Jusqu'au revoir. Je le regrette. 

Voici votre congé; ayez-en soin. 

VICTOR 

Adieu à vous, empereur, jusqu'au revoir. 

l'empereur 
Puisque vous allez partir, adieu mes amis. 

PATRICE 

Dieu vous conserve, empereur redouté! 

l'empereur 
Eh bien, donc, mon esclave, jusqu'au revoir. 



ONZIEME SCENE 

\irtor, Pal H Ce. 

VICTOR 

Vous voilà délivré de la captivité 
de Temperour le tyran. Dieu merci. 
Tout cela sera cause de notre séparation; 
vous irez dans votre pays et moi j'irai dans le mien. 

PATRICE 

Comment, nous séparer! N'ayez crainte, nous ne le ferons 
Par votre bonté vous m'avez guidé [pas. 

pendant sept ans entiers dans toutes mes nécessités 
et, maintenant, je vois qu'il vous coûte vingt milh' écus 
pour payer ma rançon à l'idolâtre fâché. 
Donc, je demande, si vous y consentez, 
que nous restions ensemble l'un avec l'autre. 

i3i Je pense qu'il faut lire : e. Ce vers, d'ailleurs, ne riii.e avec aucun 
autre. 

13 



162 BUEZ SANT PATRICE. 

VICTOR 

Qement-se naelqet hwarvezout ma den qer 
760 Eur séparation a so ret da ober 

Qen a vo goude ar Marw pa blijo gant Doue 
Nin neum welo are er gloar demeus an Enf. 

(Victor a dispariss.) 
PATRICE 

Permetet dre ho graç mar be hopolante d) 
Qent ewit separin an eil deus egile 
765 Ma poqin dan daw dorn a neus ma honduet 
Seis blawez en dezert e*p cavet nop hir bred. 

(Victor L'iieum den.) 

iSult.) 

Doue éternel petra ew qemont-man 
Et och cwit digene en nep lech no cwelan 
Ret ew credi penos evoach abeurs Donc 
770 Ewach dent da vodon pam boa nécessite 
Allas siwas breman ne on pelech monet 
Me a ya deneum den da sonjal eun neubet. 

(Cwit.) 



SCENEN DAWZECVET 
Lucifer, yVstarot. 

LUCIFER 

Bonjour compagnonez ari on hwas do cwelct (2) 
Na ved qot soez genech ma beau daleet 
775 Rac bet on o vale dre ol ar paroujou 
En Escopty Treger ep laret sur nep gaw 
Ebien Aslarot a deut oude en pen 
A laqat Patrice dindan da gourhomen. 

ASTAROT 

Qement Diawl a so nen dint qet evitan 
780 Poaniot awalch émeus o clasq dont den tentan 

(1) Nous trouverons cet héniisliche plus loin, acte 111, vv. 213, 5S2. 82k 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 163 

VICTOR 

Cela ne peut se faire, mon cher ami. 
Il faut qu'on se sépare. 

Jusqu'à ce qu'après la mort, s'il plaît à DIlmi. 
nous nous voyions de nouveau clans la gloire du ciel. 

(N'icfor (lispniviît.) 
PATRICE 

Permettez, par votre grâce, si vous le voulez bien, 

avant de séparer Tun de l'autre, 

que je baise les mains qui m'ont guidé 

pendant sept ans dans le désert sans y mnnquer ua instant. 

lA'ictor s'en va.) 
ISuite.j 

Dieu éternel! qu'est ceci? 
Vous m'avez quitté, je ne vous vois en aucun lieu. 
Il faut croire que vous étiez venu de la part de Dieu. 
Vous étiez venu à moi quand j'avais besoin de vous. 
Hélas! malheureusement, maintenant je ne sais où aller. 
Je vais me promener pour réfléchir un peu. 

M part.) 



DOUZIEME SCENE 

Lucifer, Astaroth. 

LUCIFER 

Bonjour, compagnie, je viens encore vous voir. 
Ne soyez pas étonnés si j'ai tant tardé. 
Car j'ai parcouru toutes les paroisses 

de l'évèché de Tréguier, sans dire sûrement aucun mensonge. 
Eh bien, Astaroth, es-tu venu à bout 
de courber Patrice sous ta loi? 

ASTAROTH 

Tous les diables qu'il y a ne sont pas assez forts pour lui. 
J'ai beaucoup peiné en cherchant à le tenter. 

(•2) Cet hémistirhe a une syllabe de trop. Je p<'n.se qu'il faut supprimer 
hicas. 



Ib'i BITEZ SANT TATRICE. 

Bete cas de cafet merhet an Impalaer 
(1) sonjal dre an hent se e cafje e valeur 
Gonvertisset eneus en antier aneze 
Hac laqet niemens da gridin en Doue 
785 Mar chom peloch nemeur da ren war an Douar 
E laqay ahanomp ma mignon en glahar 
Hac e ray émeus awn rac bezout (2) so gantan 
Eun El demeus an Env o sicour anezan. 

LUCIFER 

Parbleur eur potr braw ont pan dew our potr bian 
790 A laqa ahanoui en qement-se a boan 
Ma vijen war e dro me en boa an laqet 
Pel a so a nmzer em rounegou hiiet. 

ASTAROT 

Qement rouet a so en Ifern en antier 
Nen dint qet sufisant men lar dit coz flerier (3) 
795 Da atrapin eun den a ve en graç Doue 
Eneum alnizin rez mar sonjes re en se. 

LUCIFER 

Penos Ilerier map gast breman me ho tisqo 
Da barlant a viqeii en propoch termenio 
Dalet war ho costo coz bougre divorhet 
800 Nep a ra eveldout ne hone qet e voed. 

ASTAROT 

Fors, fors(^^) me lioulen pardon (s) dan amzer dremenet 
Me vezo ajiloch en amzer da donet 
Me a yalo breman dar ger a Toulouze (6) 
Enon me ray ma zol qent donet ahane. 

(1) Supprimez, pour la mesure. 

(2) Cette forme est voulue par la mesure. Partout ailleurs on trouve : 
bout; par exemple, acte I, vv. 45.5, 741, 830. 

(3) Cf., plus haut, V. 183, et la Vie de saint I.aurent, A. Le Braz, Textes 
Bretons im^dits, p. Si. 

(4) « Forz : c'est le cri ou clameur de ceux qui soni maltraités et ne sont 
pas secourus. » Le Pelletier, Dietionnaire de la langue bretonne, 17.52. Ce 
cri est employé, par exemple, par le Maçon, dans le Mystère de sainte 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 165 

J ai même envoyé les filles de l'empereur le trouver, 

pensant que par ce moyen il trouverait son malheur. 

Il les a tout-à-fait converties; 

même il les a décidées à croire en Dieu. 

S'il reste plus longtemps à régner sur la terre 

il nous accablera, mon ami. de douleur; 

et il le fera j'en ai peur 

car il y a avec lui un ange du ciel qui l'aide. 

LUCIFER 

Parbleu! tu es un fier gaillard puisque c'est un petit gars 
qui te donne tant d'embarras. 
Si j'étais à ses trousses je l'aurais pris 
depuis longtemps et embrouillé dans mes filets. 

ASTAROTU 

Tous les filets qu'il y a en enfer en entier 
ne sont pas suffisants, je te le dis, vieux puant, 
pour attraper un homme qui est dans la grâce de Dieu. 
Tu t'abuses, si tu crois beaucoup en cela. 

LUCIFER 

Comment, ])uant. fds de p maintenant je vous appren- 

à parler désormais en termes plus convenables. [drai 

Recevez ceci sur vos côtes, vieux bougre sans scrupule. 
Celui qin fait comme toi ne gagne pas sa nourriture. 

ASTAROTII 

Force! force! Je demande pardon pour le temps passé. 
Je serai plus agile dans le temps à venir. 
J'irai maintenant à la ville de Toulouse; 
là je ferai mon coup avant d'en revenir. 

Ti'NpIiine et le l»()i Ailliur, p. GO: par le .Sergenl, dans la Biiez Louis 
Kuniiis, p. 12: par la Fille, ibid., p. Ci: par les anges tombés et par Adam, 
la Créalion du Monde, vv. 3G'.), IGbi: par le premier noyé, dans le même 
Mystère, manuscrit de Quimper. A. Le Braz, Te.rles Drelons Incdils, p. G: 
par VAzardeur, dans la Vie de saint Laurent, ibid., p. 2G. 

(5) Cet liémisticlie a une syllabe de trop. Lisez : me lioul. 

'G^ L'hémistiche : ??• f/uer a Toulouse est d'una occurrence très fréquente 
dans la Buez Louis Eunius, par exemple, pp. 6, 7. 



16G BUEZ SANT PATKICE. 

LUCIFER 

805 Penos da Toulouze petra ri te erion 

Distouf hwaz da ziw scouar d) a chelew ahanon 
Comandin a ran dit ep aretin neineur 
Monet iiicontinant da dy an Ampereur 
Ewit laret dean donet da diwalan 

810 Rac ewar en esper da rein brezel dean. 

ASTAROT 

Piw a rae brezel da eur chef eveltan 
Nen dedy qet ganet henez war ar Bed-man 
Rac an Impalaer so (2) eun den qen redoutet 
A Sellet e visag na grete den er Bed. 

LUCn^ER 

815 llet buan Aslarot a hweret dean 

En asurans en deus leeh niad da diwalan. 



^l) Lisez : scoaarii. Cf. acte I, v. 040. 



Fin dan thitccl acL 



LA VIE DE SAIXT PATKICK. 167 

LUCIFER 

Pourquoi à Toulouse? Que feras-tu là? 
Débouche encore tes oreilles, et écoute-moi. 
Je te commande sans t'arrêter du tout 
d aller immédiatement au palais de l'empereur 
et de lui dire de prendre garde, 
car on veut lui faire la guerre. 

ASTAROTH 

Qui ferait la guerre à un chef comme lui? 
Il n'est pas encore né celui-là dans ce monde, 
car l'empereur est un honnne si redouté 
que personne au monde n'oserait le regarder en face. 

LUCIFER 

AUo/ proinpt(Mnent. Aslarolh. et dite<-lui 
et assurez-le qu'il y a lieu de se tenir sur ses gardes. 



[2j Lisez, pour la mesure : 'n dcn. 



Fin du deuxième acte. 



1G8 BUEZ SANT PATRICK. 

TRI VET AOT 

PROLOG 

Asistans (D vertuus mar delhet ho silans 
Nin a disqwezo hwas ebars en ho presans 
An clehn evurus deus a Sant Patrice 
Da se ew e tenomp moienant graç Doue. 

5 Ghetuan qwitaet an dezert hac ar hoat 
Hac retorn en franc compagnonez meulabl (2) 
Da cavet e eont ewit e sahidin 
Da houl e asistans da boursuiv e sludi. 

Recevet vo enon gant henor a res[)et 
10 Ha laqet da studian e^^ it bean beleq 
Ma recev an urzo qent pel nenieiir goude 
ivrho ped da admiran jeneroziie. 

Gant qenient a broht e teui da studian 
Ma hadmire e eontr Sant Germen anezan 
15 Ma neum rentaz capal)l en ncubeul a anizer (3) 
Da dougen war e scoa ar bourlet a doctor. 

Goude bout recevet an urzo sacr gantan 
A Ijct graç ha pouar ewit oferennan 
E houlenas conje ous en Escop santel 
20 Da vont da visitan ty an otro Sant Per. 

Acordet vo dean va gant regret bras 
Nen defoa qet a hoant da dont den qwitat liwas 
Mes an humilité deus a Sant Patrice 
A (^) obten digant c eont prontaniant e conje. 

^1) C'est le seul exemple de celte forme dans noliv M.NsltTc: as'ishintct 
se trouve acte II, vv. 11, 17. 120. 141. 

(2) Cet bémisliche se trouve dans le Mystère de sainte Tr.\pliinc et le Hoi 
Arthur, p. 172 : kompagnunez meulabl; ibid.. p. 218 : honipaj noues inculabl. 



LA VIE DE SAIXT l'ATRlCJ:. 169 

TROISIÈ]\IE ACTE 

PROLOGUE 

Vertueuse assistance, si vous gardez votre silence, 
nous montrerons encore en votre présence 
la lin heureuse de saint Patrice. 
Nous nous y engageons, moyennant la grâce de Dieu. 

Le voilà sorti du désert et du bois 
et de retour en France, digne compagnie, 
pour trouver son oncle, afui de le saluer, 

vi pour demander son aide ]Kmr poursuivre ses études. 

Là il sera reçu avec honneur et respect 
(4 se mettra à étudier pour (Mre priMrc 
de sorte qu'il reçoit les ordres peu après. 
Je vous prie d'admirer sa générosité. 

AviH' tant de proiit il étudiera 
que sou oncle, saint Germain, l'admirait, 
et qu'il se rendit capable en peu de temps 
de porter sur l'épaule le bourrelet de docteur. 

Après avoir reçu les ordres sacrés, 
et obtenu la grâce et le pouvoir de dire la messe, 
il tlemanda congé au saint évèque 
pour aller visiter la maison de monsieur saint Pierre. 

On le lui accordera mais à grand regret. 
Son oncle ne voulait pas le quitter encore. 
Mais l'humilité de saint Patrice 
obtient promptement son congé de son oncle. 

(3i Dix-huit ans, selon Muntalban et la version française du Dkiionnaiie 
des légendes. 
(i) A supprimer, pour la mesure. 



170 BUEZ SANT PATRICE. 

25 Chetuan o recev gant joa en e galon 
Digant e eontr qer e venediction 
A ma parti neuze ebars en e veaj 
Ha carget e galon demeus a eur joa vras. 

Jésus eneum disqwe da eun ermit ewrus (D 
30 Eun den santel nieurbet awa hanwet Justus 
liac lavarel dean pa dremeno aze 
Unan hac a vezo e hano Patrice. 

Recevet anezan gant henor a respet 
Rac henez so iwe unan am mignonet (2) 
35 Hac ewit testeni penos en er caran 
Ghetu aman eur walen ac a reet dean. 

An Ermit a distre hac en admiret bras 
Neuze ar vizion eneum disparizas 
Ha ma chom en tro nos ebars en orezon 
40 Gant acto a ofrans hac a contrition (3) 

. En e repu (4) qenta evezo contraignet 
Da antren en eur lojen war gornic eul laneq 
E pehini ewa an Ermit santel-se 
Ohober orezon hac opedi Doue. 

45 Tremen a ra eno eun nosvezic gantan 
Hantro nos ar heure eteu da bartian 
Ho qemeret conje digant an den santel 
reqetin dean ar gloar celestiel. 

Partiel eun neubeut e teu da remerqin 
50 Ty an otro Sant Per ma za war e zawlin 
Ewit trugarecad Jésus hon gwir Salwer 
Rac ma tisparti dean da hep heur pep faveur. 

Antren a (s) ra prontamant eta ebar (6) en Ker 
Ma za di réclamant dan His a Sant Per 

(1) Il faut lire, pour la mesuré : d>un ermit cvurus. Cf., plus loin, v. 92S. 

(2) Cf. : Rac henes sou ynnan dîmes me mionnet. Cognomerus et sainte 
Tréfine, v. 240. 

(3) Ces trois strophes (vv. 2940) sont transposées dans le manuscrit 
après le v. 20. 



LA VJK DE SAIXT PATKICE. i7i 

Le \oilà qui rei^-oil, le cieur en joie, 
kl bénédiction de son cher oncle; 
il part alors en voyage, 
le cœur plein d'une grande joie. 

Jésus se montra à un ermite heureux, 
un honmie très saint qui se nommait Justus, 
en lui disant : « Ouaiid passera par ici 
(pielqu'un du nom de Patrice, 

Rece\ez-le avec honneur et respect, 
car celui-là aussi est un de mes amis, 
et jtour attester combien je laime, 
voici une gaule que vous lui donnerez ». 

L"ermite se tourna plein d"étonnement, 
et alors la vision disparut 
de sorte qu'il resta toute la nuit en oraisons 
faisant des actes d'oiïrande et de contrition. 

Dans son premier refuge il [Patrice] sera contraint 
d'entrer dans une cabane au coin d'une lande 
dans laquelle se trouvait ce saint ermite 
faisant des oraisons et priant Dieu. 

Il passe là" une petite nuitée. 
Le lendemain matin il part, 
prenant congé du saint homme, 
demandant pour lui la ,2-lnire céleste. 

A peine parti il remarque 
la maison de monsieur saint Pierre, et se met à genoux 
pour remercier Jésus, notre vrai sauveur, 
({ui lui départit à toute heure toute espèce de laveurs. 

Il entre donc promptement en ville 
et va directement à l'église de saint Pierre 

i! Sur l'histoire de ce mol. voir la Revue celtique, t. \ 111. p. s.>^, noie 1 

(5) A supprimer, pour la mesure. 

(6) Lisez : ebars. 



172 BUEZ SANT PATRICE. 

55 Ewit e saludin deus a greis e galon 
Hac ober da Jésus eno e orezon. 

Ar Pab en digemen da donet da vetan 
Ewit e confrontin (D ha goulen dioutan 
Ha goulen dioutan hac e a gonsante 
60 Monet da Archescop de vro a de conlre. 

Patrice a gonsant gant Celestin ar Pap 
Oenient a lar dean démens a galon vad 
Ma vezo consacret archescop en (2) hiberni 
Da chasseal an droug a wa ren enny. 

65 Ghetuan fonet ebars en Hiberni 
Da hada al lezen demeus a Jésus Christ 
Ma teui eun infinité da vezan badeet 
En lezen Jésus Christ hon salwer biniget. 

An Inipalaer méchant demeus an hiberny 
70 Hep enor na respet a ya de ataqin 
Ha da houlen outan pe dre otorite 
Ew dean bean deut de vro a de gontre. 

Bete laret dean iwe memeuzamant 
Monet de ataqin ewit e punisan 
75 Eneur laret penos e renqe neum venjin (3) 
Eneum (''^) rentin de lezen a de iniqite. 

Gant eur goler chez (5) en esper e lazan 
Mes Doue a so just ne bermet qet gantan 
Ma teuas eur gurun hac eur foeltr deus an Enf 
80 Hac en savas ous crech hac e brincet hac Ee. 

Ma went eur mis en er criai war boez ar peu (6) 
Ya sur Patrice hones ew ar (7) gwir lezen 
Hoaz deus ar valis pan dint bet relornet 
Pep hini de sqient ezint bet revollet. 

(1) C'est le verbe franrais .. conri'Oiiler » dans le sens de << voir en faee », 
« faire connaissance ». 

(2) Lisez : 'n hiberni. 

(3) Lisez : r enfin. 
(i) Lisez : 'neum. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 173 

pour la saluer du fond de son cœur 
et faire là son oraison à Jésus. 

Le pape lui ordonne de venir le trouver 
pour faire connaissance avec lui et lui demander 
et lui deiuander s'il consentirait 
à aller comme archevêque dans son pays et dans sa contrée. 

Patrice donne son consentement au pape Célestin 
en tout ce qu'il lui dit, de bon cœur; 
de sorte qu'il sera consacré archevêque de rilibernie 
pour extirper le mal qui la minait. 

Le voilà en route pour THibernie 
afin d'y implanter la loi de Jésus-Christ, [baptisées 

si bien qu'une infinité [de personnes] viendront pour y être 
dans la religion de Jésus-Christ, notre sauveur béni. 

Le méchant empereur de rilibernie, 
sans honneur ni respect va l'attaquer 
et lui demander de quelle autorité 
il est venu dans son pays et dans sa contrée. 

Il va même jusqu'à lui dire encore 
qu'il irait l'attaquer pour le punir, 
disant qu'il fallait qu'il se rangeât 
et se rendit à sa loi efc à son iniipiité. 

Avec colère il va dans l'espoir de le tuer, 
mais Dieu qui est juste ne le permet pas, 
si bien qu'il déchaîna sur eux le tonnerre et la foudre du ciel 
qui l'emporta en haut lui et ses princes. 

[tue-tête : 

De sorte qu'ils furent pendant un mois dans les airs criant à 
(( Oui, sûrement, Patrice, la tienne est la vraie religion ». 
Mais leur malice les reprend quand ils sont redescendus, 
revenus chacun à sa connaissance ils se sont révoltés. 

(5) Lisez : e Hi/ez. 

0) Mol à mot : « sur le poids, sur la force de la tête. » On trouvera cette 
phrase, par exemple, dans le Mystère de la Créalion du Monde, v. 1G84. 
(7) Lisez : '/■ gwir. 



n\ BUEZ SANT PATRICE. 

85 A goude qenient-se e re coinandamant (D 
Da daw soudard cruel da douet de tenan 
Pa vije en Ilis prest da olereiian 
Ne van qj ont qet da vont gant pel) subtilité 
Ewit executin ordrenans ar Roue. 

90 Mes Doue ol buisant a (2) glewas ous e beden 
A dewas war plas (3) ar voiirewien inhumen co 
Dre curun a dre foeltr e teu do terassin 
llac en creis an Ifern a janies da les(|in. 

Neuze an den santel a ya en orezon 
95 Hac a consol an ol a wa ol en esion 
Me ho ped emezan rentet graç da Doue 
Rac awn non insulte ne oferenin qet (^) fête. 

Ar sant en eu m resolv da vont dar vallinan (6) 
Mes an El a disqen prest da anipech ontan 
100 Abein^s an otro Doue balamour dar gozny 
Evel eur gwir Pastor eteu da aceptin. 

Santés Brigide c^) a deu hwaz de gavet 
Ewit annons dezan abeurs Salwer ar Bed 
Penos dindan tri de eteu je an Eternel 
105 De laqat en hent deus ar gloar celestiel. 

Ar Sant eneum resolvet (s) gant eur galon joaus 
Da obeisan pront da ordrenans Jésus 
Ilac eneum dispos (9) da (lo) ober e testaniant 
Gant menoar a sqient e ol ententamant. 

110 Dindan an tri de cren Doue aparisas 
Ilac a elly e dorn d^) racial eneum laqaz 



(1) Ce vers, qui d'ailleurs ne rime nvoc aucun nuire, fait cesser la conti- 
nu lié (les quatrains du ])rologue. 

(2) A supprimer, pour la mesure. 

(3) Je suppose que le mot qui manque iej après irar est : ar. 
(A) Cet hémistiche a une syllabe de trop. 

(5) A supprimer, pour la mesure, 

(<J) Le poète veut dire, je crois, Ballina, en irlandais niai an ùUm, « la 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 175 

Alors, après tout cela, il donnait commandement 
à deux cruels soldats de tirer sur lui 
quand il serait dans l'église prêt à dire la messe. 
Ils ne manquèrent pas d'aller avec toute espèce de subtilité 
pour exécuter l'ordre du roi. 

Mais Dieu le tout-puissant entendit sa prière 
et vint sur la place où étaient les bourreaux inhumains; 
au moyen du tonnerre et de la foudres il les terrasse 
et les brûle à jamais au fond dos enfers. 

Alors le saint homme se met en oraison 
et il console tous les gens qui étaient pleins de stupeur. 
« Je vous en prie », tlit-il, u reiKhv. grâces à Dieu. 
De peur d'être insulté, je ne dirai pas la messe aujourd'hui ». 

Le saint homme se résout (rallcr à Ballina, 
mais l'ange descend promptemcnt pour Ten empêcher 
de la part du seigneur à cause de sa vieillesse. 
Gomme un fidèle pasteur il l'accepte. 

Sainte Brigitte vient encore le trouver 
pour lui annoncer de la part du Sauveur du monde 
qu'avant trois jours l'Eternel viendrait 
le conduire dans le chemin de la gloire céleste. 

Le saint se résout d'un cœur joyeux 
ù obéir promptement à l'ordre de Jésus, 
et il se dispose à faire son testament [cultes, 

en toute mémoire et connaissance dans la plénitude de ses fa- 

Quand les trois jours furent passés, Dieu apparut 
et le conduisit par la main et ensuite il le mena 

liouclic (lu fjué », qui est située dans le comté de Mayo où Ion snil que 
Pîiti-ice est allé y prêcher l'évangile. 

(7) Ce vers est trop court d'une syllabi». Peul-être faut-il lii-e : Mrs sanlcs 
Bviffidc. 

(8) Usez, comme au vers 98: Ar sonl encvm rcsolv. 
(0) Lisez : disposas. 

l'ÏO) A supprimer, pour la mesure. 
!lij Cf., plus haut, acte II, v. 38. 



170 BUEZ SANT rATRICE. 

War vordic eur havarn a vezo preparet 
Abalamour dean ezew privilejiet. 

Neuze eteu dar ger ewit ^i) pront qiniadin (2) 
115 Dar vro de vignonet a deu de gondiiin 
Gant peb solanite da antren er haverii 
A liane e rent a vue don Roue Souveren. 

Patrice dre douster gracius a respont 
Non» pas dre outrajin na comso divergont 
120 Ncmert dre eun douster hac eun humilité 
Ne barlantas bepret deus a lezen Doue. 

Ma Doue a disqen da qerhad e ine 
Hac en casso gantan dar joaio dan Env 
Da jouisan ar gloar so dean preparet 
125 Graç dimp compagnonez da vonet de welet. 

Gompagnonez dévot qenient a so presant 
Me bedo ma Jésus da rein dach pea niant 
Demeus a ho amzer oheus bel abuzet (3) 
Da donet deus ar ger dar plas-man don gwelet. 

130 Eur vue pehini a so composet mad 

Mes me enew penos nen dew ([et hwaz don grat 
Enfot ne neus enny farso divertissant ('i) 
Gant ar sort se ho pe niui a contanlamant. 



Fin dar P roi oc. 



(1) Lisez, pour la mesure : 'wîl. 

(2) Pour qimiad'm, cf. a^. 313, 425, 'J'iT, o\ la Ucrur cpIIkiiic, I. X\l\' 
p. 433. 

(3) Cf. : Ni ou tnic/airica, el ma homh ohlificl. 

Ilou poud lardet amen avcU hiin clirleiiet. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 177 

sur le bord d'une caverne qni sera préparée; 
à cause de lui elle demeure privilégiée. 

Alors il retourne à la ville promptement pour dire adieu 
à son pays et à ses amis qui raccompagnent 
avec toute solennité jusqu'à l'entrée de la caverne; 
là, il rend son âme au roi souverain. 

Patrice répond gracieusement et avec douceur, 
non par outrage ou par paroles injurieuses; 
ce n'était jamais qu'avec douceur et huinililé 
qu'il enseignait la loi de Dieu. 

Alors Dieu descend chercher son ùme 
et il l'amènera avec lui dans les joies du ciel 
jouir de la gloire qui lui a été préparée. 
Puissions-nous, compagnie, aller l'y voir! 

Compagnie dévote, tous tant que vous êtes ici, 
je prierai mon Jésus de vous donner paiement 
pour le temps que vous avez perdu 
en venant de chez vous à cet endroit voir 

une Vie qui est bien composée, 
mais je reconnais qu'elle n'est pas encore à notre gré, 
parce qu'il n'y a pas en elle de farces divertissantes 
desquelles vous auriez eu plus de contentement. 



Fin (lit proJogur. 



<< Nous vous remercions con^me nous y sommes obligés, pour avoir 
tardé à nous écouter. » La Tragédie de saint Alexis, J. Lotli, ChrcstoinaUùr 
Bretonne, p. 360. 

(il Cf. l'excuse du premier Prologue dans le Mystère de saini Crépin et 
de saint Crépinien, Revue celtique, t. XXV, p. 3(j8. 

14 



J78 liUEZ SANÏ PATIMCT^.. 

TRIVET ACT 

KENTÂ SCENEN 
PiVTRICR e Unnn war e zawlin. 

llo maclolcz so bras ina Doue, ma lirouor 
135 Bep heur a bep momct ewit ho scrvijer 
Ma clilivret oheus dcus a captivité 
An idolatr méchant gant unan o helc 
Ha couls goude ezon bepret indiferant 
En andret ma Doue a so ol buisant 
l'iO Mes en amzer da dont moyenant e graço 
Me reglo ma bue coniorm delezeno 
Ret ew din mont en Irans eun neubet da disci'in 
Pe war condision gwelan e servijin 
Ma eont émeus sonj mar gallan e gafet 
1 ij a Trcto ahanon gant henor a respet 
Me a ya de gafet ewit e saludin 
A da gontan dean petra ew ma dessein, 

DIWET SCENEN 

Patrice, ar Viqer. 

PATRICE 

Me rent ar salad dech gant henor ha respet 
Cals a joa a ra din ho pezan rancontret 
i50 Mar permelet gène émeus dezir a hwant 
Da laret dech otro eun darn am Saniimant. 

AR VIQER 

Ma mab a wir galon me ra consantamant 
Dach herve lio tezir da donet da barlant 
A(i) mar dedy em pouer donet do soulajin 
155 Prest on de ober dech ho comzou a bHj din 
Nemert ma seblant din ezocli eun estranjer 
Rac se teulet ewez pelecli }:»ale en Ker 
Rac na vech qemeret ewit baleantour. 
Ha laqet prisonier evel eun espiour. 

;i) A siippiimcr, pour la mesure. 



LA VIE DE SATXT PATRICE. lîO 

TROISIÈME ACTE 

PRE^riÈPvE SCÈNE 

PATHIC.B ^pul, à sv-n-'iix. 

Votre bonté est grande, mon Dieu, mon créateur, 
ù toute heure et à tout moment à l'égard de votre serviteur. 
Vous m'avez délivré de la captivité 
de l'idolâtre méchant par un de vos anges 
et cependant je suis toujours indilTérent 
à l'endroit de mon Dieu qui est tout puissant. 
Mais, à l'avenir, moyennant ses grâces, 
je réglerai ma vie conformément à ses lois. 
11 faut que j'aille en France quelque temps pour apprendre . 
dans quelles conditions je le servirai le mieux. 
. Mon oncle, je pense, si je puis le trouver, 
me traitera avec honneur et respect. 
Je vais le trouver pour le saluer 
et lui faire part de mon dessein. 



DEUXIEME SCENE 

Patrie*^ lo Nicairc. 
PATRICE 

Je vous salue avec honneur et respect. 
J'ai grande joie de vous avoir rencontré. 
Si vous me le permettez, je désire et j'ai envie. 
Monsieur, de vous parler un peu de mon sentiment. 

LE VICAIRE 

Mon fds, de bon cœur je vous autorise 
à parler selon votre désir. 
Et, s'il est à mon pouvoir de vous soulager, 
je suis prêt à le faire. Vos paroles me plaisent. 
Mais, il me semble que vous êtes un étranger. 
Donc, faites attention où vous vous promenez dans la ville 
de peur que vous ne soyez pris comme rôdeur 
et fait prisonnier comme espion. 



180 BUEZ SANT PATRICE. 

PATRICE 

160 Autro mar permetet ne a espliqo dech 
Ma bro ma nation d), piw on na pe a lech 
Me so a hiberny ewit (2) rentin dech rezon 
Savet a galite mar deus re er hanton 
Mes manet on minor deus abeurs mam ha lad 

165 Hac émeus eun eont so er Ker-mâ Prélat. 

AR VIQER 

Awalch oheus laret mar dew Prélat hon Ker 

Ho car en peb moien pan dew deus ho cartier 

Eveet recevet gant joa ha carante 

Gant ar vro en antier ha tud a galite 

170 War se chomet aze a me yal de cafet 

Me gred eteziro donet prest do cafet. 

(Patrice a chom en eur pen, ar Viqer a ha d'ar pen al hac a 
SCO war dor cabinet an Escop en eur Laret teir gweizj : 

Otro ar Prelad m'ho ped gant ho permission 
Sortiet eun neubeut da clewet ma rezon 0). 

(ar Prelal a sorti.) 
AR PRELAT 

Ebien otro Viqer chetu ho servijer 
175 Petra so (^) da gonferin a nevez bars en Ker. 

AR VIQER 

Ma Prélat vertu us mar permetet gène 
Me ia da laret dech eur lielo a newe (5) 
Unan a hiberny so em zy antreet 
Hac en deus ma fedet da donet do cafet 
180 Mar en deus laret din cwa a ho canton 
Ha sortizct memeus demeus ho nation 
He dezir a so bras mar deut den permetin 
Da cafet an henor da dont do saludin. 

AN ESCOP 

Pe geit so a amzer a pan dew antreet 
185 Loret dean avans prontnmnnt dam cafet 

fl) Voir la note au v. G47 du II" acte. 

(2) Lisez, pour la mesure : huit. 

(3) Cet héiuisiiche se trouve, par exemple. Sainte Trypliine et le Hoi 
Arthur, p. 52. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 181 

PATRICE 

Seigneur, si vous le permettez, je vous expliquerai 
mon pays, ma nation, qui je suis et d'où je viens. 
Je suis de l'Hibernie, pour vous rendre raison; 
né d'une famille de qualité, s'il y en a dans le canton; 
mais je suis resté orphelin de père et de mère, 
et j'ai un oncle qui est prélat dans cette ville. 

LE VICAUiE 

Vous avez assez parlé. S'il est prélat de notre ville 

il vous aime de toute sa force puisqu'il est de votre quartier. 

Vous serez reçu avec joie et affection 

par le pays en entier et par les gens de qualité. 

Sur ce, restez ici, et j'irai le trouver; 

je crois qu'il désirera venir promijtement vous trouver. 

(Patrice se tient à un bout Je \icaiic va à l'autre et il frappe à 
la porte du cabinet de l'Evêque en disant trois fois) : 

Monsieur le prélat, je vous prie, avec votre permission, 
sortez un peu afin d'entendre ma raison. 

(I.e Prélat sort.) 
LE PRÉLAT 

Eh bien, monsieur le vicaire, voici votre serviteur; [férer? 
qu'y a-t-il de nouveau dans la ville sur quoi nous ayons à cou- 
le VICAIRE 

Mon prélat vertueux, si vous me le permettez, 
je vais vous apprendre une nouvelle. 
Quelqu'un de l'Hibernie est entré dans ma maison, 
et il m'a t)rié de venir vous Irouvcr. 
11 m'a dit qu'il était de votre canton 
et même issu de votre nation. 
Son désir est grand ({ue vous lui permettiez 
d'avoir l'honneur de venir vous saluer. 

l'évêque 

Quand est-il arrivé et depuis combien de temps? 
Dites-lui de venir promptement me trouver. 

(4) A supprimer, pour la mesure. 

(5) Nous avons déjà rencontré cet hémistiche, acte I, v. 312. 



182 13UKZ SANT PATRICK. 

Ile (1) pli je dan Eternel cve Patrice ve 

Eur map dam hoar enan a dam breur Timandre. 

AR VIQER da Patrice. 

Avanset dcn yawanq ar Prélat liu goulen 
Dont prcst de cafet rac en a gourhemen. 

PATRICE 

190 Me ia olro Viqcr pa deut da gourhemen (2). 

(Pa ari) : 
Bonjour olro ar Prélat pan dew ho polante 
Ma permetin da goms ha donet ho pete 
Pel so em boa desein da dont da temoegnin 
Dach ma eontr ar respet birwiqen a dougin. 

AN ESCOP 

195 Gant eur joa vras (3) em halon e touan sur hiric 
Do recev em pales gant pep civilité 
Aies hwaz ezon doaniet qen ho po laret din 
Penos ezon heont, m'ho ped expliqet din. 

PATRICE 

Autro nen deAv qet gwir penos ohwar enan 
200 A wa en hiberny dimezet da unan 
Ilac awa e hano an Autro Timandre 
Me so mab Icgiiim dan eil a degilc. 

AN ESCOP 

O Doue ma niz bian Tostaet dam hichen 
Ew'it m'ho hambrasin aman breman souden 
205 Hwi ew asuramant an hini ani boa hoant 
Do cafet cju qiclien m'ho ped asuramant 
Geneme ma niz coant c renqet chom breman 
A qeit a ma vin bew me deui do corijan. 

PATRICE 

Ilo trugarc ma eont deus ur hraç a ret din 
210 Doue do recompansohac ar Werhes Vari 

(1) A omettre. 

(2) Ces trois vers (188-190) rimeni entre eux. Des deux lignes 189 et 190, 
l'une est de trop. 



LA VIE DE SATXT TATEICE. 183 

Qu'il plaise à rEterncl que ce soit Patrice, 

un fils de ma sœur aînée et de mon frère Timandrc. 

LE VICAIlîE à Paliice. 

Approchez, jeune homme, le prélat vous demande; 
venez promptement le trouver car il l'ordonne. 

PATRICE 

J'y vais, seigneur vicaire, puisqu'il le commande. 

Quand il iin-ive' : 
Bonjour, seigneur prélat, puisque c'est votre volonté 
de me permettre de parler et de venir jusqu'à vous; [gner, 
il y a longtemps que j'avais le dessein de venir vous témoi- 
à vous mon oncle, le respect que je vous porterai à jamais. 

l'évêque 

Le cœur rempli de joie je veux sûrement 
vous recevoir aujourd'hui dans mon palais en toule cordialité. 
Mais, encore suis-je anxieux jusqu'à ce que vous ayez dit 
comment je suis votre oncle. Je vous prie, expliquez-moi cela. 

PATRICE 

Seigneur, n'est-il pas vrai que votre sœur aînée 
s'était mariée dans l'Hibernie à quelqu'un 
qui portait le nom de seigneur Timandrc? 
Je suis fils légitime de l'un et de l'autre. 

l'évêque 

Dieu, mon petit neveu. Approchez-vous de moi 
pour que je vous embrasse maintenant sans délai. 
Vous êtes sûrement celui que je désirais 
avoir près de moi. Je \ous en prie avec insistance 
mon joli neveu; il Tant rester dorénavant avec moi. 
et aussi longtemps que je vivrai je vous surveillerai. 

PATRICE 

Je vous remercie, mon oncle, de la grâce que vous me laites. 
Dieu vous récompense et la Vierge Marie! 

;J Cu mol csl do Irup, pour lu mesure. 



18 i ETIEZ SANT PATRICE. 

Me laqay ma foan da studian bepret 
lia bout obeisant dar pes a leveret 
Studian ain bc hoant mar be hopolante 
Ewit bean beleq mar beri galwet da se. 

AN ESCOP 

215 Ma niz me a bromet démens a wir galon 
Na espergnin netra ewit (i) ho éducation 
Demeus ma ol vada hac iwe ma fouer 
M' ho laqay mar qeret da vezan chevalier 
P'otramant (2) mar oheus desein da studian 

220 Me ho recomando dar Viqer a (3) so aman 
Henez a (3) so bachelier en Teology (^) 
Hac a vo ho rejant certen balamour din. 

PATRICE 

Oblijet bras on dach ma Eont m'ho supli 
Mar boe biscwas en andret nep crouadur 
225 Dan otro ar Viqer me vo obeisant 
Mar be e vadelez (5) bean dime Rejant. 

AN ESCOP 

M' ho ped otro ar Viqer de gas genach do ty 
A da gafet ar soegn da dont de instruin 
War al latin pen deus hoant da vean Beleq 
230 Ret vo poania gantan pen deveus souetet 
Ho servi jer otro me yelo awejo 
Da houzout ma niz bian a me a brofito. 

AR VIQER 

Ho servijer ma frelat (6) ma ol boan a liqin 
Pa welan oheus hwant da (?) dont de neum instruin 
235 Joa vras so em halon do pezan rancontret («) 
Aboe an heur qenta e plijet dam speret 
Dent gène eta dam zy a dam hamb asamblez 
A (9) breman souden valant m'ho laqay da gomans. 

fl) Lisez : 'wit. 

(2) Voir, plus haut, la note au v. GSi- du II» acie. 

(3) A supprimer, pour la mesure. 

(4) La mesure voudrait sans doute : '}>ars en. 

(5) Cet hémistiche se trouve plus haut, acte I, v. 807. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 185 

Je m'efforcerai détudier toujours 
et d'être obéissant à ce que vous ordonnerez. 
Je désirais étudier, si c'était votre volonté, 
afln d'être prêtre, si j'étais appelé à le devenir. 

l'évêque 

Mon neveu, je vous promets de tout mon cœur 
que je n'épargnerai rien pour votre éducation, 
de tous mes biens et de tout mon pouvoir, 
je vous ferai, si vous le voulez, devenir chevalier, 
ou bien, si vous avez le dessein d'étudier, 
je vous recommanderai au vicaire que voici. 
Celui-là est bachelier en théologie 
et il sera votre régent certainement pour Taniour de moi. 

PATRICE r^ i 1 , ' 

[dément oblige. 
Je vous supplie, mon oncle, de croire que je vous suis gran- 
plus que je ne le fus jamais envers aucune créature. 
A monsieur le vicaire je serai obéissant 
s'il a la bonté d'être mon régent. 

l'évêque 

Je vous prie, monsieur le vicaire, de l'amener chez vous 
et d'avoir soin de l'instruire 
dans le latin puisqu'il désire être prêtre. 
Il faudra prendre de la peine pour lui puisqu'il l'a désiré. 
Votre serviteur, monsieur, j'irai de temps en temps 
savoir si mon petit neveu fait des progrès. 

le vicaire 

Votre serviteur, mon prélat, j'y mettrai toute ma peine 
puisque je vois que vous désirez le faire instruire. 
Mon cœur est dans une grande joie de vous avoir rencontré. 
Vous plaisez à mon esprit dès la première heure. 
Allons donc ensemble chez moi dans ma chambre. 
Et maintenant sans délai je vous ferai commencer. 

(ii] Cet lieinisticlie a une syllabe de trop. 
i7i Suppi-imez ce mot, pour lu mesure. 
[S) Cet hémistiche se trouve plus haul, v. Ii7. 
(9) A supprimer, pour la mesure. 



18(J «UKZ SAXT IWTRICE. 

SCENEN TEIRVET 
Ar Viqer, Patrice. 

AR VIQER 

Orsa \yd ohcus hoant da obcr ho study 
2\i) Me ya da obcr dech theiiio da gomans coiuposiii (D 
Avanset och erfat pan doch er Recioriq 
Expliqa a ret erfat compozin a ret manifiq (2). 

PATRICE 

Ma rejant me bromet nioienant graç Doue 
Hac a obeiso dech dre eiir gwir volante 
2i5 Me a ya da gomans ma them a ma hentel 
En hano an Tad, ar INIab hac ar Speret santel. 
(ober a ra cun them hac e lavar) : 

Ghetu aman eun them hac e so do souhet 
Ar henta vezo gwel gant graç Doue bepret. 

AR VIQER 

Eun neubet e hellet donet de gorijan 
250 Mes se ne ra netra Lestan a groet heman 
A teulet ewez mad ar peder reglen gentaii (3) 
A so ar pewar mempr hac an dificilan. 
(ober ara hwaz eun thcni.) 

PATRICE 

Ewit Cl) heman so groet mad pe me a so tromi)let 
Me ya den disqwe dech da bout petra leret. 

AR VIQER 

255 Anhii ewit heman a so cxelant bras 
Qeit a ma ret vellen ve true e pawesach 
Dent a (5) nin yelo gante do disqwe dar Prélat 
Me gred ho po urzo mar doch ari en noad. 

li.i Un j)eul sr (ifiiiaudcr s'il n'y u })lIS une ci'rciir de leehirc .lo fui].i<'clurij 
faute de mieux : ^tc ya uber thcmo da gomans courposin. 

(2) Cet hémisticlie a deux sylkibes de trop. Je pense que les mots a rel 
sont à supprimer, pour la mesure. 



LA VIE DE SAIXT TATlvRE. 187 

TROISIÈME SCÈNE 

Le Nicuii-e, Patrice. 

LE VICAIRE 

Or (.-à, puisque vous désirez faire vos études, 
je vais faire des thèmes pour commencer la composition. 
Vous êtes bien avancé, puisque vous êtes en rtiétorique. 
\'ous expliquez bien, vous composez magiiillquement. 

PATRICE 

Mon régent, je promets, moyennant la grâce de Dieu, 
que je vous obéirai de toute ma volonté. 
Je vais commencer mon thème et ma leçon, 
au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. 

Il fuit un llièiuo et dit; : 

Voici un thème, est-ce qu'il est à votre souhait? 

Le suivant sera meilleur, luujours par la grâce de Dieu. 

LE VICAIRE 

Veuillez le corriger un peu. 
Mais cela ne tire pas à conséquence. Laissez-le et composez 
et faites bien attention aux quatre premières règles [celui-ci 
qui sont les quatre membres les plus dilïiciles. 

(11 fait un autre Uiùnie.l 

PATRICE 

<Juant à celui-ci, il est bien fait, ou je suis bien trompé. 
Je \ais vous le montrer pour savoir ce que vous en direz. 

LE VICAIRE 

Eiifln. quant ù celui-ci, il est vraiment excelhMit. 
Aussi longtemps que vous ferez comme cela ce serait pitié de 
^'enez, nous irons les montrer au prélat, [vous voir discontinuer. 
Je pense que vous aurez les ordres si vous êtes en âge. 

'oî Cet liéiiiislielie a une sylkibe de trop. 

(1) Lisez : 'wlt. 

Ç)) A supprimer, pour la mesure. 



188 liUEZ SANT PATRICE. 

SC£NEN PEDERVET 
An Escop, ar \ iqer, Patrice. 

AR VIQER 

Ma Irelat chetu (D aman Thciiio ho iiiz bian 
2(30 Exelant en cafan otont da studian 

Gapabl ew men toue da vont dar Mision 
Ewit ar Rethoriq a war en pep feson. 

AN ESCOP 

Oi'sa eta ma niz ret ew din gouf ({en la 
A hwi a so eontant da qwitat ar Bed-man 
2(55 Rac ar caracter-man na el bout recevet 
Nemert gant eur gwir fe ha Garante parfet 
An Tad santel ar Pab ewit e ol pouer 
Na el qet memeus (2) terri ar haracter. 

PATRICE 

Ya certenamant moyenant graç Doue 
270 Me qwitay ar Bed-man hac e mondanité. 

AN ESCOP 

A hwi promet iwe demeus a galon vad 
Qwitat ar grandeurio, ar Bed hac an ébat 
En amzer da donet de neum antretenin 
Gant gwir dévotion gant Jésus ha Mary. 

PATRICE 

Ya. 

AN ESCOP 

275 A liwi bromet iwe neum aqwitan beuide 
Demeus ho brevier gant eur gwir volante (3) 
Rac mar groeach refus a observin parfet 
Na ve qet ohafer nullamant bout Beleq 
Na dleet qet iwe tachan ho consians 

280 Gant nep avaristed na gant nep sort ofans 
Rac nep a administr ar sacramant bemde 

(1) Lisez : cheV aman. 

[2) L'héniisticlie est trop court d'une syllabe. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 189 

QUATRIÈME SCÈNE 
L'Evoque, le \'irnirc', Palrice. 

LE VICAIRE 

Mon prélat, voici des thèmes de votre petit neveu. 
Je le trouve excellent pour quelqu'un qui conniience ses 
Il est capable, je le jure, d'aller à la mission. [études. 

Quant à la rhétorique, il la sait à fond. 

l'évêqle 

Or çà, mon neveu, il faut que je sache en premier lieu 
si vous êtes content de quitter ce monde. 
Car ce caractère ne peut être re(;u 
qu'avec une vraie foi et un amour parfait. 
Le saint père, le pape, malgré son pouvoir souverain 
ne peut môme pas rompre ce caractère. 

PATRICE 

Oui, certainement, moyennant la grâce de Dieu, 
je quitterai le monde et sa mondanité. 

l'évêque 

Et vous promettez aussi de bon cœur 
de quitter les grandeurs, le monde et les ébats 
et de vous entretenir à Tavenir 
en vraie dévotion avec Jésus et Marie? 

PATRICE 

Oui. 

l'évêque 

Promettez-vous aussi de vous acquitter toujours 
de votre bréviaire de toute votre volonté? 
Car si vous refusiez de l'observer parfaitement 
ce ne serait nullement votre affaire d'être prêtre. 
Vous ne devez pas non plus souiller votre conscience 
d'aucune avarice ni d'aucune sorte d'offense. 
Parce que celui qui administre le sacrement chaque jour 

l3i Cf. acte H, v. G82, el acte III, v. -2;i. 



190 BUEZ SAXT PATRICK. 

i\a dlc cafet ncp soegn nemert a qement-se 

llwaz reiiqet iwe cavet ar charité 

Da (1) visitai! an dut clanw en ho necesite 

285 Ha disqwe exempt vad dre ho instruction 
Dar bobl en gênerai démens a wir galon 
lïac instruin ar bobl demeus ar gwir lezen 
Da se omp oblijet entreomp Beleien 
Kwit eneuni laqat en carante Doue 

290 Dach cw respont a hwi a rayo qement-se. 

PATRICE 

Aloienant asistans auteur ar puisanso 
llac ar Werhes Vari me a acompliso 
Oement oheus larct dre gwir afectioji ('^) 
llac a houlen bremaii ho penediction. 

AN ESCOP 

295 Ma bénédiction hac hini an Drindet 
Breman a roan dech po heussi goulennet 
Me reqet ar hraç dech a ajissan bemde 
Evel eur gwir pastor en carante Doue 
Breman er mission e reet ho retret 

300 A pa rin an urzo e veet beleget 

Qemeret an abit herve an urs oheus bel (3) 
Dre vénération (^^) émeus bet dech roet. 



SCENEN PEMPVET 
Patrice, ar Viqer, an Escop. 

AN ESCOP 

Perseverin a ret ma niz en (5) ho vocasion 
An draze a (6) so patant ingravet en ho calon 
305 Rac se et dan dawlhi ma conferin dech (7) 
An urzou en antier deus ar velegniech. 

fronrorin a ra donn nn iirzn.) 

(1) A supprimor, pour la mesure. 

(2) Cf. acte I, v. BU. 

(3) Lisez : llov' nn iirs liocli tnisi hrl, c'esl-;Vflire le diaeonat ou un aul^o 
des ordres mineurs. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 191 

ne doit penser qu'à son sacerdoce. 

De plus vous devez aussi avoir la charité 

de faire des visites aux gens malades dans leurs nécessités 

et de montrer le bon exemple par votre instruction 

au peuple en général de tout votre cnnn^ 

et instruire le peuple de la vraie foi. 

A cela nous sonnnes obligés entre nous prêtres 

pour nous conserver dans Tamour de Dieu. 

C'est à vous de répondre si vous ferez tout celn. 

PATRICE 

Moyennant l'assistance de rauleur des puissances 
et de la vierge Marie, j'accomplirai 
tout ce que vous avez dit avec une vraie affection. 
VA maintenant je demande votre bénédiction. 

l'évêque 

Ma bénédiction et celle de la Trinité 
je vous les donne maintenant puisque vous les avez deman- 
Je prie que vous ayez la grâce d'agir chaque jour [dées. 

en vrai pasteur dans l'amour de Dieu. 
Maintenant, vous ferez votre retraite dans la Mission, 
et quand je donnerai les ordres vous serez consacré prêtre. 
Prenez l'habit selon Tordre que vous avez reçu 
et que je vous ai conféré par ma bénédiction. 



CINQUIEME SCENE 

Patrice, le Vicaire, l'Evêque. 

l'évêque 

\'ous persévérez, mon neveu, dans votre vocation; 
cela est visiblement gravé dans votre cœur. 
Donc, à genoux, que je vous confère 
en entier les ordres de la prêtrise. 

(Il lui confère les ordres.) 

il Je conjecture qiril faudrait lire: rïrc mn bcnrdicHon; cf. plus loin, v. 5W. 
'.")) Lisez : il ho. 

(0) A supprimer, pour la mesure. 

'?) Cet hémistiche est trop court d'une syllabe, .le suppose que le mot 
qui manque avant ma est rac. 



192 BUEZ SANT PATRICE. 

(Suil./ 
Brenian e caiiomp (D ar Veni Creator (2). 
J^]\vit rentin graço breman don Redeiiiptor 
llwi otro ar Viqer da gomans a bedaii 
olO A iijii ol asamblez a deui do basistnii (^). 

PATRICE 

Breman ma eont i'^) gant ho permission (5) 
E houlan digenech demeus a wir galon 
Ma conje mar dew poent da qemeret qiniat (6) 
Birwiqen C?) nam be ar voien da don et do qwitaat 
ni5 Ezon pel so clasq ohambrasin (s) 

Birwiqen na oufen dont do recompansin 
Ty an Otro Sant Per hac ar plasou sant(4 
A renqan da welet eur veaj qent merwel. 

AR VIQER (an Escop)(9). 

Ho tesein ma niz coant a so da vont meidet 
320 Mes ne oufemp james separin ep regret 
Dious nep a garan gant henor a respet 
Hac a so e vertu em halon ingravet (i<^). 

PATRICE 

Ma eont abeurs Jésus me deu do convian 
Da rein din bref a bref ar pez a deziran 

325 Rac mar dew qistion da vonet dre ar vro 
He renqen exeat partout dre ar broio 
Mes pan dew qistion do qwitad ma otro 
Ewarwo ma halon war ar plas gant daero 
Mes evel ma zomp ol deu s a deved Jésus 

330 E tleomp bizitan an templo precius 
Qement se a ra din qemeret ma conje 
Digenech ma eont qer mar permetet gène. 

(1) Il manque ici une sjilabe. Peut-ôti'e faul-il lire : demp hrcmnn e 
canomp, ou : Breman -ta e canomp. 
[2] Nous avons déjà rencontré cet hénii.sticlu>, acte I, v. 38. 

(3) Cf. acte I, v. 41. 

(4) Lisez, pour la mesure : breman ma eonl. qer. 

(5) Cf., plus haut, V. 172. 

'li) \'oir lu note au vers 114 de cet acte. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 193 

(Suite.) 
Maintenant nous chanterons le Veni Creator 
pour rendre grâces en ce moment à notre rédempteur. 
A vous, monsieur le vicaire, de commencer ii prier 
et nous tous ensemble viendrons vous accompagner. 

PATRICE 

Maintenant, mon oncle, avec votre permission, 
je vous demande de vrai cœur 

mon congé, puisque le moment est venu de nous dire adieu. 
Jamais je n'aurai la force de vous quitter. 
11 y a longtemps que je cherche l'occasion de vous embrasser. 
Jamais je ne pourrai vous récompenser. 
La maison de monsieur saint Pierre et les places saintes 
je dois voir une fois avant de mourir. 

l'évêque 

Votre dessein, mon joli neveu, est à louer. 
Mais nous ne saurions jamais nous séparer sans regret 
de celui que j'aime avec honneur et respect 
dont la vertu est gravée dans mon cœur. 

PATRICE 

Mon oncle, de la part de Jésus je vous convie 
à me donner à bref délai ce que je désire. 
Car s'il est question d'aller à travers le pays, 
il me faudrait un cxeat pour aller partout à travers les pays. 
Mais, au moment de vous quitter, mon seigneur, 
mon cœur mourra sur la place à force de pleurer. 
Mais, comme nous sommes tous des brebis de Jésus, 
nous devons visiter les temples précieux. 
C'est cela qui me fait prendre congé 
de vous, mon cher oncle, si vous me le permet (ez. 

(7) Lisez, pour la mesure : bikenn. 

(S) Cet hémistiche est liop court cVune syllabe. Lisez piobalilomcnt : da 
dont hocli ambrasin. 

(*.)) Le manuscrit avait porté : Ar \'(qcr, qu'une main plus récente a 
corrigé en An Escop. 

(10) Cf., plus haut, V. 304. 

15 



194 BUEZ SANT PATEICE. 

AN ESCOP 

Ho conje ma niz coant nen dedi qet gène 
Re santel ho cafan do refiizin a se 
335 Doue do hispiro da ober ar gwellan 
retorn me ho ped da donet dre aman. 

PATRICE 

Mil bénédiction ma eont a pedan 
Dech qeit a ma vin (D corten war ar Bed-man 
Me a houlen iwe war ar memeus reqet 
340 llo craso mad otaw gène mar permetet. 

AR VIQER 

Ma adieu Patrice Doue do conduo 
Ha gwir prospérité genech hwi a chomo. 

PATRICE 

Ne allai! qet parlant ar prezeq a vanq din (2) 
Pa welan ma eont evel-se o teplorin 
345 Esperet ma eont gant graç an Eternel 

Em bo ar graç do cwelet (3) ebars en ber amzor ^■') 
Adieu a laran dech pan dew ret partian 
Qen a vezo an distro ar gwelet qenta^^). 

(Poqat a ra do daw dorn; cwit ol.) 

SCENEN HWECHVET 

JUSTUS, Ermit en a hermitaj war e zawlin. 

Jésus ma gwir otro me a so prosternet 
350 Dirac lio majesté ma Sahver biniget (6) 
Da ober ma feden hac iwe orezon 
Pehini a rin dech demeus a wir galon. 

(Jcsus a deu en form dan El Gnbriel)(7). 

JESUS 

Justus ma gwir vignon avanset deut aman 
Deut on abeurs Doue hirie do pisitan 

(1) Le mot qui manque doit être : beir. Cf., plus linul, acte II. v. 310, etc. 

(2) Cf., plus loin, V. 924. 

(.S) LMiémisliclie a une syllabe de trop. 
(4) Col hémistiche se trouve acte II, v. 78. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 195 

L'ÉVÊQUE 

Votre congé, mon beau neveu, c'est à vous de le prendre. 
Je vous trouve trop saint pour vous le refuser. 
Dieu vous inspire de faire pour le mieux. 
Au retour, je vous prie de passer par ici. 

PATRICE 

Mille bénédictions, mon oncle, j'appelle 
sur vous certainement tant que je serai en ce monde. 
Je vous demande aussi par la môme requête 
vos bonnes grâces à tous deux, si vous le permettez. 

LE VICAIRE 

Eh bien, adieu, Patrice, Dieu vous conduise 
et que la parfaite prospérité soit avec vous! 

PATRICE 

Je ne puis parler; la parole me manque 
quand je vois mon oncle pleurant de la sorte. 
Espérez, mon oncle, qu'avec la grâce de l'Eternel 
j'aurai la faveur de vous revoir dans peu de temps. 
Adieu, vous dis-je, puisqu'il faut partir. 
Jusqu'au moment du retour et de notre prochaine entrevue. 
(Il leur baise les mains; tous s'en vont.) 

SIXIÈME SCÈNE 

(JUSTUS l'ermite dans son ermitage, à genoux.) 

Jésus, mon bon seigneur, je suis prosterné 
devant votre majesté, mon sauveur béni, 
pour faire ma prière et aussi mon oraison 
lesquelles je vous ferai de tout cœur. 

(Jésus \ient sous la forme de Fange Gahiioj.) 

JÉSUS 

Justus, mon vrai ami, avancez, venez ici. [visite, 

Je suis venu aujourd'hui de la part de Dieu vous faire une 

(5) Il faut, je pense, rétablir, pour la mesure : Qen a ro an cUstro, qnn 
a va ar c'henta. 
16) Ce vers se trouve plus loin, v. 579. 
r,] La Rcvîte de firctnfjne et de Vendée, 1. c, porte : Jesu nrl Cnhricl. 



196 BUEZ SAXT PATRICE. 

355 Da Iro trugareqat deus ar servij a ret 

Da Grouer ar Becl-man, Tad an ol Erniitet 
Kwit lavaret dcch e ireineno aze 
Dnaii e vignonet so lianwct Patrice d) 
Digemeret anezan (2) gaiU henor a rcspct 

300 Rac henez so iwe iinan e vignonet 
llac ewit testeny penos en er caran 
Chetu aman eur walen hac a reet dean (3) 
A hwi ma gwir vignon perseveret bepret 
En carante Jésus non bezo qen er Bed. 

(Jésus a disparis.) 
JUSTUS 

365 Ô Doue imortel (^) bras ew ho madelez 

Donet dam bizitan ha me eur peher qez 

Birwiqen ne allan ancouat ar graço 

iVmeus bet diganech ma Jésus, ma otro. 

(Patrice a antre hac a chom da selew.) 
(Suit.) 
Ma Salwer leun a drue 
370 Tad divin leun a garante 

Ar ho trugareqa a wir galon 

Deus ho graço Roue an tron (5) 

Dam beau groet do servi] in 

Rac se reit o hasistans din 
375 Gwerhes santel mam biniget 

Owir vam an ol enivadet 

Ewit ma arm ho qemeran 

Nam ancouaet er Bed-man 

Bezet ewidon conductorez (c) 
380 Eli Doue miret ma lue 

Digaset gant C') Jésus ma Roue 

Ma miret en pad ma bue 

Ko pet bopret W ouzin truc 

Ma miret ous an drouc speret 
385 A dreist pep tra ous pep pehet 

(1) Cf. la version française de la Vie de saint Palrice : « Un de mes 
fidèles serviteurs nommé Patrice », Dictionnaire des légendes, col. 005. 

(2) Lisez, pour la mesure : 'nezan. 

(3) Nous avons déjà rencontré ces deux vers, vv. 27, 28. 
(i) Cet hémistiche se trouve plus loin, v. 776. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 197 

tifiii de vous remercier du service que vous rendez 
au Créateur de ce monde, père de tous les ermites, 
pour vous dire que par ici passera 
un de ses amis nommé Patrice. 
Recevez-le avec honneur et respect 
car il est aussi un de ses amis, 
et, pour vous attester combien je l'aime, 
voici une gaule que vous lui donnerez. 
Et vous, mon bon ami, persévérez toujours [monde, 

dans Tamour de Jésus, la seule chose que nous aurons au 

(Jésus disparail.i 

JUSTUS 

Dieu immortel, grande est votre bonté 
d'être venu me faire une visite, à moi qui suis un malheureux 
Jamais je ne pourrai oul)lier les grâces [l)écheur. 

que j'ai reçues de vous, mon Jésus, mou seigneur. 
(Patrice entre et resie à écouter.) 
(Suite.) 

mon sauveur, plein de pitié, 
père divin, plein d'amour, 
je vous remercie de bon cœur 
de vos grâces, ô roi des trônes! 
de m'avoir fait pour vous servir. 
Donc, donnez-moi votre assistance. 
Sainte Vierge, mère bénie, 
vraie mère de tous les or])helins, 
pour mon arme je vous prends; 
ne n l'oubliez pas dans ce monde. 
Soyez ma conductrice. 
xVnge de Dieu, gardez mon âme, 
amenez Jésus mon roi 
pour qu'il me garde pendant ma vie. 
Ayez toujours pitié de moi. 
Gardez-moi du mauvais esprit, 
et, par-dessus toute chose, de tout péché. 

(.■)) (".f. le Mystère de saint Crépin et de saint Ci'épinien, v. 571. 
(O) La mesure \oudrait sans doute : 'widon. Ce vers, d'ailleurs, ne rime 
avec aucun autre, à moins que les cinq vers 379-383 ne riment entre eux. 

(7) Ce mot semble de trop, pour le sens et pour la mesure. 

(8) C'est le seul exemple dans ce texte de cette forme trécoroise de l'adverbe. 



i\)S BUEZ SANT TATRICE. 

Groct evelep ne vin na vin (D Ironiplet 

Gant lalagries dcus ar Bed 

Na gonsantin ous e gwisio 

Nac ouz c holl gwal exemplo 
390 OIro (2) Sant Patrice ma faeron qez 

]\Ia Sicouret en pcp qever 

A hwi ol Sent a Sentezet (3) 

Bezet ewidon (^') avocadet 

Me ia da boursuiw ma beaj 
395 En hano Doue hwaz eur vcaj 

En ber an nos a dizero 

A neuze eim tu me a lojo 

En bolante ar gwir otro (&). 

(Patrice a avans da gaet an Ermit.) 
PATRICE 

Me a wel (6) eun Ermitaj 
400 Duont (7) en creis ar lioat bras («) 
Me ia breman de vizitan 
Marteze even lojet enan. 

(Monl ara da gact an Eriiiit.) 
(Suit.) 
Tad santel digoret din me hopcd c^) 
Rac an nos so ari ne on pelech mon et. 

AN ERMIT 

\0o Piw a so aze a-fel dean antren 
Me ne allen qet e lojan en nep moyen. 

PATRICE 

vont entrene Rom me" a so eur belcq 
Rac se me ho supli fenos ma suportet. 

(1) Il y a ici une erreur du copiste. Ces deux mots : na vin sont évi- 
demment à supprimer. 

(2) Ce mot est de trop pour la mesure. 

(3) Cf. : A clwui, ol sent ha sentezet, le Mystère de saint Cuônolé, Revue 
ccUique, 1. XX, p. 223; phlifi sent apes lion santesel, la Vie de sainte 
Nonne, Revue celtique, t. VlII, vers 1270; (jiicd cr seennt, santczéd ha 
qued cun oll œlc, le Mystère des Trois P«ois, Revue celtique, t. Vil. v. 17.j; 
ar Zcnt, ar Zentezet, Buez Louis Eunius, p. 107; Adieu elle, sent ha sen- 
ieset. Vie de l'Antéchrist et Jugement Dernier, A. Le Braz, Te.vies Bretons 
inédits, p. 20. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 199 

Faites de telle façon que je ne sois pas trompé 

par la malice du monde. 

Je ne condescendrai pas à ses mœurs 

ni à tous ses mauvais exemples. 

Seigneur saint Patrice, mon cher parrain, 

aidez-moi en toute occasion. 

Et vous tous les saints et saintes, 

soyez mes avocats. 

Je vais au nom de Dieu continuer mon voyage 

encore un jour. 

Bientôt la nuit reviendra 

et alors je logerai quelque part 

selon la volonté du vrai Seigneur. 

(Palrice s'avance pour trouver l'ermite.) 



PATRICE 



Je vois un ermitage 



là-bas au milieu du grand bois. 
Je vais maintenant le visiter. 
Peut-être y serais-je logé. 

(Il va trouver leiinitc.) 
(Suite.) 
Saint père, ouvrez-moi, je vous prie, 
car la nuit est arrivée et je ne sais où aller. 

l'ermite 

Oh! qui est là et qui veut entrer? 
Je ne le pourrais loger d'aucune manière. 

PATRICE 

Je suis un prêtre en route vers Rome. 
A cause de cela, je vous supplie, abritez-moi cette nuit. 

(i) Lisez, pour la mesure : 'widon. 
(.'>) Ces trois vers riment entre eux. 
(G) Il manque ici une syllabe. Conjecture : me a wel. 

(7) Dn-hont a deux syllabes. 

(8) Cet hémistiche est trop court d'une syllabe. Coal n'a qu'une s.\llabe, 
pai* ex. : acte 11, vv. M2, -i'iS, .531. Lisez: ar hoal iiian Jnas. 

(0) Il faut, je pense, lire, pour la mesure : Tnd sunlel dlgovel ho lor dut 
vie hocli ped. 



200 13UEZ SANT rAimcE. 

AN ERMIT 

Loveret (D din o. hano neuze nin a welo 
410 Mar dew hwi ew Patrice assuret iii'ho lojo. 

PATRICE 

Patrice ew ma hano natif a hiberni 
Ncbon digoret ho tor (2) no jx^zo nep anwi. 

(an Ermit a digor an nor da Patrice hac e poq dean.) 

PATRICE 

Mil bénédiction (3) Tad mad dech a (^*) reqetan 
Ari ew an de (5) poent ew din partian. 

AN ERMIT 

415 Cals a regret ameus otonet do qwitad 
llo coniso ho hantretien awa din favorabl 
Mes just ew bout conlant pa goniand dimp an Env 
Ghetu aman eur walen a (6) so dach abeurs Doue 
Aie re a bresant dech abeurs an Etc^rnel 

420 Eur merq ew a (6) testeny pcnos ho gar fidel 
Bet emeussi exprez deus e beurz digaset 
Ewit c rentin dach pa vijach tremenet 
Gant ar gomandamant dadonet do lojan 
Gouls goude émeus regret ous ho qwitad breman. 

PATRICE 

425 Adieu eta ma zad me ia da qiniadan C^) 
Da vont dar ger a Rom émeus dezir breman. 

(un Ermit cwit. Patrice a lavaij : 
lia ha me a gwel (») pe me a so tromplet 
Evm darn deus ar but ain boa predestinet. 

(dan dawlin.) 
( )ho me remerq Rom hac an (5)) llizo sanlcl 
430 Am boa me deziret da welet qent merwel 
Doue éternel me ho trugareqa 
Sonj oheus er Bed-man nep ho car dreist pep Ira 

(1) A contracter ici en deux syllabes. 

(2) Lisez, pour la mesure : digoret dam ho tor. 

(3) Cf., plus haut, V. 337. 

(4) Il faut, je pense, omettre soit Va, soit dech, à cause de la mesure. 

(5) Rétablissez : Ari e&h (= ezj ew an de. 



LA VIE DE SATXT PATRICK. 201 

l'ermite 

Dites-moi votre nom, alors nous verrons; 
si c'est vous Patrice, assurément je vous logerai. 

PATRICE 

Patrice est mon nom. natif de THibcrnie. [nui. 

N'ayez pas peur, ouvrez votre porte, vous naurez aucun en- 
;L"ermite ouvre la porte à Patrice et il rembrasse.i 

PATRICE 

Mille bénédictions, bon père, je demande pour vous. 
Le jour est arrivé, il est temps de m'en aller. 

l'ermite 

J'ai beaucoup do regret de vous quitter; 
vos paroles et votre conversation m'étaient agréables, [mande. 
Mais il est juste d'être content puisque le ciel nous le com- 
Voici une gaule qui vous appartient de la part de Dieu. 
Je vous en fais don de la part d<' TEternel. 
C'est une marque qui vous témoigne combien il vous aime 
Je l'ai apportée tout exprès de sa part. [réellenuMit. 

pour vous la rendre quand vous seriez de passage 
avec le commandement de vous loger. 
Cependant je regrette de vous quitter maintenant. 

PATRICE 

Adieu donc, mon père, je vais prendre congé de vous; 
je désire maintenant aller à la ville de Rom(\ 

(L'ermite s'en vu. Patrice parle.) 

Ha, Ha, je vois clair, ou je me trompe fort, 
({uehiue chose de la vocation à laquelle j'ai été prédestiné. 

(A genoux.) 

Oh! je vous vois, Rome, et les saintes églises, 
que j'avais désiré voir avant de mourir. 
() Dieu éternel! je vous remercie. [par-dessus tuulr chose. 
\'ous vous souvenez dans ce monde de celui qui vous aime 

fOj A supprimer, pour la mesui'c. 

(7) Voir, plus haut, la note au v. 114. 

(8) Cet hémistiche est trop court d'une syllabe. On peut supposer que le 
mot qui manque est : scier. 

(9) Lisez : '?i Uizo. 



202 BUEZ SANT PATRICE. 

Oblijei on iwe dre wir anoudcgez 
Ha do trugarecad demeus ho madelez 
io5 Me a ia da genta dady an otro Sant Per 
Da pedi a galon ma Doue ma hrouer. 

(antren a ra en Ilis hac eneum laqa da bedin.) 

Ar Pap, daw Cardinal. 
AR HENTA CARDINAL 

Tad santel venerabl an trot so er ger-man 
Eur beleq a seblant bean ar santelan 
Eman en orezon en ty an otro Sant Per 
-l'iO Ew het directamant da bedi bon Sahver. 

AR PAR 

Ret ew e digemen da donet bon bêle 
Pa leret e seblant cavet doujans Doue 
Bezan on deveus cals deus a benefiso 
Père a so vaqant pel a so a deyo 
'i'iû Rac se (D e qaren o bezan rampliset 

Alar gallan cavet tud hac a vo dam Souet. 

AN EIL CARDINAL 

Assuret tad santel o havis a so mad 
Me ia de digemen mar de (2) dech agreabl 
Hac a reyo dean donet pront ho pete 
'ioO Me gred ezew eun den a neus doujans Doue. 
(Mont a ra de gaet; ma teu.) 

AR PAR 

Ar Bobl universel entre vin en bue 
A atirin a instruin en lezeii ar fe (3) 
Ret ew cas tut savant dre ar Bed universel 
Da blantan gwir lezen hon niest celestiel. 

AR HENTA CARDINAL 

455 Me wel ar beleq mad otont deus an Ilis 

Breman (^) eteiiio doji cafet herwe ma iantazy. 

(1) A cause de la mesure, il faut suppléer : me. 

(2) Lisez, sans doute : he. 



LA VIE DE SATXT PATRICE. 20*î 

Je suis obligé aussi en toute reconnaissance 

de vous remercier de votre bonté. 

Je vais en premier lieu à la maison du seigneur saint Pierre 

alin de prier de tout mon cœur mon Dieu mon créateur. 

n entre dans Féglise et se met à prier.j 

Le Pape, deux Cardinaux. 
LE PREMIER CARDINAL 

Vénérable saint père, il est entré dans cette ville 
un prêtre qui semble être des plus saints. 
Il est en oraison dans la maison de monsieur saint Pierre. 
Il est allé directement prier notre Sauveur. 

LE PAPE 

Il faut lui commander de venir jusqu'à nous 
puisque vous dites qu'il semble avoir la crainte de Dieu. 
Nous avons plusieurs bénéfices 
qui sont vacants depuis un grand nombre de jours. 
Donc, je voudrais qu'ils soient remplis 
si je pouvais trouver des gens qui soient à mon souhait. 

LE SECOND CARDINAL 

Assurément, saint père, votre avis est bon. 
Je vais 4e chercher, si cela vous est agréable, 
et je le ferai venir promptement jusqu'à vous. 
Je crois que c'est un homme qui possède la crainte de Dieu. 
Il va le trouver de sorte qu'il vient. j 

LE PAPE 

Quant au peuple universel, tant que je vivrai 
je l'attirerai et instruirai dans la loi de la religion. 
Il faut envoyer des gens savants à travers le monde universel 
pour implanter la vraie loi de notre maître céleste. 

LE PREMIER CARDINAL 

Je vois le bon prêtre sortant de Téglise; 
maintenant il viendra nous trouver d'après ce qne je pense. 

(3) Il manque ici une syllabe. Lisez : en guir Iczeii. Cf. acte I, \ . IW. 
''}) A supprirntjr, à cause de la mesure. 



20 i BUEZ SANT PATRICE. 

AN EIL CARDINAL 

De mad dech beleq mad me so deut proiitamaiit 
Abeiirs ar Pab santel da rein comandamant 
Da donet e vête goulenet och gantan 
HR) Evel men deus clewet ewach antret aman. 

(Dan dawliii)(i). 
PATRICE 

Me so dech oblijct a dar prélat santel 
Goude bout saludet qenta an tad éternel. 

AR PAB 

Beleq mad ew gène deuet mad da viet 
Dign och herwe a welan da vont consideret 

''iG5 Rac se émeus desein pa meus ho rancontret 
Do laqat instruer en (2) mesq an heretiqet 
Da blantan ar(3) fe en (2) mesq an hibernianet (^*) 
Me ho groa Arhescop ebars en hiberni 
Ya mar doch contant da dont da acceptin 

470 A mar doch hwi contant da cxpozy ho pue 
Ewit Salwer ar Bed, Grouer an ol Ele. 

PATRICE 

Contant on Tad santel me ne houlan merwel 
Nemert dre ar brasan poan (s) en gloar an Eternel 
A mar am qefet capab W cla vonct er garg se 

475 Me a neum aqwito moyenant graç Doue 
Ne doujan nep tourmant nac iwe nep anqen 
Ewit bout servijer don crouer souveren 
Indign eneum gafan tout a fet deut (?) a Se 
Mes me gare joaus hazardin ma bue 

480 Ewit gonit ep qen eun ine da Doue 
Ma brasan dezir ew prezeq dezc ar fe. 

AR PAO 

Orsa pan doch contant ew ret Gardinalet 
E (8) curunin arhescop war an hibernianet 

fl) Cette indication de scène doit Olre placée api-ès le niol : PaUicc qui 
suit. 

(2) Lisez : 'n mesq. 

(3) II faudrait lire, à cause de la mesure : ar (jwir le. 

i't) Il y a ici sans doute une erreur. Les cinq vers iG3-i(37 riment entre 



LA VIK DE SAIXT PATKICK. 205 



LE SECOND CARDINAL 



Bonjour à vous, bon prêtre, je suis venu promptement 
de la part, du saint père vous donner conimandemont 
de venir jusqu'à lui; vous avez été demandé par lui 
dès qu'il a entendu dire que vous étiez entré ici. 

PATRICE (à genoux.) 

Je vous suis obligé et au saint prélat aussi 
après avoir d'abord salué le père éternel. 

LE PAPE 

Prêtre, il est juste que vous soyez près de moi le bienvenu. 
Vous êtes digne, d'après ce que je vois, d'être considéré. 
Aussi ai-je le dessein, puisque je vous ai rencontré, 
de vous envoyer comme instructeur parmi les hérétiques, 
pour implanter la foi au milieu des Hiberniens. 
Je vous ferai archevêque de l'IIibernie. 
Oui, si vous êtes disposé à Faccepter 
et si vous êtes prêt à exposer votre vie 
pour le Sauveur du monde, Créateur de tous les anges. 

l'ATlUCE 

Je le veux l)ien, saint père, et je ne demande qu'à mourir 
dans les souffrances les plus grandes pour la gloire de l'Eter- 
Et, si vous me trouvez capable de remplir cette charge, [nel. 
je m'en acquitterai moyennant la grâce de Dieu. 
Je ne crains aucun tourment ni même aucune douleur 
afin de rester le serviteur de notre créateur souverain. 
Je me trouve tout à fait indigne de cela, 
mais je voudrais avec joie hasarder ma vie 
pour gagner à Dieu ne fût-ce qu'une âme. 
Leur prêcher la foi est mon plus grand désir. 

LE PAPE 

Or çà, puisque vous êtes contents, il faut, cardinaux, 
le couronner archevêque des Hiberniens. 

eux. Ou le vers \Cu est de trop, ou il faut combiner les deux vers '»66-ifi7 
de cette manière : Do laqat inslruer en tnesq an hibernianet. 

(5) Cet hémisticlie a sept syllabes, à moins qu'on ne lise : drc 'r. 

(()) Lisez : capabl. 

(7) Lisez : deiis. 

(8) A supprimer, pour la mesure. 



200 lil EZ SANT PAÏRICE. 

Servijin a ray de eur pilier simantet 
485 Demeus ma ol poiier m'ho convi da vonet 

Hac ho consacr ewit (D mad da vezan arhescop 
Da brezeq an Aviel (2) a da instrnin ar Bobl. 

AR HENTA CARDINAL 

E vertu a discwe e tle donet en pcn 
Do honvcrtisan ohober Christenien. 

AN EIL CARDINAL 

'i90 Doue dre e comso a aile o distrey 
Da anavout Jésus hac ar Wcrhes Vari. 

PATRICE 

Me gare e hallen eneum sacrifian 
A soufrin mil martir ewit o horijan 
Da ewit ad ho lezen deus a Idolatry 
Ado Hac anavout ho lot (3) hac eneum amantin. 

AR PAR 

Prezeq a ellet de an Aviel santel (^^) 
Ha presantin deze e vezo ret merwel 
Hac e renqer soufrin wit eun Eternité 
Tourmancho an Ifern pe joaustet an Env. 

PATRICE 

500 War se eta Tad santel me a qemer conje 
Gant ho penediction a houlenan iwe 
Me eneum recomand da Sant Per deus a Rom 
Hac a ia da retorn dam bro are da chom. 

AR PAR 

Hit eta Patrice graç dach da dont en pen 
505 Da ho honvcrtisan a da chanj a lezen. 



(1) Lisez : 'wit. 

(2) Lisez, pour la mosurc : 'n Aviel. Aviel complo pour H syllnbos 
cf. acte III, vv. 406, 592. 

(3) Cf., plus loin, V. 525. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 207 

Il servira de pilier cimenté. 

De tout mon pouvoir je vous invite à partir 

et je vous consacre archevêque pour de bon 

afm do prêcher l'évangile et enseigner le peuple. 

LE PREMIER CARDINAL 

Sa vertu montre qu'il doit venir à bout 
de les convertir et de les faire chrétiens. 

LE SECOND CARDINAL 

Dieu, par ses paroles, pourrait les amener 
à connaître Jésus et la vierge Marie. 

PATRICE 

Je voudrais pouvoir me sacrifler 
et souffrir mille martyres pour les déterminer 
à quitter leur loi d'idolâtrie 
et reconnaître leurs fautes et s'amender. 

LE PAPE 

Vous pouvez leur prêcher le saint Evangile 
et leur montrer qu'il faut mourir, 
et qu'il faudra souffrir pendant toute l'éternité 
les tourments de l'enfer ou [éprouver] les joies du ciel. 

PATRICE 

Sur ce donc, saint père, je prends congé 
avec votre bénédiction que je demande aussi. 
Je me recommande à saint Pierre de Rome, 
et vais retourner de nouveau dans mon pays pour y rester. 

LE PAPE 

Allez donc, Patrice, je vous souhaite la grâce de venir à bout 
de les convertir et de changer leur foi. 



(i) « Sachant la langue du pays », dit le Diciionnaue des légendes, 
col. Ofif), parlant de Patrice. Selon la version française et la Aversion espa- 
fïnole de Montalban, « Patrice avait l'usage de cinq langues diverses en 
perfection, de la grecque, de la laline, de langlaiso, de l'hybernoise et de 
la française. » 



208 BUEZ SANT PATRICE 

SCENEN SEISVET 
An Escop Gomion, ar Viqer, Patrice. 

PATRICE 

Bonjour dech ma eont gant joa ha carante 
A (lech olro ar Viqer ho servijer iwe 
Prometet em boa dech (i) em sorti deus ho ly 
retorn am beaj donet do saludin. 

AN ESCOP 

510 Ari niad da viot ma niz gant gwirionc 
Cals a vorhet am boa ahanoch goudevez 
Gontet din an ténor demeus ho peaj hir 
Ma clewin a hwi (2) so bet el lech ma lerech din, 

PATRICE 

A Drugare Doue ezon rentet contant 
515 Gelestin em andret so meurbet abondant 
Hanwet on arhcscob ebars en Hiberni (3) 
Cals mui ewit a veriten (^^) a nous acordet din. 

AN ESCOP 

Doue da vo meulet hac ar Werhes Vari (•'») 
Ar pez a deziren ma niz a leret din 
520 Sonjet em boa pel-so ne gafchet er Bed-man 
Unan gwel ewidoch da dont do doctrinan. 

PATRICE 

Er hontrel ma eont me ew an disteran 
Mes Doue dre ma goms a aile o touchan 
Qement dar pinijen, a dar gontrition 
525 Da anavout ho fot a da houlen pardon 
Qement se a ra din beau deut dre aman 
Da glewet o havis qent ewit partian. 

(1) Cf., plus haut, V. 34G. 

(2) A supprimer. 

(S) Cet hémistiche se trouve, acte III, vv. />C8, 560. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 200 

SEPTIÈME SCÈNE 
LEvOque Gorinaiii, lo Vicairo, Pntrico 

PATRICE 

Bonjour à vous, mon oncle, avec joie et amour, 
et à vous, monsieur le vicaire, votre serviteur aussi. 
Je vous avais promis, en quittant votre maison, 
de venir vous saluer en rentrant de mon vosaiiv. 

l'évêque 

Soyez le bien\enu, mon neveu, en vérité; 
j"ai eu pendant longtemps beaucoup de soucis de vous. 
Racontez-moi Thistoire de votre long voyage [disiez, 

afin que j'apprenne ce qui s'est passé dans le lieu que vous me 

PATRICE 

Dieu merci, j'ai eu toute satisfaction, 
Célestin a été très généreux à mon égard. 
Je suis nommé archevêque de l'Hibernie. 
11 ma accordé beaucoup plus que je ne mérite. 

l'évêque 

Que Dieu soit loué et la vierge Marie. 
La chose que je désirais, mon neveu, vous me la dites. 
J'avais pensé, il y a longtemps, qu'on ne trouverait dans ce 
personne de meilleur que vous pour les endoctriner. [pays 

PATRICE 

Au contraire, mon oncle, je suis le moindre: 
mais Dieu, par mes paroles pourra les toucher [et les amener] 
tant à la pénitence qu'à la contrition 
leur faire reconnaître leurs fautes et demander pardon. 
C'est, cela qui m'a fait venir par ici 
afm d'entendre votre avis avant de partir. 

(4) Pour la niosuro, il faul, je pense, lire : Cals m ni 'n'il vriitmi. 
(.5^ Voir <et hémistiche, acte I, v. 1011. 

Kl 



210 BUEZ SANT PATRICE. 

AN ESCOP 

Me a breparo dech qement so necesser 
D'ho gwisqi Arhescop ep claie ma niz qer 
530 Me a rey dech calei, missal hac ornamant d) 
Rac er vro se ma het ne neus nep gwisqamant 
Hac a gasso genech Sergiiis ma Viqer 
A so meurbet savant hac iwe den santel. 

PATRICE 

Eun Doue so en Env ewit recompansin 
535 An ouvro mad a ret ep ancouez hini 
Drese e qemeran diganech ma honje 
Me a discrifo dech ar respont goude se. 

(Ar Viqer a digas an abit. a arhescop.) 

AN ESCOP 

Gwisqet eta breman qent ewit partian (2) 

An abit a (3) arhescop men gwelin dindana (^) 

540 Alon-ta Sergius sicouret e gwisqa 

Ma cwitaad a reet (5) ewit monet gantan. 

faniane wisqer Patrice.) 
(SuU.) 

Breman eta Patrice pan doch hwi sur gwisqet 
Hwi qemer ho conje otaw sur da vonet. 

PATRICE 

Ma eont qer eta pan dew ret partian (6) 
5i5 Me a houlen excuz diganech da genta 
lia ma teuet da rein ho penediction 
Ma partiomp eta demeus a wir galon. 

AN ESCOP 

hiscuz a so groet an eil hac egile 
Dre ma bénédiction me ro dech ma conje 
550 Adieu eta Patrice a dech hwi Sergius 

(1) « A savoir, de calices, des livres, des or-nements », etc.; le Dirlinih 
naire des légendes, col. 967. 

(2) Cf., plus liant, V. 527. 

(3) A supprimer, pour la mesure. 



LA VI K ])E SAIXT rATRlCK. 211 

l'évêque 

Je vous préparerai tout le nécessaire 
pour vous vêtir en archevêque sans délai, mon cher neveu. 
Je vous donnerai calice, missel et ornements 
car dans le pays où vous allez il n'y a aucun vêtement; 
et j'enverrai avec vous Sergius mon vicaire 
qui est très savant et aussi un saint homme. 

PATRICE 

Il y a un Dieu au ciel pour récompenser 
les bonnes œuvres que vous faites sans en omettre aucune. 
Sur ce je prends congé de vous. 
Je vous indiquerai la réponse plus tard. 

(Le Vicaire apporte l'habit d'Archovêriuo.) 

l'évêque 

Revêtez donc maintenant avant de partir 

rhabit d'archevêque; que je vous en voie couvert. 

Allons donc, Sergius. aidez à le vêtir: 

vous me quitterez, pour l'accompagner. 

(Ici on vêt Patrice.') 
(Suite.! 

Maintenant, donc, Patrice, puisque vous êtes vêtu sans faute, 
vous pouvez sûrement prendre congé tous les deux pour partir. 

PATRICE 

Mon cher oncle, puisque donc il faut partir, 
à vous en premier lieu je demande excuse, 
et si vous nous donnez votre bénédiction, 
nous partirons de meilleur cœur. 

l'évêque 

Vous êtes excusés l'un et l'autre: 
par ma bénédiction je vous donne congé. 
Adieu donc, Patrice, et vous Sergius, 

[i) Ce vers est obscur sous cette forme. Je conjecture qu"il faut lire : 
m 'ho kicelin. J'ai traduit le vers d'après cette correction. 

(.■)) Cwltnad n'a que deux syllabes. Hcct i^igrélet;, douxi^iuo personne 
phu'iol de lindicatif futur CCober, a deux syllabes. 

((>) Cet hémistiche s"est déjà rencontré au v. 347. 



212 BUEZ SANT PATRICE. 

Doue da rei dech ar hraç da vout victorius 
War an idolatret oheus antreprenet 
y^rezec deze ar le a lezen an Drindet. 

PATRICE 

Adieu ela ma cont me ho trugareqa 
555 Dre lie graç e Avelan ne defot din nelra. 

(ol cwil.) 

SCENEN EISVET 
Lucifer, Belzebut. 

LUCIFER 

Belzebul deut aman hac an ol Diawlo 
Avanset prontamant da (D glewet ma lezenno 
Ret ew ober difre a pep sort dilijans 
Qen na reomp er (2) Bed-man qement a insolans 
560 Ewit ne allomp mui donet ewit nep Sent 
Bezan adoret qen gant an dut disqient. 

BELZIBUT 

Me a lavar dach (3) ma na teulomp ewez 
Ile collomp ar wej-man antieramant ho rez 
Rac an esclaw méchant hon boa gwej-al lacret(^*) 
505 A so dija en hent hac enem ambarqet 
Choazet ew arhescop ebars en hiberny 
Ma prêtant badein qement den so enni. 

ASTAROT 

Ewit.qement-se ol me a war ar voyen 
Da distrujan an (5) esclaw pe da derri e l)en 
570 Non deus nemert avcrtissan (6) Roue an hiberni 
Hac henez pa glcwo a ray e distruji. 

BELZEBUT 

Breman ret ew monet da rein da bout dezan 
Rac er homansamant ne vo man e spontan 

(1) A supprimer, pour la mesure. 

(2) Lisez : 'r bcd- man. 

{^) 11 manque ici une syllnbe. On peut supposer : 01 10 me Jnrnr (Vncli, 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 213 

Dieu vous donne la grâce d'être victorieux 
sur les idolâtres auxquels vous avez entrepris 
de prêcher la foi et la loi de la Trinité. 

PATRICE 

Adieu, donc, mon oncle, je vous remercie; 
grâce à vous je vois qu'il ne me manque rien. 

Tous s'en vont.) 

HUITIÈME SCÈNE 

Lucifer, Belzébutli. 

LUCIFER 

Belzébutli, venez ici et vous tous les diables, 
avancez promptement afin d'entendre mes lois. 
Il faut nous hâter et faire toute diligence 
jusqu'à ce que nous ayons commis dans ce monde tant d'inso- 
que nous ne puissions plus souffrir qu'aucun saint [lence 
soit encore adoré par les gens insensés. 

BELZÉBUTH 

Je vous dis que si nous ne faisons pas attention 
nous perdrons cette fois entièrement votre droit; 
car le misérable esclave, comme nous Tavions déjà dit, 
est déjà en chemin et il s'est embarqué; 
il a été choisi connue archevêque de l'Hibernie, 
où il prétend baptiser tous les hommes qui y sont. 

ASTAROTH 

Pour tout cela je connais le moyen 
(le détruire Tesclave ou bien de lui casser la tête. 
\uiis n'avons qu'à avertir le roi d'Hibernie 
et celui-ci lorsqu'il l'apprendra le fera détruire. 

BELZÉBUTH 

Maintenant, il faut aller le prévenir, 
car. au conmiencement, ce ne sera rien de reifrayer. 

'}) C'est par l'i-i'cur. C"élait Astarotli qui lavail dil. \«iir ,i(t. il. \ v. 77'.» 
et suiv. 

(5) Lisez, pour la mesure : '/i esclaiv. 

(6) Hémistiche de huit syllabes. 



2l'i BUEZ SANT TATIUCE. 

Pen defe qemeret c rout bars er vro-man 
575 Na ouf et birwiqen neuze e displantan. 

LUCIFER 

Et eta Belzebut d) a leret dar Roue 
E ray eur maleur bras inar en lez en bue. 

(ol cwit.) 

SCENEN NAWET 
Patrice, ar \iqer, lîab'itantct. 

PATRICE, war ezawlin. 

Jésus, ma i^wir otro me a so proslcrnct 
Dirac ho majesté ma Salwer biniget 
580 Da ober orezon diraoch ma otro 

Pebini a rin me deus a greis ma lialon 
Jésus me ho supli mar be hopolante 
Da rein din ar graço a houlenan hirie 
Ghetu (2) aman eur pasior a (3) eun nombr bras a dcved 
585 Servijerien contrel don Salwer biniget 
Servijerien an Diawlo ew a rer aneze 
Ô Jésus, m'ho supli rcit sclerijen deze ^^*) 
Me fel din ma Salwer ma veint convertisset 
Renlct en ho lezen ar brassan mignonet. 

(ene sav eun abitant a deu de clewet.) 
ISuit.l 

590 Clewet habitanlct domeus an hiberni 

iVn Tad santel ar Pab a neus comandet din 

Donet da brezec dcch an awiel santel 

Ewit ma renonset a gren da Lucifer 

Ewit ar henta poent eteuan do pidi 
595 Da gwitad en antier breman oherizy 

Hac adori gène gwir Roue an Ele 

Hac opo digantan ar recompans en Env 

Ha pegen abuzet ooh hwi pobl ar Bed-man 

preferin bemde an Doueo profan 

(1) Dans le Mystère de la Création du Monde, v. 911, c'est Salanas qui 
est envoyé pour tenter Adam, car, comme on lui dit : Te eo ar finan, 
« Tu es, toi, le plus malin. » 

(2) Lisez, pour la mesure : cheV aman. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 215 

Mais, quand il aura ouvert son chemin dans ce pays, 
alors vous ne pourrez jamais l'en arracher. 

LUCIFER 

Allez, donc, Belzébuth, et dites au roi 
que ce sera un grand malheur s'il le laisse en vie. 

(Tous s'en vont.) 



NEUVIEME SCENE 

Putrice, le Vicaire, des Habitants. 

PATRICE, à genoux. 

Jésus, mon bon seigneur, je suis prosterné 
devant votre majesté, mon sauveur béni, 
pour faire une oraison devant vous, mon divin maître, 
que je ferai du fond de mon cœur. 
Jésus, je vous supplie, si c'est votre volonté, 
de me donner les grâces que je demande aujourd'hui. 
^'oilà ici un pùtre et un grand nombre de moutons. 
serviteurs ennemis de notre sauveur béni, 
les serviteurs du diable, voilà comme on les aijjjelle. 
Jésus, je vous supplie, donnez-leur la lumière ; 
je désire, mon Sauveur, qu'ils soient convertis 
et deviennent les plus grands amis de votre loi. 
(S'étant relevé, un habitant vient l'écouter.) 
(Suite.) 

Ecoutez, habitants de l'Hibernie. 
Le saint père, le pape, m'a commandé 
de venir vous prêcher le saint Evangile 
pour que vous renonciez net à Lucifer. 
En premier lieu je viens vous prier 
de quitter maintenant en entier votre hérésie 
et d'adorer avec moi le vrai roi des anges 
et vous aurez de lui la récompense dans le ciel. 
Comme vous êtes dans l'erreur, peuple de ce monde î 
en préférant chaque jour les dieux profanes 

(B) A omettre, à cause de la mesure. 

(4) Cf. : [Gr]it dese sclerigen, le Mystère de saint CrOpin et do saint Cré- 
pinien, v. 513. 



210 BIIEZ SA NT PATRICE. 

600 Da Jésus hon Messy, gwir Redemptor ar Bed 
Ilac e gand c gwad sacr en deveus hon prenet 
Crouet hon ineo a laqaet er Bed d) 
De ar varn jeneral neuze nin a welo 
Ar profit ho po bet dious o hidolo 

()05 Rac ho consianso neuze a vo lesto 
A enop ho pehet a denicus ho foto. 

AR IIENTA HABITANT 

Anfin ewidon me a gred parfetaniani 
Ezew gwir a leret Arhescop reverand 
Ilac a houlen ouzach abeurs ar gwir Doue 
610 Donot dam badcin a dam rccev er fe. 

AN OLL HABITANTET asamblez. 

A nin houlen iwc ar memeus graç outan 
Dre garante ouzimp ew e ra qement-man. 

AR VIQER 

Stonet ol dan dawlin m1io padeiii breman 
En Iiano an Tad, ar Map hac ar Speret glan (2). 

(oll cwit.) 



SCENEN DECVET 
An Impalaer hac c suit. 

ASTAROT (3) 

6t5 Impalaer redoutct en Env hac en Douar 
Adorct gant an ol en pomp hac en gloar ('^) 
Selaw (5) an ordrenans en deus dit digasset 
Da Prins a da otro Doue an Idolet 
Lavaret a ra dit qenderhcl da lezen 

620 Hac obcr onnulin hini ar Gristenien 
Père eneum avans dre eun otorite 
Da ober badein en lezen o newe (6) 

(1) Ces trois >cr,s (000-002) rinicul critro ms. 
(<•) Cet hémisliche n'a que cinq syllabes. 

(3) L'auteur a évidemment oublié (jue, (l'dprès le y. 570, plus haul, c"olail 
Uelzébuth qui avait été envoyé pour dénoncer Patrice à l'empereur. 



LA VIK DE SAINT TATRICE. 217 

à Jésus notre Messie, vrai rédempteur du monde, 

qui par son sang sacré nous a rachetés. 

qui a créé nos âmes et nous a mis au monde. 

Au jour du Jugement général nous verrons 

le profit que vous aurez tiré de vos idoles, 

car alors vos consciences porteront témoignage 

contre vos péchés et vos fautes. 

LE PREMIER HABITANT 

Enfin, quant à moi. je crois parfaitement 
que ce que vous ditjes est vrai, archevêque révérend : 
et je vous demande de la part du vrai Dieu 
de me baptiser et de me recevoir dans la foi. 

TOUS LES HABITANTS ensemble. 

Et nous aussi nous lui demandons la même grùcc ; 
c'est par amour pour nous qu'il fait tout ceci. 

LE VICAIRE 

Prosternez-vous. Tous à genoux que je vous baptise niain- 
au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. [tenant 

(Tous scn vont.) 



DIXIEME SCENE 

L'Empereur et sa suite. 

ASTAROTH 

Empereur redouté dans le ciel et sur la terre, 
adoré j)ar tous dans la pompe et la gloire, 
écoute Tordre que t'a envoyé 
ton prince et ton seigneur, le dieu des idoles. 
11 t'enjoint de garder ta loi avec soin 
et d"onéantir celle des chrétiens, 
qui s'avancent avec autorité 
pour baptiser selon les nouvelles lois. 

1 Gluar a ici deux syllabes. \\\. E. ErnauH. (Uossnlre Moycn-Diclun, 
2e éd., p. 2G0. 
(o) Voir acte I, v. 9i0, et la note qui lui appartient. 
(6> Cf. acte IL v. 368. 



218 BUEZ SAXÏ rAïRICE. 

Oonicxnset int dija da (D varohan war ho rouden 
A qen couls eteuont da poidzan ho lezen 
625 En ber gant ar Princet dre ho mechanstete 
Neinert dre ho meril, crédit hac (2) autorite. 

AN IMPALAER, en coler. 
Dran Doue Mahomet, hoii mest hac h on otro 
Dre al Loar hac (2) ar Steret hac (2) an ol planedenno 
Alen toue dech a gren pa gollen ma ol vad 

630 Mem bo gwir aneze pe me vo miserabl 
Ma Doue Jupiter tiwi gomand en Envo (3) 
A hwi Mars redoutet ebars er bataillo 
A hwi Doue Neptun a gomand er Mor glaz, 
Ilwi a ('^) ra din arajin pa gonsideran er caz (s). 

6o5 Na tlefoach qet soufrin ar Gristenien mecliant 
Da donet er vro-man siwas don distrujan 
Pluton, ma mignon mar carez abiman 
En Ifern e raes din cals demeus a joa 
A hwi clew ma frincet bras an ifrontiry 

640 A neus ar Gristenien antreprenet dimp-nin 
Clewet a ret penos ezew ordrenet din 
Dimeus abeurz an Env dre garante ouzin 
Anulin olezen a qenderhel bepret 
An hcnor so dleet dan Doue (6) idolet 

645 Drezo sonjet iwe a hwi am segondo 
Interest an ol ew pa gomand an Douco. 

AR HENTA PRINS 

Prins vaillant generus petra ne raemp-nin 
Pa gomzet gant rezon ne die den refuzin 
Me gare temoegnin pegement a respet 
650 Ameus en handret Impalaer redoutet. 

AN EIL PRINS 

Pel so émeus clewet penos so antreet 
Ebars en hiberni canaillez revoltet 
Hac a deu da choqin an Idolet puisant 
Ha couls an Impalaer a so aman presant. 

(\) A supprimer, pour la mesure. 

(2) Ce mot est de trop, pour la mesure. 

(3) De même, dans le Mystère de Crépin et de Crépinien, v. :î38, Jupiter 
est tat an oll àoueo, « père de tous les dieux ». 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 219 

Ils ont déjà conimen(?é à marcher sur vos traces 
et ils viendront aussi bien étendre leur loi, 
bientôt jusqu'aux princes par leur méchanceté 
plutôt que par leur mérite, crédit et autorité. 

L'EMPEREUR, en colère. 
Par le Dieu Mahomet, notre maître et notre seigneur ! 
Par la lune, les astres et toutes les planètes ! 
Je vous jure absolument, dussé-je perdre tout mon bien, 
Que j'en aurai raison ou que je serai un misérable. 
Mon dieu Jupiter, vous qui commandez dans les cieux. 
et vous Mars, redouté dans les batailles, 
et vous dieu Neptune qui commandez à la mer bleue, 
vous me faites enrager quand je considère le cas. 
\'ous ne devriez pas souffrir que les méchants cliréliens 
viennent dan^^ ce pays, hélas ! nous détruire. 
Pluton. mon ami, si tu voulais les engloutir 
dans l'enfer, tu me ferais beaucoup de plaisir. 
Entendez-vous, mes grands princes, Teffronterie 
que les chrétiens ont montrée contre nous ? 
Vous entendez qu'il m'est ordonné 
de la part du ciel, par affection pour moi, 
d'annuler leur loi et de conserver toujours 
l'honneur qui est dû aux dieux idoles ; 
réiléchissez donc vous aussi si vous me secoiKh'rcz. 
C'est l'intérêt de tous quand les dieux commandent. 

LE PREMIER PRINCE 

Prince vaillant, généreux, que ne ferions-nous pas ? 
Ouand vous parlez avec raison, personne ne doit ivfuser. 
Je voudrais vous témoigner combien de respect 
j'ai à votre égard, empereur redouté. 

LE SECOND PRINCE 

Il y a longtemps que j'ai ouï dire qu'il est entré 
dans l'Hibernie de la canaille révoltée, 
qui vient pour renverser les idoles puissantes 
el, ensuite, l'empereur, qui est ici présent. 

(4) A supprimer, pour la mesure. 

(."il Cet liéiiiistiche a une syllabe de trop. 

(6) Voir acte II, v. GOi, et, 'plus loin, v. G88. 



220 BUEZ SANT patricp:. 

AN IMPALAER 

(555 Palatete Mornoii (i) ! A galon uit'u loue 
K rciiqo ar rese perissan ep claie 
Na greclan qet penos e lezemp publian 
Nclre er Rouantelcz ep ma avcrtisan. 

AR H EN TA PRINS 

Otro me lavar dech o cleveus badeet 
6G0 Eiin nombr bras devis a bobl comun pai?antet 

Ha ma na deiilet dorii da dont dre an armo 

Do repoussin rustamant (2) e rouinoint ar vro 

Demp ol en eur vanden da deri feno 

A neuze assamblez nin neum rejouiso 
G65 Gant graç on idolo nin bon bo ar vicloar 

War gement nation a so war on Douar 

Pan donip ol resolvet an eil bac egile 

Nin yel do ataqin pa blijo (3) d'ho majesté. 

AN EIL PRINS 

Ober oln^ougan ol ep remors na true 
670 Qement a so coupabl démens ar brimo se 
Ya presantamant el lech ma voint cafet 
Ne delont qet ar boan da vean prisoniet 
Me renoncy a gren dam lezen a dam stad 
E renqomp cavet gwir (^) démens an dut divat. 

AN IMPALAER 

G75 Me gomand dech prinset da vezan preparet 
lia me a dougou qentan an armo enep 
Rac se pa arioint ma frincet me ho ped 
Eneum strinqet warne evel chas arajet^^) 

(1). 11 y a plusieurs exemples de ee juron dans notre Mystère. Voir, i)lus 
loin. vv. (jS:î, 70(). Nous avons déjà, rencontré d'autres phrases de celte 
sorte : Palatetcbic, acte II, v. 019 ^-oir la note à ce vers) : dran Dove 
Mahomet, acte III, v. 627, et, plus loin : palatete Gerni, v. 706. On peut 
compai'cr aussi : Palasacrc rnornon, Cognomerus et sainte Tréline, v. 4(X): 
Pale charni Die (sic), Huez Louis Eiinius, p. 40; Jarnebie, Sainte Trypliino 
et le Roi Arlliur, p. 30; Charvl vantrebie, ib., p. 98; Palcjaruy tnofffhr, 
ib., p. 52; Par le clwrnl morghc. ib., pp. liO, 312; Charnij Sacré, Vie d*» 
saint Laurent, A. Le Rraz, Textes Bretons médits, p. 2i: P(d lernorJilach^ 
ib., p. 2.5; Charny, ib., p. 20. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 221 

l'empereur 

Par la tête Mahon ! je jure du tond du cœur 
qu'il faudra que ceux-ci périssent sans délai. 
Je ne crois pas que nous laissions publier 
rien dans le royaume sans m'en prévenir. 

LE PREMIER PRLXCE 

Monsieur, je vous dis qu'ils ont baptisé 
un grand nombre de gens du commun des paysans, 
et si vous ne prêtez pas la main 

à les repousser rudement par les armes, ils ruineront le pays. 
Allons tous ensemble leur casser la tète, 
et alors nous nous réjouirons ensemble. 
Par la grâce de nos idoles nous aurons la victoire 
sur toutes les nations qui sont sur la terre. 
Puisque nous sommes tous résolus les uns et les autres 
nous irons les attaquer quand il plaira à votre Majesté. 

LE SECOND PRINCE 

Faire pendre sans remords ni pitié 
tous ceux qui sont coupables de ces crimes, 
oui, sur le champ, sur la place où ils seront trouvés. 
Ils ne valent pas la peine d'être emprisonnés. 
Je renonce net à ma loi et à mon état, 
s'il ne faut que nous ayons raison des mauvaises gens. 

l'empereur 

Je vous commande, princes, de vous tenir prêts; 
je porterai le premier les armes eoidre eux. 
Donc, quand ils arriveront, mes princes, je vous prie, 
élancez-vous sur eux comme des chiens enragés. 

(2) Hémistiche de sept syllabes. 

(3) Cet hémistiche a sept syllabes. Lisez : blig. 

(i) Lisez : Ma na rcnqomp eût [luir. et voir la noti^ au v. 713, plus loin. 

(5) Nous reirouverons plus loin cet hémisliclie, v. 7jL Pour le sens figuré, 
cf., plus loin, V. 728. et : 'vel eur clii arairt, Buez Louis Eunius, p. 61 : vcl 
bleïdi arar/et, ib., p. 130: aragin [a]ran en guis av chas, « .l'enragé à la 
façon des chiens », Cognomerus et sainte Tréfine, v. It37; arragin a raii 
en guis or rhas^ « .Te me sens pris de rage, comme les chiens », Vie de 
TAntechrist ol .bigement Dernier. A. Le Braz, Textes Bretons inédits, p. 20; 
rel eur cliy rouarcl, >< conmie un chien enragé ». le Mystère de saint Crépin 
et de saint Crépinien, v. 84. 



SSZ BUEZ SAXT TATRICE 

Me rcnoncy a gren doa lezen adon stad 
080 Dam septr a dam giirun dam grandeur, dam ol vad (i) 
Ma no martirizan an eil hac egile 
Hac ep remision mem bezo o bue. 

(ol r-wJt.) 



SCENEN UNECVET 

Patrice, ar Viqer hac an Ilabitantet dre eur pon ; 
An lïiipalaer hac e Princet dre eur pen-al. 

yVN IMPALÂER 

Palatete mornon, Gatholiqet infam 

Ma no pezo glahar da vezan deut aman 
685 Orsa christenien fal avanset deut aman 

Ma clewin ar rezon ho tigas dar vro-man 

Pe sort lezen newe oheus hwi invantet 

Lezen en prejudis dan Doueo Idolet 

Ne ouzoch qet penos ewan me puisant 
H90 Ma parlamant (2) a me a el antieramant 

Dindan boan da gentan da vean anulet 

Do (3) terrin war ar rod an (^) nep en deus observet. 

PATRICE 

Impalaer redoutet pa bermetet gène 
Me comzo gant douster dirac ho majesté 
695 Hac a ispliqo dach bon lezen instruet 

Hac a neus roet dimp bon Salwer Jesus-Ghrist 
Honez ew al lezen a die beau dalhet 
Ha non pas ar re fos deus an idolatret. 

AN IMPALAER 

Blasphemo (5) cruel no soufromp davantaj (s) 
700 Discargomp war neze ho leqeomp a bezio 
Hep nep remision flastromp de peno 
Awalch eneus laret avanset ma frincet (7) 

(1) Cf. : Me gollo ma &hnrun ha ma rouantclez, « Que je perde ma cou- 
ronne et mon royaume », Sainte Tryphine et le Roi Arthur, p. 352. 

'21 Ce même anachronisme se retrouve, par exemple, dans le vers où 
le roi Arihur parle du parlemeni de Rennos : Sainte Tryphin.' <'t le Rf.i 
Arthur, p. 352. 



LA VIE DK SAIXÏ PATRICE. 223 

Je renonce absolument h notre loi et à notre état, 
à mon sceptre et à ma couronne, à ma grandeur et à tous 
si je ne les martyrise l'un et Tautre [mes biens, 

et si je ne leur (Me In vie sans rémission. 

(Tous s'en vont.) 



ONZIEME SCENE 

Patrice, le Vicaire et les Habitants par un bout 
l'Empereur et ses Princes par un autre bout. 



L EMPERELR 

Par la tète Mahon, catholiques infâmes î 
vous aurez regret d'être venus ici. 
Or ça, chrétiens méchants, avancez, approchez, 
que j'entende la raison qui vous amène dans ce pays. 
Quelle sorte de loi nouvelle avez-vous inventée ? 
une loi au préjudice des idoles sacrées. 
Vous ne savez pas combien je suis puissant, 
mon parlement et moi nous avons plein pouvoir, 
sous peine d'abord d'être annulé, 
(le rompre sur la roue quiconque l'a observée. 

PATRICE 

Empereur redouté, puisque vous me le permettez, 
je parlerai avec douceur devant votre majesté, 
et je vous expliquerai notre loi 

que notre sauveur Jésus-Christ a instituée et qu'il nous a 
Celle-ci est la loi qui doit être observée [donnée, 

et non pas la fausse loi des idolâtres. 

l'empereur 

blasphèmes cruels! ne les souffrons pas davantage. 
Déchargeons sur eux [nos armes] et mettons-les en morceaux: 
sans aucune rémission, écrasons-leur la tête. 
Il en a dit assez, avancez, mes princes. 

(3i Lisez : Da. 

' t) Lisez, pour la mesure : 'n nep. 

(.5) 11 manque à la suite de ce vers le vers qui devnit liinor nvoc lui. 

(»)) Ce vers jie rime avec aucun autre. 



224 BUEZ SANT PATRICK. 

lia h\\i glew ar sorcer pc en forin e prezec 
Fallout dean breman laqat urs en hon mesq 
705 Qemeret ho harmo ewit (D ofresipitan 
Palatete mornon mn ne ran e crongan. 

PATRICE 

Avanset ma zut qer hac eneum breparet, 
Da andurin ar Marw joaus hac ep regret 
Aie gwel digor an Env da recev ohine 
710 Mac iwe qement den a varvo ewit Doue. 

AN IMPALAER 

Penos renégat cruel ineo detestabl 

Peherien cri a vil hac (2) iwe abominabl 

[[\\[ a ra dam halon cavet (3) cant melanconi 

A donet war ar plas memeus da arajin 
715 Penos treitourien vil ezoch qen ifrontet 

D'adorin eun Doue awe crucifiet 

Staget en eur groas pren gant cargo diremed 

A (^) liniset evue en touez (^) ar vrigantet 

Ma vijc puisant evel ma leveret 
720 Eun Doue imortel iwe Grouer dar Bed 

Ne vije qet staget tost da Jerusah'm 

Ha laqaet dar Marw dirac ar Yudewieji. 

(Patrice liac e suit dan dawlin.) 

PATRICE 

Ma Salwer Jésus Christ heman ew ar chase 

Ileman ew an ataq do serviger hirie 
725 Consolet ahanon ma Jésus ma otro 

Pam gwelet poursuivet allas gant ar Maro 

Ghetu ar bleidi bras hac y qen debordet 

Qen cruel en araj evel gwir Lconet 

Eneum rentet aman ewit hon sacajin 
730 Mac non laqat dar Marw gant cals a viliny 

Mes hwi ma gwir Jésus me sur ohimito 

Pa wach iwe clasqet ewit mont dar Maro 

(1) Lisez, pour la mesure : 'wil. 
i'2) A supprimer, à cause de la mesure. 

(3) A contrarier en : rat, pour In mesure. Cf., plus linut, la noie nu 
vers 5G2 du V^ acie. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 225 

Entendez-vous le sorcier de quelle manière il prêche ? 
Il veut maintenant mettre l'ordre au milieu de nous. 
Prenez vos armes ppur les mettre en fuite. 
Par la tête Mahon, si je ne le fais pendre! 

PATRICE 

Avancez, mes bonnes gens et préparez-vous 
à souffrir la mort joyeusement et sans regret. 
Je vois le ciel entr'ouvert pour recevoir vos âmes, 
et celles de tous les hommes qui mourront pour Dieu. 

l'e.nu^ereir 

Gomment, renégat cruel, âmes détestables, 
pécheurs endurcis, vils et aussi abominables, 
vous abreuvez mon cœur de cent mélancolies 
et me mettez en rage d'être venu ici. 
Gomment, vils traîtres, ôtes-vous si effrontés 
d'adorer un Dieu qui a été crucifié 
et attaché à une croix de bois avec des charges accablantes 
et qui a fini sa vie entre deux brigands? 
S'il était puissant, comme vous le dites, 
et un Dieu immortel, créateur du monde, 
il n'aurait pas été attaché près de Jérusalem 
et mis à mort en présence des Juifs. 

(Patrice et sa suite à genoux.) 

PATRICE 

Mon sauveur, Jésus-Ghrist, voici la persécution. 
Voici l'attaque contre votre serviteur aujourd'hui. 
Consolez-moi, mon Jésus, mon seigneur, 
puisque vous me voyez poursuivi, hélas! jusqu'à la mort. 
Voici les loups monstrueux qui sont lâchés, 
aussi cruels dans leur rage que de véritables lions, 
qui sont venus ici pour nous saccager, 
et nous mettre à mort avec beaucoup de cruauté. 
Mais vous, mon doux Jésus, je vous imiterai sûrement; 
quand vous avez été traqué vous aussi pour aller à la mort, 

(4) A omettre, pour la mesure, 

(5) Touez ne compte que pour une syllabe. 



226 BrEZ SAXT patrice. 

Ar Roue Ilerodes a wa qen révolte t 
Ma casas e arme da glasq ho qemcret 
735 Ma Doue ma hrouer reit dimp an avantag 
Distreit dre Iio graço ouzimp ol ho pisaj 
Ewit hon gwarantin ous hon enemiet 
A ro dimp ar brezel balamour do caret. 

(aman eteu eur grenamant douar hac a ra dan Irnpalaer a 
de suit eneuni ve.s(ia e mesq ar re-al hac e lèveront a wez 
huel) : 

Ya Ya nin a so contant (i) 
T'iO Ô Doue Patrice da vont hon gwir Doue (2) 
Disqwezet en deus dimp penos en ho carie 
Drese ho suplian da lavaret gène 
Ebars en gloar dean breman peb a ave. 

(ma canont an Ave Maria en brezonec.) 
(oll cwit.) 



SCENEN DAWZECVET 

AN YMPALAER e unan. 

Ô Doue Jupiter hac hon oi Doueo 
745 Pelech ewach manet gant o hol sicourou 
Birwiqen ne gredchen e vijach nianqet din 
Prometet opoa din mar carjen qendelhin 
Ho lezen dreist pep tra donet dam segondin O) 
Ha i^) breman oheus ma lezt ep rein nep sicour din. 
750 Apuiet war ho gir em boa antreprenet 
Chasseal ar Gristenien evel chas arajet 
Mes er hentan ataq ezon manqet a gren 
A mo deus (5) ma repousset evel eun inhumen. 

BELSEBUT 

Glew, Glew eta Garius ewit qement-man ol 
755 E renqer repoussin ar ganaillez pen fol 
Hac ober edido da terin ha crougan 
Ar blasphematour se a qement a (6) gred dean 

(1) Cotte ligne ne compte ni pour la rime ni pour la mesin'c. 

(2) « Ils confessaient hautement que le Dieu de Patrice était le vrai 
Dieu », dit le Dictionnaire des légendes, col. 968. 

(3) Nous avons déjà rencontré cet hémisliche, acte I, v. 320. 



LA VIE DE SAIXT TATRICE. ZZ i 

le roi Hérode était si outré 

qu'il envoya son armée pour s'emparer de vous. 

Mon Dieu, mon créateur, donnez-nous Favantage. 

De grâce, tournez vers nous tous votre visage 

pour nous préserver de nos ennemis 

qui veulent nous faire la guerre parce que nous vous aimons. 

(A ce moment se produit un tremblement de terre qui fait que 
l'empereur et sa suit« sont jetés pêle-mêle parmi les autres; 
et ils disent tous ensemble à haute voix) : 

Oui, oui, nous consentons, 
Patrice, à ce que votre Dieu soit notre vrai Dieu. 
Il nous a montré combien il vous aime. 
C'est pourquoi je vous supplie maintenant de dire 
à sa gloire avec moi chacun un Ave. 

(De sorte qu'ils chantent VAve Maria on breton.) 
(Tous s'en vont.) 



DOUZIEME SCENE 

L'EMPEREUR seul. 

Dieu Jupiter! et tous nos dieux! 
Où étiez-vous restés avec tout votre secours? 
Je n'aurais jamais cru que vous m'eussiez manqué. 
Vous m'aviez promis que, si je voulais maintenir 
votre loi par-dessus toute chose, vous m'auriez secondé, 
et maintenant vous m'avez laissé sans me donner aucun se- 
Fort de votre parole j'avais entrepris [cours. 

de chasser les chrétiens comme des chiens enragés, 
mais à la première attaque j'ai été vaincu; 
ils m'ont repoussé comme un inhumain. 

BELZÉBUTH 

Ecoute, écoute donc, Garius. Malgré tout cela 
il faut repousser la canaille à tête folle 
et faire des édits pour torturer et pendre 
le blasphémateur et tous ceux qui le croient. 

(4) A supprimer, pour la mesure. 

(5) Je pense qu"il faut rétablir : IIocli eus ma repoussel. 

(6) A supprimer, pour la mesure. 



228 13UEZ SANT PATRICE. 

Nas pezo nemert cas unan da soudardet 
A vezo courajus pe unan as Princet 

760 Da vont secretamant da rein eun ten dean 
Pa vezo en Ilis prest da oferenan 
Rac se secretamant e renqach e tennan 
A mar gellet ampoign ar halei digantan 
Digasetan genach a neuze e welet 

765 Pe sort urs na lezen a neveus invantet. 

AN IMPALAER 
(ar Prinset a antre.) 

Palatete gerni qement-se a ve mad 
Glewet ma henta Prins deuttu gène timat 
Pa deui an Arhescop ewit oferennan 
Rac se secretamant e renqach e lazan 
770 A mar gwelet ampoign ar halei digantan d) 
Digessetan genech ma welin anezan. 

AR HENTA PRINS 

Impalaer redoutet ar pez a leret din 
A so danjurus bras mes couls goude men grei 
Enem tenet war se en ho pasiantet 
775 A me yalo ep trouz ep dale de gafet. 



SCENEN TRIZECVET 

Palrice hac ar hloarec cneum dispos da gomans an oferen. 
Ar Henta Prins a antre eur pistolen en e zorn. 

PATRICE 

Ô Doue imortel penos a possubl ve (2) 
Hes pede 0) an audaç da ober qement-se 
Dompter bras Pharaon, terrasser an Ifern 
Lech ameus ar wej-man ma Doue da fachan 
780 welet ar mépris demeus an impi man 
Ma houlenan ouzoch donet de neum venjin 

(1) Cf., plus haut, V. 763. 

(2) Cf. : Doue, me crouer, hac ci ave posibl, Cognoinerus et sainte 
Tréfme, v. 493. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 229 

Il n'y aura qu'à envoyer un de tes soldats 
qui soit courageux ou bien un de tes princes 
pour aller secrètement lui tirer un coup de fusil 
quand il sera dans l'église prêt à dire la messe. 
Or, secrètement, vous devez tirer sur lui 
et, si vous pouvez empoigner son calice, 
apportez-le avec vous et alors vous verrez 
quelle sorte d'ordre et de loi il a inventée. 

l'empereur 
(Les Princes entrent.) 

Par la tète Jarni, cela serait bon. 
Ecoutez, mon premier prince, venez avec moi promptement. 
Quand rarchevèque viendra pour dire la messe, 
donc, secrètement, vous devez le tuer 
et, si vous pouvez saisir son calice, 
apportez-le avec vous afm que je le voie. 

LE PREMIER PRINCE 

Empereur redouté, la chose que vous m'ordonnez 
est fort dangereuse, mais cependant je la ferai. 
Continuez à être patient 
et j'irai le trouver sans bruit, sans délai. 



TREIZIEME SCENE 

(Patrice et le clerc se disposent à commencer la messe. Le premier 
prince entre, un pistolet à la main.) 

PATRICE 

Dieu immortel I Gomment serait-il possible 
que tu* eusses l'audace de faire cela! 
grand dompteur de Pharaon, terrasseur de l'enfer, 
j'ai l'occasion, cette fois, ô mon Dieu, de me mettre en colère, 
en voyant le mépris de cet impie, 
de sorte que je vous demande de vous venger 

(3) Vient de : As- pe- te. 



230 BUEZ SANT PATRICE. 

Anezan war ar plas aze me ho supli 

Ma teuio war ar plas breman da amantin. 

(ar huruno a gomans hac ar foeltr a gwe war ar Prins 
hac en discar dan douar.) 

PATRICE 

Auditoret christen d) ne neum estonet qet 
785 Quez ameus dre henez allas a so collet 
Aman e hadmiromp ol puisans Doue 
Ha rentomp graç dean en durant hon bue (2) 
Ewit an dervez-man ne oferenin qet 
Rac non insulten hwaz pan dint qen coleret. 

(oll cwit.) 

SCENEN PEWARZECVET 
Patrice, ar Viqer. 

PATRICE 

790 Qwitaet int ol (3) ar wej-man demp are da gana 
Ret ew dimp poursuiv hwaz ar bobl revoltet-man 
Ma Doue ma hrouer m'hoped dam asistan 
Rac en ho brasan gloar ew qement a (^) houlenan. 

AN EL GABRIEL 

Doue a gomand dech Archescop venerabl 
795 Lezel ar veaj (s) ne gcf qet eve mad 

Rac noaz a douqe ma teuach de exaltin 
Doue do conservo hac ar Werhes Vari. 

(an El cwit.) 
PATRICE 

El illuminant (6) ambasadour an Env 
Ma qelen ordinal ma curiosité W 
800 Me ho trugareqa dam bezan inspiret 
A bolante ma Salwer he bean din rentet. 

(1) Ici Patrice adresse la parole aux auditeurs. De même, plus loin,v.90G. 

(2) Cf. acte I, v. 080 ; acte II, v. 23. 

(3) Ce mot. est de trop, pour" la mesure. 

(4) Serait à supprimer, pour la mesure. 

(5) A suppléer : se. (Ce passage laisse beaucoup à désirer sur la clurlé. 
Voir ce que disent le Dictionnaire des Légendes et Montalvan : « Comme 
il sortait un soir sur la brume des confins d'Uditie (lisez Ulidie), pour aller 
à Armacano (« Armacana, ciudad populosa de aqvclla Provmcia », Mon- 
talvan) il rencontra un ange qui lavertit de retourner sur ses pas et 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 231 

de lui sur place, ici, je vous supplie 

qu'il vienne maintenant sur la place à s'amender. 

(Les tonnerres commencent et la foudre tombe sur le prince 
et le renverse à terre.) 

PATRICE 

Auditeurs chrétiens, ne vous étonnez pas. 
Jai regret à celui-là, hélas! qui est perdu. 
Admirons ici la toute-puissance de Dieu 
et rendons-lui grâce pendant notre vie. 
Pour aujourd'hui je ne dirai pas la messe [colère, 

de peur qu'ils ne nous offensent encore, car tous sont en 

(Tous s'en vont.) 

QUATORZIÈME SCÈNE 

Patrice, le Vicaii^e. 

PATRICE 

Ils sont tous partis cette fois. Allons chanter de nouveau. 
11 nous faut poursuivre encore [la conversion] de ce peuple 
Mon Dieu, mon créateur, je vous prie de m'aider, [révolté, 
car tout ce que je demande est pour votre plus grande gloire. 

l'ange GABRIEL 

Dieu vous commande, archevêque vénérable, 
d'abandonner ce voyage qu'il ne trouve pas bien [d'entre- 
car cela lui déplairait si vous l'accomplissiez. [prendre] 
Dieu vous conserve, et la vierge Marie! 

(L'ange s"en va. 
PATRICE 

ange qui m'éclairez! ambassadeur du ciel, 
mon instructeur fidèle, vous qui avez soin de moi. 
je vous remercie de m'avoir inspiré 
la volonté de mon Sauveur qui m'a été révélée. 

que ce n'était pas la volonté de Dieu qu'il sortit do cette contrée pour 
entreprendre quelque voyage: ce qui l'obligea de rebrousser chemin tout 
incontinent. »■ 

■<)' On a déjà rencontré cet hémistielie. plus haut, acte L v. i(33. 

(7) Le mot a, si je ne me trompe, deux significations possibles : « Celui 
ou cela qui satisfait mes désire » ou « celui qui a soin de moi »: pour le 
dernier, cf. : lia bez anezy curius, « aie bien soin d'elle », le Grand Mystère 
de Jésus, p. 140. L'un ou l'autre sens se comprend ici. 



232 BUEZ SANT PATRICE. 

SCENEN PEMZECVET 
Patrice, Santez Brigida. 

PATRICE 

Doue da vo genach, Berhet ma mignonez 
Ilac ar Werhez santel h on gwir avocadez (i). 

BRIGIDA 

A hwi (2) Tad santel Doue do qendalho 
803 Leun a brosperite 0) bêle fin ho teyo 

Deut on aman exprès do cafet gant henor 
Da comuniqan dach abeurs lion Redemptor 
Secrejo admirabl en (^) defoa comuniqet 
Din da lavaret dech dre ma zoch qen caret. 

(aman e vo groet eur sclerigen en Er.) 

AR HENTA HABITANT 

810 Sellet, sellet ebars en er 

Eur golou bras leun a sclcrder 

Na gredan qet avanturin 

Na chom peloch da comprenin 

Me aman da cafet an dut 
815 Me a qef eman eur berzud. 

.(gervvel a ra en tal an Nor) : 

Jaqez, Jaqez deut prest er mez 
Dre ar pez a welan ezon diez 
Sellet en er eur sclerijen 
Evel eun Heaul (s) souveren. 

(Jacqez o vean antreet a henw eun ail hac a lar) : 

820 Gwilarm avanset ma mignon 
Manet omp aman en eston 
Chetu eur flam beoz o tewin 
Ebars en err a huz hon ty. 

(1) Cf. acte I, vv. 497, 1076 ; acte II, v. 428. 

(2) L'hémistiche n'a que cinq syllabes. On peut supposer : A hivi hon 
Zad santel. 

(3) On a déjà rencontré cet hémistiche, acte I, v. 704. 



LA AIE DE SAIXT PATRICE. 233 

QUINZIÈME SCÈNE 

Patrice, Sainte Brigitte . 

PATRICE 

Dieu soit avec vous, Brigitte, mon amie, 
et la sainte Vierge, notre vraie avocate. 

BRIGITTE 

Et vous, saint père, que Dieu vous conserve, 
plein de prospérité jusqu^à la On de vos jours. 
Je suis venue ici exprès vous trouver, avec honneur, 
pour vous communiquer de la part de notre rédempteur 
les secrets admirables qu'il m'avait communiqués, 
pour vous les redire parce que vous êtes si aimé de lui. 
(Ici une lumière se produira dans le ciel.) 

LE PREMIER ASSISTANT 

Regardez, regardez dans l'air 
une grande lumière pleine de clarté. 
Je n'ose pas m'aventurer, 
ni m'attarder plus longtemps à comprendre; 
Je vais chercher le peuple 
car je vois ici un miracle. 

'Il appelle près de la porte) : 

Jacques, Jacques, venez dehors prestement. 
Je suis mal à mon aise en raison de ce que je vois. 
Regardez dans l'air une lumière 
comme un soleil glorieux. 

(Jacques étant entré appelle un autre et dit) : 

Guillaume, avancez, mon ami. 
Nous sommes ici en émoi. 
Voici une flamme vivante qui brûle 
dans l'air au-dessus de notre maison. 

fi) Lisez : '/i defoa. 

(5) IJeaiil a une syllabe. Cf. acte I, v. 100, et E. Ernault, Dictionnaire 
étymologique du Breton-Moyen, p. 309. On peut conjecturer : Evel eun 
heaul scier souveren. 



2oï BUEZ SAÎST PATRICE 

GWILLARM 

Patrice leret dimp mar be hopolante 
825 Petra a signifi ar sclerijeii caer-se. 

(oll dan dawlin.) 
(Suii.l 

Jésus, ma Doue petra ew qement-man 
Digoret ew an Env chetu cur sclerder aman 
Tad santel venerabl (i) leveret me ho ped 
Petra a sinify dija ezon spontet. 

BRIGIDA 

830 Doue a (2) fel dean rein da bout dach hirie 
Pelech e repozet qent ewit pen tri de 
Heman ew ar sujet deus a conversion 
Ewit ma tispozet Archescop ho calon 
Da cwitad ar vizer a soufret er Bed-man 

835 Hac en amzer da dont donet da jouisan 
Demeus ar joaio bras a so dach preparet 
Gant Prins an ebestel eil ferson an Drindet. 

PATRICE 

Qelo desirabl a hwaz émeus regret 
tonet da gwitad an hybernianet 
840 Pa ne meus qet gallet laqat dre ol ar fe 
Mes ret ew fmissan pa gomand ma Doue 
Me ia deneum (3) retiran da (^) ober ma testamant 
Poent ew din ajissan en se incessamant. 



SCENEN HWEZECVET 

PATRICE e unan. 

Pan dew ari an heur ma zew poent fmissan 
845 A dirac ma Jésus dont da comparissan 
Dirac ho Tribunal ewit rentin dach cont (5) 
Deus ma bue deplorabl émeus regret ha spont 
Da gentan émeus qeiiz ma Doue ma hrouer 

(1) Pour cet hémistiche, voir acte III, vv. 437, 900. 

(2) Une phime phis récente a ajouté l'a qui est requis par la mesure. 

(3) Lisez : 'neum. 



LA VIE DE SAINT TAIKICE. 235 

GUILLAUME 

Patrice, dites-nous, si vous le voulez bien, 
que signilie cette belle lumière? 

(Tous à genoux.) 
(Suite! 

Jésus, mon Dieu, qu'est-ce que tout cela? 
Le ciel est entr'ouvert, voici une lumière. 
Saint père vénérable, dites, je vous prie, 
ce qu'elle signifie: je suis déjà épouvanté. 

BRIGITTE 

Dieu veut vous faire connaître aujourd'hui 
où vous reposerez avant trois jours. 
Ceci est le sujet de votre conversion, 
pour que vous disposie,z votre cœur, archevêque, 
à quitter la misère que vous souffrez dans ce monde 
et à jouir dans les temps futurs 
des grandes joies qui vous ont été préparées 
par le prince des apôtres, deuxième personne de la Trinité. 

PATRICE 

Quelles nouvelles admirables! et cependant je regrette 
de quitter les Hiberniens, 
puisque je n'ai pu implanter partout la foi; 
mais il faut en hnir puisque mon Dieu le commande. 
Je vais me retirer alin de faire mon testament. 
C'est le moment de m'occuper de cela sans délai. 



SEIZIEME SCENE 

PATRICE seuL 

Puisque l'heure est arrivée où je suis sur le point de mourir, 
de comparaître devant mon Jésus 
et devant votre tribunal pour vous rendre compte 
de ma vie déplorable, que je suis rempli de frayeur et de 
En premier lieu j'ai regret, mon Dieu, mon créateur, [crainte! 

(4) A supprimer, pour la mesure. L'iujmistiehe se Irouve plu.'i haut, v. lOS. 

(5) Cf. : lia mont dirac doue evU retdl ho cont, Cognomerus et sainte 
Tréfine, v. 1070. 



236 BUEZ SANT PATEICE. 

Demeus an neglijans ameus bet en ho qever 
850 A dan eil émeus awn demeus a ho justis 

Ma houlenan pardon diganech ep fentis 

Ar. pez a ra din nech o cwitad ar Bed-man 

Ew an idolatry a van da distrujan 

Allas piw a gredo breman prezeq deze 
855 Pan dew ho polante ma goulen ma Doue 

Mar carjach ma lezel da yun a dapedin 

Qen a mi je (i) gallet donet do (2) obtenin 

Digant ho madelez deze anoudegez 

An danjur evidant ma medi o hine 
860 Ha birwiqen james na lezan da welan 

Qeit a mambo momet da chom war ar Bed-man. 

(Doue a disqen a groq en e zorn hac en qasso da gichen 
eur havarn.) 

DOUE 

Ghetu aman ma mab eur havarn preparet 
Hac abalamour dach ew privilejiet (3) 
A piou benaq a deui gant gwir qeuz a regret 

865 Da antren er plas-man hac avo covesseet 
A efaço ar boan dleet da pep pehet 
En peder heur warnugent (^) moienant bout parfet 
E renq ober e dro a bezan dilivret 
A neuze e vezo glwan (&) deus a peb pehet 

870 Drese e laran dech qent ewit fmissan 
Rein da bout dar Viqer an ténor anezan 
Ewit ma exorto ar bobl da dont dezan 
Gouraj ma gwir vignon certen ew ho caran 
No pezet nep tourmant en istant ma verwet 

875 Me deui gant ma Ele pront do tigemeret. 

(Doue a disparis.) 

PATRICE, dan dawlin. 

Ramaset ew ma Speret (6) a ma ententamant 
Tracet gant eur splendeur a eun Doue puisant 
Gwerhez, Sent hac Elc .me ne veritan qet 
Bezan gant ma Doue qen dign favorizet 

(1) Miie vient de bife, par mutation nasale. 

(2) A lire : da. 

(3) Lisez, pour la mesure : Es ew, et cf., plus haut, v. 113. 



LA A'IE DE SATXT PATRICK. 237 

de la négligence que j'ai montrée à votre égard, 

et en deuxième lieu, j'ai peur de votre justice, 

de sorte que je vous demande pardon sans feinte. 

Ce qui m'afflige en quittant ce monde 

c'est l'idolâtrie qui reste à faire disparaître. 

Hélas! qui osera maintenant leur prêcher? 

Puisque c"est votre volonté de m'appeler, ô mon Dieu, 

veuillez me laisser jeûner et prier 

jusqu'à ce que je puisse obtenir 

de la part de votre bonté la connaissance pour eux 

du danger inévitable où sont plongées leurs âmes, 

et dorénavant je ne cesserai de pleurer [monde. 

aussi longtemps que j'aurai un moment à rester dans ce 

(Dieu descend, lui prend la main, et le conduira près d"une 
caverne.) 

DIEU 

Voilà, mon fils, une caverne préparée; 
à cause de vous elle est privilégiée; 
quiconque entrera en cet endroit avec un réel regret 
et avec la contrition et s'il s'est confessé, 
la punition due à chaque péché sera effacée. 
En vingt-quatre heures, pourvu qu'il soit contrit, 
il lui faut en faire le tour et être délivré, 
et alors il sera purifié de tout péché. 
C'est pourquoi je vous dis, avant de finir, 
de faire connaître au vicaire la teneur de cela, 
pour qu'il exhorte le peuple à y venir. 
Courage, mon vrai ami, il est certain que je vous aime. [rez. 
Vous ne souffrirez aucun tourment à l'instant où vous mour- 
Je viendrai promptement avec mes anges pour vous recevoir. 

(Dieu disparaît.) 

PATRICE, à genoux. 

Mon esprit et mes sens sont étourdis, 
pénétrés par la splendeur du Dieu puissant. 
Vierge, anges et saints, je ne mérite pas 
d'être favorisé de tant de dignité par mon Dieu. 

(4) Cet hémistiche se trouve aussi dans la Biiez Louis Enniits, p. 87. 

(5) Lisez : glan. 

(6) Cet hémistiche a une syllabe de trop. 



238 BUEZ SAXT rATRICE. 

880 Ghetu dor ar havarn spes en e remerqan 
Me ia broman dar ger ewit avertissan 
Ma Viqer gênerai demeus a qement-man 
Rac pa gomand an Env ret ow obeisan <i). 



SCENEN SEITECVET 
Patrice, Saules Brigida (pe Berhet), ar Viqer, an Ilabitanlet. 

PATRICE 

Ma Viqer gênerai a hwi habitantet 

885 Disserri ra an termen a so determinet 
Da baean an tribut da Jésus ma Salwer 
Qement a gemer bue a renq eur vej merwel <2) 
Nen dew qet rac merwel ew ma brassa regret 
Mes qeuz meus o cwitad an hibernianet (3) 

890 Bemde em pedeno em boa qown aneze 
Ilac em sacrifiço e peden ewite 
Qement a qen bian ma zew bet executet (^) 
Gant Jésus bon Alessy ma meus bet obtenet 
Eur Purgator newe em (5) hano instituet 

895 riac abalamour din ew privilejiet (s) 

E (7) pedereur warnugent e teuer da (^) chom enna 
E hefaser qement ofans a vo groet er Bed-man (9) 
En qichen an drwayen ont ew instituet 
Deut gène a nin yel assamblez de welet. 

AR VIQER 

900 Tad santel vcnerabl en lech ma commandet 
Nen deus hini me gred nen dew prest da vonet 
Penevert ma welomp ezoch predestinet 

(1) Cf. acte I, V. 1000, et : Ret eo obeissan bepret dlie volante, la Création 
du Monde, v. 1754, et, du même Mystère, manuscrit de Quimper : Mes pa 
gomant Doue eo ret obeissan, A. Le Brnz, Textes Bretons inédits, p. 5. 

(2) 6f. : Ret eu un dro da neb so beu 

Gouzafl an maru 

« Il faut que tout être vivant souffre une fois la mort ». 

Le Mystère de sainte Barbe, stance 660. 

(3) Ce mot semble avoir cinq syllabes. Nous l'avons déjà rencontré aux 
vers 467, 483 ne comptant que pour quatre syllabes. 

(4) L'hémistiche a une syllabe de trop. Lisez, probablement : so bet 
executet. 



LA VIE DE SATXT PATRICE. 239 

Voilà la porte de la caverne; je l'aperçois clairement. 

Je vais maintenant à la ville pour informer 

mon vicaire général de tout cela, 

car lorsque le Ciel commande, il faut obéir. 



DIX-SEPTIEME SCENE 

Patrice, sainte Brigitte (ou Berhet!, le \icaire, les Habitants. 

PATRICE 

Alori vicaire général et vous, habitants, 
le terme est écoulé qui a été déterminé 
pour payer le tribut à Jésus, mon sauveur. 
Tous ceux qui reçoivent la vie doivent mourir un jour. 
Ce n'est pas la peur de mourir qui est mon plus grand regret, 
mais je regrette de quitter les Hiberniens, 
que je n'oubliais jamais dans mes prières 
et dans mes sacrifices je priais pour eux. 
Voici le peu qui m'a été accordé : 
J'ai obtenu de la part de JésUs notre Messie, 
un nouveau purgatoire institué en mon nom, 
et à cause de moi il est privilégié. 
Quiconque y restera pendant vingt-quatre heures 
verra toutes les offenses qu'il a commises dans ce monde 
Près de la vallée là-bas il a été établi. [effacées. 

Venez avec moi et nous irons le voir ensemble. 

LE VICAIRE 

Saint père vénérable, le lieu où vous nous commandez 
il n'y a pas un, je crois, qui ne soit prêt à y aller. [d'entrer. 
Si ce n'est que nous vous voyons prédestiné, 

(5) Lisez : 'm hano. 

(G) Lisez : ez ew. Cf., plus haut. vv. 113, 863. 

(7) Serait à supprimer, pour la mesure. Cf., plus haut, v. 867. 

(8) A supprimer, pour la mesure. 

(9) Cf. : Faiv piirgatoar a so er vro an Iliberni 

A zo het relevet d'an otro sant Patri. 

Nep a dremcnou enna peder heur voarnugant 

\'o queri net a becliet vel de he vadeiant. 

Buoz Louis Eunius, p. Kr2: cf., ibkl., p. 114. 



240 BUEZ SAXÏ PATRICE. 

Ew beuet(i) hon halon gant glahar a regret 
tont da diweret eun den qen vertuus 
905 Mes qwitat ar Bed eneum (2) rentet evurus. 

(Mont a reont dar havarn.) 

PATRICE 

Aman eman ar plaç auditoret christen (3) 
Pe en lech e peer bete eur Sillaben 
Ar boan hac an tourmant a verit pep pehet 
Moyenant cafet qui da veza cometet 

910 Ha bout ferm a constant da soufrin ar vizer 
A ray an Diawlou en qeit se a amzer 
Me a ray dech dre scrit ma viqer en antier 
An disposition a renqer da ober 
Qent antren en eur plaç a so qen redoutet 

915 Dre ma ew ret tremen pouer an Drouc-speret. 

AR VIQER 

No pezet nep morhet moyenant grac Doue 
Ne neum (^) aiqwito fidelamant en Se. 

PATRICE 

Orsa habitantet demeus an hiberny 
Pan dew ari an heur ma zcw ret achuin (5) 

920 Reit din ho hasistans (6) a leret me ho ped 
Pep a De profundis pa vezo ma decet 
Digenech ma Viqer me a houlen qenta ^ 

Ho penediction ewit (7) ar wej-diwezâ 
Allas ne allan mui ar goms a defot din 

925 Ari ew an amzer ma ew ret achuin. 

AR VIQER 

Tad santel fallaad a ret 
Ghanjamand bras a qemeret 
Ho pezet cown den evurus 

(1) C'est l'ordre interverti do ces deux mots qu'on attend. 

(2) Lisez : 'neum. 

(3) Voir la note au vers 784. 

(4) Lisez : Me en em, pour la mesure. 



LA VIK DK SAIXT l'ATRICK. 2 'l I 

noire cœur serait abîmé de douleur et de regret 

en perdant un homme si vertueux. 

Mais, en quittant \o monde vous devenez heureux. 

•Ils vont à lîi caverne.} 

PATRICE 

loi est le lieu, auditeurs chrétiens. 
où Ton paiera, jusqu'à la hn. 
la peine et le tourment que mérite tout péché, 
pourvu qu'on éprouve du regret de Tavoir commi-s, 
et qu'on soit ferme et constant en souffrant les douleurs 
que les diables feront subir pendant cette durée de temps. 
Mon vicaire, je vous donnerai en entier par écrit 
la disposition qu'on doit observer 

avant d'entrer dans une place qui est si redoutée, [vais esprit, 
parce qu'il est nécessaire qu'on vainque le pouvoir du mau- 

LE VICAIRE 

N'ayez aucune inquiétude, avec la grâce de Dieu, 
je m'en acquitterai lidèlement. 

PATRICE 

Or çà, habitants de rilibernie. 
l)uisque Iheure est arrivée où il faut en finir, 
prètez-moi votre aide, et récitez, je vous prie, 
chacun un De projuncUs. quand mon décès aura lieu. 
De vous, mon vicaire, en premier lieu je demande 
votre bénédiction pour la dernière fois, 
llélas! je ne puis faire davantage, la parole me manque, 
le temps est arrivé où il faut finir. 

LE VICAIRE 

Saint père, vous faiblissez. 
Vous éprouvez un grand changement. 
N'oubliez pas. ô homme heureux. 

5; Cf., plus loin, v. 025. 

(0) Cet hémistiche se trouve dans le Mystcie de la Ci'éation du Mond-: 
A. Le Braz, Tcrh-s Brelans inédits, p. 5. 
J) Lisez : uil. 

18 



2i2 BUEZ SAXÏ TATRICE. 

Da ofr ohine da Jésus 
930 Chotu aman croas hon Alessy 
Loqct o hol fians enny 
Av gwir arm ew da resistan 
Ous an adversour cruelan. 

. PATRICE 

Croas caer ma Redemptor (i) 
935 Me ho qemer da vezelour 

JJemeus a boanio malD Doue 

Enoch e collas e vue 

Ô Ma Jésus a disqwe scier 

Ho carante en hon qever 
9'i0 Me ho qemer gant mil joa (2) 

En heur ar Marw do priata 

Ô Croas leun a evurustet 

Miret ma horf a ma Speret 

Ous an adversour divergont 
9^5 Ewit merwel nem bo nep Spont 

Ma zut adieu monet a ran 

Gant graç Jésus e qiniw nadan (3) 

otro otro ar Viqer 

Merwel so ret ar wez-man Scier 
950 En Env e (^) hesperan ho gwelet 

Adieu eta ma breudeur qez 

En (5) hano Doue na welet den 

Rac na ve an Env a fachen 

Gwel ew gène e pedach Doue 
955 Ho cafet bepret eur gwir fe. 

BRIGmA 

Adieu ma zad santel Doue do conduo 
Dar joa so preparet en palez an Envo 
Impetret din ar hraç en palez an Drindet (6) 
En defm ma deio da vont dy do gwelet. 

(1) Cf. l'invocation de la croix dans le Mystère de saint Crc^pln et do 
saint Crépinien, vv. 1899 et suiv. 
[2] Joa semble avoir ici deux syllabes. 

(3) Pour : qimiadan. Voir, plus haut, la note au v. lli. 

(4) A supprimer, pour la mesure. 



LA VIE DK SAINT TATRICK. '^'lo 

d'offrir votre âme à Jésus. 
Voici la croix de notre Messie; 
mettez en elle toute votre confiance. 
C'est Tanne la plus sûre pour résister 
nu plus cruel adversaire. 

PATHICE 

belle croix de mon rédempteur, 
je vous prends comme miroir 
des peines du Fils de Dieu. 
Sur vous il perdit la vie. 
mon Jésus, vous qui témoignez clairement 
votre amour à notre égard, 
avec mille joies je vous prends 
à l'heure de ma mort pour vous embrasser. 
croix pleine de félicité, 
gardez mon corps et mon esprit 
de l'adversaire terrible, 
et de mourir je n'aurai nulle crainte. 
mon peuple, adieu, je m'en vais; 
avec la grâce de Jésus je prends congé. 
seigneur, seigneur vicaire, 
il est certain qu'il faut mourir cette fois. 
J'espère vous revoir dans le ciel. 
Adieu donc, mes chers frères, 

je vous prie au nom de Dieu que personne ne pleure' 
de peur que le ciel ne se tache. 
J'aime mieux que vous priiez Dieu, 
que vous ayez toujours une vraie foi. 

BRIGITTE 

Adieu, mon saint père, que Dieu vous conduise 
au bonheur qui a été préparé dans le palais des cieux. 
Obtenez-moi la grâce d aller vous voir 
dans le palais de la Trinité à la fin de mes jours. 

ijj) Lisez : '/i haiw. 

(()) On trouvera plus loin cet hémistiche, vv, 963, lfr25 et, ailleurs, par 
exemple, clans le Mystère do la Création du Monde, v. 2000, et le Mystère 
de sainte Tryphine et le Roi Arthur, p. 121-. 



BUEZ SAXT PAÏRICT. 



AR IIENTA HABITANT 



000 Adieu Archescop (D demeus an hi}3erny 
Doue do conduo hac ar Werhez Vari 
Pan dew ret lio qwitat ezomp ol glaharet 
Ciraç dimp de neum welct en palez an Drindet. 

AN EIL HABITANT 

Allas rezon ew beau contant 
905 Pan dew ar gwir Doue a gomand 

Pan nendedi en bon pouer 

Ho harretin genimp en qer 

Birwiqen devez na veAvan 

Entre vezin war a Bed-man 
970 Nam bezo coun eni pedeno 

En (2) ho madelez bac bo croajou 

Ewit (3) me nem welomp goude se 

En compagnonez an Ele. 

AN 3et HABITANT 

Allas cbanj amant bras a vezo (^) 
975 En bon qartier bac en bon bro 

Lecb on deus ol de (5) neum contristan 

Aies qement-se ne dal netra 

Doue pebeus ambloary 

Na glabar war an disparty 
080 Rac dre an (6) Arbescop so (5) inspiret 

Ile tisqer dimp cals a Speret. 

AR VIQER 

Arbescop me a wel erfat 
Eneum c^) dispozet a galon vad 
Nin a bresant ewidocb (s) otro 
085 Dirac Doue bon pedeno 

Dre (9) In manu s tuas, Domine 



(1) Le premier hémistiche est trop court (Viine syllabe. On peut supposer 
Adieu de cil Archescop. 

(2) Lisez : 'N ho. 

(3) Lisez : 'wit. 

(4) Je suppose que vezo doit se corriger en : vo. 

(5) A supprimer. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 245 

LE PREMIER HABITANT 

Adieu, archevêque de l'Hibernie, 
Dieu nous conduise et la vierge Marie! 
Puisqu'il faut vous quitter nous sommes tous affligés. 
Puissions-nous avoir la grâce de nous revoir dans le palais de 

[la Trinité! 

LE DEUXIÈME HABITANT 

Hélas! il est juste d'être content, 
quand c'est le vrai Dieu qui le commande, 
puisqu'il n'est pas en notre pouvoir 
de vous garder au milieu de nous. 
Je ne vivrai jamais un jour 
aussi longtemps que je serai sur cette terre 
sans avoir dans mes prières le souvenir 
de votre bonté et de vos croix, 
afin que nous nous voyiions ensuite 
dans la compagnie des anges. 

LE TROISIÈME HABITANT 

Hélas! il y aura un grand changement 
dans notre région et dans notre pays. 
Nous avons tous sujet de nous attrister, 
mais cela ne sert à rien. 
Dieu! quelle douleur 

et quelle tristesse au moment de la séparation, 
car, par l'intermédiaire de l'archevêque inspiré, 
on nous inculque beaucoup de sagesse. 

LE VICAIRE 

Archevêque, je vois bien 
que vous vous préparez de bon cœur. 
Pour vous, seigneur, nous adressons 
à Dieu nos prières. 
In manus tuas, Domine, 

V): Lisez, pour lu mesure : '/i. 

7) Lisez : 'neuni. 

(8) La mesure voudrait : widoch. 

(D) A suppri?)icr, à cause de la mesure. Ce vers, qui ne rime avec aucun 
autre, est cité aussi dans la Vie de sainte Xonne, v. 1925, et dans le Mystère 
de Cocrnomerus e! de sainte Tréfme, v. 1057. 



2'l6 BUEZ SAXT PATRICE. 

Comincndo Spiriluni nicum (D 
Ma zcel da vet Doue.da choin. 

PATRICE 

ïn iiiaiius tuas Domine 
DUO Jésus, recevet ma lue 
Me ia da vetan er liavarn 
Ewit (2) obeisan do gourhcmen (3) 
Itron ma presantet do mab 
Entre ho tiw vrech Gwerhez sacr 
995 Redime me Domine Deus (^) 
Monet a ran en hano Jésus. 

(antren a ra er havarn.) 
APx MQER 

Glietu antreet bon otro 
Hac achu er Bed e deio 
Merwel a ray en graç ar Messy 
1000 Pedomp Doue don honfortin. 

AR HENTA HABITANT 

lion Arhescop eheiu Hwi et 
Ha nin bon try a so manet 
En trububo ar Bed trompUis (5) 
Gbetu ebanjamant birvoudus. 

AN 2et HABITANT 

1005 Ma breudeur me deu do pidin 
A galon deneum ambrasin 
Monet a ray sur dar joaio 
A souelomp ol goude bon maro. 

AN 3et HABITANT 

Ma breudeur gant douster bo pedan (s) 
1010 Ep feiit deneum gafet aman 
Balamour dan otro ar Viqer 
A so glabaret dreist moder 

(1) Luc, XXIII, 4G. 

(2) A supprimer, pour la mesure. 

(3) Cf. acte I, v. 3G0. 



LA VIE DE SAIXT PATKICE. 247 

commenclo spiritum meum. 

Puissiez-vous aller demeurer auprès de Dieu! 

PATRICE 

In manus tuas, Domine, 
Jésus, recevez mon âme. 
Je vais jusqu'à la caverne 
pour obéir à votre commandement. 
Dame, présentez-moi à votre fils 
qui est entre vos bras, Vierge sainte. 
Redime me Domine Deus. 
Je pars au nom de Jésus. 

'Il entre dans la' caverne.) 

LE VICAIRE 

Voilà notre seigneur entré 
et ses jours en ce monde sont terminés. 
Il mourra dans la grâce du Messie. 
Prions Dieu de nous conforter. 

LE PREMIER HABITANT 

^ Notre archevêque, vous voilà parti, 
et, nous trois, restons 
dans les chagrins du monde trompeur. 
Voici un changement douloureux. 

LE DEUXIÈME HABITANT 

Mes frères, je vous prie, 
embrassons-nous de tout cœur. 
Sûrement Patrice ira aux joies 
que nous désirons avoir tous après la mort. 

LE TROISIÈME HABITANT 

Mes frères, avec douceur je vous prie 
de vous trouver ici sans faute 
à cause de monsieur le vicaire 

qui est affligé outre mesure. 

(i) Ce vers a neuf sjllabes. 

(5) Cf. acte I, v. 583. 

(G) Ce vers a une syllabe de trop. 



2i8 BUKZ SA NT TATRICE. 

Gout a (1) ret ncii clew qct a vreman 
E renqer eur wej liiiissan. 

AR VIQER 

1015 Hwi a lar gwir mad e comzet 

Rac se e qemeroinp breman pasiaiitet 

Pa saiitomp e vezo dececlet (2) 

E renqo bean interrct 

Ya gant modesty hac hciior a respet (3), 



SCENEN TRIWACHVET 

DOUE-AN-TAD, dan El. 

1020 El gardien hwi ew (^) ma honductor 

Me ho cas da wit gant lien or 

An ine evurus ha santel 

A Sant Patrice hon servi jer 

Eman sur e gador preparet 
1025 En env en palez an Drindet 

Hit da witan da dont dar gloar 

Prest ew da cwitad an Douar. 

AN EL 

Alonet a ran gant reverans 

De recev gant rejouisans 
1030 Cals a boan en deveus soufret 

A pandoun ous e ren er Bed 

Hac evel men deus meritet 

Bezan en Env recompanset 

Ew rezon dimp eneum (5) assamblin 
1035 Da gana ol gant meulody 

Nin a (6) yeio er (^) havarn da witan 

Eneur gana ol Gloria . 

(1) A supprimer, pour la mesure. 

(:?i Ce vei's a neuf syllabes. 

(8) La prosodie ot la rime des vers 101."i-1010 sont incjîulicres. Ces cinq 
vers riment entre eux et, de plus, renferment deux sortes de vers, ceux de 
huit (vers 1015, 1017, 1018) et ceux de douze (vers lOlG, 1019) syllabes. 



LA VI K DE SAIXT PATRICE. 249 



Ce n'est pas craiijourdlmi que vous savez 
qu'il faut mourir un jour. 

LE VICAIRE 

Vous dites vrai, vous parlez bien. 
Prenons donc patience maintenant. 
Quand nous apercevrons qu'il sera décédé, 
il faudra l'enterrer, 
avec modestie, honneur et respect. 



DIX-HUITIEME SCENE 

DIEU LE PÈRE à lAnge. 

Ange gardien, vous êtes mon messager. 
Je vous envoie chercher avec honneur 
l'àme heureuse et sainte 
de saint Patrice notre serviteur. 
Son siège a été sûrement préparé 
dans le ciel dans le palais de la Trinité. 
Allez jusqu'à lui pour le conduire à la gloire; 
il est prêt à quitter la terre. 

l'ange 

Je vais avec révérence 
pour le recevoir avec joie. 
Il a souffert beaucoup de peine. 

Comme c'est moi qui ai été chargé de le conduire dans le 
et, comme il Va mérité, [monde 

il va être récompensé dans le ciel, 
il est juste que nous nous assemblions 
pour chanter tous avec des louanges. 
Nous irons dans la caverne le chercher 
en chantant tous Gloria 

(\) Ces deux mots, luvi eiju, soni probableiiient à supprimer, pour la 
mesure. 
■ 7)] Lisez : iieinn. 
^01 A supprimer. 
H) Lisez : '/■ Jiavnrn. 



250 liTEZ SANT PATRICE. 

Ewit e teiian sur er niez 

Ma vo interret eu eiir bez. 

(an Ele a disqeno ebars er havarn, ar Nïqcr, Bri gicla liac 
an Iri habitant a vo-presant.) 

BIlTCiIDA 

lOiO Otro ar Viqer hon tad gwiriou 

Sclet OQS au (D ine a fesou 

Ha leret dimp petra a welet 

A fesou vad ma remerqet 

Euu dra benac dreist ordiuel 
10^5 Eucuui bresaut a uz au er 

Sellet eur viziou a welau 

Exelant bras o tout amau 

Eur milion iwe (2) pe ou tromplet 

Eur blizadur ew gwelet. 

AU VIQER 

1050 Me doute erfat e vije ret 

E vije uia me tromplet 

Ma ne wa abeurz Doue ar Bed 

Ew^a ma iue inspiret 

Avizet erfat (^) fm diwezau 
1055 Pe a lech eteu ar viziou 

Euu dra a ve lech da v\^elet 

Hac a brofit da bobl ar Bed. 

PATRICE er havarn. 

Nen dev^ qet hir ar vizion-mau 

Pau dew ari ar fiu diwezau 
J060 Rac me a (s) wel ari au Ele 

Da digemeret ma ine. 

Adieu a larau dech (6) 

Adieu a larau dar boau 

Adieu dan tourmancho (6) 
10G5 Mont a rau da lojau (6) . 

Ev^it (^) eur james dar Baradoez 



(1) Lisez : '?i ine, pour la mesure. 

(2) Il faut, je pense, lire : eiv. 

(3) Lisez : 'r fal, pour la mesure. 

(4) Lisez : '?■ l'in. 



LA VI K DE SAINT rATRK'E. 251 

pour Teii retirer sûrement 

pour qu'il soit enterré clans un tombeau. 

(L'Ange (Icscendra dans la caverne ; le \icuire, Brigitte 
et les trois Habitants seront présents.) 

BRIGITTE 

Monsieur le vicaire, notre père fidèle, 
regardez vers le ciel avec soin, 
et dites-nous ce que vous voyez, 
si de toute façon vous remarquez 
quelque chose d'extraordinaire 
qui se montre en haut dans les airs. 
Regardez, je vois une vision 
très magnilique venant vers nous. 
Ils sont un million, si je ne me trompe; 
c'est un plaisir de les voir. 

I.E VICAIRE 

Il faudrait sans doute 
c|ue mon àme fût trompée, 
si ce irétait pas de la part du Dieu du monde 
qu'elle fût inspirée. 
Examinez bien, mon peuple fidèle, 
de quel endroit vient la vision. 
(Test une chose qu'il y aurait lieu de voir 
et qui serait de prollt pour les peuples du monde. 

PATRICE dans la caverne. 

Klle n'est pas longue, cette vision, 
puisque ma lin dernière est arrivée. 
Car je vois que l'es anges sont venus 
chercher mon ame. 
Je vous dis adieu, 
je dis adieu à la peine, 
adieu aux tourments. 
Je vais habiter 
le paradis pour toujours, 

(5) A supprimer. 

(6) Ce vers n'a que six pieds. 

(7) Lisez : 'wit. 



:ioZ BLEZ SAXT PATRICE. 

Da possedin gant an Ellez 
Ebars (D er joaio hac er palez 
Fellini a baclo a james. 

''aman an Elc a gano GloiUi in c.rcclsis Deo, etc.) 
AR VIQER 

1070 Ô iMa Doue, Roue ar Steret (2) 
Me a (3) el gant gwirione laret 
Emeus gwelet spez an inc 
Deus an (-*) Arc'hescop o vont en Ee. 

BRIGIDA 

E^t ew breman da repozin 
1075 Dar plaç so (3) carget a veulodi 
Ha nin a chom er Bed bruillant 
En péril inconveniant 
Otro ar Viqer eneum (5) breparet 
Ma vezo e gorf interret 
1080 En (6) iiis Cathedral er Ker-mà 
Deut ol Christenien de W asistan. 

(aman eheont cwil gant ar horf.) 

An Diawlien a deu, 
LUCIFER 

Clew Belzebut mar dont aze 
Deus er («) mez hac e (3) clewi ma dware 
Greavet ew bon <9) fe er vro-man 
1085 Qent ne illemp ober nctra. 

BELSEBLT 

Petra a so mest Lucifer 
Pa sèves da wez en Er 
Netra a so ous da tourmant 
Pa heus qcment a epouant 
1090 Ne allan ta m pasiantin ^ 

(1) A omettre. 

(2) Ce nom adressé à Dieu est d'une occurence très fréquente dans le 
Mystère de sainte Barbe. Cf., aussi, Doue ar steret, la Création du Monde, 
V. 19-10. 

(3) .\ supprimer, pour la mesure. 
(î) Lisez : '/i Arc'liescop. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 253 

afin de partager avec les anges 

des joies dans le palais [de la Trinité] 

(jui dureront toujours. 

(Alors les Angos chnntoront Cïoria in r.Tcelsis Dca, etc.) 

LE VICAIRE 

mon Dieuî roi des astres, 
je puis dire en toute vérité 
que j'ai vu Tapparence de 1 aine 
de l'archevêque aller au ciel. 

BRIGITTE 

11 est allé maintenant reposer 
dans le lieu rempli de louanges, 
et nous restons dans le monde troublé 
et dans le péril immanent. 
Monsieur le vicaire, préparez-vous, 
que son corps soit enterré 
dans réglise cathédrale de cette ville. 
Venez tous, chrétiens, l'assister. 

(Ici ils parlcnl avec le corps.) 

Les Diables viennent. 

LUCIFER 

Ecoute, Belzébuth, si tu es là! 
Sors et tu entendras ce que j'ai à te dire : 
la foi est augmentée en ce pays 
au point que nous ne pouvons rien faire. 

BELZÉBUTH 

Qu'y a-t-il. maître Lucifer, 
puisque dans l'air tu élèves la voix? 
11 y a quelque chose qui te tourmente 
puisque tu as tant d'épouvante. 
Je n'ai pas un instant de tranquillité 

(5) Lisez : lieu m. 

(6) Lisez : '/i Ilis. 

(7) Il faut lire : da asistan. 

(8) Lisez : 'r mez. 

fO) Lire ar, et au vers suivant qcn. 



'>diH lilKZ SA NT PATRICK 

Qemcnt ad) rcs eus ma lulKxlin 
non lia don qon lasleiel 
IJre ol ar vro-maii u rcdeci. 

LUCIFER 

Penos cos fallac divoiiiet 
1095 Ha droiic oheus te o clcwet 
Ar vizer on neus nin o ren 
En defot ne ellomp atrap den 
Te ha me hon boa prometet 
Da Satan (2) pa vomp sortiet 
IJOO He vijemp (3) da dromplan 
lia da diiîas profit dean 
Rac awn na vijemp <^) bepret 
Gantai! pilet a calqenet 
Abalamonr ne qifimp qet. 
il05 Hon cont evol ma wa dleet. 

BELSEBL'T 

Oemenl se ol a don tan (s) 
Non bezo qet (D cals fest er vro-man 
Mar nombe nemeur a jibier(6) 
Da von et genemp dar ger (s). 

LUCIFER 

il 10 Xe on l'en petra a raemp 

Eman Ele an c*) Env hon enep 
01 a hon enep ar wez-man 
Hac y ous eneum rejouisan 
Et ew an Archescop dar Gloar 

1115 Nen dedy peloch war an Douar 
Gant qement se ezomp Sparlct 
Ne ouzomp pe en lech monet. 



(1) A supprimer, pour la mesure. 

(2) Cf. : Pcn bras so hnnvet Sainnos, « Notre ^rnnd clief s'appelle Satan », 
dit Relz/buth dans la Création du Monde, v. 871. Mais, d'après les vers 
plus haut, acte II, vv. IfiS et suiv., Lucifer est leur « chef >> et leur « maître ». 

(3) Il y a évidemment une lacune de deux syllabes en cof endi'oit. Je 
propose de lire: ajU ; cf.. plus haut, acte II, v. 802. 



LA VIK DK SAINT PAÏiUCE. ZOO 

tu ne fais que m'éreinter 

en sorte que je n'en puis plus 

à force de courir par tout le pays. 

LUCIFER 

Comment! vieux scélérat sans honneur, 
est-ce que tu ne souffres pas cVapprendre 
la misère que nous menons 
faute de pouvoir attraper personne. 
Toi et moi nous avions promis 
à Satan lorsque nous sommes sortis 
que nous serions experts à tromper 
et à lui apporter profit. 
J'ai peur que nous ne soyons toujours 
par lui piles et calottes 
j)arce que nous ne pourrons i)as 
lui présenter notre compte comme c'était dii. 

BELZÉBITH 

.le redoute cela aussi. 
Xous n'aurons pas beaucoup de jouissance dans ce pays. 
Si nous n'avons quelque peu de gibier 
pour emporter avec nous à la maison 

LUCIFER 

Je ne sais quelle chose nous ferons. 
Les anges du ciel sont contre nous; 
tous se liguent cette fois contre nous, 
et eux, ils se réjouissent. 
L'archevêque est allé à la gloire; 
il nest plus sur la terre. 
En tout cela nous sommes entravés. 
Nous ne savons dans quel lieu aller. 

(t) Ce vers est trop court dune s\]labe. Je suppose que le mol qui 
manque est : -ni. 

(5) Ce vers un que sept syllabes. 

!ii) Astoroth exprime la mC>me idée, dans le Mystère de sainte Tryphinc 
et le Roi Arthur, p. 31i: Setu qouUo Jwr zacli, hor mlcher a fjoUomp. 

« Xotre sac est vide, et nous perdons notre métier. » 

7] Lisez : n Env. 



250 13UEZ SAXT rATRrcE. 

BEL SEP. UT 

Demp da gafet Louis henez so er d) hartier 
A diwar boez henez nin om (2) bo bon afer (3). 

LUCIFER 

1120 Gwir a loverez (^) me a war er fat-se 

Rac me meiissan gwelet non deus qet hwaz eis de 

E lieu m rojouisan a bretant 

lia caressin ar plahet cwant (s) 

Demp entreze a Toulouze 
1125 Enon eman an den braw-se 

Dons pa qiry ma hamarad 

Me ia de honid a dro vad. 



Fin. 



(1) Lisez : '/• hartier. 

(2) Voir la noie au vers 528 du h^ acte. 

(3) Dans la Buez Louis Eunius, p. 127, 13ciz('>biilh dit : Flac Louis a zo 
Jiunan deus lion mignonel quer. « Car Louis est un de nos chers amis. » 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 257 

BELZÉBUTH 



Allons trouver Louis; il est dans la contrée, 
et en lui nous aurons notre affaire. 

LUCIFER 

Tu dis vrai; je le savais bien, 
car je l'ai vu, il n'y a pas encore huit jours, 
se réjouissant, se querellant 
et caressant les jolies filles. 
Allons vers Toulouse; 
le bel homme est par là. 
Pars quand tu voudras, mon camarade. 
Je vais le gagner sans difficulté. 



Fin. 



(4) Le premier hémistiche n'a que cinq syllabes. 

(5) Cf. : An cUnsou, ar voutail, ar mer&hel a hlil cVm, « Les dés, la 
bouteille, les femmes me plaisent », Buez Louis Eunius, p. L 



19 



BUEZ SAXT PATRICE. 



YMPILOG(^) 



Tud vraw, tud generus, lud a bep calite 
llo iiitantion favorabl (2) en hon andret liirie 
1130 Hon oblij ol en bras ma hoiifemp ar feson 
Da ho trugareqad deus a greis hon halon. 

Mes allas piw on me (3) da vczan deputet 
Er sort ocazion da vezan prépare!. 
Dirac auditorct a eur vertu qen caer 
1135 Dallout ho contantin evel (■') ma wa necesser (s). 

Mes apuiet tud braw war ar basiantet (6) 
heus en hon faveur hirie continuet (^) 
E (8) qemeran (9) hardisson couls a pa ven capabl 
Abeurs an Actoret da ho trugarecat. 

i 140 An otro ar Person (10) hac e oU Veleien 
En deus hon favorizet ebars en pep moyen 
Hac ewit recompans en o zrugarecan 
A joa ar Baradoz deze a deziran. 

A neuze an noblans, an dut a galite 
1145 A neus groet en (iD hon andret peb sort sivilite 
Ebars en recompans nin a reqet (12) ^eze 
Ar Gloar er Barados a souetan deze. 

(1) On verra la traduction française d'un épilogue qui a des rapports 
très étroits avec le nôtre dans Vlntroducilon de l'édition de Sainte Tryphine 
et le Roi Arthur publiée par F. -M. Luzel, p"p. xxix-xxxiv; il est tiré du 
Mystère de Moïse. « F*ol Ervoan » a imprimé cet épiloft-ue, excepté les lignes 
1196-1199, accompagné d'une traduction française, dans la Revue de Bre- 
tagne et de Vendée. On peut comparer aussi Tépilogue du Mystère 
d'Eulogius, A. Le Braz, Textes Bretons inédits, p. 30, traduit par le même 
dans le Théâtre Celtique, p. 409. 

(2) Cet hémistiche a une syllabe de trop. 

(3) Nous avons déjà rencontré cet hémistiche, acte I, v. 15. 

(4) Lisez : 'vel, pour la mesure. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 259 



EPILOGUE 



Braves gens, gens généreux, gens de toute qualité, 
votre attention favorable à notre endroit aujourd'hui 
nous oblige tous grandement, si nous savions comment le 
de vous remercier du fond de notre cœur. [dire, 

Mais, hélas! qui suis-je pour être député 
en une telle occasion, pour être préparé, 
en présence d'auditeurs d'une si grande vertu 
à vous contenter comme il le. faudrait. 

Mais, comptant, braves gens, sur la patience 
que vous avez continué à montrer aujourd'hui en notre fa- 
je prends la hardiesse, comme si j'en étais capable, [veur, 
de vous remercier de la part des acteurs. 

Monsieur le curé et tous les prêtres 
nous ont favorisé par tous les moyens, 
et, comme récompense, je les en remercie, 
et la joie du paradis je leur souhaite. 

Puis, la noblesse et les gens de qualité, 
qui ont montré à notre égard toutes sortes de complaisance, 
en récompense nous prions pour eux 
et la gloire du paradis je leur souhaite. 

'5) Cf. : Dlmeus a hon coste ive da contaniui, La Création du Monde, 
V. 25fi6. 
(«il La Revue de Brelagne et de Vendée porte : posianlet. 
'7) Cf. : Fhocli eus ar vadcles, gant qnemcnl a silans, 
Da chom d'hon enorin dinicvs a ko prcsans, 

La Création du Mondo, w. 2r)G2, 2563. 
(8) A supprimer, pour la mesure. 

(0) La Revue de Bretagne et de Vendée porte : quemeran. 
(JO) Le curé, ou « recteur », dans le sens que ce mot a en Bretagne. 

(11) A lire : '/i hon. 

(12) Requet est la lecture de la Revue de Bretagne et de \'endée. 

19* 



200 BUEZ SAXT rATlUCE. 

Neuze ar Glwer W yawanq hac an dut a bliieii ^2) 
llac iwe asaiiibles aïi iiep so Bourhijen 
1150 Hac (3) ho trugareqan en reconipans da se 
Ar Gloar er Baradoz a Souetan doze. 

Ifwaz ^'') ar Penerezo qcment a so presaiit 
A Irugareqaan (5) gant eur galon ardaiil 
Da vezan prestet dimp enn audians parIVI (6) 
1155 Me a reqet deze en Env ar joaustet. 

A galon tud yawanq me ho trugarcqà 
A mil avantur vad dech ol a souetan 
Pinvidigez ar Bed a nombr a vugale 



Hac an evurustet er Barados soude ^'^^ 



IIGO Hac oiiz ar gênerai excuz a houlenan 
Hac a deu asambles hwaz (^) ol do suplian 
Da donet ol arhoaz mar be ho polante (8) 
Aie gare eve tri gement evel hirie (9). 

Alar on deus hirie displijet da hini 
WCC) Nin a bromet arhwaz do) donet do contantiji 
Xin laqay hon amzer hac iwe bon ol boan <ii) 
Ewit mar be moyen contant in pep unan. 

Me ne doutan tam d'^) nen deus eur llagornier bi'uac 
vont dar ger pe eneur (i3) dibri scudelad 
1170 Me (1^) cafo e (ca) d^) trezen da (is) staga ous pep hini 
Me wel dija war ma lerch a train ma hini. 

(1) Gloer, ibid. 

(2) Cette même phrase se Irouve, par exemple, dans le Mystère de sainte 
Tryphine et le Roi Arthur, p. 48. 

(3) Je conjeclure qu"il faut lire, au lieu de hac : me. 

(4) « Hoaz », Revue de Bretagne et de Vendée. 

(5) Il faut, je pense, hre cet hémistiche comme dans le troisième vers 
ci-dessus. 

(G) Cf. : D'micus a ho silans grnço d'ecli a rentomp, « Nous vous rendons 
grâce pour votre silence », la Création du Monde, v. 20Ci8. 

(7) Cf. : Me rekct mado d'ac'h, kalz demeuz a ligne, 

Ha joa er baradoz, en divez ho pue. 
« Je vous souhaite des richesses, beaucoup d'enfanîs et les joies du 
paradis à la fin de votre vie », Sainte Tryphine et le Roi Arthur, p. 23 i. 

(8) i<Bolonlcn, la Reçue de Bretagne et de \'cndée. 



LA VIE DE SAINT PATRICE. 201 

Ensuite les jeunes clercs et les gens de plume, 
et aussi tous ceux qui appartiennent à la bourgeoisie, 
je vous remercie en récompense de cela 
et la gloire du paradis je leur souhaite. 

Ensuite à toutes les héritières ici présentes 
j'adresse mes remerciements d'un cœur ardent 
de nous avoir accordé une parfaite audience; 
je demande pour elles la joie du ciel. 

Je vous remercie de cœur, jeunes gens, 
et mille chances heureuses je vous souhaite : 
la richesse du siècle et beaucoup d'enfants 
et la félicité du paradis après. 

Et je demande excuse à tous 
et je viens encore vous supplier 

(le revenir tous demain, si c'est votre volonté: [d'hui. 

je voudrais ((u'il y eût trois fois autant de monde qu'aujour- 

Si nous avons déplu à quelqu'un aujourd'hui, 
nous promettons de venir vous contenter demain. 
Xous emploierons notre temps et aussi tous nos soins 
pour qu'il y ait matière à satisfaire chacun. 

Je ne doute pas qu'il y ait quelque llagorneur 
qui, en retournant chez lui ou en mangeant son écuellée, 
trouvera une ronce à attacher à chacun de nous. 
Je vois déjà la mienne qui traîne derrière moi. 

(0) Cf. : liac-se ncp a lanquo, so pedel da dujas 

lu tri pe pcvonr ail, da rampUssan he hlas. 

» Ainsi donc, iiuic'jnqiie manquei-a à l"appel est prié dVnvoycr trois ou 
(|ualro autres pour occuper sa place ». la Civation du Monde, vv. 2G12, 2013. 

10) «.n/ioa::», la lievae de Brt.'Uujnc cl de \ cndcc. 

'11) Cf. : Ha ni e lacal poen de studiat abicd, la Tragédie de saint Alexis, 
.J. Lotlî, Chrestoniathie bretonne, p. 3G0. 

^12 j Une plume plus récente a supprimé avec raison ce mot. La Revue de 
Breiarpie et de \endée lit, au lieu des mots tam nen : non. 

(13) Voir la note au vers 714 du l^r acte. 

(l't) Il faut, je crois, lire : Ma. 

l.j) Une plume plus récente a ajouté, à la i)lace de e [va] du manuscrit, 
et la Revue de Bretacjnc cl de Vendée imprime : eun. C'est cette correc- 
tion qu'il faut, sans doute, adopter. 

16) A supprimer, pour la mesure. 



2G2 BUEZ SANT TATRICE. 

Mes ewit ar re fur en d) deus eur vertu moral (2) 
A laqay ar re-se da terri (3) olavar 
Ilac a deui do fedi (^) mar gouzont o afer 
1175 Da donct arahoaz (5) cla ober pep a gentel. 

Ar vue a welet a Louis Uniiis (6) 
Pini a bresantomp moienant graç Jésus 
Dre gwellan personajo (7) a allô e hober («) 
Rac-se deut ol (9) a vandcn ne chomo den er ger. 

1180 Neuze ep ancouez en lio suplian hwaz d'^) 
Ewit digas genach pep a pez hwech real 
Pejo pemzec gwenec, rolado dineret 
Pejo pewar gwenec ne voint qet refuzet (n). 

Ewit dont don sicour da donet da gwania (12) 
1185 A hwi compagnonez mar qeret asistan (i3) 
Da efan eur banach demeus a galon vad 
Nin a ray d^) dach certen qent d^) ewit ma cwilaad. 

Anfm compagnonez bon ds) deveur ehew se 
Mes a no pe gwenec deut are couls goude 

(1) Lisez : 'n deus. 

(2) Cf. : tant da esperln e vcomp iscuset 

Gant an dut vcrtuus a so fur ha parfct. 

La Création du Monde, vv. 2572, 2573. 

(3) Mot à mot, « briser, rompre ». 

(i) Le ms. porte : fedi. Quelqu'un a altéré à tort le mot en : pedi, ce que 
la Revue de Bretagne et de \'endêe imprime. 

(5; Arhoaz est hi lecture de la Revue de Bretagne et de ]'endôe. Cf. : 
Ma teuet hoU disid adarrc dlion guclet « De revenir tous dimanche, nous 
voir jouer », la Création du Monde, v. 2602, et, du même Mystère, les vers 
suivants (2(310-2025) lires de l'épilogue à la fm de la première journée : 

Rac-se, compagnones, a voellan ma hellomp, 

Dimeus a ho silans, graço d'acli a rentomp, 

tiorlos an de-se, niar guellomp, assurct 

E rcpresantomp guel hoas evit hon deus groet. 

Anfin, adieu a lavaran, sans adieu, coulscoude, 

Quen a veso disul, mar groet dln ar gras-se : 

Rac an nos so arri, hac an aniscr a près, 

Poenl eo da pep-hinin comeret he confes. 

Voar-se, compagnones, me a ia da sortian, 

Dimeus a guir calon iscus a houlenan. 
(0) La Revue de Bretagne et de Vendée porte Eunius. 



LA VIK DE SAINT PATRICE. 263 

Mais, quant aux gens sages qui ont une vertu réservée, 
ils laisseront ceux-ci prouver leur dire 
et ils les prieront, s'ils connaissent leur affaire, 
de venir demain tenir chacun un rôle. 

La Vie que vous verrez est celle de Louis Eunius 
que nous représenterons, moyennant la grâce de Jésus, 
])ar les meilleurs personnages qui le pourront faire. 
Donc, venez tous par bandes, que personne ne reste chez soi. 

Maintenant, je vous en supplie à nouveau [de six réaux; 
que vous apportiez chacun avec vous sans oublier, une pièce 
des pièces de quinze sous, des rouleaux de deniers, 
pièces de quatre sous ne seront pas refusées. 

Pour nous aider à payer notre souper. 
Et vous, compagnie, si vous voulez y assister 
pour boire une goutte de bon cœur, 
nous le ferons avec vous certainement avant de nous quitter. 

Enihi. compagnie, voilà votre devoir. [moins 

Mais, ceux qui n'auraient pas un sou, venez encore néan- 

(7i Col liôniisticlie a une syllabe de trop. Lisez, probablement : personou. 
S) ]/d Bcvite de Brelarine et de Vendée : e obev. 
(0) A supprimer, pour la mesure. 
/lO) Ibid. : lioaz. 

'11) Cf. la quête dans lépilogue du Mystère de Moïse traduit par F. -M. 
Luzel. Sainte Tryphine et le Roi Arthur, p. x.xxn, et les vers suivants de 
la Création du Monde d. 260i-2608: : 

Xeusc lio suplian hoas holl hep aneoec'h, 
Pep a pes houecli reale a dhjasset {juenec'h. 
Pecho daousec guennec. roUado diiieret, 
Peeho daou voenneien na x:int quel refuset, 
Erit dont dlion sicour da donet da goanian. 
Cf.. aussi, A. Le Braz. Textes Bretons inédits, p. 31, et le Tticâirc celtique 
du même auteur, p. 412. 

'12i La Revue de Bretagne et de \'endée : goania. 
'13 Cf. : Ua houi, compagnones, mar queret assistan, 
Da e[an pep a vanec'h quent evit hon quitat, 
Xin a rai se, certen, dinieus a galon vat. 

La Création du Monde, vv. 2G00-2G11. 
iVtj La Pievue de Bretagne et de Vendée : reij. 

(15) Ibid. : quent. 

(16) Doit se corriger en : Jio. 



2G'i BL'KZ SAXÏ l'ATRlCE. 

1190 A nin a boanio ol da ober hon dever 
A do contantiii d) qent ma heet dar ger. 

Glorius Saut Patrice (2) pini a so on Ejiv 
Bezet hon avocad breman dirac Doue 
Demeus a wir galon me a ofr hon reqet (3) 
1195 Hac hini qement den so bet ous on clewet. 

("i) Hon but hac hon desein hac inclination 
Ew dont do himitan ebars en pep feson 
Elwit dre ho exempl surmontin ar pehet 
A bout victorius war hon Enimiet. 

1200 Glorius Saut Patrice (2) curunet deus a hloar 
Groet dimp imitan ho pue (s) war an Douar 
Hac ewit goude se ho pezan (6) imitet 
Dont da participan ar gloar ar joaustet. 

Drese ezon W comanset (s) dreze e finissan 
1205 NPho ped compagnonez da dont don excuzan 
ArhAvaz (9) gant graç Doue nin bromet ober gwc 
Chetu a wir galon ho servi jer fidel. 



Fin 



(1) Reconstruisez ainsi rhémisliche : Donel do cunlanlin. 

(2) La Revue de Bretagne et de Vendée : Pairir. 

(3) Ibid. : requet. 

(i) Ce quatrain est omis dans la version de ce prologue imprimé dans 
la Revue de Bretaane et de \'e}i'lée. 



LA VIE DE SAIXT PATRICE. 2G5 

et nous tâcherons tous de faire notre devoir 

et de vous contenter avant que vous ne retourniez cliez vous 

glorieux saint Patrice, qui êtes au ciel, 
soyez notre avocat maintenant devant Dieu. 
De grand cœur je vous offre notre requête 
et celle de tous les hommes qui sont venus nous entendre. 

Notre but. notre dessein et notre désir 
est de réussir à vous imiter de toutes façons 
afin que, par votre exemple, nous surmontions le péché 
et soyons victorieux de nos ennemis. 

Glorieux saint Patrice, couronné de gloire, 
faites que nous imitions votre vie sur la terre 
afin qu'après vous avoir imité 
nous participions à la gloire et à la joie. 

Par là j'ai commencé, par là je finis. 
Je vous prie, compagnie, de nous excuser. 
Demain, avec la grâce de Dieu, nous vous promettons de faire 
Me voici de tout cœur votre serviteur fidèle. [mieux. 



Fin. 



5; But', ibid. 

(()) Pez an, ibid. 

i7) Il faut, je pense, lire : 'meus. 

(8) Commanset, la Itevue de Bretagne el de \'endée. 

[9) Arhnaz, ibid. 



Imp. Oberthûr, Rennes (1493-08). 



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